L'auteur de ce billet n'a pas l'habitude d'être complaisant avec Paris-Normandie, ni avec la gouvernance du port du Havre. Mais il a porté un grand intérêt au contenu de l'article suivant :

Au Havre, l’entreprise Soget anticipe le Brexit « dur »

Paris-Normandie Publié le 19/02/2019 à 04:57 Mis à jour le 19/02/2019 à 04:57 François HAUGUEL

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Économie. Soget l’affirme. Avec « EasyBrexit », l’entreprise havraise spécialisée dans le guichet unique portuaire se dit prête à relever le défi d’un Brexit sans accord en fluidifiant les trafics de marchandises sur les ports normands.

Pour Hervé Cornède, EasyBrexit est l’outil le mieux adapté en cas de Brexit dur

« Réduire la congestion des flux, c’est quelque chose que nous savons faire... » Hervé Cornède, le directeur général et président du directoire de l’entreprise havraise Soget n’a pas peur du Brexit. Et il l’a encore affirmé hier lors d’une intervention au Propeller Club du Havre.

Commentaire :

     A côté d'une gouvernance portuaire décevante, il existe au moins une raison d'espérer sur les perspectives ouvertes au GPM du Havre : l'activité de la Soget et les retombées sur le trafic portuaire des outils qu'elle développe. Je regrette de ne pas l'avoir évoquée plus tôt. Le problème, c'est qu'il n'y a pas, au-delà de l'outil administratif de fluidification des flux logistiques, des voies d'accès de pré et post acheminements performantes... pour ne prendre qu'un inconvénient...

Le 30 mars prochain, la Grande-Bretagne quittera définitivement l’Europe. Une date historique que beaucoup redoutent quant à ses conséquences principalement son lot de contingences administratives qui risque d’avoir un impact sur la chaîne logistique. Qu’il soit sans accord ou négocié, le Brexit pose donc le problème de la fluidité du trafic de marchandises sur les ports de la façade Manche-Mer du Nord.

« Ne pas attendre le dernier moment »

Avec plus de quatre millions de poids lourds qui empruntent le transmanche, les infrastructures portuaires françaises sont-elles en mesure d’absorber l’instauration d’une nouvelle frontière logistique ? « Le Brexit, ce sont trente millions de déclarations en douane. Nous n’avons donc pas voulu attendre le dernier moment pour nous positionner. Au contraire, avec EasyBrexit et grâce à notre expérience en matière de Port Community System (guichet unique portuaire), nous avons anticipé les choses... Pour ce faire, nous avons travaillé en collaboration avec les autorités portuaires, les compagnies de ferries, les douanes, les transporteurs routiers. Nous avons également échangé avec les Britanniques pour être en mesure de faire du pré-dédouanement côté anglais »

Attirer des logisticiens

EasyBrexit est un produit basé sur une solution digitale déjà existante S) One, un Port Community System quatrième génération qui a été mis au point en partenariat avec le géant américain Microsoft. Cette digitalisation devrait ainsi permettre le traitement dématérialisé des procédures et donc de fluidifier le trafic de marchandises. « Notre démonstrateur est prêt... Mais nous ne pourrons pas avancer sans un engagement de l’État, des ports ou des acteurs concernés », prévient le responsable.

Hervé Cornède indique que le Brexit peut également être une formidable opportunité d’attirer sur le sol français et havrais en particulier des investisseurs, en premier lieu des logisticiens. « Avec le Brexit, beaucoup vont vouloir bouger leur base logistique sachant que le coût de l’immobilier logistique en Grande-Bretagne est extrêmement cher. C’est un des gros enjeux pour attirer de la valeur ajoutée. Le Brexit va probablement remodeler les flux logistiques mais pas les flux de ferries », analyse Hervé Cornède.

Commentaire :

     Tant mieux si des logisticiens d'outre Manche viennent s'implanter en Normandie et plus précisément au Havre ! Mais, là encore, les voies d'accès de pré et post acheminements seront-elles à la hauteur d'un développement d'activité logistique ?

Les douaniers sont inquiets

À trente-cinq jours du Brexit, les syndicats des douanes dénoncent le manque de moyens pour assurer leurs missions.

Si la Grande-Bretagne opte pour une séparation complète fin mars, les déclarations en douane devraient exploser. Et pour certains syndicats de douaniers, tant du point de vue humain qu’en termes d’infrastructures, le compte n’y est pas. « Le gouvernement a annoncé le recrutement de 700 douaniers sur trois ans. Mais ce que l’on oublie de dire, c’est que nos effectifs n’ont cessé de chuter depuis une dizaine d’années. Ces moyens annoncés vont simplement combler ce que nous avons perdu. Nous sommes perplexes. Dans ce dossier, il y a une impréparation totale », estime François Locquette, responsable régional CFDT Douanes.

Commentaire :

     Entre l'impréparation totale dénoncée par CFDT Douanes et le discours officiel, rassurant comme d'habitude, des représentants de l'Etat, que doivent prendre au sérieux ceux qui observent depuis des décennies la défaillance de l'Etat dans le traitement des affaires maritimes et portuaires ?

Plus de contrôles

Le responsable explique que dans le cadre du renforcement des effectifs, un seul agent supplémentaire serait affecté au terminal transmanche du Havre. « Nous aurons des missions supplémentaires, le contrôle fret et passagers, la détaxe. Mais comment y faire face notamment le week-end ? Au Havre, des rotations supplémentaires de ferries ont également été annoncées par Brittany Ferries... » François Locquette évoque également le manque d’anticipation en matière d’infrastructure. « Sur le terminal ferries, nous ne disposons pas d’entrepôts pour effectuer des contrôles qui seront à l’avenir nécessaires... » A contrario, le responsable syndical estime que le trafic conteneur mais aussi les contrôles au PIF PEC (Poste d’inspection frontalier - Point d’entrée communautaire) ne devraient pas trop poser de problèmes.

Commentaire :

     Comme souvent dans la pratique managériale contemporaine, entre les annonces d'adéquation des moyens par rapport aux objectifs et la constatation postérieure, il y a une distorsion à prévoir...

     Heureusement pour le GPM du Havre, " ... le trafic conteneur mais aussi les contrôles au PIF PEC (Poste d’inspection frontalier - Point d’entrée communautaire) ne devraient pas trop poser de problèmes. " ...

Nicolas Tremollet, responsable régional FO Douanes, dresse le même constat. « L’administration parle d’un recrutement étalé sur trois ans. Mais certains agents ne seront pas là avant l’année prochaine. Cela représente quelques dizaines de postes pour Caen, Le Havre ou encore Dieppe... Dans le même temps, les départs à la retraite ne sont pas remplacés. Au Havre, nous avons également besoin de matériel, un parking supplémentaire, des aubettes, un hangar de contrôle. La problématique se posera plus sur le contrôle des passagers que sur celui des marchandises. L’administration travaille sur de nouvelles procédures pour contrôler les camions grâce à un système de lecture optique. Tout ça est séduisant mais rien n’est prêt. Ça veut dire des files d’attente aux abords du terminal ferry. On propose aux agents de délaisser leurs postes pour venir en Normandie ou dans les Hauts-de-France pour des missions de 5 à 6 mois. Aujourd’hui, tout le monde croise les doigts pour que le Brexit soit reporté. »