Billet de Florestan

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L'essentiel de ce billet est dans son titre.

Nous formons le voeu que les deux personnalités politiques normandes ci-dessus nommées n'oubliront pas l'essentiel: la Normandie et ses projets nous rassemblent alors que la querelle partisane nationale nous divise.

Non pas que cette division idéologique et partisane soit illégitime, c'est le moteur de la démocratie qui a besoin d'un débat public permanent pour pouvoir fonctionner. Sauf que le moteur, en ce moment, ne tourne pas bien rond et que le débat public national est plus que jamais paralysé par un rapport de force qui prend en otage tous les autres tant à gauche qu'à droite:

On pourrait appeler ça: "moi ou le chaos". Ou encore: "soutenez moi ou vous serez responsables du chaos." Ou encore: "si tu ne nous soutiens pas aux prochaines élections municipales, la république en marche te marchera dessus"...

Dans la droite française qui confirme, ces temps-ci, qu'elle est vraiment la plus bête du monde, passe encore de prendre le risque en 2022 d'installer l'incendiaire Le Pen à l'Elysée plutôt que de renouveler son bail au pompier pyromane Macron... En revanche, pas question de voir débouler dans ma commune une liste LREM aux prochaines élections municipales de 2020!

Avec Macron, la martingale pour plumer la canaille de droite inventée en 1986 par François Mitterrand à l'occasion des toutes premières élections régionales au suffrage universel direct (avec une forte dose de proportionnelle pour ouvrir largement les assemblées régionales au Front National), tourne à plein régime: des centaines de maires encore encartés LR ou autre sigle de la droite dite "républicaine" et du centre pourraient tomber, littéralement, dans le panneau à l'instar de Valérie Pécresse qui espère bien se faire réélire à la tête de sa région francilienne en 2021.

La carte du vote aux élections européennes du 26 mai dernier a frappé tous les esprits: les maires centristes et de droite des grandes villes qui n'ont pas encore rejoint l'écurie Macron au risque de la trahison ont du souci à se faire avec un vote urbain dans les classes sociales favorisées largement acquis aux Macronistes mais aussi aux écologistes. 

La partition territoriale et sociale du pays est très nette: plus tu es riche, diplomé et urbain, plus tu votes Macron. Plus tu es pauvre, sous-diplomé et rural (avec un gilet jaune sur le dos) plus tu votes Le Pen. C'est très inquiétant pour 2022 cette affaire et nous partageons totalement l'inquiétude souvent exprimée par Hervé Morin le président de la Normandie lorsqu'il évoque le fait que Macron prend le risque d'être un "Matteo Renzi français" un soir de mai 2022.

Bref! A pratiquer ainsi la terre brûlée sur les terres électorales de la droite pour qu'au sortir des municipales de 2020, il n'y ait que des ruines entre la REM et le RN, les Macronistes jouent avec le feu et oublient deux évidences:

1) Les élections municipales ce ne sont pas les européennes: les enjeux politiques, les modalités électorales et les comportements politiques sont très différents. Un maire sortant assorti d'un bon bilan et bien connu de ses concitoyens a toutes ses chances en tant que notable local face à des Macronistes qui peuvent être perçus soit comme des jeunes blanc-becs naïfs et arrogants soit comme des traitres... Vu le contexte de pression macroniste sur les notables élus locaux de la droite (ne pas oublier les élections sénatoriales de 2021 qui pourraient envoyer des sénateurs LREM si des maires LREM étaient élus en 2020), il sera vain de chercher la moindre étiquette politique dans les affiches et tracts des prochaines élections municipales...

2) Les élections municipales en 2020 c'est encore loin. Très loin! et un accident industriel type "crise des Gilets Jaunes" peut encore venir sérieusement perturber les agendas officiels de Matignon et de l'Elysée avec une popularité des deux têtes de l'exécutif plutôt en berne. Sauf que les sondages ne font pas les élections et sur près de 30% des électeurs inscrits (ça suffit pour emporter une élection lorsque l'abstention est le fait civique majoritaire) il suffit que Macron fasse barrage à LePen: quoiqu'il fasse ce sera toujours moins grave que ce que pourrait faire Mme Le Pen à sa place alors que la politique actuellement suivie par un gouvernement plus que jamais soumis aux impératifs idéologiques de la mondialisation libérale, ne fait que jeter de l'huile sur le feu...

