Courant avril, Paris-Normandie a publié un article qui n'avait pas retenu mon attention mais vers lequel j'ai été renvoyé après avoir lu un article homologue dans Les Echos lors d'une rétrospective récemment réalisée à la Médiathèque O. Niemeyer du Havre :

Une société normande réinvente la voiture... qui carbure à l’air comprimé !

Paris-Normandie Publié le 10/04/2019 à 04:50 Mis à jour le 10/04/2019 à 04:50 Anthony QUINDROIT

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/une-societe-normande-reinvente-la-voiture-qui-carbure-a-l-air-comprime--KK14872585

Une société près de Rouen a dévoilé les essais d’un véhicule roulant à l’air comprimé et ne rejetant que de l’air ! Un carburant propre qui intéresse déjà en région et à l’international. Diesels plus propres, essence à base de déchets... La quête du carburant propre n’est pas nouvelle.

Pierre Villeneuve, PDG d’Anthos air power, devant les réserves de son carburant : des bonbonnes contenant de l’air comprimé pouvant faire rouler un véhicule utilitaire au moteur retravaillé. Une technique facile à implanter n’imprte où et qui permet de remplacer des carburants polluants

Voilà le genre d’invitation qui fait lever un sourcil circonspect. Une voiture qui roule à l’air ? Bon, le 1er avril est passé depuis quelques jours, et la curiosité n’est pas toujours un vilain défaut. Direction donc Saint-Étienne-du-Rouvray où le Québécois Pierre Villeneuve, président-directeur général d’Anthos air power, a installé son site français. Devant un parterre d’officiels - représentant qui la Métropole, qui la Région, qui le Monténégro, la Croatie et l’Italie (le projet intéressant à l’international) -, il va faire sa grande démonstration : faire rouler un véhicule utilitaire grâce à de l’air comprimé.

Pierre Villeneuve détaille le procédé : des panneaux photovoltaïques alimentent un générateur qui permet de faire fonctionner un compresseur, lequel capte l’air ambiant et le comprime pour le stocker dans des bonbonnes. Première étape de la présentation, la possibilité, avec un tel dispositif simple à installer, d’apporter de l’air froid - l’air évacué affiche une température entre -75 °C et -100 °C - n’importe où et facilement. Intéressant pour les zones arides où la conservation des aliments est problématique. Deuxième étape de la présentation, le test du véhicule adapté à un carburant d’un genre nouveau. Ou presque ; une autre entreprise a déjà développé un concept approchant. « La différence avec ce qui a pu être fait auparavant, c’est que nous n’avons pas créé un moteur spécifique pour notre technologie. Nous avons adapté ceux qui existent déjà », note Pierre Villeneuve.

Du pot d’échappement ne sort... que de l’air froid !

« C’est un moteur rétrofité [adapté à un nouvel usage, N.D.L.R.], ajoute le directeur du site du Madrillet, Pascal Chédeville. Nous changeons le vilebrequin pour passer d’un quatre temps à un deux temps, nous changeons le haut du moteur, il n’y a plus d’allumage, plus de circuit d’eau... » Reste tout de même une batterie de service pour lancer le moteur et faire fonctionner les accessoires classiques (clignotants, feux...).

À la place de l’ouverture du réservoir, une buse pour connecter le chargeur d’air comprimé. Et, à la place du réservoir classique, une bonbonne d’air comprimé. « L’inconvénient, c’est que ça prend un peu de place », admet Pascal Chédeville. « Actuellement, il faudrait un mètre cube d’air comprimé à 400 bars pour faire 100 km à une vitesse comprise entre 50 et 100 km/h. »

Le prototype présenté n’en est pas encore là. Il demeure perfectible avec, notamment, une perte d’énergie via la vanne de transfert. Mais les résultats paraissent encourageants. « L’idée, c’est qu’en partant d’une énergie décarbonée (panneaux photovoltaïques, éolien), on peut créer, facilement et n’importe où, du carburant. On peut même imaginer le faire à domicile ! », s’enthousiasme Pascal Chédeville, persuadé que dans la lutte contre le tout pétrole, Anthos air power va « apporter sa brique à l’histoire ».

