La rédaction de l'Etoile de Normandie a reçu le dernier communiqué du Cercle Normand de l'Opinion où il est, une nouvelle fois, question de David Bobée qui est, avec Thomas Joly, l'un de nos deux grands hommes de théâtre qui font la renommée de la Normandie, du moins, au festival d'Avignon.

Mais dans ce qui va suivre, il ne sera guère question de théâtre et encore moins de Normandie, hélas!

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La culture frelatée des histrions

Mardi 9 avril 2019

Communiqué du Réseau citoyen du Cercle Normand de l'Opinion

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L’archétypal représentant de la culture administrée qui dirige le Centre Dramatique National de Normandie (Théâtre des Deux Rives) et un certain nombre de ses affidés viennent de lever le masque dans un article paru dans Liberté-Dimanche (31 mars 2019), intitulé bizarrement « Coups de théâtre identitaires ».

Un coup de théâtre, d’ordinaire, c’est un événement imprévu qui fait évoluer radicalement une situation… Là, il s’agit surtout d’un coup de force, d’une violence programmée, d’une rupture.

Il s’agit d’abord d’une dénonciation – censure de la longue tradition théâtrale mettant en scène des personnages qui ressemblent à la majorité de nos congénères, confrontés à des situations exceptionnelles et dont les réactions – que ce soit en tragédie ou en comédie – exprime la complexité de l’âme humaine. En cela, le théâtre est une école de la vie car il s’adresse au plus grand nombre.

David Bobée et ses séides renversent la proposition : ils font appel aux représentants de toutes les minorités encensées du moment et les présentent comme les modèles à suivre, les seuls objets de la considération universelle.

Mettons les choses au point : ils en ont le droit, comme nous avons le droit de ne pas goûter à ce renversement de perspectives. Mais ce  qui est agaçant, c’est de la part de ces cultureux largement subventionnés, le fait de combattre avec acharnement, c’est-à-dire en voulant l’exclure (Là est la censure), la tradition théâtrale enracinée.
Car on n’est pas loin du racisme à rebours avec la dénonciation d’un théâtre français « par les blancs et pour les blancs , alors qu’un tiers (sic!) de la population française ne l’est pas » (Critique de la cérémonie des Molière de 2016).

Et puis, ces messieurs-dames branchés donnent dans toutes les coquecigrues à la mode, dont la théorie du genre : il faudrait que le théâtre fût « non genré ». Voulant ainsi ignorer que le théâtre, depuis l’Antiquité, est sans doute la forme d’art qui a mis le plus en avant les femmes dans les rôles les plus brillants et significatifs, nos histrions feignent de défendre le féminisme en l’assimilant et le déconsidérant comme une minorité brimée. Ce n’est que la moitié de l’humanité.

Enfin, de façon provocatrice, ces personnages qui tiennent le haut du pavé tout en se parant des oripeaux de la posture des persécutés et des incompris, pratiquent la subversion du vocabulaire : le caractère identitaire dont ils se réclament, c’est l’identité des autres, pas la nôtre, qu’ils fustigent et méprisent…

Le scandale récent de la censure d’une pièce d'Eschyle qui devait être montrée à la Sorbonne, parce que cet auteur grec a opposé dans l’une des ses pièces des Européens et des Africains, doit être l’exemple de ce que M. Bobée et consorts nous réservent…

Rouen, le 5 avril 2019

C.N.O.

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Le cas David Bobée dans les archives de l'Etoile de Normandie:
  • Eloge de l'universalisme normand, dans un numéro de Patrimoine normand à offrir à Monsieur Bobée...

http://normandie.canalblog.com/archives/2018/07/26/36587647.html

  • L'identité et la question régionale: un trou "normand" dans la vision du monde de Monsieur Bobée...

http://normandie.canalblog.com/archives/2018/07/25/36585320.html

  • Le 3 mai 2017 au cirque-théâtre d'Elbeuf Monsieur Bobée découvre, sidéré, que Léopold Sédar Senghor fut notre plus grand intellectuel poète de l'identité normande...

http://normandie.canalblog.com/archives/2017/05/04/35248400.html


Premier commentaire de Florestan:

David Bobée nous propose sa vision du monde et nous l'impose officiellement par le biais de la subvention publique:

En tant que Normand, citoyen français ouvert sur l'Europe et le Monde, je préfère la vision du monde de Léopold Sédar Senghor...

David Bobée, abusant de sa lucidité critique (une qualité normande), sombre dans une sorte de nihilisme moral dès lors que l'on a affouillé tous les sombres recoins d'une âme individuelle et collective lassée d'être ce qu'elle est face au pesant devoir d'avoir à transmettre un héritage de culture, de civilisation et de spiritualité dans lequel il est de bon ton de ne plus croire pour mieux l'abandonner dans la poubelle de l'Histoire.

