Soirée électorale sans surprises ou presque ce dimanche 26 mai 2019...

Les Normands ont voté comme le reste des Français (sauf dans la Manche où la liste macroniste le devance de peu sur la liste ex-frontiste...)

Le rassemblement national sous la bannière Le Pen a viré en tête: la colère et le ressentiment ont gagné l'élection puisque les pompiers pyromanes de 2017 se préparent déjà pour 2022: ce soir, c'était un exercice "incendie". Sauf que le retour de flamme a été plus fort que prévu. Ce n'est pas bien grave nous dit-on du côté de la République en Marche qui n'a pas fait chanter son oiseau dans la soirée: on n'a pas gagné mais on n'a pas perdu!

Manifestement, le ci-devant député-maire du Havre qui fait office de Premier ministre a sauvé sa tête. Provisoirement, car Edouard Philippe sait que l'hôtel de ville de Paris est aussi long que celui du Havre...

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Le retour du match Macron vs Le Pen n'a donc pas lassé les électeurs qui se sont plus déplacés aux urnes que lors des précédentes élections européennes (avec 51% de participation ce qui signifie que le parti de l'abstention reste le premier parti de France): il semble évident que certains se sont déplacés soit pour sanctionner Emmanuel Macron en votant "utile" (Gilets Jaunes), soit pour soutenir le parti présidentiel qui fait office de nouveau parti de l'Ordre...

Médiatiquement masqué par le match du grand chelem, les partis de l'ancien monde (sic!) se sont électoralement effondrés: la liste Bellamy emmenant la droite conservatrice républicaine (pour l'appeler de son vrai nom) adossée à une droite centriste fracturée, n'a pas fait le score escompté en dépit de la qualité intellectuelle de sa tête de liste. C'est un échec pour Laurent Wauquiez mais aussi pour Hervé Morin, le président centriste de la Normandie qui avait réussi à fédérer la quasi totalité de la droite normande derrière la liste Bellamy.

A gauche, c'est pire! Plus que jamais éparpillée et divisée dans des querelles idéologiques dont tout le monde se fout, la gauche fait son pire score depuis bien longtemps: même additionnées, les quatre principales listes de gauche (Communistes, Génération, La France Insoumise, Parti socialiste-Place publique) ne dépassent pas les 30% des voix... Que Mélenchon soit au même niveau que Glucksmann démontre que les Gilets Jaunes rencontrés par François Ruffin ont préféré voter RN pour exprimer leur colère alors qu'on retrouve l'essentiel de leurs revendications dans le programme de la France Insoumise: la colère ce n'est pas la réflexion. Souvent cette dernière ne vient qu'après, donc trop tard!

La seule vraie bonne surprise de la soirée vient du vote écologiste:

Les jeunes urbains se sont, semble-t-il, mobilisés en votant écologiste démontrant que la question écologique est en train de devenir la principale question politique sur fond d'inquiétude croissante sur l'avenir du climat, de la biodiversité mais aussi des risques sur la qualité de l'alimentation et de la santé humaine: dans de nombreuses villes, se sont constitués des groupes de "pisseuses et pisseurs" qui ont chassé les traces de glyphosate dans leurs urines... Ils ont voté ce dimanche.

Dans toutes les têtes politiques, on pense au coup d'après: les municipales...

Les macronistes qui n'ont pas gagné mais qui n'ont pas perdu vont pouvoir penser qu'ils ont encore toutes leurs chances pour s'implanter enfin au niveau local quitte à flatter l'ambition d'hommes neufs (on pensera à Jean-Louis Louvel à Rouen) face aux vieux partis (LR à droite et PS à gauche) qui gardent encore de nombreux élus: ces derniers qui ont lancé des projets lors de leur mandat en cours aimeraient pouvoir les inaugurer à l'occasion du second. Les macronistes auront fort à faire et ils devront devenir des maîtres dans l'art de se faire oublier car il est à craindre pour eux que le principal obstacle sur la route des municipales ne soit Emmanuel Macron lui-même!