Surtout, il ne rejette... que de l’air ! De l’air froid « que l’on peut imaginer réutiliser en circuit fermé pour les camions frigorifiques », notent les responsables de l’entreprise.

Bientôt des transports en commun roulant à l’air comprimé ?

Jusqu’ici, 8 millions d’euros ont été investis dans la recherche et la création de prototype. La Région Normandie a mis sur la table 250 000 euros au titre de l’Impulsion trésorerie - prêt à taux zéro en 2017, ajouté à 30 % d’un prêt d’un montant de 250 000 euros en Fonds régional de garantie, en co-intervention avec BPIfrance (soit 37 500 euros) en 2017, et à une subvention de 75 000 euros en Impulsion Export en 2018. La Métropole Rouen-Normandie a, elle, fourni le véhicule devenu prototype roulant. « Et cela nous intéresse pour les minibus de Filo’R », avance un représentant de la Métropole ; l’agglomération a également versé 50 000 euros pour une prestation de recherche et de développement et associé la structure à son Territoire d’innovation grande ambition (Tiga).

« Notre ambition est de faire rouler un premier bus à air comprimé dans les trente mois dans l’agglomération de Rouen », évoque Pierre Villeneuve. « C’est à l’étude... » Pourquoi un bus ? Pour pouvoir le recharger régulièrement - il faut entre 5 et 15 minutes pour un plein - et parce qu’il y a de la place pour le réservoir. C’est aussi pour cela que le dispositif se positionne surtout sur le secteur des transports en commun, des utilitaires et du transport fluvial.

Bien sûr, ce n’est pas sans impact sur l’environnement - il faut des métaux précieux pour construire les panneaux photovoltaïques. Bien sûr ce n’est pas complètement gratuit, Pascal Chédeville estime que, en comptant l’amortissement de l’installation, un plein revient « moitié moins cher qu’un plein de diesel ». Et bien sûr, en termes de performances, ce n’est pas explosif. « C’est aussi pour cela que l’on se concentre sur l’urbain et sur la livraison du dernier kilomètre », continue Pascal Chédeville. « Mais, au-delà du gain économique, c’est le gain humain qui me paraît le plus important : on ne rejette rien ! »

Mais, d’ailleurs, les puissances pétrolières n’ont-elles pas mis leur nez dans le dossier ? Pas de pression de lobby ? Voire, de menace ? Pierre Villeneuve relativise : « Pas pour l’instant, on est encore tout petit. Sous les radars... » Réponse presque similaire de Pascal Chédeville qui ajoute, en riant jaune : « Bon, j’ai quand même dit à ma femme que si je me suicidais, ça n’était pas normal... »

Une technique approchant antérieure mais polémique

D’autres avant Anthos air power ont voulu transformer l’air en carburant. L’exemple le plus connu est MDI. Motor developpement international, basé au Luxembourg mais installé en France, prévoyait également de carburer à l’air comprimé avec un moteur conçu pour cette technologie. Le concept n’a jamais décollé malgré l’arrivée du constructeur indien Tata motors et sa promesse de développer une gamme de véhicules roulant avec cette technologie pour le marché indien.

Outre l’absence de développement concret, l’entreprise a également dû faire face à quelques polémiques : en 2015, des souscripteurs n’ayant jamais eu le véhicule escompté ni obtenu le remboursement des sommes versées ont alerté le réseau Anti-arnaques. Discrète depuis plusieurs mois, MDI s’est à nouveau manifesté mi-mars en dévoilant sur son site internet un nouveau projet de véhicule compact avec un moteur fonctionnant à l’air comprimé, le AirPod 2.0, mais aussi une gamme de produits envisagés utilisant le même carburant (un vélo, un engin de chantier, un petit navire de plaisance...). Pour se développer, la société en appelle aux investisseurs pour acheter des licences, indique également des homologations en cours, des pressions de lobbys... Malgré nos tentatives de prise de contact par téléphone, MDI n’avait pas, hier, répondu à nos appels.

