Les décisions comptables ne sont jamais de bonnes décisions: un projet de fermeture n'est pas un projet. Tout au plus est-ce un projet d'enfumage pour tenter de justifier l'injustifiable.

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Dans le cas qui nous préoccupe, à savoir la fermeture, pour l'instant à l'étude, des gares du Merlerault et de Sainte-Gauburge sur la grande ligne Paris-Granville, c'est s'en prendre à une véritable ligne de vie qui permet aux territoires ruraux du Pays d'Ouche, du Perche, du Haut-Pays d'Auge, du Hiesmois, des Marches, du Houlme ou du Domfrontais d'être directement connectés au coeur de Paris depuis la gare Montparnasse.

Dans un département de l'Orne avec une population vieillissante tombée sous la barre des 300000 habitants, cette liaison directe ferroviaire avec la capitale permet des opportunités résidentielles et professionnelles qui redynamisent les territoires ruraux concernés, notamment dans le Pays d'Ouche ou le Perche: les villes de l'Aigle ou de Verneuil-sur-Avre et les campagnes alentours qui offrent un cadre de vie bucolique très agréable attirent de plus en plus les classes moyennes supérieures de la région parisienne qui concilient vie professionnelle parisienne du dimanche soir au jeudi après-midi et vie résidentielle normande du jeudi après-midi au dimanche soir (voire, le lundi matin).

Pour le maintien de l'attractivité du département de l'Orne, le maintien de la qualité du service ferroviaire de la ligne Paris -Granville est essentielle!

https://actu.fr/normandie/sainte-gauburge-sainte-colombe_61389/un-projet-prevoit-fermeture-gares-sainte-gauburge-du-merlerault_22660919.html

Un projet prévoit la fermeture des gares de Sainte-Gauburge et du Merlerault

Un document de travail conjoint SNCF/Région Normandie ferait état de la suppression des gares au Merlerault et à Sainte-Gauburge dans l'Orne.

Un document de travail conjoint SNCF/Région Normandie – non encore officiel – ferait état de la suppression de sept nouvelles gares en Normandie dont deux dans l’Orne, au Merlerault et à Sainte-Gauburge.

Lire aussi : CARTE. Où sont situés les projets de fermetures de gares et de guichets SNCF en Normandie ?

Contacté, Philippe Bigot, maire de Sainte-Gauburge, confirme effectivement « avoir été informé d’une évolution de l’organisation des mobilités » il y a plusieurs mois déjà lors d’une réunion organisée par la Région Normandie. Ou comment annoncer aux élus, en termes choisis et délicatement enrobés, la fermeture de gares ferroviaires.

L’édile valburgeois n’est pas dupe de la manœuvre et s’en agace même s’il reconnaît que tout ne peut rester en l’état.

"C’est vrai qu’il y a un paradoxe : on veut toujours aller plus vite vers son point d’arrivée mais tout le monde veut des arrêts partout ".

Équation impossible.

Chiffres contestés

Faut-il pour autant supprimer les arrêts aux gares de Sainte-Gauburge et du Merlerault, déjà peu nombreux ? Pour Philippe Bigot comme pour Martine Gressant, maire du Merlerault, réduire la voilure n’est pas envisageable.

"On ne peut pas faire moins."

Tous deux soulignent l’importance d’avoir des trains qui desservent leur ville, le chemin de fer étant encore « un atout » et « un élément d’attractivité ».

Surtout, ils contestent les chiffres avancés par la SNCF pour justifier ces suppressions. « J’ai sauté au plafond quand on a dit qu’aucune personne ne prenait le train à Sainte-Gauburge », s’insurge Philippe Bigot. « Il a beaucoup plus de personnes qui voyagent que ce qu’on nous a annoncé », renchérit Martine Gressant.

Gares fréquentées

« Les chiffres qu’ils présentent leur donnent raison avant même de commencer », poursuit le maire de Sainte-Gauburge qui assure que Sainte-Gauburge est un arrêt fréquenté, en particulier du vendredi soir au lundi matin, « par des gens qui descendent en famille le week-end en Normandie et des jeunes qui font leurs études à Paris ou à Granville et qui reprennent le train le lundi matin. Il n’est pas rare de voir une cinquantaine de personnes descendre le vendredi soir », affirme-t-il, précisant que Gacé, Courtomer et Moulins-la-Marche n’ayant plus de gare depuis longtemps, leurs habitants se tournent vers celle de Sainte-Gauburge.

Contraire aux annonces présidentielles

Vouloir instaurer des transports de substitution comme des cars « n’aurait pas de sens » pour Martine Gressant. « Jean-Baptiste Gastinne, vice-président en charge des transports à la Région Normandie, m’a dit : on ne vous abandonnera pas et on vous offrira un service meilleur », rapporte Philippe Bigot. « Permettez-moi d’en douter ! »

Ce dernier rappelle que la mobilité en milieu rural est un des thèmes le plus souvent évoqué lors du Grand débat national.

"C’est contraire à ce que le président de la République annonce. Ce projet ne va pas dans le sens du vent".

Les élus décidés à se battre

Lundi 1er avril 2019, une réunion sur ce sujet était organisée à Argentan. Aucune décision officielle n’a, semble-t-il, encore été prise. La SNCF et la Région demandent aux voyageurs qui fréquentent ces gares de se faire connaître afin d’avoir un comptage plus juste de leur fréquentation. « Le sujet n’est pas clos. De toute façon, on ne va pas baisser les bras », souligne la maire du Merlerault.

