... T'as voulu voir Compiègne et on a vu Paris !

     Les défenseurs des ports normands de l’axe Seine, et du Grand Port Maritime du Havre en particulier, peuvent ressentir une certaine inquiétude à la lecture de l’article ci-dessous paru dans un média spécialisé auquel nous faisons référence assez régulièrement lorsque nous évoquons les affaires maritimes et portuaires :

Jusqu'où les ports doivent aller pour s'adapter aux exigences des chargeurs ?

L’Antenne Mercredi 3 Avril 2019

https://www.lantenne.com/Jusqu-ou-les-ports-doivent-aller-pour-s-adapter-aux-exigences-des-chargeurs_a47114.html

Si le volet social était il y a quelques années encore le corollaire en France de l'efficacité des ports, cette dernière est aujourd'hui liée à leurs efforts d'adaptation aux exigences des chargeurs…

Hervé Cornède, Stéphane Raison, Ronan Sevette, Lionel Le Maire et Annaïg Rolland © Vincent Calabrèse

Bien que les conflits sociaux soient devenus un lointain souvenir dans les ports français, l'efficacité portuaire reste un vieux débat que tous les acteurs apprécient toujours d'aborder. La question, abordée lors de la SITL 2019 qui se tenait du 26 au 28 mars à Paris à la Porte de Versailles, réunissait chargeurs et professionnels du shipping.

Dans la filière des matières premières, les chargeurs y sont plus que jamais attachés. Ainsi, dans le secteur des céréales, Lionel Le Maire, directeur Transport du groupe Soufflet, explique que "la faiblesse des marges dans les matières premières exige une compétitivité de tous les modes". Selon lui, "un de ses leviers se situe sur la chaîne logistique".

Il est convaincu qu’un port est une "interface qui doit proposer un service maîtrisé et efficace à un prix optimisé".

Chez le constructeur aéronautique Airbus, Annaïg Rolland, la responsable Logistique et Transport du site de Saint-Nazaire, analyse : "Lorsqu'on utilise les voies maritimes, on cherche inévitablement la fluidité". Et indique surtout qu'il existe "une démarche de dialogue entre le chargeur et l’autorité portuaire" puisqu’il existe des "contraintes particulières" en matière d’infrastructures. Selon elle, il est nécessaire que celles-ci soient adaptées au trafic généré par le chargeur. Et de rappeler que, pour tout donneur d'ordre, c'est le concept de "bout en bout" qui prime.

Pour le groupe Soufflet comme pour Airbus, la fluidité est nécessaire dans la mesure où le mot d'ordre de leurs clients est le "flux tendu".

"Le canal Seine-Nord Europe n'est pas une menace"

Pour preuve, Stéphane Raison, le président du directoire du Grand Port maritime de Dunkerque (GPMD), estime que les Grands Ports maritimes français ont fourni les efforts attendus en matière de transport massifié ces cinq dernières années. "Nous avons commencé par la mutualisation des THC". Après avoir mis en place à Dunkerque des liaisons ferroviaires avec Dourges et Valenton, le dirigeant portuaire affirme ne pas être hostile au projet de canal Seine-Nord Europe. "SNE n'est pas une menace pour nous", a-t-il lancé pour tordre le cou à certaines idées reçues dans les ports français.

"Une démarche de dialogue entre le chargeur et l’autorité portuaire"

À propos du GNL, il ajoute que Dunkerque a démarré le projet de transport d'énergie. "On est capables de créer des produits spécifiques. Nous sommes en discussions avec le port d'Anvers. On transporte avec des canalisations".

Selon lui, ce nouveau marché est dû au fait que "le mix énergétique est en train de changer car le gisement de gaz s'arrête aux Pays-Bas". Il estime que les grands ports français doivent travailler sur le sujet aujourd'hui. Selon lui, il est nécessaire d'avoir un baromètre permanent.

Contrat à la Jamaïque pour la Soget

Le thème de l’efficacité portuaire était tout trouvé pour la Soget. Hervé Cornède, le président du directoire de l'entreprise informatique havraise, a souligné les contours du nouveau cargo community system S)1 et du dispositif Brexit.

Il a rappelé qu'au Havre la 4e génération des CCS gère 2500 interfaces clients, 500 à Rouen et 500 à Paris. Soulignant que S)1 est adapté au conteneur et au ro-ro, il indique que la dernière conquête de la Soget (présentée comme "une vieille start-up créée en 1983") est la Jamaïque.

Autre profession dont la présence est indispensable dès lors qu'on aborde l'efficacité portuaire, les manutentionnaires. Ronan Sevette, délégué général de l'Unim, estime à son tour que "la fiscalité génère de nos jours quelques crispations" dans la corporation.

Lorsque le débat a dérivé sur le développement durable, il a pu défendre les entreprises adhérentes de la fédération en rappelant que les portiques fonctionnent aujourd'hui tous à l'électricité.

Vincent Calabrèse

Mercredi 3 Avril 2019

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     Bien que le thème de l’article de L’Antenne soit fort intéressant, ce n’est pas cela qui retient notre attention, mais le paragraphe ci-dessous rappelé :

"Le canal Seine-Nord Europe n'est pas une menace"

Pour preuve, Stéphane Raison, le président du directoire du Grand Port maritime de Dunkerque (GPMD), estime que les Grands Ports maritimes français ont fourni les efforts attendus en matière de transport massifié ces cinq dernières années. "Nous avons commencé par la mutualisation des THC". Après avoir mis en place à Dunkerque des liaisons ferroviaires avec Dourges et Valenton, le dirigeant portuaire affirme ne pas être hostile au projet de canal Seine-Nord Europe. "SNE n'est pas une menace pour nous", a-t-il lancé pour tordre le cou à certaines idées reçues dans les ports français.

Commentaire :

     Il est parfaitement légitime que la gouvernance du Grand Port Maritime de Dunkerque œuvre au développement de l’infrastructure qu’elle dirige et à la prospérité du territoire au sein duquel cette infrastructure est implantée. Cela ne donne pas le droit à son président de tenir des propos à travers lesquels des observateurs exercés de l’activité portuaire française perçoivent l’action sournoisement agressive d’un lobby nordiste !

     La déclaration de Stéphane Raison, dont le nom de famille paraît en l’occurrence peu seyant, inspire au rédacteur de ce billet la conclusion suivante :

     Peut-être que le canal Seine-Nord Europe n'est pas une menace pour Dunkerque, qui n'hésitera certainement pas à lécher la gamelle d'Anvers et Rotterdam, mais certains des autres ports qui ne sont pas près des niches flamandes ne méritent pas qu'on qualifie d'idée reçue un avis contraire !

     Nouvel exemple de concurrence ouverte entre ports français en retrait d'apparences trompeuses et du discours officiel de l'Etat...