L'excellent hebdomadaire Marianne organisait conjointement avec le quotidien Paris-Normandie un débat public sur la crise du crédit actuelle de la profession de journaliste. C'était à Rouen à la Chapelle Corneille ce 13 mars 2019 en présence de deux-cents personnes. Cet exercice d'auto-critique démocratique est courageux: on remerciera la rédaction de Paris-Normandie de s'être prêtée au jeu: on attend que Ouest-France fasse de même à... Rennes (car à Caen, ils ne feront rien!).

De notre point de vue de blogueur normand "quasi" journaliste on dira ceci:

1) L'objectivité absolue n'existe pas. Les journalistes travaillent toujours la réalité avec un "angle". L'angle de l'Etoile de Normandie est clairement assumé: nous sommes des régionalistes normands. On aimerait simplement que les grands médias généralistes presse écrite ou audiovisuelle assument davantage leurs préjugés idéologiques: ce serait plus clair, plus honnête pour tout le monde.

2) Il faut cesser, en conséquence, la confusion entre journalisme et éditorialisme, entre relation factuelle, précise du réel et son commentaire ou "décryptage" qui implique une grille de lecture idéologique, une certaine vision du monde: on renvoie au point numéro 1

3) Dans l'information locale et régionale, le journalisme de connivence montre rapidement ses limites: c'est la question de rester au contact des meilleures sources d'informations, au plus près des puissances sociales, institutionnelles, économiques ou politiques quitte à toujours rester dans le "off" au prix d'une certaine autocensure pour, parfois, passer dans le "on" quitte à perdre sa place de grand reporter trop curieux ou être l'idiot utile médiatique de rapports de force qui restent mystérieux pour le grand public mais qui alimentent sa défiance: il faudrait, "en régions", l'équivalent du Canard Enchaîné ou de Médiapart.

En Normandie, il y a peu, nous avions Filfax: nous avons appris qu'un projet journalistique similaire allait prochainement revoir le jour. Nous nous en réjouissons d'avance!

Nous sommes bien conscients qu'une partie du succès d'audience de l'Etoile de Normandie (avec une moyenne de 600 visites quotidiennes en ce moment), le webzine de l'unité normande qui traite l'information régionale normande que nous estimons utile sinon stratégique, sans les filtres habituels (autocensure) avec une certaine liberté de ton (dans le cadre permis par la loi sur la liberté de la presse de juillet 1881) se construit sur l'actuelle crise de défiance subie par les médias et qui est aussi alimentée par une profonde crise professionnelle du journalisme associé à une crise non moins profonde du modèle économique de la presse traditionnelle.


 https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/debat-marianne-paris-normandie--crise-de-la-democratie-et-journalistes-entre-detestation-et-fascination-KB14732228?utm_source=newsletter_mediego&mediego_euid=7b65029da2&mediego_ruuid=af487c4a-08db-4e31-95ba-3b4c316f8de1_2&mediego_campaign=20190314_news_actu&utm_content=20190314&utm_campaign=newsactu&utm_medium=email#

Débat Marianne/Paris-Normandie :

« Crise de la démocratie et journalistes », entre détestation et fascination

Débat. Quelle est la responsabilité des journalistes dans la crise de la démocratie actuelle ? Quatre journalistes de renom en ont débattu mercredi 13 mars 2019 dans la soirée à Rouen, en présence d’environ deux cents personnes.

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« Comment avons-nous pu susciter une telle détestation ? » Devant quelque deux cents personnes mercredi 13 mars 2019, réunies dans la superbe chapelle Corneille, à Rouen, Natacha Polony a d’emblée posé les termes du débat organisé par l’hebdomadaire Marianne et votre quotidien Paris-Normandie. Thème de cette soirée, alors que jamais la défiance envers les journalistes n’a été si prégnante : « Crise de la démocratie : les journalistes sont-ils coupables ? »

