Billet de Florestan

"Au lendemain des élections organisées dans la capitale sans nom d'un pays sans nom, la stupeur s'empare du gouvernement: 83% des électeurs ont voté blanc..."  José Saramango, La lucidité.

Faisons un peu de prospective électorale sinon un peu de politique fiction parce que, comme tout le monde, je déteste les cauchemars et surtout les cauchemars voués à se répéter...

Mais franchement! Qu'a-t-on fait au Bon Dieu pour mériter ça...

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Depuis 1974, mises à part une parenthèse de vraie gauche gouvernementale presqu'enchantée entre 1981 et 1983 ou une nouvelle petite éclaircie entre 1997 et 2002, nous sommes placés sous le régime idéologique du giscardisme, à savoir un gouvernement de droite plus ou moins libéral qui se dit ni de gauche, ni de... gauche. Le cauchemar électoral qui réveille régulièrement le peuple qui s'enfuit de plus en plus massivement sur l'Aventin de l'abstention ou, désormais, qui campe sur les rond-points avec une belle jaunisse démocratique, c'est l'obligation artificielle, politicienne, cousue de fils blancs d'avoir à choisir toujours entre blanc bonnet libéral de gauche ou bonnet blanc libéral de droite face à l'épouvantail de la boutique Le Pen:

C'est Mitterrand, en grand lecteur de Machiavel, qui a inventé la martingale qui permet de gagner à tous les coups. La première fois, c'était en 1986 à l'occasion des premières élections régionales au suffrage universel direct avec une bonne dose de proportionnelle pour faire advenir le diable frontiste dans tous les détails de la droite dite "classique". Et depuis, ça marche! Le cauchemar se répète avec quelques grands moments nationaux de psychodrames politico-médiatiques notamment lors du second tour des élections présidentielles de 2002: que cela soit le père ou la fille, il faut, coûte que coûte, un épouvantail made in la Trinité-sur-Mer au second tour des présidentielles. En avril et mai 2017 même punition mais sous la forme d'une farce qui confine au dégoût avec un candidat plus que jamais "du système" qualifié face à Marine Le Pen, en arrivant plus que jamais premier dans un concours de circonstances derrière une montagne d'abstention et de votes blancs ou nuls...

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Epouvantail? Emmanuel Macron l'a été aussi sur la scène de théâtre de son lycée...

https://www.youtube.com/watch?v=L7NFcv7Oe9k

La même grosse ficelle politicienne usée s'apprête à resservir à l'avantage de notre premier de cordée élyséen pour les élections européennes de mai 2019 avec grand renfort d'épouvantails en gilets jaunes bien fluorescents dans la nuit de la pensée pour bien faire peur à la partie de l'électorat qui adore avoir peur pour savoir quoi voter: Emmanuel Macron en chef d'un grand retour inédit et historique du parti de l'Ordre et de la Peur va nous resservir forcément la même soupe de la reductio ad Le Penum... ad nauseam!

Le cauchemar électoral ainsi répété indéfiniment risque de nous faire collectivement vomir la démocratie représentative telle qu'elle ne fonctionne plus sous la 5ème République et il est à craindre que le même scénario ne soit reconduit pour les prochaines élections présidentielles de 2022: Emmanuel Macron n'a plus que ça à nous proposer: faire peur et diaboliser moralement pour mettre en scène le retour de l'épouvantail de la boutique Le Pen. Autant jouer, plus que jamais, avec le feu car de récentes études démontrent qu'en cas de reconnaissance du vote blanc qui obtiendrait la 3ème place du scrutin, le match éculé entre le candidat du système vs l'épouvantail Le Pen, se jouerait sur un fil, à moins de 100000 voix près dans un pays politiquement écoeuré qui risquerait d'entrer, pour le coup, en rébellion politique quasi insurrectionnelle: l'hiver des Gilets Jaunes n'aura été alors qu'un simple avertissement!

Que faire? Comme l'a dit un célèbre professionnel de lui-même devant le Palais d'Hiver?

Reconstruire une vraie alternative politique avec de vrais choix et accepter que les citoyens aient le plus possible voix au chapître sur les réalités et enjeux qui les concernent le plus directement.

Sur le premier point, au niveau national et européen, il y a urgence à sortir de l'actuelle stérilisation idéologique libérale qui ne profite qu'à une minorité excessivement privilégiée et qui n'a plus qu'un lointain rapport avec les institutions démocratiques nationales. Sur le second, il s'agit de régionaliser la République en faisant dialoguer la démocratie réprésentative et la démocratie directe d'initiative citoyenne locale.

Avec qui?

On conviendra qu'il devient difficile de répondre à cette question car tout le monde sait de qui ou de quoi on ne veut plus (par ex: Macron VS Le Pen au second tour des présidentielles de 2022). En revanche, plus personne ne sait qui ou quoi on voudrait à la place... Notamment à gauche.

