Dans la version numérique de Paris Normandie en date du 7 février 2019, nous sommes gratifiés d'une interview en exclusivité d'un premier ministre très attaché au Havre qui évoque notamment le projet de fusion des trois ports de l'axe Seine :

Édouard Philippe s’exprime sur la fusion des ports... et sa possible candidature en 2020 au Havre

Paris-Normandie Publié le 07/02/2019 à 20:53 Mis à jour le 07/02/2019 à 20:53

Christophe PRETEUX - Stéphane SIRET

https://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/edouard-philippe-s-exprime-sur-la-fusion-des-ports-et-sa-possible-candidature-en-2020-au-havre-AH14575063

Ports. Édouard Philippe veut fusionner les ports du Havre, de Rouen et de Paris avant 2021. Pour cela, il vient de nommer un comité d’experts. Municipales. Sera-t-il candidat en 2020 à la mairie du Havre ? Pour l’heure, Édouard Philippe laisse planer le doute...

Vous venez de nommer une préfiguratrice au projet de fusion des ports du Havre, de Rouen et de Paris. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

« Comme je l’ai annoncé il y a douze mois, l’idée est d’aboutir à un système intégré sur l’axe Seine. Haropa a permis un grand pas en avant : le rapprochement des places portuaires. Aujourd’hui, cela ne suffit plus à répondre aux enjeux. Je considère qu’il faut aller plus loin. Je pense qu’un axe portuaire aussi important, qui va du Havre à Paris, doit relever de la responsabilité de l’État mais il doit être géré de manière plus intégrée. La mission que j’ai confiée à Mme Catherine Rivoallon, accompagnée d’un comité de préfiguration, est de préparer les conditions de fusion des trois ports au plus tard pour le 1er janvier 2021. J’aimerais qu’elle puisse intervenir avant cette date, mais je perçois la complexité du dossier. De nombreuses discussions sont à mener avec les places portuaires, avec les élus locaux, qui sont légitimement sensibles au sujet, avec les organisations syndicales, que ce soit les travailleurs portuaires ou les dockers. Ensuite, la solution trouvée devra permettre d’envisager un développement optimal du système portuaire intégré autour de l’axe Seine. L’objectif est d’être compétitif vis-à-vis des autres ports du ‘‘Range nord’’ et d’être inventif (sic!) dans la manière d’organiser la logistique de demain. C’est un magnifique enjeu de politique publique et je suis certain que Catherine Rivoallon, qui connaît très bien la logistique et le monde portuaire, nous permettra de le mener à bien. »

Les syndicats des travailleurs portuaires et des dockers annoncent des « jours noirs » en cas de fusion des ports parce qu’ils craignent pour l’emploi. Que leur répondez-vous ?

« Je veux les rassurer. L’objectif de cette réforme est précisément de gagner des parts de marché, de faire en sorte que les trafics passent davantage par l’axe Seine que par l’axe Rhin, Anvers et Rotterdam. Nous aurons des discussions avec les organisations syndicales. Je crois profondément que ce n’est pas dans le statu quo qu’il y a le plus de sécurité ! »

Les recevrez-vous ?

« Ils seront évidemment reçus très vite par la préfiguratice qui va travailler avec eux. La ministre des Transports est mobilisée. Je ne sais pas si je les recevrai à Matignon - je ne suis pas sûr que ce soit le rôle du Premier ministre - mais en tout cas, il faut avancer. Avec eux et non pas contre eux. »

Le Havre sera-t-il le siège de cette future entité ?

« On verra. Ce n’est pas la question la plus importante. Chacun connaît mon attachement au Havre. Mais nous devons penser l’axe Seine en tant que système et non pas en termes de baronnies. »


 Commentaire de Florestan: le jacobinisme parisiano-centré est LA baronnie et une baronnie particulièrement inefficace en matière de grand commerce maritime!


 Valérie Fourneyron préside le comité d’experts

Catherine Rivoallon, présidente du conseil d’administration du port de Paris, est chargée de mener la mission de préfiguration de la fusion des ports trois ports de l’axe Seine (Le Havre, Rouen et Paris). Elle sera assistée par un comité d’experts présidé par l’ancienne ministre PS Valérie Fourneyron, qui, en 2016, avait co-produit avec le sénateur LR Charles Revet un rapport sur l’attractivité des ports de l’axe Seine. « Outre le fait que je l’estime beaucoup, je pense qu’elle va apporter énormément », indique le Premier ministre. Le comité de préfiguration est également composé d’Emmanuèle Péron, la présidente du conseil de surveillance du port du Havre, et de Frédéric Henry, son homologue rouennais, ainsi que du spécialiste Thierry Tuot et de l’avocat Gilles Belier.


