L'article à lire ci-après a attiré notre attention tant sur la forme que sur le fond...

Sur la forme, on notera, avec amusement, qu'une fois de plus, le journalisme de connivence touche ses limites. En l'occurrence, non sans raison, Thomas Gourlin, journaliste au Courrier de l'Eure se plaint d'avoir été transformé en idiot utile à l'occasion d'une récente conférence de presse d'Hervé Morin, le président de la Normandie, qui a, visiblement, voulu faire passer un message clair à qui voudra bien l'entendre.

Malheureusement, la lecture de l'article de Monsieur Gourlin ne nous apprendra rien, hélas, sur le fond...

Compte-tenu de ce que nous avons déjà dit et analysé sur l'Etoile de Normandie sur la question essentielle et stratégique d'inventer une politique régionale normande intégrée en matière d'intelligence économique et territoriale, nous savons que le coeur du réacteur nucléaire du programme résolument normand mis en oeuvre par Hervé Morin depuis la réunification est la mise en oeuvre d'un outil financier original et innovant qui permet à la collectivité territoriale régionale d'exercer une véritable souveraineté capable d'intervenir dans les réalités entrepreneuriales normandes.

Cet outil c'est le Fonds Normandie Participations géré au sein de l'Agence de Développement de Normandie (ADN) et dirigé par Franck Murray avec l'idée très volontariste d'une entrée de la région Normandie au capital de l'entreprise si la nécessité l'exige. On précisera que ce fonds régional est une exception normande qui suscite l'intérêt et la curiosité des autres exécutifs régionaux...

Pour mettre régulièrement à disposition des entreprises normandes les fonds nécessaires, le fonds Normandie Participations travaille avec des "co-investisseurs" dont la Banque Publique d'Investissement (BPI).

Or, il ne suffit pas d'être un aigle pour comprendre que l'arrivée inopinée sinon incongrue d'une collectivité territoriale dans le petit milieu discret et feutré de la finance d'affaires et d'entreprises a fait tousser ces gens sérieux et importants, a fortiori, lorsque l'expérience normande a démontré son indéniable efficacité quitte à faire quelques remous et quelques jaloux chez certains directeurs financiers qui ont pignon sur rue à Paris mais aussi en Normandie, notamment à Rouen, cette métropole normande qui peine à l'être vraiment et qui devrait être surtout, sans complexes ni arrière-pensées, la capitale régionale d'une souveraineté financière normande à reconstruire de toute urgence...

En effet, Hervé Morin et le directeur de l'ADN Alexandre Wahl ont l'intention d'aller encore plus loin en créant un fonds de retournement normand (FRN) adossé au FFR (Fonds des Fonds de Retournement) géré au niveau national par la ... BPI justement mais qui impose des doctrines d'emploi des fonds très strictes pour éviter de jeter l'argent public par la fenêtre en sauvant des "canards boîteux" (pour parler comme Nicolas Mayer Rossignol).

N'oublions pas que si Hervé Morin s'est lancé dans cette belle aventure de conquête d'une souveraineté financière régionale au service des entreprises normandes c'était pour éviter que ne se reproduise le massacre du "Chameau", le bottier haut-de-gamme de l'Orne fournisseur de la cour royale d'Angleterre possédé par un fonds vautour britannique qui a imposé la délocalisation de toute la production au Maroc en 2015: Hervé Morin jure que la région aurait pu sauver cette entreprise et ses salariés si elle avait pu disposer d'un fonds de retournement qui consiste à sécuriser financièrement des entreprises saines mais qui connaissent des difficultés d'endettement ou de transmission et de reprise de l'activité après le départ d'un patron.

Bref! Hervé Morin souhaite garder et développer un outil financier qui fonctionne bien puisqu'il est réellement au service des projets concrets des entreprises normandes... Mais Hervé Morin souhaite, aussi et surtout, pouvoir en garder la maîtrise. A bon entendeur!

On espère que ces quelques éléments de mise en contexte vous permettront, peut-être, de mieux saisir la véritable portée de la "morinade" à lire ci-dessous:


 https://actu.fr/normandie/grand-bourgtheroulde_27105/video-deplacement-dans-leure-herve-morin-critique-banque-publique-dinvestissement_22582226.html

En déplacement dans l’Eure, Hervé Morin critique la Banque publique d’investissement

En déplacement à Bourgtheroulde (Eure) pour fêter les 3 ans d'existence du fonds Normandie participations, Hervé Morin a critiqué la Banque publique d'investissement (BPI).

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Hervé Morin, président UDI de la région Normandie, aime les punch line (sic!), ces phrases chocs qui font mouche.

Lundi 25 mars 2019, il s’est déplacé dans l’usine de la Maison Berger, fabriquant des célèbres lampes à brûleur Berger, pour présenter le bilan de trois années d’activité du fonds Normandie participations.

Ce fonds régional permet de soutenir des entreprises en difficulté ou d’en aider d’autres à développer leur activité. Le fonctionnement est simple : ce fonds investit dans ces entreprises en prenant des parts.

Ce lundi 25 mars, ce fonds indiquait avoir effectué 40 opérations d’investissement avec près de 30 millions d’euros.

Lors de son discours, Hervé Morin n’a pas résisté à lancer une petite punch line (sic!) dont il est friand. S’agit-il de ce type de phrases qualifiée de morinade ? A vous de juger.

Expliquant que Normandie participations doit être un fonds « au service du développement régional » qui doit continuer à ne pas être un fonds d’investissement classique, Hervé Morin a lancé une critique à l’égard de la Banque publique d’investissement.  

Devant l’ensemble du personnel de l’entreprise, devant les invités de la visite et devant plusieurs journalistes, il a déclaré, sans doute à dessein :

« Je ne sais pas si c’est vrai, et je demande à la presse de ne pas le noter parce que ça va nous mettre en mauvaise relation avec tout le monde mais, on dit que BPI est de moins en moins banque publique et de plus en plus banque d’investissement. C’est ce que disent de plus en plus les milieux économiques autorisés et parisiens, surtout. Je ne veux pas qu’on devienne une banque d’investissement. Je veux qu’on reste ce qu’on est aujourd’hui ».

Sachant qu’un homme politique qui parle devant un public tout en demandant aux journalistes de « ne pas l’écrire » sait très bien que les journalistes sont libres de le faire ou non, sachant qu’un politique de la trempe d’Hervé Morin ne peut pas ignorer que les journalistes peuvent, aussi, filmer les discours, le président de la Normandie savait ce qu’il faisait en prononçant cette phrase.

Le fait amusant de cette critique (dont il a attribué la paternité aux « milieux économiques autorisés et parisiens » tout en la faisant sienne) réside dans le fait qu’il suffit de se plonger dans le dossier de presse, distribué ce jour-là, pour constater que la BPI fait partie des 30 « co investisseurs » de Normandie Participations.

Autant dire que l’ambiance lors de la prochaine réunion avec les membres du comité d’investissement risque fort d’être sympathique, surtout avec la personne représentant la Banque publique d’investissement…


 La banque publique d'investissement (BPI) n'est pas exempte de critiques, bien au contraire!

Les sages de la Cour des Comptes avaient critiqué dans l'un de leurs rapports l'opacité sinon la complexité du fonctionnement interne de la banque mais aussi les confortables rémunérations de ses dirigeants...

Lire ci-après:

https://www.nextinpact.com/news/102168-bpifrance-cour-comptes-salue-investissements-mais-doute-avenir.htm

La lettre Eco Normandie revient dans sa dernière livraison (29 mars 2019) sur les performances de Normandie Participations:

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