Mais le précédent interpelle. Sérieux Anthos air power ? Un acteur extérieur à l’entreprise, qui aide à l‘investissement se veut rassurant : « Si on les suit, c’est que l’on a regardé ce qu’ils font et que l‘on croit en leur potentiel. »

Rouler propre, le serpent de mer...

Les conducteurs pourront-ils un jour rouler avec un véhicule, dont les rejets n’auront pas d’impact pour l’environnement ? Certains ont déjà tenté de trouver des solutions... Liste non-exhaustive.

. Le bluediesel.

Développé par Volkswagen, ce carburant est composé à 33 % d’éléments biologiques issus de déchets, comme l’huile de friture. Comparé au gazole classique, il émettrait 20 % de dioxyde de carbone en moins et permet aussi de revaloriser une partie des déchets. Certainement plus intéressant financièrement que le carburant traditionnel. Mais aucune donnée n’est transmise quant aux rejets de particules fines...

. Le biocarburant à base d’huile de friture.

Avec, à la clé, 95 % de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, ozone,...) en moins par rapport à la filière gazole et 43 % de particules en moins à l’échappement en utilisation à 30 %, selon les données de son site internet, le nordiste Gecco produit un biocarburant grâce à l’huile de friture présente en abondance chez nos voisins Ch’tis. Trois véhicules de la municipalité de Lille sont alimentés par ce biodiesel.

. L’eau comme carburant ?

Non, l’eau n’est pas un carburant, contrairement à tout ce qui pullule sur le net (et le pollue). Pour que cela fonctionne comme carburant, il faut casser la molécule pour obtenir de l’hydrogène. Et c’est énergivore... En revanche, certains appareils permettent de doper un moteur classique grâce à la vapeur d’eau. Le bilan est contrasté, mais, pour certains, cela permettrait d’économiser 15 à 20 % de carburant. Et, donc, de réduire les émanations nocives.

. Rouler au ver de terre.

Le lombricompostage pour faire rouler le monospace ? Avec un compost, il est possible de faire de l’engrais naturel et du biogaz après un processus de méthanisation. Ce gaz peut ensuite produire de la chaleur ou être utilisé comme carburant pour des véhicules adaptés.

Toutes ces techniques entraînent tout de même des rejets. « Avec notre système, vous pouvez respirer directement au pot d’échappement, puisqu’il n’y a que de l’air qui s’échappe », avancent les responsables d’Anthos air power.

Commentaires :

     L'un des principaux "inconvénients" du procédé, c'est qu'il pourrait permettre un accès bien plus libre qu'actuellement à un véhicule automobile. En effet, il serait relativement facile pour un individu ou une collectivité, après avoir acquis un véhicule doté d'un moteur à air comprimé, de le compléter avec une installation comprenant un compresseur alimentant une réserve d'air comprimé. En faisant fonctionner le compresseur avec l'énergie produite par une éolienne (avec transmission mécanique directe ou alimentation électrique par l'intermédiaire d'un transformateur), ou l'énergie électrique produite par des panneaux photovoltaiques, le "carburant" serait gratuit, l'utilisateur n'ayant que le coût d'amortissement de l'installation à supporter en s'affranchissant des lobbies automobiles traditionnels.

D'où l'allusion de Pascal Chédeville qui ajoute, en riant jaune : « Bon, j’ai quand même dit à ma femme que si je me suicidais, ça n’était pas normal... »

Voir ci-dessous, entre autres :

https://www.challenges.fr/industrie/le-directeur-general-de-tata-motors-s-est-il-suicide_169485

https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2014/01/27/le-dg-de-tata-motors-retrouve-mort-a-bangkok-se-serait-suicide_4355060_3216.html

https://www.lesechos.fr/2014/01/le-patron-de-tata-motors-retrouve-mort-a-bangkok-289313