 Commentaire de Florestan:

On notera l'absence des "portuaires" dans ce soi-disant comité d'experts. A commencer par le Havrais Michel Segain qui vient, pourtant, d'être nommé à la tête de l'union maritime et portuaire, le syndicat national qui fédère les professionnels portuaires français: https://www.lemarin.fr/secteurs-activites/shipping/33486-le-havrais-michel-segain-la-tete-de-lunion-maritime-et-portuaire

En outre, on peut s'interroger sur la présence dans ce comité d'experts du haut-fonctionnaire énarque "spécialiste" (sic!) Thierry Tuot  qui s'était fait connaître en 2013 pour avoir rédigé un rapport polémique sur la réforme des politiques d'intégration et d'immigration: sauf à faire preuve de mauvais esprit, on ne voit pas le rapport entre la logistique des porte-conteneurs et l'immigration!

Enfin, Gilles Bélier, avocat au "Haut-conseil du dialogue social" (si si ça existe...), a un blaze et une profession qui semblent appropriés à la poursuite d'une "négo" chaude avec des Dockers cégétistes survoltés qui seraient tentés d'enfiler un gilet jaune...

Voilà des considérations qui nous éloignent sérieusement des réalités maritimes et logistiques dont on n'a que faire dans les ministères parisiens!


Il y a quelques mois, vous disiez devant la fenêtre de votre bureau que la mer et Le Havre vous manquent. Dans treize mois, ce sera l’élection municipale. Serez-vous candidat au Havre ?

« Je ne peux pas y répondre aujourd’hui. Je suis Premier ministre et je consacre la totalité de mon temps à gérer non pas les affaires de la ville que j’aime mais du pays que j’aime. Si la question est de savoir si j’aime Le Havre, la réponse est oui. Est-ce que Le Havre me manque ? La réponse est oui. Heureusement, j’y retourne le week-end et ça me fait du bien. Est-ce que je regarde avec attention ce qui s’y passe ? La réponse est encore oui. Je fournirai la réponse à cette question le moment venu. »

En 2014, vous aviez constitué une majorité municipale soudée. La situation a changé. Certains sont à La République en marche, d’autres, comme votre successeur ont quitté les Républicains. Il y a des ambitions dans leurs rangs. Qu’en dites-vous ?

« Je ne souhaite pas m’exprimer sur la vie politique havraise. Ceci étant, je n’ignore rien de ce qui se passe au Havre. »

Que pensez-vous du pacte girondin d’Hervé Morin, le président de la Région Normandie qui veut que l’État donne un peu plus de liberté aux territoires ?

« Demain, je signerai en Bretagne et dans les Pays de la Loire, dont les dirigeants ont une orientation politique différente, des contrats très complets sur les mobilités et sur la capacité à imaginer des solutions propres à chacun de ces territoires. C’est le fruit d’un travail intense et fructueux avec ces deux régions dont les présidents sont rarement dans la posture et souvent dans le travail. »


 Commentaire de Florestan: on entend le message... La collaboration avec le jacobinisme parisien macronisé est plus efficace que d'essayer des alternatives girondines. Le problème c'est que cela reste à démontrer!


 En mai 2018, vous nous disiez ici même à Matignon que vous étiez très heureux de ce que vous faites. Êtes-vous aujourd’hui dans le même état d’esprit ?

« Exactement. »

Il n’y a toujours pas d’enfer de Matignon ?

« Bien sûr que non. C’est exigeant, c’est intense, c’est un honneur d’exercer cette responsabilité au service de son pays et, précisément parce que les circonstances sont difficiles. Je le vis pleinement. J’essaie de faire de mon mieux. C’est ce qu’on attend d’un responsable. On n’attend pas que les responsables soient parfaits mais qu’ils fassent de leur mieux. »


 Commentaire :

     Les conditions sont réunies pour que le Grand Port MARITIME du Havre soit roulé dans la farine obtenue à partir des grains manutentionnés par le grand port FLUVIO-maritime de Rouen moulus par les bons soins du meunier parisien !

Zoom sur le "comité d'experts" :

A priori pour Le Havre :

. Emmanuèle Péron, la présidente du conseil de surveillance du port du Havre.

A priori contre Le Havre :

. Catherine Rivoallon, présidente du Conseil d'administration du port de Paris ;

. Valérie Fourneyron, défenseur notoire du port de Rouen, que le "Havrais" Edouard Philippe "estime beaucoup" ;

. Frédéric Henry, président du Conseil de surveillance du port de Rouen ;

. Thierry Tuot, Conseiller d'Etat, représentant le ministre chargé des Ports Maritimes, membre du Conseil de surveillance du port de Rouen.


 Commentaire de Florestan:

Le processus est bien laborieux car le sujet est explosif!

