BILLET de FLORESTAN

Le départ inopiné de Madame Fabienne Buccio de la préfecture de Normandie en étant restée à peine deux ans dans son poste a été beaucoup commenté, notamment sur notre webzine pour déplorer l'essentiel: le tempo de la valse des haut-fonctionnaires en poste dans tel ou tel territoire en dit toujours long sur l'intérêt de l'Etat central jacobin pour tel ou tel territoire et plus le tempo est rapide plus l'on peut raisonnablement penser que le mépris de l'Etat est grand.

La Normandie illustre parfaitement cette consternante réalité: chez nous, un préfet de région ne tient pas plus de trois ans et on a même vu un recteur ne pas tenir la totalité d'une année... scolaire (cf. Christophe Prochasson, un recteur qui n'a fait que... neuf mois à l'académie de Caen).

Doit-on parler de discrimination à l'encontre de la Normandie qui est considérée comme une région tranquille, pépère sans grands enjeux, pour les débutants ou pour ceux qui sont au milieu de leur carrière préfectorale avant d'obtenir des postes plus "prestigieux"?

Le sujet suscitait déjà l'amertume d'un Rémy Pautrat qui fut l'un de nos plus grands préfets en poste en Normandie (il fut trois ans en poste en Basse-Normandie de 1996 à1999): en effet, pour concevoir et déployer des politiques publiques structurelles réellement utiles à l'intérêt général du territoire notamment dans le domaine sensible de la sécurité ou de l'intelligence économique et industrielle, il faut une stabilité et une durée dans l'action rendues impossibles avec l'actuelle valse des préfets.

La loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République) votée en 2015 a tenté d'y remédier, en vain, en posant le principe d'une co-décision du préfet de région et du président de région pour les grandes questions de l'intérêt général du territoire: en Normandie, la conférence territoriale de l'action publique (CTAP) co-présidée par le préfet et le président de région n'a jamais été réunie à notre connaissance. On reproche au préfet de région d'être "aux ordres", d'être trop jacobin. On reproche l'inverse au président de région: de n'en faire qu'à sa tête, d'être  trop normand sinon girondin. On ne tranchera pas le sujet ici-même mais on constatera que le second travaille en restant à son poste pendant cinq ans avec la légitimité du suffrage universel tandis que le premier danse sur une musique dont il ne peut choisir ni le style et encore moins le tempo.

Cette situation est donc très préjudiciable au service de l'intérêt général normand: il faudrait qu'un préfet de région puisse rester en poste cinq ans dans son poste puisque le président de région reste cinq ans dans le sien. L'Etat central, s'il était plus respectueux de l'état de droit démocratique d'une République officiellement décentralisée, devrait caler la nomination de ses préfets de région sur le calendrier des élections régionales.

Alors quand Nathalie Jourdan écrit dans la dernière édition de la Lettre Eco Normandie (éditée par Paris-Normandie) parue le 29 mars 2019 que le départ de Fabienne Buccio de la préfecture de Normandie est "une promotion" (sic!) c'est, en quelque sorte, le coup de pied de l'âne dans l'édredon de mépris plus ou moins assumé qui continue de recouvrir nos pauvres affaires normandes!

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On lira, en revanche, avec plus d'intérêt quelques larges extraits de l'hommage rendu à Fabienne Buccio ci-devant préfète de Normandie par Bertrand Tierce dans la dernière édition de sa Chronique de Normandie (n°576 datée du 1er avril 2019) non sans s'interroger aussi sur l'angle choisi par le rédacteur: à lire entre les lignes, pendant deux ans, c'est la danseuse étoile de la préfectorale qui aurait mieux servie la Normandie que celui qui en est officiellement chargé depuis le 1er janvier 2016 et ce pour cinq ans par la volonté du suffrage du peuple français de Normandie sans avoir la liberté de papillonner sur d'autres sujets ou de faire passer l'intérêt de sa carrière personnelle avant l'intérêt du trou... normand!

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