Grand raout hier soir (4 avril 2019) à Rouen à l'initiative d'Emmanuelle Saura, présidente de la SNCF en Normandie et Christine Rivoallon la préfiguratrice de la fusion portuaire sur l'Axe Seine pour relancer l'intérêt des entreprises pour les capacités et opportunités du fret ferroviaire devant 200 chargeurs, commissionnaires de transports et chefs d'entreprise.

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Pour l'heure, la part du fret ferroviaire dans l'hinterland logistique des GPM normands est minimale: à peine 8% au débouché du port de Rouen et autour de 5% au débouché du Havre alors que la Sncf nous avait promis du... 25% lors de l'inauguration de la darse de Port 2000.

Jean Ghédira, le directeur général clients et services chez SNCF Réseaux a admis qu'il y avait une grande marge de progression. C'est le moins que l'on puisse dire et c'est urgent car chez les concurrents directs des GPM normands (on pensera à Anvers par exemple) la part modale ferroviaire dans le fret voisine les... 50%!

La logistique terrestre des GPM normands est donc massivement tributaire d'une noria incessante de camions entre les terminaux havrais et un terminus parisien. Pour garder le GPM du Havre dans la course (et dépasser le cap des trois millions d'EVP annuels), il est donc impératif de renforcer les capacités logistiques terrestres dans l'amont immédiat en favorisant le report modal vers le ferroviaire et le fluvial, en montant en gamme dans la chaîne de valeur logistique en dépotant les conteneurs déchargés au Havre dans des entrepôts à construire entre Le Havre et Rouen mais aussi en allant chercher d'autres marchés pour les GPM normands plus à l'Est, bien au delà de la seule région parisienne: l'objectif est qu'un porte-conteneur de 20000 boîtes puisse être quasi intégralement déchargé au Havre au lieu du déchargement partiel actuellement effectué (20% de la cargaison au maximum) puisque les capacités logistiques terrestres ne suivent pas obligeant les armateurs à des escales réduites au Havre pour préférer décharger le reste à Anvers ou Rotterdam.

D'après Marc Ligot, président de Seine-Solutions, si l'ensemble des difficultés dont on lira la liste ci-après ne trouve pas de solutions d'ici dix ans, le GPM du Havre sera définitivement dépassé par celui d'Anvers avec un déclin irrémédiable de l'attractivité commerciale des grands ports normands qui pourrait être aggravée par l'ouverture du canal Seine-Nord-Europe.

Ces difficultés, on les connait:

  • La plate-forme multimodale de Monsieur Kolher ne fonctionne pas bien.
  • Il nous manque la fameuse "chatière" pour relier directement la darse de Port 2000 au port intérieur du Havre et permettre le transbordement direct des conteneurs vers des barges fluviales sans avoir à passer par l'estuaire et la haute mer.
  • Le Serqueux-Gisors va s'achever avec trois mois de retard alors qu'il eut été plus judicieux d'investir dans la modernisation de la ligne Le Havre-Amiens-Tergnier-Metz.
  • Le groupe Seine Solutions va faire sortir près de 300000m² d'entrepôts de terre entre Le Havre et Rouen mais de mystérieux Tchèques qui ont été choisis par le GPM de Rouen pour faire de même sur le site de Grand-Couronne.
  • Le pôle de compétivité régional Novalog basé au Havre a du plomb dans l'aile.
  • Les divers acteurs de la logistique normande ne sont pas encore assez unis et rassemblés pour devenir un véritable lobby influent.
  • Sachant que le pire est la promesse non tenue de Sncf Réseaux qui nous annonce donc un énième plan de relance de l'attractivité du fret ferroviaire dans la vallée de la Seine normande.

Cet article proposé en octobre dernier sur le site de Normandinamik permettra de se faire une idée des enjeux:

La Normandie dispose du premier potentiel logistique de France mais le monde concret, parfois rugueux, de la logistique n'intéresse pas l'aristocratie d'Etat qui nous gouverne!

https://www.normandinamik.cci.fr/axe-seine-faire-basculer-les-flux/

Organiser et moderniser la logistique : un défi indispensable à relever pour concurrencer le nord de l’Europe.

Dans la vallée de la Seine, 232 000 salariés travaillent dans les 25 métiers de la logistique, un chiffre qui montre à 460 000 si on prend en compte l’ensemble des activités liées à la logistique. Le secteur regroupe 22 000 établissements, dont les deux tiers exercent une activité dans le transport terrestre. En Normandie, le poids de la logistique portuaire est plus important, alors qu’il s’agit de l’aérienne en Île-de-France. L’emploi est en hausse, les volumes d’investissements privés considérables depuis deux ou trois ans.

« Ces statistiques démontrent qu’il s’agit d’un secteur stratégique, qui doit être observé et analysé par adapter les politiques publiques », constate François Philizot, délégué interministériel au développement de la Vallée de la Seine. « On remarque ainsi que la Normandie et l’Île-de-France ont partie liée dans les flux, dans l’organisation des entreprises, qu’une coopération et une cohérence du système logistique se mettent en place ».

Il reste beaucoup à faire

Affichant « l’objectif de faire basculer les flux importants de l’Europe du Nord vers la Seine », le préfet constate que la tendance est bonne, avec une augmentation de 8 % des flux de containers passant par Haropa, une croissance qui se poursuit. Mais « il reste beaucoup à faire », prévient-il, à l’image de l’offre foncière ou de la valorisation des capacités de transport, toutes deux insuffisantes. Il souhaite aussi voir s’établir des connexions plus fortes entre la Basse-Seine et Roissy, « ces deux grands ensembles qui sont les portes d’entrée et de sortie du territoire national ».

Le président de Logistique Seine Normandie, Alain Verna attire l’attention sur l’importance de la question de la formation : « les métiers de la logistique sont de plus qualifiés, il convient d’adapter les formations à cette évolution qui englobe aussi bien l’usage du numérique que le savoir-être ». LSN, qui regroupe 200 entreprises dans l’ensemble de la Normandie, prévoit ainsi d’élaborer un campus des métiers de la logistique. Alain Verna pointe un deuxième souci, « le manque de disponibilité foncière et d’immobilier de grande taille », pour lequel il préconise de « travailler sur le parc logistique du futur ».

La Normandie est la 1re région française pour la part de la logistique dans l’emploi salarié (4,2 %).  Dans la vallée de la Seine, la part du secteur excède 10 % de l’emploi dans trois zones : Roissy-Sud Picardie, Orly, Le Havre et Vire Normandie (présence de quatre transporteurs routiers).

Cinq métiers concentrent les trois quarts des emplois : conducteurs routiers, conducteurs livreurs, ouvrier du tri non qualifiés, magasiniers qualifiés et ouvriers qualifiés de la manutention.

13 % des emplois logistiques de la Vallée de la Seine sont dans le portuaire (Normandie) et l’aérien (Île-de-France).

Les femmes représentent 16 % des emplois logistiques contre 51 % des effectifs salariés de la Vallée de la Seine. Elles sont pratiquement absentes chez les dockers, déménageurs et transporteurs routiers.

Copyright : Magazine Normandinamik #28 - Septembre/Octobre 2018


 

Lire aussi dans l'édition caennaise de Ouest-France (05/04/19) cet article de Xavier Oriot qui fait écho à la réunion rouennaise de la veille:

fret ferroviaire