Le fait d'accompagner celle qui préside le port fluvial de Paris par un comité d'experts présidé par une ancienne élue rouennaise favorable au Canal Seine-Nord qui, s'il se fait, mettra directement en concurrence nos ports normands avec celui de Dunkerque, signifie deux choses, sinon trois:

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1) C'est reproduire une erreur conceptuelle majeure qui est d'attraper les réalités logistiques du grand commerce maritime par le bout du bout de l'hinterland alors qu'il faudrait faire l'inverse: l'ancien député-maire du Havre confie l'avenir du grand port maritime normand à la cheffe de la batellerie parisienne... Fluctuat ET mergitur pour la Normandie maritime!

2) C'est l'aveu, semble-t-il, qu'il fut impossible de trouver un haut-fonctionnaire superhéros en tant que "préfigurateur" ou "préfiguratrice" sur fond de menaces de grève des dockers CGT contre la fusion portuaire ou contre la régionalisation. On appréciera aussi l'ouverture vers les épaves de la Fabiusie rouennaise puisque Valérie Fourneyron reçoit la présidence du groupe d'experts: Rouen est décidément la place à prendre aux prochaines élections municipales sachant que l'eau de la Seine s'écoule parfois à gros bouillons sous les ponts!

3) C'est, en effet, une vision plus politicienne que logisticienne qui préside à une manoeuvre qui devient clairement évidente: il s'agit de partir à la chasse au Morin en l'éloignant le plus possible du pilotage du coeur stratégique de la Normandie, de ce qui fait l'intérêt de notre région pour la France, à savoir ce fameux "Axe Seine", véritable moelle épinière de la Normandie avec les agglomérations et bassins d'emplois du Havre et de Rouen et les deux plus grands ports maritimes du pays. On voit bien la tentative de l'ancien député-maire du Havre de se construire un réseau politique "Axe Seine" entre Paris et la "porte Océane" avec de nombreux relais macronisés ou "Macron-compatibles" (sic!) des Yvvelines à la Seine-Maritime en passant par Rouen (ville à prendre) et tout particulièrement dans l'Eure, le département de Bruno Lemaire et de Sébastien Lecornu qui sont au gouvernement.

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 Le coeur de la Normandie pensé depuis Paris par l'axe de la scène macroniste ne saurait être disjoint durablement du reste du corps d'une Normandie que l'on vient à peine de racommoder et qui se réveille grâce à l'action régionale proposée par Hervé Morin: Edouard Philippe ci-devant député-maire du Havre qui avait, pourtant, voté en faveur de la loi NOTRe autorisant le retour à l'unité normande feint actuellement de l'ignorer...

Le chemin de croix électoral que s'apprêtent à parcourir les opiniâtres de Monsieur Macron devrait inciter l'actuel Premier ministre à plus de lucidité: la Normandie de Monsieur Morin risque d'être plus durable que l'Axe Seine politique bricolé par Monsieur Philippe!

D'ici 2020 (municipales), 2021 (régionales) ou 2022 (présidentielles et législatives) beaucoup d'eau pourra passer sous les ponts de l'Axe Seine macroniste!

En attendant, le jacobinisme parisien en matière portuaire ne saurait donc faire autre chose que ce qu'il peut être ou faire. En effet, dans son bilan rendu mi-2018, François Philizot, le préfet délégué interministériel qui suit le dossier depuis 2012 préconisait deux solutions :

  • La fusion pure et simple des trois ports
  • La transformation d’Haropa en une « holding portuaire », sur le modèle d’Anvers, qui définirait la stratégie de développement et la politique d’investissement des trois établissements, ces derniers devenant des filiales opérationnelles. Le meilleur moyen, selon Hervé Morin, de tenir la dragée haute aux grands ports du Nord de l’Europe.

Mais c’est la fusion (avec trois antennes territoriales) qui eut gain de cause et qui fut annoncée par le Premier ministre le 15 novembre 2018 lors du comité interministériel de la mer (CIMER) à Dunkerque.

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Madame Catherine Rivoallon et son comité d'experts (sic!) vont devoir découvrir des réalités quelque peu différentes s'il s'agit de relancer l'attractivité des Grands Ports Maritimes normands sans les... Normands!

Nos concurrents Flamands d'Anvers ou Hollandais de Rotterdam peuvent dormir tranquilles!

La parisienne Catherine Rivoallon et la rouennaise Valérie Fourneyron vont présider à la "préfiguration" de l'avenir de la première région maritime de France en aval du Grand Paris: une fois encore, il va falloir lutter pour éviter que la Normandie de la SEINE aval ne soit pas avalée... SANS L'AVAL des NORMANDS!

Edouard Philippe (alias "Charlie") souhaite bon courage à nos deux drôles de dames...

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