Il faudra suivre de près la campagne des municipales à Rouen avec un éventuel duel entre Nicolas Mayer-Rossignol, le dauphin d'une Fabiusie socialiste localement toujours présente et Jean-Louis Louvel, le fringant "roi de la palette" qui pourrait obtenir l'investiture de LREM: si le parti macroniste devait décrocher la grosse pomme rouennaise, le dangereux projet d'un Axe Seine macroniste au coeur de la Normandie utile se verrait renforcer... Il nous faut aussi penser au coup d'après après le coup d'après, à savoir, les élections régionales de 2021 avec un duel attendu entre Hervé Morin pour un second mandat normand et Sébastien Lecornu qui ne fait pas mystère de ses ambitions.

Au Havre, la droite post-Philippe ayant connu un épisode tartuffe plutôt scabreux (n'insistons pas), la gauche y a ses chances: l'actuel député communiste Jean-Paul Lecoq, ancien maire de Gonfreville-l'Orcher commune où une raffinerie s'autorise le droit de polluer l'atmosphère plus que de raison, semble vouloir s'intéresser au fauteuil jadis occupé par M. Duroméa et Rufenacht. On pourrait y croire tant Jean-Paul Lecoq se montre actuellement actif pour défendre l'intérêt national du grand port maritime normand...

A Caen, a priori, l'accès à un second mandat semble dégagé pour Joël Bruneau (LR) tant les oppositions sont faibles et divisées. Mais les résultats spectaculaires des élections européennes (voir infra) devraient sérieusement inquiéter le locataire de l'abbaye-aux-Hommes: le très haut score macroniste devrait faire sortir assez vite le loup macroniste du bois... de la droite locale. Certes, Joël Bruneau pourra toujours se prévaloir du nouveau tramway qui sera vraisemblablement inauguré à l'automne prochain: mais le maire de Caen ne doit pas en faire le blanc-seing pour un second mandat. S'il devait raisonner ainsi, le maire de Caen se tromperait lourdement car les tilleuls de la place de la République menacés par les tronçonneuses municipales au service du premier bétonneur local ont voté "vert" ce dimanche 26 mai 2019... à près de 19%: la question écologique, à Caen comme à Rouen, pourrait faire la prochaine élection municipale!

Voir aussi: la revanche de la normande Stéphanie Yon-Courtin sur le vieux monde partisan caennais...

https://www.ouest-france.fr/elections/europeennes/elections-europeennes-caen-stephanie-yon-courtin-elue-deputee-6369113

Les résultats des élections européennes en Normandie:

  • Résultats à Rouen:

https://rouen.fr/breve/2019/05/resultats-elections-europeennes-2019-a-rouen

  • Voir aussi cet article de Paris-Normandie avec cette analyse éclairante de la situation électorale de la métropole rouennaise:

Rive droite macroniste et rive gauche lepéniste tandis qu'à Rouen même, les écologistes percent à la seconde place avec plus de 18% derrière les macronistes...

https://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/europeennes-en-seine-maritime--le-rassemblement-national-solidement-implante-dans-le-departement-GM15083173?utm_source=newsletter_mediego&mediego_euid=7b65029da2&mediego_ruuid=0ec179f5-ce5e-4a5c-a09b-874de8597816_1&mediego_campaign=20190527_news_actu&utm_content=20190527&utm_campaign=newsactu&utm_medium=email

  • Résultats de la Seine-Maritime: victoire écrasante des lepénistes.

