C'est passé inaperçu (puisque cet événement s'est passé à Vimoutiers dans l'Orne) mais c'est très important: une réunion organisée par la région et en présence d'Hervé MORIN a eu lieu avec l'ensemble des représentants de la filière laitière normande. Objectif: confirmer la fin de la "guerre du Camembert" et reconstruire une authentique filière qualitative et labelisée du LAIT NORMAND qui puisse faire la différence sur un marché mondial concurrentiel. Cela passe par:

1) Le retour aux vaches de race normande pour une meilleure qualité organoleptique du lait

2) Le retour à l'herbe et au foin dans l'alimentation des animaux

3) Le retour au bocage et aux prés et à une meilleure gestion environnementale et paysagère

4) Le choix qualitatif préférentiel pour le local, pour l'agriculture biologique et pour le lait cru

5) La certification et la labelisation avec pour objectif final la création d'une AOC/AOP LAIT de NORMANDIE


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En Normandie, industriels et petits producteurs reconstruisent enfin la filière camembert

A Vimoutiers (Orne), les acteurs de la filière AOP Camembert de Normandie ont détaillé vendredi 25 janvier 2019 le cahier des charges auquel ils seront tous soumis dans 2 ans.

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Aux côtés de Clothilde Eudier, vice-présidente de la Région, les représentants des producteurs de lait et de camembert se sont entendus sur les critères à respecter pour imposer l’AOP élargie. (©Le Journal de l’Orne)

L’an dernier, ils avaient signé l’armistice. Vendredi 25 janvier 2019, petits producteurs laitiers et grands fabricants industriels de camembert ont définitivement enterré la hache de guerre à Vimoutiers (Orne). 

Réunis lors d’une table-ronde, tous ont parlé de la « reconstruction » de l’appellation, boudée par les consommateurs, qui ne s’y retrouvaient plus entre le « camembert de Normandie » et le « camembert fabriqué en Normandie« .

Avec l’accord signé le 22 février 2018 à Paris, Ils ont mis fin à la bataille des étiquettes, et décidé de mettre en place une grande AOP Camembert de Normandie élargie d’ici 2021.

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A condition que chacun respecte un nouveau cahier des charges de production plus drastique, et bénéfique à la qualité du fromage.

Deux catégories de camembert

C’est ce cahier des charges enfin défini, qui a été présenté vendredi, sous le regard de la Région Normandie et de l’institut national de l’origine et de la qualité (INAO).

Déjà, première concession aux industriels, il partage la future AOP en deux catégories, le camembert AOP coeur de gamme et le camembert AOP haut de gamme, exclusivement au lait cru, qui retrouverait seul la mention « véritable » ou « authentique » camembert de Normandie.

Une concession nécessaire selon Patrick Mercier, éleveur et fromager à Champsecret, et président de l’organisme de défense et de gestion (ODG) Camembert de Normandie, pour « bien sûr intégrer plus de producteurs ».

Aujourd’hui, seuls 5 à 8 % des 7 200 producteurs laitiers normands figurent dans l’AOP. Dans 2 ans, « entre 1 000 et 2 000 producteurs pourraient en profiter ». 

D’après le cahier des charges, la catégorie coeur de gamme, plutôt destinée à la grande distribution et à l’export, va leur imposer plusieurs critères inconnus jusqu’ici :

  • Leur troupeau doit compter au minimum 30 % de vaches de race normande – contre 65 % pour la catégorie haut de gamme ;
  • Leurs vaches doivent être au moins 6 mois par an en pâturage ;
  • Elles doivent manger au minimum 20 % d’herbe toute l’année, et le reste de leur ration ne doit contenir aucun OGM ;
  • La pasteurisation est autorisée.

C’est là que le bât blesse pour beaucoup de petits producteurs et les défenseurs du lait cru, qui avaient lancé une pétition.

Patrick Mercier se veut rassurant :

L’introduction de la pasteurisation dans l’AOP pourrait en être le « point faible ». Mais elle va nous conduire à faire très attention au lait cru. On doit travailler sur nos bons terrains microbiens, sur une ambiance favorable dans nos fermes. Pas dans le stress, mais en ciblant nos efforts. »

Bruno Lefevre, patron de la fromagerie Graindorge, propriété du groupe Lactalis, et représentant ce vendredi du syndicat des fabricants de camembert, n’y voit lui, évidemment, aucun inconvénient :

Certes, le coeur de gamme pourra pasteuriser, thermiser ou microfiltrer le lait. Mais nos fromages vont garder les caractéristiques du camembert de Normandie, qui est mi-lactique et mi-présuré. »

Où trouver le lait ?

Chez Lactalis, le cahier des charges demande selon lui « des adaptations, mais pas sur toutes les marques ». Sa crainte « porte beaucoup plus sur les ressources » :

Il va falloir trouver du lait pour l’AOP. Le cumul de tous les critères, avant tout le pâturage et la race normande, fait qu’elles se raréfient. »

En 2021, l’accroissement de la production en AOP va nécessiter « l’arrivée de 25 000 vaches en plus », évalue Benoît Duval, vice-président de l’union des producteurs de lait AOP.

Le calendrier est serré, sans doute trop juste, car « un troupeau de vaches laitières se travaille sur 4 ou 5 ans. »

Difficile de trouver les éleveurs qui correspondent.

Retour au terroir normand d’avant

Devant la centaine de personnes rassemblées dans la salle des fêtes Armontel de  Vimoutiers, Bruno Lefevre pointe tout de même un grand avantage :

A travers l’AOP, il s’agit de créer un vrai lien avec le terroir. »

Et ce terroir devrait être bien redessiné. Pour Benoît Duval, « l’objectif est de redonner de la valeur ajoutée aux paysages normands » :

Aujourd’hui, la levée des quotas laitiers et le productivisme ont enfermé les troupeaux dans les étables. Leur retour à l’herbe, qui est une attente du consommateur, va remettre les vaches normandes dans les prés, et améliorer le goût des produits comme la santé humaine. La race normande doit repartir à la conquête du territoire pour sauver ses éleveurs. Nous avons toujours pour but de mieux vivre de nos métiers. »

Au bout d’une heure et demie, Hervé Morin, le président de la Région, s’est emparé de ce discours pour conclure sur un bienfait de l’AOP :

En 2021, on installe un schéma vertueux. Si nous avions réduit l’AOP au « véritable » camembert de Normandie, on aurait effondré la visibilité du produit. L’AOP élargie permet de tirer la totalité de la production laitière. On bâtit un modèle où on crée de la valeur ajoutée pour tout le monde, où on continue d’affirmer l’identité normande. Il faut porter l’imaginaire de la région et être ambassadeur de ce qui marche. »

C’est ce que la Région Normandie prétend faire, en soutenant déjà le projet d’AOP à hauteur de 389 000 €.


 

Agrial, la plus grosse coopérative agricole de Normandie se lance à fond dans la collecte du lait bio en Normandie puisque la demande des consommateurs explose...

(source: Lettre Eco Normandie, n°1608 01/02/19)

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