Depuis la réunification, notre région est en train, peu à peu, de prendre la place qu'elle occupait autrefois, notamment avant la Seconde guerre mondiale: celle d'être la première destination régionale française en matière de tourisme culturel.

le-jardin-d-eau

La proximité d'avec le bassin émetteur touristique parisien qui attire à lui seul 80% des 80 millions de visiteurs annuels faisant de la France, la première destination touristique mondiale, n'explique pas tout:

Malgré les terribles amputations patrimoniales et artistiques subies par les villes normandes en 1944, malgré l'expansion de la laideur dans nos paysages, la Normandie est encore si riche qu'elle peut encore émerveiller des millions de visiteurs avec ses églises, ses châteaux, son littoral, ses forêts et ses campagnes.

75 ans après la Seconde guerre mondiale et le débarquement, la Normandie est devenue l'une des toutes premières destinations mondiales pour le tourisme de la Mémoire: certes, les touristes ne peuvent plus admirer les splendeurs disparues de Lisieux, l'ancienne capitale du pan de bois, mais ils viennent visiter les plages du Débarquement qui s'ajoutent, désormais, aux grands monuments du tourisme normand (la Normandie médiévale des églises et des châteaux, le Mont Saint Michel, les falaises d'Etretat, Honfleur, Claude Monet à Giverny, le tourisme balnéaire, le festival Normandie Impressionisme, l'Armada de Rouen, le pélerinage à Sainte Thérèse de Lisieux, la randonnée pédestre et l'équitation).

On rappelle que c'est en Normandie que furent expérimentées en France et en Europe les premières formes du tourisme moderne dès les années 1820/1830 sur la double composante qui fait toujours la réputation et l'intérêt de la destination touristique normande:

  • Contemplation du patrimoine architectural et artistique de la Normandie médiévale.
  • Soin et récréation des corps avec les bains de mer.

Il est donc normal que la Normandie touristique reprenne enfin la place qui lui revient: la première!


 

https://www.insee.fr/fr/statistiques/4165907

Bilan de l’année touristique 2018Une nouvelle année record pour la Normandie

Caroline Poupet, Guilhem Raspaud, Insee Normandie

En Normandie, l’embellie touristique observée en 2017 s’est poursuivie en 2018. La fréquentation dans les hébergements collectifs touristiques dépasse 15 millions de nuitées ce qui constitue, de nouveau, un niveau record, et progresse de 4,9 %. La Normandie est la plus dynamique des régions de province. Tous les types d’hébergement profitent de cette croissance, celle-ci étant particulièrement marquée dans les campings (+ 9,2 %). Le surplus de fréquentation s’observe sur la quasi-totalité des mois de l’année 2018, en particulier sur le mois de mai.

En 2018, plus de 15 millions de nuitées ont été passées dans les hôtels, campings et autres hébergements collectifs touristiques (AHCT) normands. La fréquentation atteint ainsi, de nouveau, un niveau record en 2018, après une très bonne année 2017. La Normandie, qui représente 3,5 % des nuitées, se classe à la 9e place des régions métropolitaines.

La Normandie, première région de province pour la hausse de la fréquentation

Entre 2017 et 2018, les hébergements collectifs touristiques normands gagnent 700 000 nuitées. La fréquentation progresse ainsi de 4,9 %, à un rythme nettement plus soutenu qu’au niveau national (2,2 %). Cette croissance place la Normandie à la première place des régions de province (figure 1).

tourisme1

Pour la deuxième année consécutive, les touristes étrangers, ou non résidents, sont venus plus nombreux en France. Cet afflux a été particulièrement marqué dans la région (+ 6,6 %). Avec près de quatre millions de nuitées, la fréquentation des non-résidents atteint ainsi un niveau record en 2018 (figure 2). Une nuitée sur quatre est le fait des non-résidents en Normandie, contre près d’une nuitée sur trois en France métropolitaine.

Si la fréquentation de la clientèle française, ou résidente, augmente de manière plus modérée (+ 4,3 %), cette hausse propulse néanmoins la Normandie au premier rang des régions de province. En 2018, les touristes résidents ont davantage privilégié les régions du Nord de la France.

tourisme2

Cet afflux de touristes profite à l’ensemble des hébergements collectifs (figure 3). Dans les hôtels, qui regroupent plus d’une nuitée sur deux passées dans la région, la fréquentation augmente de 3,4 %. La croissance est plus marquée dans les campings (+ 9,2 %) qui offrent 26,2 % des nuitées. Enfin, les AHCT, qui représentent 20,0 % de la fréquentation, gagnent 3,4 % de nuitées supplémentaires. Pour ces établissements, la hausse est uniquement portée par la clientèle résidente (+ 5,3 %), les nuitées des non-résidents reculant de 8,7 %.

tourisme3

Une fréquentation particulièrement dynamique en mai

En 2018, la fréquentation est en hausse par rapport à 2017 pour la quasi-totalité des mois de l’année, exceptés février et avril. En février, la clientèle résidente est venue moins nombreuse dans la région (- 5,6 % ; figure 4). La fréquentation recule également en avril (- 10,2 %), notamment pour la clientèle non résidente (- 14,3 %). Cette baisse doit cependant être relativisée dans la mesure où elle fait suite à une très bonne année 2017. Sur ce mois d’avril, le nombre de nuitées en 2018 reste en effet légèrement supérieur à la moyenne des années 2014 à 2017.