En effet, la nouvelle idéologie des élites culturelles européennes, notamment en France, est celle d'une déconstruction critique, permanente et acrimonieuse de toutes nos appartenances, de nos lieux et biens communs en raison d'une sorte de mauvaise conscience générale typique de notre Europe post-hitlérienne qui n'aspire à vivre que dans la paix et le confort individualiste d'une maison de retraite de l'Histoire!

La lucidité critique de David Bobée confine à la haine de soi: que peut-on construire de collectif et de positif ainsi?

Après 1945, René Char, le poète résistant et ami d'une philosophe juive-allemande bien connue ayant exploré comme il se doit les sombres ressorts de la banalité du Mal, disait ceci:

"Nous sommes des héritiers précédés d'aucun testament".

Voilà un aphorisme qui concluera fort bien notre propos: le testament a été, certes, définitivement détruit, brûlé et souillé par l'absolue barbarie de la Seconde Guerre Mondiale sur le sol européen. Mais l'héritage demeure. Les villes normandes ont été détruites et bombardées pour commencer la Libération de l'Europe du Nazisme puis elles ont été réconstruites. La Normandie millénaire en a réchappé et elle est désormais réunifiée:

Pourquoi donc financer encore avec nos impôts le bombardement nihiliste de Monsieur Bobée sur la scène du théâtre des deux Rives de Rouen?

Au nom d'un combat pour faire progresser le principe d'égalité, en important chez nous les méthodes discutables de la discrimination positive, David Bobée s'attaque aux bases mêmes de l'universalisme républicain français.


David Bobée, précieux ridicule pour ne pas dire dévot du politiquement correct?

Lire, ci-après, les principaux éléments d'une récente polémique dont nos élites culturelles ont, hélas, le secret...

Polémique y compris sur le terrain judiciaire qui s'est élevée en 2018 entre notre fameux David Bobée et une certaine Isabelle Barberis, maîre de conférences à l'université de Paris-Diderot. A force de nous éloigner avec David Bobée des vrais sujets de polémique, la querelle "racialiste victimaire" menée par notre théâtreux qui a pignon sur rue à Rouen, touche ses limites qui sont celles du ridicule... On rappelera le mot de Talleyrand: "ce qui est excessif est insignifiant."

D'abord, le point de départ, quand une honorable universitaire s'essaye maladroitement à la blague de potache...

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/seine-maritime/rouen/david-bobee-directeur-du-centre-dramatique-national-rouen-injure-homophobe-1563510.html

Ensuite, l'objet véritable de la polémique. Nous avouons découvrir ce sujet (si c'est un sujet) non sans une surprise consternée. N'y a-t-il pas dans le réel des combats plus urgents et plus utiles à mener qu'une chasse colorée aux sorcières?

  • Le point de vue d'Isabelle Barberis: "dérives décoloniales dans la scène contemporaine", résumé d'un article paru dans la revue Cités, n°72, 2017, 4ème semestre. Le bon sens de Mme Barberis est-il de gauche ou de droite? (humour...)

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  • Ensuite, voici un aperçu pour le moins de "surréaliste" (presqu'au sens "Breton" du terme) de l'activisme de ce collectif "Décoloniser les arts" auquel notre dramaturge, subventionné par nos collectivités territoriales normandes, prête son concours: l'enfer est toujours pavé des plus nobles intentions. Le questionnaire à découvrir ci-après tient finalement plus d'Orwell que d'André Breton...

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Enfin, face à de telles outrances, les inévitables réactions:

  • D'abord une réaction qui démontre que Monsieur Bobée devrait se concentrer sur son talent de théâtre plutôt que de servir d'idiot utile à l'extrême droite qui fait de bonnes affaires commerciales avec la montée d'une certaine insécurité culturelle alimentée par des polémiques et des initiatives aussi vaines qu'inutiles telles que celles de Monsieur Bobée!

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  • Enfin, pour faire bonne mesure, on lira cette lettre ouverte en soutien à David Bobée, nouveau Don Quichotte qui voit des moulins racistes partout!

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 Second commentaire, désabusé, de Florestan: hommages à Armand Frémont et Annie Ernaux.

En décembre dernier, la nuit sur un rond-point occupé par les Gilets Jaunes de Colombelles près de Caen, un jeune ouvrier intérimaire me fit cette remarque pleine de bon sens: "plus on fait des études moins on garde sa liberté de pensée". Il avait raison car, arrivés à un certain niveau, certains sont tentés d'arrêter de travailler et quand un authentique travail intellectuel s'arrête c'est que l'idéologie a pris la place pour penser à notre place.

Ce qui arrive à David Bobée, metteur en scène talentueux, nous attriste: la poursuite de cette chimère "racialiste" ne concerne finalement que bien peu de monde si ce n'est personne.

On importe en France des catégories de pensée et des problématiques qui ne nous concernent pas directement. Au lieu de nous transmettre notre patrimoine théâtral qu'il soit de France, d'Europe ou du Monde entier, David Bobée qui tient sa scène nationale subventionnée dans la ville de Corneille, importe sans le savoir les sous-produits idéologiques de l'Imperium américain et ses obsessions raciales ou moralisantes (politiquement correct).

