Quel étrange paradoxe!

La Normandie, à en croire les statistiques régionales de l'INSEE, est l'une des régions françaises dont la population est la plus éloignée des hautes carrières et occupations de la recherche scientifique fondamentale (seule la Corse ferait pire que nous) en terme d'accès aux diplômes, aux formations scientifiques supérieures ou en terme d'emplois métropolitains supérieurs versés dans la science, la recherche-développement ou la recherche fondamentale (là encore: le lourd passif de la médiocrité normande dans la division régionale pendant plus de 50 ans). Mais la Normandie est aussi, la région française où l'on trouve des "pépites"scientifiques ayant une réputation mondiale, des têtes d'épingles qui attirent à elles tant à Caen qu'à Rouen sur des sujets hyper-pointus la crème de la crème de la recherche fondamentale... mondiale: cela concerne moins de 1000 personnes en Normandie et dans le Monde entier mais c'est stratégiquement essentiel!

Deux exemples à Caen et à Rouen, pour ne pas faire de... jaloux!

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https://www.liberation.fr/sciences/2016/11/03/a-quoi-sert-le-nouvel-accelerateur-de-particules-a-caen_1525718

A Caen, dans le sillage du Grand Accélérateur National des Ions Lourds (GANIL) installé depuis les années 1980 sur le plateau Nord Côte de Nacre et qui fut la seule réalisation notable de l'ambition de faire de l'université de Caen, la "Grenoble de l'Ouest" (1971, assises nationales de la recherche à Caen en présence d'Hubert Curien... Le Ganil puis, plus rien ou presque!), on travaille au projet assez extraordinaire de transmuter les métaux par ionisation qui revient, de fait, à réaliser l'idéal des anciens alchimistes. C'est aussi la mise au point d'une méthode révolutionnaire pour soigner les cancers (hadronthérapie): ces domaines hyper-spécialisés attirent à Caen des chercheurs du monde entier puisqu'il n'y a que trois sites dans le Monde spécialisés dans la recherche sur les ions (aux USA, au Japon et donc à Caen en Normandie). L'autre exemple caennais c'est la mise au point du système de reconnaissance faciale embarqué dans l'Iphone X d'Apple qui avait valu, en 2018, les honneurs d'une visite, à Hérouville-Saint-Clair, de Steve Jobs le big boss de la célèbre firme de la Silicon Valley californienne.

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https://www.paris-normandie.fr/len/le-dossier/le-madrillet-petit-saclay-normand-en-germe-ae7363174

Rouen est une ville capitale! En effet, personne ne sait ou presque que Rouen est considérée comme la capitale mondiale de la recherche sur les motorisations, la métropole normande est même la "Mecque mondiale des motoristes" avec, notamment, l'excellence mondiale dans ce domaine là aussi pointu de la technopole du Madrillet où les innovations qui vont révolutionner l'automobile au XXIe siècle sont les plus avancées (motorisations alternatives aux hydrocarbures, véhicule autonome...). C'est aussi depuis Rouen que le moteur de recherches Internet "Qwant" choisi par l'Europe pour faire pièce au géant américain "Google" est sécurisé (l'algorythme étant, quant à lui, conçu et suivi dans son développement depuis l'université de Caen).

La Normandie scientifique recèle donc d'inestimables trésors... réservés à quelques initiés qui viennent du Monde entier. Mais cela ne concerne pas les Normands ou si peu!

Quant à la jeunesse normande la plus ambitieuse et la plus talentueuse intéressée par la recherche scientifique, elle quitte massivement notre région faute de pouvoir trouver les formations, les cursus ou les opportunités d'emplois (avec les rémunérations qui peuvent aller avec): il y a donc un immense chantier à ouvrir pour créer une attractivité scientifique normande dans le cadre du réseau tripolitain universitaire Caen/ Rouen/ Le Havre.

Cela devrait être une préoccupation majeure pour les élus concernés et responsables de l'avenir des trois plus grandes agglomérations urbaines normandes. La région Normandie est, pour l'instant, l'acteur principal et on aimerait qu'au moteur régional puisse répondre un moteur métropolitain normand.