À l’inverse, le calendrier des vacances scolaires, le nombre élevé de ponts et les bonnes conditions météorologiques ont dynamisé très fortement l’activité touristique au mois de mai. Les touristes ont afflué dans les hôtels (+ 7,3 %) et encore davantage dans les campings (+ 34,4 %). La moindre fréquentation du mois d’avril a également décalé un certain nombre de nuitées.

Les mois de juillet, août et septembre, qui totalisent la moitié des nuitées de l’année dans les hôtels et les campings, enregistrent une hausse comprise entre 7,1 et 11,0 %. En septembre, des fréquentations records, jamais vues depuis 2013, ont été atteintes pour tous les types d’hébergements. Les campings tirent particulièrement leur épingle du jeu (+ 26,2 %).

Le relatif dynamisme de la clientèle résidente, couplé à celui plus affirmé de la clientèle non résidente (de + 10,2 % à + 15,8 %), prolonge l’embellie de l’année touristique jusqu’au mois de décembre.

tourisme4

Plus de huit millions de nuitées dans l’hôtellerie

La fréquentation dans les hôtels normands atteint 8,1 millions de nuitées en 2018. Elle progresse ainsi de 3,4 % en un an, un point de plus qu’au niveau national. Cette hausse place la Normandie au troisième rang des régions de France métropolitaine, derrière l’Île-de-France (+ 5,5 %) et les Pays de la Loire (+ 4,8 %), et devant le Centre-Val de Loire (+ 1,9 %).

La région se classe deuxième pour la hausse de la fréquentation de la clientèle résidente (+ 2,4 %). Si la fréquentation des non-résidents augmente davantage (+ 6,5 %), elle est en revanche moins prononcée qu’au niveau national (+ 7,6 %).

En Normandie, la clientèle d’affaires représente 46,0 % de la fréquentation hôtelière, soit légèrement plus qu’au niveau national (45,5 %). Entre 2017 et 2018, la fréquentation de cette clientèle progresse à un rythme moins soutenu (+ 1,0 %). Celle-ci baisse même dans l’Eure et en Seine-Maritime (- 0,1 % et - 6,1 %), départements au sein desquels cette clientèle est la plus représentée (respectivement 58,0 % et 54,9 % des nuitées).

Hausse de la fréquentation hôtelière dans quatre départements sur cinq

Le nombre de nuitées dans les hôtels augmente dans tous les départements, à l’exception de la Seine-Maritime. Dans ce département, la fréquentation baisse légèrement (- 0,1 %) et de façon plus prononcée pour les non-résidents (- 1,6 %). Ce recul est notamment marqué au sein du Pays Dieppois (- 2,4 %) et dans la communauté d’agglomération havraise (- 0,6 %). Mais celui-ci fait également suite à une très bonne année 2017, marquée notamment par la célébration des « 500 ans du Havre ».

La progression est en revanche très soutenue dans l’Orne (+ 6,4 %), notamment pour la clientèle non résidente (+ 25,7 %). En particulier, les Hollandais, Italiens et Suisses sont venus plus nombreux cette année. Les volumes concernés restent cependant plutôt faibles dans ce département qui concentre moins de 5,0 % des nuitées normandes.

Dans la Manche, le nombre de nuitées augmente de 5,6 %, malgré un recul de la fréquentation étrangère (- 1,2 %). Dans ce département, la fréquentation est particulièrement dynamique sur le littoral (+ 13,4 %).

Dans le Calvados et l’Eure, la hausse de la fréquentation est supérieure à 4,0 %.

Pour la première fois depuis 2015, l’hôtellerie ne renforce pas sa capacité d’accueil en chambres (- 0,5 %). De plus, la structure de l’offre se modifie. Certains établissements classés dans les catégories de 1 et 2 étoiles en 2017 n’ont pas renouvelé leur demande de classement. Le nombre de chambres disponibles dans des hôtels non classés augmente ainsi de 64,1 % en 2018 alors qu’il baisse de 17,4 % dans les hôtels de 1 à 2 étoiles.

Par conséquent, la fréquentation dans les hôtels non classés croît dans la région à un rythme quatre fois supérieur à la moyenne nationale (respectivement + 103,1 % et + 23,7 %). À l’opposé, la fréquentation dans les hôtels de 1 à 2 étoiles baisse (- 16,4 %).

En Normandie, le taux d’occupation croît de deux points entre 2017 et 2018, pour atteindre 57,1 %. Il reste toutefois inférieur au taux national (62,5 %). Ce taux est plus élevé dans le Calvados (58,8 %) et plus bas dans l’Orne (50,3 %).

