hudimesnil

Ce dimanche 26 mai 2019, le jour du Seigneur était aussi celui de la fête des mères. De toutes les mères, celles qui oeuvrent sur terre et celle qui travaille le ciel. Le mois de Notre-Dame s'achève dans les roses de mon courtil, mon petit gardin, après avoir commencé avec la clochette d'un brin de muguet à la boutonnière et un souvenir rouge vif de femmes ouvrières luttant pour un bout de paradis.

Je m'en vais, à la mi journée, faire un joli bouquet pour celles que j'aime.

Après l'ondée tombée d'une nuée aux candeurs mélangées d'azur, les herbes et les fleurs dansaient revêtues de somptueuses parures perlées d'argent. L'air était sans souci. Princier pour toutes les courtisanes que j'avais à sacrifier avec le fer du sécateur: depuis le vieil Adam nous avons perdu notre nature et nous la cherchons éperdus dans l'art funèbre des jardins. Nous sommes mortels et les fleurs sont belles de l'être plus encore, l'espace d'un matin: elles nous consolent de leur beauté offertes en trophées pour nos bonheurs et nos honneurs.

M'approchant d'une rose, j'entends bourdonner.

 Au coeur le plus tendre d'un jupon de dentelle, une abeille battait des ailes de guerre lasse. Mais au lieu de s'élever face au soleil des étamines pour s'enivrer folle d'une autre corolle, la butineuse s'effondra dans les plis les plus profonds du pétale, blanc linceul qui bourdonnait plus fort.

On eut dit un frelon. Puis plus rien...

Au loin, la rumeur régulière et insistante de la départementale se faisait entendre dans l'air léger et doux: le ricanement d'un vol de goélands s'y mêla soudain tandis qu'on entendait au vent la sonnerie d'un angelus: il était midi.

L'ouvrière poudrée d'or gisait pattes en l'air dans l'éclat immaculé d'une rose Winchester cathedral.

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 Pavane pour une infante défunte, musique composée par Maurice Ravel: la version originale pour piano (1899) sous les doigts inspirés de Bertrand Chamayou.

https://www.youtube.com/watch?v=cwL4nSb9am8

Commentaire de Florestan:

Nous avons tous été interpellés, espérons-le, par ce rapport scientifique nous alertant sur la disparition quasi totale des abeilles à l'horizon 2050 si rien ne change dans les actuelles pratiques agricoles et phytosanitaires. Des exploitants agricoles constatent déjà des baisses de rendement importants dans les récoltes de colza et de tournesol. Des économistes ont chiffré le manque à gagner pour le PIB national si nos précieuses alliées ailées disparaissaient: cela se compterait en plusieurs milliards avec risque pour la sécurité nationale concernant l'accès à certains aliments de première nécessité tels que les fruits et les légumes.

Nous avons aussi constaté que les abeilles des villes se portaient beaucoup mieux que les abeilles des champs: les premières bénéficient de la présence de nombreuses fleurs dans les jardins et d'une moindre exposition aux pesticides chimiques que les secondes...

Enfin, le 15 avril dernier, comme un heureux symbole dans ce drame qui peut beaucoup signifier, nous nous sommes réjouis que les ruchers installés sur les hauteurs de la sacristie de la cathédrale de Notre-Dame de Paris ont pu réchapper à l'incendie: les 200000 abeilles de Notre-Dame ont été sauvées!

https://www.notredamedeparis.fr/la-cathedrale/les-informations-insolites/les-abeilles-de-notre-dame-de-paris/

Cette dernière information nous a donné l'idée de renouer avec une antique tradition des églises normandes, notamment celle qui était autrefois pratiquée en la cathédrale de Bayeux, véritable "Notre-Dame des fleurs" des Normands selon un rituel liturgique très ancien consistant à jeter des pétales de roses depuis les galeries hautes de la cathédrale ou d'en joncher le sol: ces pétales de roses arrivaient à la cathédrale par sacs entiers de toutes les roseraies avoisinantes... Cette liturgie solennelle des fleurs était réservée aux plus grandes fêtes de l'année, notamment celle de la Pentecôte (qui tombe souvent à la fin du mois de mai et durant laquelle on faisait pleuvoir des pétales rouges pour figurer la descente de l'Esprit Saint) ainsi que les grandes fêtes mariales, à commencer par celle de l'Assomption le 15 août.

Voir les archives de l'Etoile de Normandie:

http://normandie.canalblog.com/archives/2017/06/02/35345839.html

Cette liturgie des fleurs existait dans les autres cathédrales Notre-Dame de Normandie (Coutances, Sées, Evreux, Rouen) mais c'était à la cathédrale Notre-Dame de Bayeux qu'elle était la plus relevée...

Quel rapport avec les abeilles?

L'idée est de relancer cette pratique liturgique à la cathédrale de Bayeux en y associant le double objectif de créer autour de Bayeux un réseau de jardins préservant la biodiversité florale locale et les variétés anciennes de roses (un conservatoire de la rose ancienne normande existe déjà à Balleroy) pour fournir la cathédrale en sacs de pétales et d'installer des ruchers dans la tour lanterne de la cathédrale de Bayeux à l'instar de ce qui avait été fait à Notre-Dame de Paris. Si l'expérience est concluante à Bayeux, elle pourrait être généralisée aux autres cathédrales de la province ecclésiastique de Normandie.

Nous allons écrire très prochainement à Mgr. Lebrun, archevêque de Rouen, primat de Normandie pour lui faire part de cette idée...

Et puisque nous parlons de refaire pleuvoir des pétales de roses dans les églises normandes dans le but de sauver nos abeilles, il était difficile d'ignorer celle qui en eut l'idée bien avant nous...

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