BILLET de FLORESTAN

Quel est le point commun entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Nicolas Dupont- Aignan, Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, Olivier Faure, Laurent Wauquiez et... François Asselineau?

Eh bien, qu'ils soient populistes de l'extrême gauche, populistes de l'extrême droite ou de... l'extrême centre libéral, qu'ils soient les ultimes représentants d'une social-démocratie disparue et qui ne savent plus où habiter ou d'une droite dite "classique" en ruines ou, encore, qu'ils se croient la réincarnation providentielle et ressuscitée d'un gaullisme souverainiste que l'on croyait mort...

ILS et ELLE SONT TOUS JACOBINS!

A les écouter, ils veulent tous le retour à un Etat-Nation fort c'est-à-dire recentralisé à Paris car faute de faire l'effort de prendre au sérieux l'idée régionale, ils en font tous, plus ou moins, une question d'épouvante faute de savoir comment guérir l'Europe de sa langueur bruxelloise anti-démocratique et ordo-libérale ou faute de savoir comment guérir la République française de son autoritarisme foncièrement anti-démocratique.

La confusion entre unité indivisible et centralisation uniformisante, la croyance que décider plus vite tout seul c'est plus utile et plus efficace que de décider ensemble après une délibération collective locale, régionale et nationale, persistent dangereusement chez les technocrates et haut-fonctionnaires de l'Etat central jacobin et parisien: ils en sont encore à se demander comment, définitivement, "remplacer le gouvernement des hommes par le gouvernement des choses " pour reprendre la malheureuse formule de Saint-Simon...

Quelle vanité! Car quand ils veulent congédier le réel démocratique par la porte il revient vengeur par la fenêtre ou sur un rond-point, gilet jaune fluorescent sur le dos pour fendre la nuit de leur mépris et de leur orgueil.

Entre le "laissez-faire" libéral techno-autoritaire d'un nouveau Giscard qui se prend pour Bonaparte et le dirigisme écologiste d'un admirateur de Robespierre qui prétend pouvoir sortir des traités européens tout en restant dans l'union européenne, entre une Marine Nationale qui navigue à vue et une République en Marche non pas pour aller au bout du siècle mais pour aller au bout du mandat de son chef sans finir nus- pieds, il y a, tout de même, la place à quelques alternatives politiques plus intelligentes et enthousiasmantes pour rassurer des citoyens français foncièrement inquiets pour leur avenir...

Nous l'avons déjà dit ici:

Un nouveau match électoral au second tour des présidentielles en 2022 entre l'homme de paille du "système" et l'épouvantail de la boutique Le Pen pourrait avoir des conséquences politiques plutôt inquiétantes... La crise actuelle des Gilets Jaunes ne pourrait être qu'un avant goût de ce qui pourrait advenir si nous devions aller jusqu'au bout de la logique institutionnelle d'une 5ème République présidentialiste qui réussit le tour de force de faire fonctionner une démocratie représentative qui ne représente que 25% à 30% du corps social et civique, tout au plus!

D'où l'idée qui monte partout dans l'opinion d'essayer, d'expérimenter ce qui, jamais, n'avait été porté au pouvoir suprême dans la Nation française. Emmanuel Macron l'a parfaitement compris au point d'avoir manipulé cette attente "dégagiste de l'ancien monde" pour arriver premier dans un concours de circonstances: moins de deux ans après, tout le monde sait, maintenant ou presque, que Macron était une marque contrefaite...

Alors, essayons d'embarquer avec la Marine Nationale en 2022! Depuis le temps qu'elle fait des ronds dans l'eau au second tour de chaque élection, tout doit être prêt à bord pour le grand appareillage... Pas sûr! Et quand un navire navigue sous un pavillon de complaisance, est-on vraiment sûr d'arriver à destination sans risquer un naufrage?

Une autre option n'a pas été vraiment expérimentée en France, sauf parfois, au niveau local. Cette option c'est celle d'un "laissez NOUS faire" local, régional et national démocratique, c'est l'option girondine qui a été guillotinée en 1793 par les Jacobins qui furent, pendant les deux derniers siècles, les vainqueurs de l'Histoire de France: le jacobinisme "ça eut payé mais ça paye plus!" Face aux grands défis inédits du XXIe siècle, à commencer par ceux du changement climatique et de la transition écologique économique et sociale pour y faire face, les solutions les plus innovantes et les plus efficaces proviennent de la société civile et de ses territoires...

L'ancien monde était celui de l'infantilisation et de l'irresponsabilité. Le jacobinisme est obsolète tout comme le glyphosate. Le moment girondin arrive enfin car une société civile plus informée et connectée en permanence au réel dans toutes ses échelles et dans toute sa complexité aspire, de plus en plus, à la co-décision, à la co-gestion voire à l'auto-gestion des projets qui la concerne: la démocratie est le régime politique qui prétend pouvoir transformer tout être humain doué de savoir et de raison en adulte responsable donc décideur. C'était l'utopie des Lumières européennes du XVIIIe siècle: nous y sommes!

L'échelle spatiale d'une vraie région humaine (celle qui fusionne la région du coeur et la région de la raison) nous semble être l'échelle pertinente pour s'approprier individuellement et collectivement cet approfondissement de la démocratie non pas pour détruire la grande Nation française mais pour la refonder en remettant la République française sur ses pieds et, de préférence, sur le plancher des vaches!

