Elabe et l’Institut Montaigne, en partenariat avec France Info et de nombreux titres de presse quotidienne régionale*, publient « La France en morceaux », édition 2019 du Baromètre des Territoires.

*aucun média normand
 
Le résumé pour la Normandie est dans le titre: "douceur de vivre, dureté du quotidien".
On vous laisse observer cette enquête dans le détail mais il en ressort que c'est la Bretagne qui s'en sort le mieux, d'ailleurs le titre est éloquent "Richesse sociale et bon vivre sous le ciel de Bretagne". Avec toute la solicitude que L’État central parisien accorde aux Bretons de peur qu'une recette locale des impôts ne parte en fumée, il serait difficile de ne pas être premier de la classe....
Voir aussi sur le site de l'institut Montaigne, la fiche qui concerne la Normandie:
Le PASSIF DE LA DIVISION NORMANDE pèse toujours sur l'image qu'ont les Normands de leur région...
La Normandie est une grande région populaire, rurale et industrielle: les Normands sont mécontents et portent massivement le gilet jaune car ils s'inquiètent pour l'avenir de leur région ainsi que pour leur pouvoir d'achat. Le rôle de "bouclier social" joué par le conseil régional de Normandie n'est pas encore bien perçu...
Douceur de vivre, dureté du quotidien
Parmi les 10.010 personnes qui ont répondu à l’enquête du Baromètre des Territoires, 801 sont Normands. Ces 801 personnes constituent un échantillon représentatif de la population de la région Normandie constitué à partir de quotas sur les variables de genre, d’âge, de catégorie socio-professionnelle et de taille d’agglomération.

Note de lecture : le chiffre entre parenthèse indique le décalage de la région par rapport à la moyenne nationale. Par exemple 75% (+2) sont heureux signifie que 75% des habitants de la région Normandie se déclarent heureux et que ce chiffre est supérieur de 2 points par rapport à la moyenne nationale qui est de 73%.

Une certaine douceur de vivre

  • 75% des Normands déclarent être heureux (+2) et 60% (-1) ont le sentiment d’avoir choisi la vie qu’ils mènent.
     
  • 68% trouvent qu’il fait bon vivre dans leur quartier, dans leur commune (+2).
     
  • Ils dessinent un cadre de vie agréable, dans lequel 45% (+4) souhaitent que leurs enfants grandissent :
    • Les Normands vantent les paysages de leur région (61%, +11, dans le top 3 des régions métropolitaines), leurs habitants (35%, +6) et son histoire (24%, +5).
    • 71% se sentent en sécurité là où ils vivent (+4) et jugent leur environnement de proximité relativement épargné par les pollutions 58% (+4).

Mais une région qui se sent pénalisée par des carences de mobilité, de connexion et l’atonie de son économie

  • Les Normands jugent que les transports 53% (+9), le climat 39% (+12), l’économie 35% (+2) et les équipements publics 34% (+7) sont les principaux défauts de leur région.
     
  • 49% ont le sentiment que les services publics (hôpital, école, bureau de Poste, services sociaux, …) disparaissent de leur territoire (+12). Ce recul de l’Etat se traduit par une mauvaise desserte en transports en commun pour 47% (+9). 
     
  • Et 29% considèrent que l’accès à Internet y est de mauvaise qualité (+7, soit le plus mauvais score enregistré parmi les 12 régions métropolitaines).

Dans une région où le taux de chômage (9%) est légèrement supérieur à moyenne nationale, les sujets économiques pèsent sur les perspectives de la région : 59% (+5) pensent qu’il est de plus en plus difficile d’y trouver un emploi, que lorsque les commerces ferment ils trouvent difficilement un repreneur (49%, +5), et seuls 42% (-9) considèrent que leur quartier est attractif pour de nouveaux habitants.

  • Ce quotidien entravé par les difficultés de mobilité fragilisent le consentement à l’impôt : ils ne sont que 54% (-2) à trouver l’impôt utile. Les deux tiers (65%, =) estiment qu’ils contribuent par leurs impôts plus au système qu’ils n’en bénéficient. 39% (+3) seraient néanmoins prêts à payer plus d’impôts pour réduire la pauvreté, 36% pour la santé (+5) et 22% pour lutter contre les pollutions (-1).
     
  • Dans ce contexte, seuls 44% se disent optimistes pour l’avenir de leur région (-1) et un sur deux pour l’avenir de l’endroit où ils vivent (50%,=).

Une confiance vis-à-vis des institutions de proximité

  • Les Normands font néanmoins davantage confiance aux institutions de proximité que la moyenne nationale : 70% (+5) envers l’école de leur secteur, 74% envers leur Poste (+3), envers la police et gendarmerie 65% (+1). Seule exception, l’hôpital, où le taux de confiance n’est que de 56% (-3).
     