A Caen, les choses bougent cependant dans le bon sens: le plateau Nord Côte de Nacre va faire l'objet d'une transformation profonde au cours des années 2020/2030 pour lui donner la cohérence et l'identité locale, régionale et nationale qu'il n'a pas et qu'il mériterait d'avoir.

https://www.ouest-france.fr/normandie/caen-14000/caen-la-mer-veut-conforter-l-excellence-du-plateau-nord-5532210

Symboliquement dominée par l'énorme opération immobilière de reconstruction du CHU (l'actuelle tour Henry Bernard qui symbolise à elle seule tout l'esprit de la Reconstruction de l'Après-guerre est condamnée...), le projet porté conjointement par la région Normandie et par la communauté urbaine de Caen-la-Mer apour objectif de créer une Silicon valley normande.

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Projet très ambitieux que nous saluons à condition que l'on n'oublie pas cette évidence: l'avenir de la jeunesse talentueuse se fixe dans les villes. Mais il faut l'aider à se fixer à Caen, à Rouen au Havre. Il nous faut une politique métropolitaine normande de la jeunesse à l'instar de ce qui est fait à Rennes ou à Nantes depuis plusieurs dizaines d'années (notamment: l'accès au logement). Or cette politique n'existe pas encore... Dumoins elle est encore balbutiante et c'est à Caen que l'on est le plus en pointe:

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"Le Dôme", un "tiers-lieu" dédié à la vulgarisation de la culture scientifique auprès de la jeunesse a ouvert ses portes sur la Presqu'île portuaire de Caen: il rencontre un grand succès populaire. Signalons qu'une structure identique existe aussi à Rouen avec "l'Atrium":

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https://www.normandie.fr/le-pole-regional-des-savoirs-de-rouen-devient-latrium

En conséquence, l'annonce, faite le 4 juin 2019, d'un accord de coopération entre la Normandie et l'Agence Nationale de la Recherche est une bonne nouvelle qui signe le réveil de la Normandie sur un sujet essentiel sinon stratégique pour son avenir:


 

La Région et l’ANR signent un accord de coopération pour conforter l’excellence de la recherche normande

Hervé Morin, Président de la Région Normandie, et Thierry Damerval, Président de l’Agence nationale de la recherche (ANR), ont signé, ce jour, à l’hôtel de Région à Rouen, un accord de coopération pour conforter l’excellence de la recherche normande et favoriser son rayonnement à l’échelle nationale et internationale, en présence de Françoise Guégot, Vice-présidente chargée de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.

«  Je me réjouis de la signature de cet accord de coopération avec l’Agence nationale de la recherche. Ce partenariat s’inscrit dans la volonté de la Région d’innover dans sa façon d’accompagner les acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur et du territoire. Avec un budget annuel de 50 millions d’euros, la Région place en effet la recherche normande au cœur de sa " politique d’attractivité " et souhaite accroitre son rayonnement à l’échelle nationale et internationale »  a déclaré Hervé Morin, Président de la Région Normandie.

"Je suis particulièrement heureux de ce 1eraccord de coopération avec la Région Normandie qui s’inscrit pleinement dans les missions de l’agence. Il permettra de renforcer nos interactions avec les établissements d’enseignement supérieur et de recherche et les acteurs de la région. Avec la Région Normandie, notre objectif commun est de proposer aux laboratoires une offre de financement plus lisible et coordonnée » déclare Thierry Damerval, Président-directeur général de l’ANR.

 

Une meilleure articulation des dispositifs de financement

Dans le cadre de ce partenariat, l’ANR et la Région mèneront une réflexion afin de mieux articuler leurs différents outils de financement et simplifier ainsi l’offre auprès des communautés scientifiques et acteurs de la recherche sur le territoire.

La coopération entre l’ANR et la Région Normandie est l’opportunité d’une plus grande synergie du système public de recherche et d’en accroître l’impact sur le monde socio-économique.

Il s’agit de constituer un modèle expérimental de financement de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (ESRI) associé aux différentes ressources Etat / Région / Europe.

 

Identifier les domaines scientifiques stratégiques en Normandie

Dans le cadre de cette coopération entre l’ANR et la Région des travaux communs d’évaluation permettront d’identifier les domaines scientifiques stratégiques en Normandie pour les années à venir, en interaction avec l’ensemble des acteurs régionaux de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, en vue notamment de l’élaboration des prochaines stratégies régionales en faveur de la recherche normande.