D'où la perspective originale que nous soumettons à votre sagacité sachant qu'elle s'inscrit dans la logique qui est la nôtre qui est de savoir quelle serait le scénario qui pourrait être le plus favorable à l'intérêt de la Normandie et des Normands...

En effet, ce qui importe est de savoir qui sera encore à l'abbaye aux Dames à Caen après 2021 et qui sera sur le perron de l'Elysée à la fin du printemps 2022.

A l'abbaye-aux-Dames à Caen, en Normandie, on ne vous cachera pas que nous espérons bien voir Hervé Morin poursuivre, avec une majorité régionale renouvelée, son oeuvre de reconstruction de l'unité normande et de réveil des énergies normandes entreprise sans tarder dès la réunification actée au 1er janvier 2016: en effet, que restera-t-il des ambitions de certains jeunes macronistes après trois ans passées dans l'essoreuse du pouvoir s'il s'agit de mener une campagne authentiquement au service des intérêts des Normands en 2021 (Sébastien Lecornu)?

Quant à Nicolas Mayer-Rossignol, il lui sera toujours aussi difficile qu'en 2016 de faire oublier qu'il fut le dernier à présider la division normande depuis Rouen quand il s'agira de faire campagne ailleurs en Normandie qu'à Rouen ou hors du périmètre de l'ex Haute-Normandie... Si Hervé Morin ne fait pas d'ici là une énorme... "morinade", il peut être assuré de sa réelection car après trois ans de mandature, le premier président normand a un bon bilan... normand.

En revanche, à Paris, du côté de l'Elysée on admettra que c'est beaucoup plus compliqué...  A voir aujourd'hui l'état des troupes des oppositions à la République En Marche après un puissant moment "dégagiste" qui ne manquera pas de dégager à leur tour les dégageurs disruptifs du soi-disant "nouveau monde", on peine à voir émerger une tête qui pourrait réellement incarner une vraie alternative idéologique au libéralisme central d'Emmanuel Macron ainsi qu'une alternative politique au retour annoncé du match Macron vs la dame qui fait peur...

C'est alors qu'on entend depuis quelques jours la petite musique élégamment irrévérencieuse du dernier Premier ministre un peu dandy de François Hollande, celui qui fut, au Ministère de l'Intérieur, un parfait homme d'état dans la tourmente des attentats islamistes mais qui fut, enfin et surtout, le véritable architecte de l'unité normande retrouvée dans l'équilibre trouvé entre Caen et Rouen puisque l'ancien député-maire socialiste de Cherbourg émancipé de la Fabiusie rouennaise, avait su imposer son arbitrage au profit de la vision équilibrée permise par le fameux amendement Tourret (siège de la région à Caen, chef-lieu de l'Etat en région à Rouen) contre Manuel Valls et l'inspection interministérielle qui penchaient pour tout mettre à Rouen. C'était le 31 juillet 2015...

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Bernard Cazeneuve, puisqu'il s'agit de lui, annonce, ces temps-ci, son grand retour sur la scène de la politique nationale. On lui souhaite bien du courage pour réussir la corvée qui fatiguerait même un Sysiphe: rassembler la gauche de gouvernement éparpillée façon puzzle!

Car le parti socialiste n'aimante plus rien, on n'est plus à la belle époque où Mitterrand pouvait s'autoriser le luxe de tordre le bras de ses alliés communistes. De même, l'idée d'un programme commun semble devenue utopique entre, d'un côté, la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon et de l'autre, les Verts de Yannick Jadot: un Bernard Cazeneuve ayant, d'une part, sur la conscience le décès accidentel du militant zadiste Rémi Fraisse et provenant, d'autre part, de son Clos du Cotentin nucléaire, pourrait même réussir le tour de force d'unir contre lui les Insoumis et les Ecologistes. Entre ces deux forces principales, le parti communiste, le parti socialiste, forment les moins petits morceaux d'une soupe dont on ne connaît toujours pas la liste complète des ingrédients (Hamon, Glucksmann et qui d'autre encore???).

Cependant, Bernard Cazeneuve a pour lui un atout maître: c'est qu'il a démontré sa capacité à exercer l'Etat en homme d'Etat en respectant les principes de la France républicaine tant dans la forme que sur le fond. Autre atout: être une alternative sérieuse sinon crédible (plus crédible que ne le fut lui-même François Hollande) pour nous épargner un second duel, cauchemardesque, entre l'actuel président des "très très riches" et la dame qui fait peur.  Il nous dit croire encore à la social-démocratie et qu'il est encore possible de faire une politique qui puisse être autre chose qu'une  atténuation des rigueurs de l'hiver libéral sur les peuples. On aimerait pouvoir le croire...

Cependant, une chose est cependant d'ores et déjà certaine, le ticket Morin -Cazeneuve serait plus porteur de chance pour la Normandie et les Normands que l'actuel divorce entre Morin le girondin et Macron le jacobin car nous aurions, en même temps, celui qui met en oeuvre concrètement l'unité normande à Caen et celui qui l'a conçue au plus haut sommet de l'Etat à Paris.

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