  • Bien que la confiance reste minoritaire à l’égard des élus, les Normands sont légèrement moins sévères qu’ailleurs en France : 45% (+4) font confiance à leur maire et 20% à leur député (+4). Dans les deux cas, bien que bas en valeur absolue, il s’agit des niveaux de confiance les plus élevés en France. 
     
  • En revanche, la défiance s’est installée envers l’Europe : 40% (+5) jugent que l’appartenance de la France à l’Union Européenne présente plus d’inconvénients que d’avantages pour leur région. Cette défiance est alimentée par la perception d’une Europe "inutile", qui ne protège pas : 51% (+4) sont convaincus que l’Union Européenne ne protège pas leur région des effets négatifs de la mondialisation, et 51% qu’elle ne maitrise pas les flux migratoires dans leur région (=).

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Le pouvoir d’achat des Normands sous pression

  • La crise du pouvoir d’achat n’épargne pas les Normands. 53% (+5) bouclent leurs fins de mois en se restreignant. C’est le chiffre le plus élevé de toutes les régions métropolitaines, tout comme celui du nombre de personnes ayant été à découvert à plusieurs reprises au cours des douze derniers mois (41%, +4). 42% considèrent que leur situation financière s’est dégradée en 2018 (-1).
     
  • Cette pression pèse sur la consommation des Normands. Ils sont plus nombreux que la moyenne des Français à rechercher presque systématiquement les plus bas prix, pour les courses alimentaires 35% (+3), comme pour les vêtements et chaussures 53% (+3) et l’équipement des meubles de la maison 54% (+4).
     
  • Mais elle pèse également sur des charges fixes essentielles : 23% ont eu des difficultés à payer leur loyer ou leur emprunt immobilier (=), 31% (+2) à régler leurs factures d’électricité, de gaz ou de fioul. 
     
  • 52% ont également retardé ou renoncé à des soins de santé en 2018. 
  • Le pouvoir d’achat est ainsi leur première préoccupation (42%, +2), devant les retraites (28%, +2), la santé (27%, +2), et l’emploi 25% (=).
     
  • Pour leur avenir personnel, ils ne sont pas plus optimistes que l’ensemble des Français (48%, +1).

Un fort sentiment d’injustice

  • Cette crise du pouvoir d’achat se double d’un sentiment d’injustice sociale : 79% (+1) des Normands considèrent que la société est injuste et 61% (-2) que la réussite sociale est jouée d’avance et dépend beaucoup de l’origine sociale des gens.
     
  • Il s’indigne de l’écart entre les hauts et les bas salaires 40% (+3), des inégalités sociales 31% (+2), de la fraude fiscale 25% (+1), de la précarité de l’emploi 24% (+3) et du gaspillage 23% (+1). 
     
  • 70% sont pessimistes pour l’avenir de la société française (=). 

La région et ses mobilités 

  • Traduction de la douceur de vivre exprimée, les Normands sont attachés à leur territoire : d’abord à leur région 60% (+2), puis à leur ville 54% (+2) et à leur département 53% (=). 
     
  • Cet attachement au territoire s’exprime également à l’égard du pays.La Normandie est la région où l’attachement à la France est parmi les plus élevés (75%, +2), et l’envie de la quitter la plus faible 23% (-5).

Commentaire de Florestan:

La réunification normande et l'action régionale mise en oeuvre depuis trois ans pour faire de la Normandie le bouclier social qui protège l'emploi des Normands ne sont pas encore bien connus des Normands. Il y a, visiblement, un problème de communication et de pédagogie qui a été sous-estimé par l'actuelle majorité régionale... En outre, la sociologie centrale des Normands, plutôt populaire d'une grande région rurale et industrielle correspond parfaitement à celle des Gilets Jaunes et aux revendications que ces derniers ont fait remonter. Enfin, les Normands sont fiers de leur Normandie terre de France: le régionalisme normand n'est pas chauvin et encore moins particulariste ou séparatiste...


Bien entendu, dans son édition diffusé dans tout "l'Ouest" (enfin presque...) la Pravda ligéro-bretonne se fait bruyamment l'écho que les Bretons se montrent, sans surprise, les plus fièrement attachés à leur région:

Normandie attachement enquête Elabe O-F 19022019 002

Au delà de la symbolique phalique simpliste d'un menhir de fierté bretonne dressé dominant la lande rabougrie de l'idée régionale passée depuis des années au glyphosate du centralisme de l'Etat jacobino-parisien, il faut examiner la raison pour laquelle l'idée régionale et l'action publique régionale ne sont pas encore suffisamment perçues comme des alternatives positives pour changer le quotidien économique et social des Français.