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  • Dans le département de l'Eure: face à la vague lepéniste, les macronistes ne résistent qu'à Vernon (la ville de Sébastien Lecornu) et à Evreux. La droite LR soutenue par le président de région s'effondre...

https://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/europeennes-dans-l-eure--le-rassemblement-national-creuse-l-ecart-tout-en-perdant-du-terrain-DM15083213

  • Résultats à Caen: une victoire éclatante macroniste (c'est-à-dire ceux qui en avaient marre des samedis "gilets jaunes"), une percée remarquable du vote écologiste qui arrive en seconde position (la jeunesse lycéenne et étudiante caennaise s'est mobilisée) et un effondrement du parti de monsieur le maire de Caen:

https://www.ouest-france.fr/elections/resultats/calvados/caen-14000/

résultats Caen

  • Voir l'analyse du vote normand proposé par Xavier Oriot (Ouest-France):

https://www.ouest-france.fr/normandie/europeennes-en-normandie-l-exception-de-la-manche-6369165

En Normandie, le Rassemblement national sort vainqueur de ces élections européennes. Il devance la République en marche dans quatre départements sur cinq. Moins dans Calvados qu’en Seine-Maritime et, surtout, dans l’Eure. Dans la Manche, la République en Marche le devance d’un cheveu.

Les Normands ont voté comme les Français à ces élections européennes. Le Rassemblement national arrive en tête avec 27,47 % des suffrages devançant de sept points la République en Marche à 20,73 %. Une différence de plus de 70 000 voix !

Comme au niveau national, les Verts arrivent en troisième position à 11 % devant les Républicains à 8 %. La France insoumise est au coude à coude mais devant le parti socialiste-Place publique-radicaux avec respectivement 6 et 5 %. Nicolas Dupont-Aignan se hisse entre les deux candidats socialistes avec 4,55 % devant Benoît Hamon à 3,16 %.

14 points d’avance du RN dans l’Eure

En regardant de plus près les résultats département par département, le Rassemblement national arrive en tête dans quatre départements sur cinq avec, dans l’ordre, des scores nets de 32 % dans l’Eure, 29 % en Seine-Maritime, 27 % dans l’Orne, 24 % dans le Calvados, deux points d’avance sur LREM (22 %) dans ce dernier département.

Dans l’Eure il confirme haut la main les bons scores du Front national aux dernières législatives où il s’était qualifié pour le second tour dans les cinq circonscriptions. Il distance LREM de quatorze points et de dix en Seine-Maritime. Seule exception, la Manche qui place la République en Marche en tête d’un cheveu : 24 % contre 23 % au RN.

L’effet Gilets jaunes à peu joué avec des miettes pour les candidats des cinq listes qui se réclamaient du mouvement depuis novembre avec 0,70 % pour Francis Lalanne. Leurs voix se sont plus portées sur le Rassemblement national que sur la France insoumise.

Si comme partout en France, la participation est faible (53 %), les Normands ont mieux voté qu’aux Européennes de 2009 et 2014 : 54,08 % dans l’Eure, 53,65 en Seine-Maritime, 54,75 % dans l’Orne, 53,39 % dans la Manche et, la palme, 55,21 % dans le Calvados. C’est plus de dix points sur les Européennes de 2009 et 2014.

  • Voir aussi les infographies proposées par France Bleu Normandie:

https://www.francebleu.fr/infos/politique/elections-europeennes-2019-comment-a-t-vote-en-normandie-1558691653

Les résultats des principales listes: on notera l'échec de liste Bellamy largement soutenue par la droite normande et par Hervé Morin le président de région...

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Les résultats nationaux sur la trame départementale: on notera que la France de l'Ouest a mis la liste macroniste devant la liste Lepéniste. L'exception du département de la Manche (à quelques centaines de voix près) ne manquera pas d'être exploitée par certains...

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Géographiquement, l'essentiel n'est pas là: la fracture entre les grandes villes (plutôt favorable aux macronistes) et les petites villes et villages de la ruralité (plutôt favorable aux lepenistes) est consommée!

Deux pays vivent, désormais, l'un à côté de l'autre sans trop se connaître ni s'apprécier (c'est un euphémisme): les urnes confirment cette triste réalité déjà entr'aperçue à l'occasion de la crise sociale des "Gilets jaunes".

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