Car que serait la France définitivement aseptisée, purifiée, nettoyée, uniformisée par le glyphosate  d'un jacobinisme parisien devenu l'agent d'une banalisation mondialisée sous standard culturel nord-américain si les petites patries qui composent la grande devaient disparaître? Les combats pour la sauvegarde de la biodiversité et de la diversité culturelle et identitaire sont identiques tout comme le sont les combats à mener pour la justice sociale et la justice territoriale.

Le moment girondin est, pour nous, arrivé car nous prenons l'idée régionale au sérieux.

Reste à convaincre nos concitoyens que l'idée régionale n'est pas une idée saugrenue sinon dangereuse mais la seule vraie bonne idée politique alternative que nous n'avons pas encore essayé pour l'avenir de la France.

On vous avouera qu'il ne sera pas facile de faire progresser l'idée régionale en France: il en a été, de même, pour la prise de conscience de l'urgence écologique qui est, désormais, partagée. Reste à faire comprendre que rapprocher le pouvoir de décision des gens à l'échelle locale et régionale serait la meilleure façon de trouver les solutions pour répondre aux urgences écologiques ainsi qu'à toutes les autres ou presque selon le vieux principe de subsidiarité qui nous vient du droit canon ecclésiastique médiéval (eh oui!).

Ce ne sera pas facile car les Jacobins et les idiots utiles qui travaillent bénévolement pour eux ne cesseront pas de nous dire que l'idée régionale est une idée dangereuse pour l'unité nationale et ses solidarités, qu'elle génère plus d'égoïsme et de replis communautaire que d'altruisme et d'ouverture aux autres...

Vous connaissez très bien la musique: on nous la sert jusqu'ici sur l'Etoile de Normandie.

Face aux prochaines échéances électorales et au désarroi civique de plus en plus abyssal du peuple Français, il est donc urgent que l'idée régionale soit présentée comme une alternative crédible foncièrement utile et positive pour notre avenir collectif: à condition que le régionalisme ne fasse plus peur et qu'il ne prête plus le flanc au discours de mauvaise foi jacobine qui assimile tout régionaliste à un dangereux nationaliste séparatiste identitaire poseur de bombes!

Bref! Nous les régionalistes nous avons en France le même problème que les Gilets Jaunes: s'organiser pour mieux se faire comprendre et se faire connaître afin de ne plus être assimilé à des "casseurs séditieux xénophobes antisémites..."

Un régionalisme français responsable, ouvert, démocratique, social, solidaire, écologiste et humaniste peut-être plus respectueux des valeurs de la République que la République elle-même, parfois, trop souvent, fâchée avec les principes de l'état de droit, est possible: ce chemin est, comme tous les chemins exigeants, un chemin de crête. On espère qu'il sera enfin possible de l'ouvrir aux prochaines élections régionales de 2021.

Ce chemin de crête, certains élus ou certaines personnalités ont travaillé à l'ouvrir ou y travaillent encore à cette heure: on pensera, par exemple,  à Michel Rocard qui, dans son célèbre discours prononcé au congrès du PSU à Saint-Brieuc en 1966, appelait à "décoloniser la province"... On pensera aussi au philosophe normand Michel Onfray qui s'est emparé depuis quelques années de la question girondine. Plus récemment, à l'occasion des dernières présidentielles, l'écrivain Alexandre Jardin se lança aussi dans l'aventure girondine mais ce ne fut, hélas, qu'un feu de paille...

C'est, en revanche, le choix plus sérieux fait par Hervé Morin en tant que président de la Normandie et aussi en tant que président de la très institutionnelle association des régions de France qui s'ouvre, depuis peu comme jamais, aux problématiques régionalistes (on pensera aux langues régionales) sachant que l'urgence est, d'abord, à la défense de l'acquis de quarante années de décentralisation, acquis remis en cause par celui qui annonçait un "pacte girondin" quand il n'était que candidat à l'élection présidentielle de 2017. Hervé Morin semble apprécier ce rôle au point de faire savoir qu'il aimerait bien proroger son mandat de président des régions de France:

L'objectif est, bel et bien, celui des élections régionales de 2021 avec la possibilité d'en faire, pour la première fois, un moment régionaliste fondateur d'une France girondine à laquelle aspire le régionaliste normand "violemment modéré" que je suis...

L'un des enjeux est, en effet, que le régionalisme froid et fonctionnel des élus décentralisateurs puisse, enfin, prendre langue avec le régionalisme plus chaud et charnel qu'on pourra trouver au sein de la fédération "Régions et Peuples Solidaires" dont vous trouverez ci-après les principales lignes de force programmatiques diffusées à l'occasion du Grand débat national:

https://www.federation-rps.org/

Il nous a paru intéressant, pour la suite à donner à notre engagement régionaliste normand, que l'exemple de la Normandie, désormais seule vraie région de la France métropolitaine, avec la Corse, puisse contribuer plus régulièrement à la réflexion politique de la principale organisation régionaliste française d'autant plus que l'identité normande a pour originalité de n'être pas fondée seulement sur une réalité ethno-linguistique mais sur un patrimoine historique, institutionnel, juridique, culturel, politique qui permet une liaison intime entre l'identité régionale normande et l'identité nationale française:

En effet, le régionaliste normand que je suis n'oubliera jamais que la République française n'a pu recouvrer sa pleine souveraineté sur le sol de France que grâce au courage des résistants Normands de 1944.

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