Exemple:

https://www.liberation.fr/checknews/2019/06/10/adp-quand-la-consultation-citoyenne-va-t-elle-commencer_1732771

En conséquence, certains à droite ont décidé, à quelques jours de l'été, de perdre leur sang-froid en signant une tribune dans le Journal du Dimanche appelant les maires et autres élus locaux encore encartés LR et autres étiquettes centristes à rejoindre le camp macroniste sous prétexte d'être utile à l'intérêt général de la France même si trois secondes de réflexion suffisent à comprendre que dire "moi ou le chaos" ne porte pas une vision très enthousiasmante de l'avenir de notre pays: quand on est un lapin de droite ébloui par les phares de Monsieur Macron, on n'a pas le temps de réfléchir... on détale!

Quant à la gauche... Celle qui fut plurielle n'est, désormais, plus rien. Citons Jacques Julliard (Marianne n°1160 du 7 au 13 juin 2019) qui fustige sévèrement (et il a bien raison) une gauche ayant oublié la Nation, l'école, la laïcité, le social et l'égalité (ça fait quand même beaucoup!):

"Pourquoi, après avoir fait la guerre au catholicisme, la gauche fait-elle la cour à l'Islam, sinon par mauvaise conscience et par intérêt électoral inavouable? (...) La science c'est une vie d'analyse pour un quart d'heure de synthèse. La gauche d'aujourd'hui, c'est un quart d'heure d'analyse pour une vie, ou plutôt une suvie de synthèse. Autrement dit, la gauche est peut-être encore le parti des intellectuels. Mais elle a cessé d'être celui de l'intelligence."

En attendant qu'un certain Bernard Cazeneuve veuille enfin se lancer pour recoller les morceaux d'une gauche en miettes d'ici 2022, revenons, pour finir, au cas Augier et Morin...

Le maire de Deauville, pilier moral et politique du parti réunificateur normand depuis le début (serment d'Epaignes 2006), soutien jusque- là fidèle d'Hervé Morin au point qu'il fut l'un des grands inspirateurs de l'action normande fondatrice de la Normandie réunifiée, a donc décidé non pas de franchir la Seine mais le Rubicon en co-signant la tribune parue ce dimanche de la Pentecôte dans le JDD:

Le Saint-Esprit n'y étant pour rien, le fait que Philippe Augier se décide à se placer sous la bannière macroniste est un très mauvais signal pour Hervé Morin qui cherche à construire une alternative de droite modérée, démocratique et girondine pour échapper à la broyeuse Macron-Le Pen...

Lire, par exemple:

https://www.territoires.org/philippe_vigier_etes_vous_prets_a_travailler_main_dans_la_main_avec_les_territoires

Peut-être faut-il aussi y voir un signe de mauvaise humeur et d'inquiétude à l'encontre du premier président de la Normandie réunifiée dans sa façon de gérer les dossiers stratégiques les plus urgents: Philippe Augier, à l'instar d'un Mayer-Rossignol, ne penserait-il pas lui aussi qu'une opposition "girondine" trop systématique au gouvernement risque de nuire aux intérêts de la Normandie?

Lire, par exemple:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/calvados/philippe-augier-peu-honte-herve-morin-1611249.html

On en revient donc au titre de ce billet...


 Lire la tribune parue dans le JDD: on notera que Philippe AUGIER en est le 3ème signataire (sur une liste qui n'est pas dans l'ordre alphabétique...)  On y retrouve aussi, bien évidemment, Stéphanie YON-COURTIN la maire de Saint-Contest (14) fraîchement élue députée européen.

https://www.lejdd.fr/Politique/voici-la-tribune-des-72-maires-et-elus-locaux-de-droite-qui-annoncent-leur-soutien-a-emmanuel-macron-3903553