Avec 60% de sympathie régionale les Normands font un score plutôt décevant au regard de l'évidence sinon du privilège du cas de la Normandie d'être la seule vraie région-province de France avec une histoire et un patrimoine prestigieux, mondialement connu et qui, dès qu'on a l'occasion et les moyens de s'y intéresser, procure un sentiment naturel de fierté.

Mais encore faudrait-il que les Normandes et les Normands en soient persuadés. Pire: qu'ils soient mis au courant de l'existence d'un patrimoine et d'un potentiel régionaux exceptionnels. Après 60 années de division régionale et d'effondrement des Normands dans la médiocrité localiste, l'ignorance nourrit la défiance, la méprise alimente le mépris. Le constat de fond posé par le philosophe normand Michel Onfray à l'occasion de la réunification demeure: "les Normands ne s'aiment pas" même si après trois années de réunification, la fierté normande se réveille.

La comparaison toujours un peu humiliante avec le cas breton est incontournable même si elle n'épuise pas le sujet: en dépit d'une Bretagne qui reste amputée de sa Loire Atlantique, les Bretons sont les plus fiers de leur région envers et contre tout au point qu'ils usent et abusent de cette position médiatique nationale (donc parisienne) favorable pour monopoliser l'idée d'identité régionale dans le sens qu'il n'y aurait de légitime que l'identité régionale au beurre breton alors que l'identité régionale à la crème normande est tout aussi pertinente sinon plus en proposant une identité régionale plus individualiste et existentialiste qui évite les périls idéologiques du communautarisme.

Certains avantages ne sont pas sans inconvénients (Bretons) ou vice-versa (Normands).

La question d'une information quotidienne régionale 100% normande ou "pro-active" normande, la question de mener un combat culturel normand pour se reconquérir soi-même, pour "normandiser" plus encore une société civile régionale qui avait su, des années durant, porter parfois à bout de bras dans le mépris institutionnel et officiel, l'idée régionale normande, sera le grand enjeu de la prochaine mandature régionale qui s'ouvrira en 2021.

L'enjeu est de faire prendre conscience que la Normandie peut être le BOUCLIER SOCIAL des Normands: il faudra donc renforcer tous les événements, les occasions, les supports médiatiques qui peuvent faciliter cette prise de conscience. A commencer par les jeunes Normands qui ne connaissent quasiment rien de leur région qui en ont encore une image déplorable et ringarde au point que cela peut contribuer au manque d'estime de soi que l'on observe parfois... Heureusement d'ailleurs que les jeunes Normands ne lisent pas Ouest-France car ce serait pire!

C'est la raison pour laquelle nous avons demandé à la région de prendre en charge la diffusion d'une information exhaustive sur la Normandie auprès de tous les lycéens entrant en classe de seconde.

L'actuelle majorité régionale emmenée par Hervé Morin a déjà un bon bilan normand: la tâche était colossale car il a fallu parer à de multiples urgences dans l'immense chantier de restauration et de reconstruction de l'unité normande. Des initiatives ont été prises pour stimuler le réveil de la fierté normande mais il faudra aller plus loin tout en évitant de singer le modèle 100% beurre breton car ce serait mépriser une seconde fois la richesse exceptionnelle d'une matière normande qui devrait nous remplir de fierté.

Nous l'avons déjà dit: vendre la Bretagne c'est plus facile que de vendre la Normandie pour la bonne et simple raison que la Normandie n'est pas à vendre. 

La Normandie est une matière à contempler à méditer pour être davantage soi-même plutôt qu'un objet de marketing à exploiter à dupliquer à simplifier à édulcorer pour faire jouir des masses imbéciles. La Normandie c'est une expérience aristocratique, un dandysme, un élitisme pour tous.

Par exemple: Le cidre normand ou le poiré du Domfrontais méthode champenoise sont des boissons d'exception qui peuvent rivaliser sur les plus grandes tables avec le vin. Personne n'est au courant ou presque. Et quand on relève le problème on s'entend encore dire: "un produit de qualité exceptionnelle n'a pas besoin de pub. La publicité c'est l'art des imbéciles pour convaincre des imbéciles" (dixit un distributeur de poiré rencontré récemment sur un marché forain de Caen).

On pourra partager totalement l'analyse même si elle n'incite pas à l'efficacité commerciale: laissons l'esprit de boutique aux Bretons qui sont nos Chinois à condition d'inventer autre chose, tout autre chose: ça tombe bien, la matière normande est dans l'air du temps!

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