"Il faut nous maintenir ce service sinon, ce serait rendre encore plus désert nos petites communes"


 

Une bonne nouvelle ferrovaire à l'autre bout de la Normandie, en raison d'un portage associatif et politique plus actif et efficace:

https://actu.fr/normandie/treport_76711/les-trains-seront-retour-decembre-treport-mers-bains-horaires-ameliores_22635026.html

Les trains seront de retour au Tréport / Mers-les-Bains, avec des horaires améliorés

2018 a été riche en émotions pour le comité de sauvegarde des lignes ferroviaires Tréport - Mers, qui se bat depuis 30 ans pour le train. Leur AG avait lieu samedi 23 mars 2019.

La lutte a démarré en 1989 et elle ne semble pas près de s’arrêter. 30 ans après les premières menaces qui ont pesé sur la ligne de chemin de fer qui arrive à la gare du Tréport-Mers-les-Bains, les usagers continuent à voir une dégradation de ce service public. Et pour cause : depuis mai 2018, plus aucun train n’arrive au Tréport. Et ce jusqu’à ce que les travaux soient terminés sur la ligne de Beauvais, en décembre 2019.

Depuis quelques années, les élus du territoire se sont également emparés du sujet auprès de l’association. Aussi, lors de l’assemblée générale de l’association qui avait lieu samedi 23 mars 2019, ils étaient nombreux dans l’assistance, à commencer par les maires du Tréport, de Mers-les-Bains, de Cheppy, de Feuquières-en-Vimeu et de Woincourt, ou le député de la Somme Emmanuel Maquet.

« Notre combat était avant-gardiste »

L’année 2018 a été riche en rebondissement (voir encadré), comme l’a rappelée Brigitte Troquet, vice-présidente du comité, qui explique avoir versé une larme au moment de voir le dernier train partir le 27 mai. En effet, la ligne Beauvais-Le Tréport/Mers étant en mauvais état, des travaux ont dû être réalisés. Ils ont lieu en ce moment et doivent se terminer en décembre 2019. Même sort pour la ligne Abbeville – Le Tréport, dont la rénovation devrait prendre plus de temps, puisque le dossier est beaucoup moins avancé (le coût exact de ces travaux n’a pas encore été estimé). Un temps menacée de fermeture définitive, la ligne devrait tout de même rouvrir finalement.

« Nous ne pouvons pas avoir une bonne irrigation du territoire sans moyens de déplacement doux. Nous avons d’autant plus besoin du train que nous sommes à l’extrémité du territoire » estime le maire de Mers-les-Bains Michel Delépine. Pour Emmanuel Maquet, le combat mené par l’association et les élus « éclaire d’autres territoires ». « Notre combat était avant-gardiste et je vois beaucoup d’élus qui se battent pour la sauvegarde des petites lignes. L’autre enjeu, c’est aussi de réduire l’empreinte carbone. On a besoin des derniers kilomètres sur les voies, qui sont ceux du quotidien ». Quant au maire du Tréport Laurent Jacques, il souligne l’implication des membres de l’association, sans qui la mobilisation des élus aurait été plus compliquée. « Et je m’inquiète aussi d’entendre des rumeurs qui disent qu’il n’y aura plus jamais de trains » ajoute le maire du Tréport, indiquant que les usagers pourraient se détourner définitivement du train en pensant qu’il ne reviendrait jamais. Un constat réalisé aussi par plusieurs membres de l’association.

Difficile d’avoir des Paris-Le Tréport directs

Le comité s’est aussi penché sur la problématique des horaires de la ligne Beauvais-Le Tréport. Brigitte Troquet, vice-présidente de l’association, détaille : « On a demandé à revenir aux horaires de 2005 et plus de liaisons. Notre demande a été entendue, puisqu’il y aura deux dessertes supplémentaires journalières et des correspondances facilitées pour Rouen, Amiens et Lille. Notre demande, c’est aussi d’avoir des Paris-Le Tréport directs ». Sur ce dernier point, Eric Gastan, chef de ligne présent à l’assemblée générale, explique que « ce sera compliqué au niveau matériel » (les trains arrivant à Paris n’ayant pas la même propulsion que ceux arrivant au Tréport).

Ainsi, si l’association doit se battre pour des lignes qui n’accueilleront presque aucun train en 2019, ses membres se concentrent sur l’avenir, pour que les trains puissent continuer à amener des voyageurs dans de bonnes conditions à la gare du Tréport/Mers-les-Bains, l’une gares françaises les plus proches de la plage...


 

Commentaire de Florestan:

La Normandie a été l'une des premières régions françaises à connaître le progrès ferroviaire car il fallait mettre en service des "trains de plaisir" pour relier au plus la clientèle parisienne aux plages normandes: dès les années 1840/1850 les lignes Paris-Dieppe, Paris- Le Tréport et Paris-Granville sont ouvertes.

Depuis près de 50 années ces lignes historiques typiquement normandes et complémentaires des grandes lignes actuelles Paris-Rouen-Le Havre-Caen-Cherbourg (au départ de la gare Saint-Lazare) ont été sacrifiées notamment dans les tristes décennies des années 1980/2000, au pire des effets néfastes de la division normande.

Avec la réunification et la prise de compétence intégrale de la région sur son outil ferroviaire d'ici 2020 il serait judicieux d'intégrer la renaissance des "trains de plaisir" normands dans une stratégie globale de l'attractivité des territoires normands en raison de leur proximité avec la région parisienne dans une logique de fusion entre le tourisme de courts séjours et le desserrement résidentiel de la région parisienne: le renforcement du Paris-Granville et la réouverture des Paris-Dieppe et Paris-Le-Tréport devraient être considérés comme des priorités.

Le seul moyen d'être plus rentable qu'un méchant coup de rabot c'est d'avoir des idées!

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