Leur texte s'intitule : "La République des maires et des élus locaux". 72 maires et élus locaux, issus de 34 département et de 12 régions, venant tous de la droite et du centre-droit (voir la liste en bas de cet article), annoncent dans cette tribune leur soutien à Emmanuel Macron. Plusieurs d'entre eux s'étaient déjà rapprochés de la République en Marche, mais tous n'avaient pas encore franchi la ligne. Deux semaines après la déroute des Républicains aux élections européennes, c'est chose faite : "Nous sommes de ceux qui souhaitent la réussite impérative de la France, c’est pourquoi nous voulons la réussite du président de la République et du gouvernement car rien ne se construira sur leur échec", écrivent-ils. Voici leur appel :

"Le grand débat voulu par le président de la République a révélé les aspirations légitimes de Français qui se sentent délaissés, éloignés, relégués. Il a également souligné le rôle pivot des maires et des élus locaux dans notre République.

Avec un taux de participation meilleur qu’attendu, les dernières élections européennes témoignent que les Français ont retrouvé goût à la chose publique, aux débats, aux élections, bien que l’on ne puisse pas se satisfaire qu’un électeur sur deux soit resté chez lui.

Au-delà de la participation, les Français semblent coupés en deux, entre une Europe des solutions et une Europe des problèmes, entre un avenir prometteur et des lendemains incertains.

Il n’est pas trop tard pour redonner au plus grand nombre confiance en l’avenir et en l’action politique. Le succès rencontré par le grand débat et le regain d’intérêt marqué pour les européennes nous obligent.

Nous voulons la réussite du président de la République et du gouvernement

En tant que maires, en tant qu’élus de proximité en prise directe avec les réalités des Français, nous devons prendre notre part à ce travail de reconstruction nécessaire et largement attendu.

Notre pays doit s’appuyer sur des bases solides pour bâtir son avenir. L’essentiel des réformes se construit au local dans l’écoute, la co-construction et la réponse concrète aux attentes de nos concitoyens. Nous sommes de ceux qui souhaitent la réussite impérative de la France, c’est pourquoi nous voulons la réussite du président de la République et du gouvernement car rien ne se construira sur leur échec.

Nous sommes la République des maires et des élus locaux. La République des propositions. La République des solutions.

Nous refusons de nous laisser réduire à une étiquette, à une consigne de vote, à un appareil partisan. Notre parti, ce sont d’abord nos habitants, c’est la République.

Nous souhaitons valoriser et transmettre ce qui a fonctionné dans nos villes, sur nos territoires, ce que nos concitoyens ont adopté et qui bénéficie au plus grand nombre. Pas à un camp, mais à tous. Le temps n’est plus aux querelles de chapelles ou aux écuries présidentielles. Le temps ne peut pas être à l’opposition systématique qui in fine ne fait que desservir nos concitoyens.

Les défis qui sont face à nous ne connaissent pas de frontières partisanes :

  • Le défi environnemental et la nécessaire transition écologique de nos territoires.
  • Le défi de la citoyenneté et la place des services publics.
  • Le défi du développement harmonieux de nos territoires et des infrastructures qui les dessinent.
  • Le défi de l’éducation et de la transmission des valeurs.
  • Le défi des nouvelles solidarités, des politiques sociales et de la définition du vivre ensemble.

Un grand nombre de solutions se trouvent et se prennent au local. Elles existent, elles sont parfois déjà expérimentées sur nos territoires. Elles ne demandent qu’à se propager.

C’est ce défi majeur que nous souhaitons collectivement relever. C’est ce projet que nous invitons les maires et des élus locaux à construire en nous rejoignant."

Les signataires :