Pour débattre de ce sujet, quatre journalistes de renom : Natacha Polony, la directrice de la rédaction de Marianne, Laurent Joffrin, le directeur de la rédaction de Libération, Franz-Olivier Giesbert, éditorialiste, ex-directeur de la rédaction du Point et du Figaro, et Thierry Rabiller, directeur de la rédaction de Paris-Normandie. Alors que le Grand débat national, né du conflit des gilets jaunes, touche à sa fin, cette soirée consacrée à la responsabilité de la presse avait pour vocation de décrypter une profession prise pour cible, notamment sur les ronds-points au cours de ces derniers mois, « alors, explique Laurent Joffrin, que jamais dans l’histoire des luttes sociales, on a couvert un conflit avec autant de profusion et de longueur de temps ».

Donc, qu’est-ce qui cloche ? Pour Natacha Polony, il y a d’abord la perception que le public a des journalistes, souvent vus comme étant lointains, vivant dans une sorte d’autarcie au cœur de la capitale. « On ne vit pas dans un monde à part, souligne Laurent Joffin. Les gens sont sur le terrain et font bien leur travail ». Ce que confirme Thierry Rabiller : « La rédaction de Paris-Normandie est composée de multiples profils. Quand les journalistes vont sur le terrain, ils sont reconnus parce qu’il y a une forme d’effet miroir avec les interlocuteurs ».

Autre problème soulevé hier soir, celui d’une « connivence », voire d’un certain goût « du consensus mou », comme le dit « FOG », qui cite encore la propension des journaux à pratiquer une forme de « suivisime », c’est-à-dire à « servir, tous, la même soupe, la même sauce tous les soirs ». « Mais quelle connivence ? s’interroge Laurent Joffrin. Au moment de l’affaire Fillon, où était la connivence ? Au moment de l’affaire Cahuzac, où était la connivence ? Avec Benalla, où est la connivence avec Macron ? C’est une blague ! »

« La question la plus importante est celle de la pensée unique, souligne Natacha Polony. Bien sûr qu’il y a de la diversité mais quand il s’agit de débattre de sujets essentiels, comme la désindustrialisation de la France, on voit bien qu’il y a des avis différents ». « Je ne vois pas la pensée unique entre Valeurs Actuelles par exemple [à droite,N.D.L.R.] et L’Obs [plutôt à gauche, N.D.L.R.], souligne Laurent Joffrin. Cette histoire de pensée unique ne tient pas debout ».

« Il faut retrouver un journalisme contradictoire »

« Journaliste est un superbe métier, note Franz-Olivier Giesbert. Il faut retrouver un journalisme contradictoire, c’est la clé ». Thierry Rabiller abonde : « On nous accuse de tous les maux, on nous accuse de ne pas donner la parole aux uns ou aux autres mais les gens ne nous lisent pas assez ! » En clair : il faut prendre le temps de lire.

Autre question soulevée hier soir, celle de la formation. A l’heure où les réseaux sociaux permettent de colporter tout et son contraire, où chacun prétend pouvoir s’improviser journaliste, Natacha Polony rappelle qu’« être journaliste nécessite des compétences ». « Tout le monde ne peut pas être journaliste, ajoute la directrice de Marianne. Cela nécessite une déontologie. Le journalisme comme élément de participation à la démocratie doit se rénover. Nous avons une autocritique à engager ».

Et la crise des gilets jaunes : comment expliquer leur défiance vis-à-vis des médias ? Si le « divorce » a des racines très lointaines, « les journalistes, à titre individuel, ne sont pas coupables. Mais la musique globale, qui était souvent donnée par des éditorialistes à la télévision, a coloré cette perception », souligne Natacha Polony. Pour Libération, Laurent Joffrin, qui répondait à une femme « gilet jaune », tous les points que les gilets jaunes soulèvent depuis le 17 novembre (pouvoir d’achat, désindustrialisation, recul des services publics...) ont été largement traités. « Ce que l’on attend de nous, ajoute Thierry Rabiller, c’est que nous expliquions et que nous traquions les fausses nouvelles ». C’est bien ce à quoi s’emploient chaque jour les équipes professionnelles de Paris-Normandie, de Libération oude Marianne.