Depuis 2015, le cas d'école normand a été éhontément instrumentalisé par la haute fonction publique des cabinets ministériels parisiens qui pratiquent un "jacobinisme comptable" sans vergogne sur le mode managérial du "cost killing" bien connu outre-atlantique mais pas seulement:

Fusionner pour faire des économies d'échelle et de structures en supprimant tous les doublons en espérant que cela sera plus efficace et moins coûteux.

La fusion n'est qu'un moyen mais si l'on pratique la fusion pour fusionner sans autre but que celui de faire des économies immédiates quitte à générer plus tard de nouvelles dépenses sociales (par exemple: souffrance des salariés et frustration des usagers liées à la dégradation du service), alors il s'agit de la mise en oeuvre d'un cynisme irresponsable que nous avons donc nommé ici sous l'expression de "jacobinisme comptable" lorsque le ministère du Rabot (alias Bercy) décide de mettre en coupe réglée le territoire national.

Depuis 2015 et la grande réforme territoriale par fusion régionale, Messieurs les Raboteurs se sont lâchés de façon d'autant plus scandaleuse qu'ils ont instrumentalisé la réunification de la Normandie pour vendre dans les autres territoires une soi-disant impérieuse nécessité de tout fusionner avec tout et n'importe quoi à l'échelle de la "nouvelle maille" de ces néo-machins régionaux géographiquement trop grands mais financièrement trop petits pour prétendre à tenir la dragée haute à un land allemand souvent plus petit (quelle connerie cette histoire de "standard européen"!).

Le cas normand est, hélas, l'exception qui confirme la règle: les fusions normandes entrent légitimement dans le processus de réunification d'une région qui existait déjà et qui n'aurait jamais dû être coupée en deux! On n'est donc pas dans le scabreux d'une création au forceps, à partir de rien ou presque, d'un monstre néo-régional type "Grand Est" qui, tel Frankenstein, ne fera pas de vieux os (surtout en Alsace...)

frankenstein-630x400

Ouf! L'académie "Frankenstein" du Grand-Est n'existera jamais...

C'est ainsi que les technocrates raboteurs voulaient fusionner les académies métropolitaines de l'Education Nationale pour qu'elles coïncident avec la nouvelle carte régionale à 13 régions en prétextant de l'avancement de la fusion expérimentale en cours entre les académies de Caen et de Rouen: c'était oublier sournoisement que là encore le cas normand ne vaut que pour lui-même puisqu'il s'agit de reconstituer ce qui existait déjà autrefois lorsque le recteur d'académie de Caen rayonnait sur les cinq départements normands plus celui de la Sarthe. C'était avant 1965.

Mais les technocrates et les ministres qui arbitrent leurs décisions viennent, enfin, de découvrir l'existence du réel: ils ont changé d'avis!

La fusion académique régionale normande sera bel et bien la seule. Voilà qui est enfin raisonnable et qui va nous permettre de nous concentrer sans polémiques inutiles à construire le projet académique et éducatif normand qui fait cruellement défaut à une jeunesse normande qui reste sous diplômé par rapport à la moyenne nationale ou qui préfère fuir sa Normandie natale le bachot en poche!

A lire, cette brève dans la dernière édition de la Chronique de Normandie éditée par Bertrand Tierce (n°569 11 février 2019):

Denis Rolland restera tout seul.

Contre toute attente, le gouvernement a donc décidé de ne pas fusionner, “à la maille régionale”, toutes les académies françaises comme il l’avait annoncé. Cette marche arrière ne concerne pas la Normandie qui, depuis 18 mois, s’est engagée dans le rapprochement-fusion de ses académies de Rouen et de Caen : “on est allé trop loin pour reculer”. Denis Rolland sera donc le seul recteur de région.