La France n'a jamais connu d'apartheid de type raciste sur son territoire: par exemple, dès le XIe siècle, le droit normand posait le principe d'une stricte égalité de traitement des individus devant la loi. Voilà une réalité historique qui n'intéresse pas Monsieur Bobée directeur du Centre Dramatique National... de Normandie (ce nom propre n'évoque, bien entendu, ni contenant, ni contenu et n'a aucune saveur: c'est de la "Normandie" neutralisée...) 

Il y a, en outre, grave danger de confusion intellectuelle à mélanger sans vergogne les problèmes culturels, politiques, sociaux liés à l'héritage de l'ancien empire colonial français et les problèmes liés à l'héritage d'un système juridique de discrimination raciale issu de l'esclavage des Noirs qui n'a pas existé en France métropolitaine et qui n'a sévi que de façon limitée dans l'espace colonial français (à l'exception des Antilles) si l'on devait comparer à ce qui avait pu exister dans l'espace colonial anglo-saxon, à commencer par l'Afrique du Sud ou les Etats-unis d'Amérique du Nord.

En tout cas, voilà des considérations qui nous éloignent considérablement des réalités et de certaines urgences notamment économiques et sociales, ici et maintenant en France et en Normandie: pas sûr que les Gilets Jaunes normands de Saint Etienne du Rouvray soient réellement intéressés par le théâtre subventionné version bobard sinon Bobée!

Une fois plus,  une certaine gauche très idéologique donc très "bien pensante" rate l'essentiel en raison de son fétichisme idéologique au point de nous rebattre bien plus les oreilles avec le "racisme" que les authentiques racistes sous prétexte d'anti-racisme:

David Bobée, le subventionné, est complètement tombé à côté des planches normandes car l'essentiel sinon l'urgence pour le public d'un théâtre populaire normand, ce serait de faire monter sur des planches normandes la question sociale, les difficultés socio-scolaires de nos enfants, la lutte contre l'illettrisme, l'inquiétude de voir avancer les déserts des services publics, l'étude des effets de l'enclavement des territoires ruraux, une protestation contre les suicides au fond des granges (il en parle de ça... Monsieur Bobée?) ou les morts anonymes de la rue, la solidarité pour les chômeurs,  la pleine reconnaissance du travail des salariés dans les entreprises, une célébration des femmes qui élèvent leurs gosses toutes seules,  la révolte contre les fins de mois difficiles, la dénonciation du mépris de classe du bobo de centre-ville quand du patois vous sort encore de la goule!  La déconstruction du mépris arrogant des élites technocratiques et médiatiques parisiennes pour les cul-terreux, bouzeux et autre ploucs de la province, la révélation de cette "France périphérique" qui, parait-il, n'existe pas...

Bref! ce serait de proposer, cher Monsieur Bobée, le théâtre que les beaufs normands que nous sommes, nous mériterions de voir!

Le 3 mai 2017 au cirque-théâtre d'Elbeuf à l'occasion de la présentation d'un projet culturel normand qui n'a toujours pas tranché entre culture officielle subventionnée "en région" (genre Bobée) et culture régionale en Normandie, nous avons eu l'occasion d'échanger brièvement avec David Bobée pour lui faire découvrir la face normande de Léopold Sédar Senghor et proposer l'idée qu'à partir des réflexions sur l'identité normande du poète Senghor mais aussi celles sur la "négritude" de son ami poète régionaliste martiniquais Aimé Césaire, nous pouvions penser, à nouveau frais, l'identité normande non pas comme une arme de replis identitaire mais comme un chemin normand de Libération et d'accès à l'universel par un travail de conscience politique à mener sur la question d'une domination non pas des blancs sur les noirs mais d'une domination du centralisme parisien sur les provinces françaises avec ses conséquences sociales, culturelles et politiques...

J'avais proposé à David Bobée d'appeler "Normanditude", ce chemin de liberté, ce travail de conscience sur un espace-vécu régional (Armand Frémont): je me souviens d'un Bobée qui en eut la bouche bée.

Il est vrai que je lui proposai une piste innovante pour le moins déconcertante: il fallait, à nouveau, faire un travail intellectuel. Visiblement, Monsieur Bobée est occupé à autre chose!

Annie Ernaux, dans ses romans déchirants et déchirés entre le pays de Caux de ses parents et le Paris de la réussite sociale fait oeuvre authentique de Normanditude.

Verra-t-on, un jour sur la scène du théâtre des deux rives de Rouen, le centre dramatique national de Normandie dirigé par David Bobée, un texte d'Annie Ernaux?

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Voir enfin la une de l'hebdomadaire "Marianne" (n°1152 du 12 au 18 avril 2019): on se sent un peu moins seul...

marianne