Dès 2020, la Région devra également définir, sur cette base, les domaines sur lesquels elle souhaite investir pour la période 2021-2027 en matière de recherche et d’innovation, particulièrement pour les fonds européens FEDER.

L’ANR sera aussi consultée pour l’élaboration de la future stratégie régionale pour la recherche et l’innovation (SRESRI).

L’agence mettra à disposition les données et référentiels pertinents pour la réflexion normande, et co-construira des indicateurs de suivi permettant par exemple de réaliser une cartographie et des études d’impact des projets financés sur le territoire.

 

Un accompagnement de l’ANR pour l’expertise des projets de recherche soutenus par la Région

L’ANR, par son expertise, accompagnera la Région Normandie dans l’évaluation et la sélection des projets de recherche qu’elle soutient.

Elle concourra également à identifier, parmi les projets soutenus, des ruptures technologiques potentielles pour favoriser le passage de la recherche à l’innovation et le transfert de technologie.

Cette collaboration permettra aussi le partage d’information sur le suivi des projets pour réaliser une cartographie et des études d’impact des projets financés sur le territoire.

 

 

A propos de l’ANR :

L’Agence nationale de la recherche (ANR) est l’agence de financement de la recherche sur projets en France. Etablissement public placé sous la tutelle du ministère chargé de la Recherche, l’Agence agit au service des communautés scientifiques et des acteurs de la recherche. Elle a pour mission de financer et de promouvoir le développement des recherches fondamentales et finalisées, l’innovation technique et le transfert de technologies, ainsi que les partenariats entre équipes de recherche des secteurs public et privé tant sur le plan national, européen qu’international. L’ANR est aussi le principal opérateur des programmes d’investissements d’avenir (PIA 1, 2 et 3), dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche pour lesquels elle assure la sélection, le financement et le suivi des projets couvrant notamment les actions d’initiatives d’excellence, les infrastructures de recherche et le soutien aux progrès et à la valorisation de la recherche. L’ANR est certifiée ISO 9001 pour l’ensemble de ses processus liés à la « sélection des projets ».

www.anr.fr

 

 


Lire enfin cette analyse proposée par Ouest-France:

https://www.ouest-france.fr/normandie/normandie-pourquoi-le-financement-regional-de-la-recherche-va-changer-6402137

La Normandie demandera maintenant l’avis de l’Agence nationale de la recherche avant d’accorder ses financements. Une première.

Rien ne sera jamais plus comme avant pour les chercheurs normands. Hervé Morin, le président de la Région a signé un accord de coopération avec Thierry Damerval, président de l’Agence nationale de la recherche (ANR), vendredi, à Rouen. Dorénavant, l’ANR accompagnera la Région pour l’expertise des projets de recherche soutenus financièrement.

Hervé Morin a reconnu que ce besoin d’expertise venait de défauts dans la façon dont les 22 millions d’euros alloués chaque année par la Région à la recherche étaient distribués : « Nous n’étions pas assez sélectifs sur les programmes de recherche que nous souhaitions soutenir », a-t-il d’abord dit, en reconnaissant « qu’avec des financements larges, nous n’incitons pas les labos à aller chercher de l’argent ailleurs ». L’objectif : financer moins pour que les chercheurs soient poussés à trouver des crédits complémentaires.

« Nécessité d’internationaliser »

La Région souhaite par ailleurs revoir sa logique de financement des doctorants pour que « les projets financés soient plus en adéquation avec les pôles sur lesquels on met l’accent ».

Dernier point d’importance pour Hervé Morin : « La nécessité d’internationaliser », qu’il s’agisse de projets tournés vers l’étranger ou de la capacité d’accueil de chercheurs étrangers en Normandie.

Si, au final, c’est la Région qui continuera de décider quels projets sont financés ou pas, elle le fera donc en ayant demandé l’avis préalable de l’ANR.

Le président de l’ANR a confirmé pour sa part que son Agence ne se désengagerait pas de ses financements, soulignant au contraire que la démarche donnerait une meilleure cohérence aux choix qui seront faits.

Cet accord est le premier du genre en France.