  1. Christophe Béchu, Maire d’Angers (49)
  2. Delphine Bürkli, Maire du 9e arrondissement (75)
  3. Philippe Augier Maire de Deauville (14),
  4. Frédéric Augis Maire de Joué les Tours (37),
  5. Dominique Baert Maire de Wattrelos (59),
  6. Jérôme Baloge Maire de Niort (79),
  7. Daniel Benquet Maire de Marmande (47),
  8. Éric Berdoati Maire de Saint-Cloud (92),
  9. Pascal Blanc Maire de Bourges (18),
  10. Jean-Luc Bléher Maire de Guer (56),
  11. Yves Bleuven Maire de Grand-Champ (56),
  12. Luc Bouard Maire de la Roche-sur-Yon (85),
  13. Christophe Bouchet Maire de Tours (37),
  14. Pierre Breteau Maire de Saint-Grégoire (35),
  15. Laurent Brosse Maire de Conflans-Saint-Honorine (78),
  16. Olivier Carré Maire d’Orléans (45),
  17. Pierre-Marie Charvoz Maire de Saint-Jean-de-Maurienne (73),
  18. Gwendoline Chaudoir Maire de Portiragnes (34),
  19. Alain Chrétien Maire de Vesoul (70),
  20. François Commeinhes Maire de Sète (34),
  21. Nicolas Criaud Maire de Guérande (44),
  22. Gérard Daniélou Maire de Cléder (29),
  23. Grégoire de Lasteyrie Maire de Palaiseau (91),
  24. Guillaume Delbar Maire de Roubaix (59),
  25. Grégoire de la Roncière Maire de Sèvres (92),
  26. François Decoster Maire de Saint-Omer (62),
  27. Laurent Degallaix Maire de Valenciennes (59),
  28. Rodrigue Desmet Maire de Roncq,
  29. Chantal Eyméoud Maire d’Embrun (05),
  30. Anne-Marie Forgeoux Maire de Monêtier-les-Bains (05),
  31. Brigitte Fouré Maire d’Amiens (80),
  32. François Gernigon Maire de Verrières-en-Anjou (49),
  33. Marie-Cécile Gessant Maire de Sautron (44),
  34. François Goulard Président du Conseil départemental du Morbihan (56),
  35. Jean-Jacques Guillet Maire de Chaville (92),
  36. Stéphanie Guiraud-Chaumeil Maire d’Albi (81),
  37. Laurent Hénart Maire de Nancy (54),
  38. Hubert Honoré Maire de Courménil (61),
  39. Ludovic Jolivet Maire de Quimper (29),
  40. Fabian Jordan Président de Mulhouse Alsace agglomération (68),
  41. Yvan Lachaud Président de Nîmes Métropole (30),
  42. Marc Laffineur Maire d’Avrillé (49),
  43. Gérard Lebas Premier adjoint au Maire de Châlons-en-Champagne (51),
  44. Franck Le Bohellec Maire de Villejuif (94),
  45. Gwenn Le Nay Maire de Plouay (56),
  46. Olivier Lepick Maire de Carnac (56),
  47. Franck Leroy Maire d’Epernay (51),
  48. Frédéric Leturque Maire d’Arras (62),
  49. Ronan Loas Maire de Ploemeur (56),
  50. Nicolas Meary Maire de Brétigny-sur-Orge (91),
  51. Yves Métaireau Maire de la Baule (44),
  52. Jean-Paul Michel Maire de Lagny-sur-Marne (77),
  53. Philippe Nolland Maire de Pithiviers (45),
  54. Karl Olive Maire de Poissy (78),
  55. Joseph Parpaillon Maire d’Orvault (44),
  56. Arnaud Péricard Maire de Saint-Germain-en-Laye (78),
  57. Teddy Regnier Maire de Chateaubourg (35),
  58. Claude Renoult Maire de Saint-Malo (35),
  59. Franck Reynal Maire de Pessac (33),
  60. Franck Reynier Maire de Montélimar (26),
  61. Christian Robache Maire de Montévrain (77),
  62. David Robo Maire de Vannes (56),
  63. Jean-Louis Roger Maire de Sucé-sur-Erdre (44),
  64. Marie-Hélène Thoraval Maire de Romans-sur-Isère (26),
  65. Jean-Michel Tobie Maire d’Ancenis (44),
  66. Frédéric Valletoux Maire de Fontainebleau (77),
  67. Francisque Vigouroux Maire d’Igny (91),
  68. Louis Vogel Maire de Melun (77),
  69. Alain Vogel-Singer Maire de Pezenas (34),
  70. Jean-Marie Vuylsteker Maire de Tourcoing (59),
  71. Stéphanie Yon-Courtin Maire de Saint-Contest (14),
  72. Pierre Yvroud Maire de La Rochette (77)