Dans l’hôtellerie, la fréquentation étrangère retrouve son niveau d’avant 2015

En Normandie, 24,6 % des nuitées hôtelières proviennent de touristes non résidents (figure 5), soit 13 points de moins qu’en France métropolitaine. Pour autant, ces touristes sont venus plus nombreux en 2018 dans les hôtels de la région (+ 6,5 %), bien que cette hausse soit plus modérée qu’au niveau national (+ 7,6 %). La fréquentation des non-résidents atteint ainsi un niveau jamais atteint depuis 2010.

Près de huit touristes étrangers sur dix séjournant dans les hôtels sont européens. Pour ces derniers, la fréquentation s’accroît de 3,7 % (figure 6). Les Britanniques et les Belges restent les plus présents dans les hôtels de la région, bien que leur fréquentation diminue (- 1,1 % et - 10,4 %). Par ailleurs, les Hollandais, les Allemands et les Italiens sont venus plus nombreux cette année. Ces trois nationalités contribuent à plus du tiers de l’augmentation des nuitées des non-résidents.

Hors Europe, les Américains, ressortissants de la troisième nationalité la plus représentée parmi les touristes non résidents, continuent de venir visiter la région (+ 10,7 %). La fréquentation asiatique augmente quant à elle de 52,1 %. Le nombre de nuitées japonaises a même été multiplié par deux en 2018, après un léger recul en 2017.

tourisme5

tourisme6

La Normandie, région la plus dynamique de province pour les campings

Dans les campings, l’embellie observée en 2017 se poursuit en 2018. Avec une hausse de la fréquentation de 9,2 % sur un an, la Normandie est la plus dynamique des régions de province. Cette croissance surpasse nettement le niveau national (+ 0,8 %). Les campings normands comptabilisent ainsi près de 4 millions de nuitées, un niveau record depuis 2013.

Cette progression est particulièrement marquée pour la clientèle non résidente (+ 11,0 %), même si la clientèle résidente a également afflué dans les campings de la région (+ 8,1 %).

L’ensemble des départements profite de cet afflux dans les campings normands (figure 7). La hausse de la fréquentation est la plus importante dans l’Eure (+ 12,7 %) où la clientèle non résidente a été particulièrement présente (+ 20,0 %). Ce dynamisme est également marqué en Seine-Maritime (+ 9,6 %) après une année de recul, et dans le Calvados (+ 9,8 %), particulièrement dans le sud du territoire. Ces deux départements bénéficient notamment d’une forte croissance des nuitées des non-résidents (respectivement + 16,7 % et + 14,5 %).

Les campings de la Manche gagnent également 8,0 % de nuitées supplémentaires en 2018, grâce à l’afflux de la clientèle résidente (+11,5 %). La croissance de la fréquentation de la clientèle non résidente y est en revanche la plus modérée des cinq départements (+ 2,3 %). Dans l’Orne, la hausse, moins marquée (+ 7,2 %), reste tout de même nettement supérieure à la moyenne nationale.

Le parc des campings s’est recomposé en 2018, avec une montée en gamme de l’offre. La capacité d’hébergement des campings de 1 à 2 étoiles baisse (-12,3 %) quand celles des non classés et des 3 étoiles ou plus augmentent (respectivement + 0,6 % et + 4,7 %). La fréquentation des campings de 1 à 2 étoiles recule ainsi de 5,8 % au profit des non classés (+ 11,6 %) et des 3 étoiles ou plus (+ 23,4 %).

En Normandie, le taux d’occupation dans les campings est de 33,7 %, soit près de deux points de moins qu’en France métropolitaine. Il est plus élevé dans les départements littoraux (entre 32,4 % et 36,8 %) et inférieur dans l’Eure et dans l’Orne. Le taux d’occupation augmente avec la montée en gamme de la catégorie de campings. Il varie ainsi de 23,8 % pour les non classés à 38,0 % pour les 3 étoiles ou plus.

tourisme7

Les clientèles hollandaises, allemandes et belges participent de façon importante à la hausse de la fréquentation des campings

Dans les campings normands, les touristes non résidents passent 38,9 % des nuitées, soit sept points de plus qu’au niveau national. Ces touristes privilégient davantage les emplacements nus que la clientèle résidente. La clientèle non résidente représente ainsi 47,7 % des nuitées pour ce type d’emplacement contre 26,6 % pour les emplacements équipés.

Entre 2017 et 2018, la fréquentation non résidente progresse de 11,0 %, un rythme supérieur au niveau national (+ 2,5 %). La Normandie se classe 4e parmi les régions de France métropolitaine pour cette évolution. Cependant, si la progression concerne l’ensemble des principales nationalités étrangères (figure 8), les Hollandais, Allemands et Belges portent la quasi-totalité de cette hausse.

Les Hollandais sont les plus nombreux à venir dans les campings de la région. Plus de 156 000 d’entre eux y ont séjourné en 2018 pour un total de 638 000 nuitées, soit 15,4 % de plus qu’en 2017. La fréquentation des Britanniques, après une année de repli, croît légèrement en 2018 (+ 1,0 %). Elle est dynamique dans la Manche (+ 5,9 %), mais en recul dans le Calvados (- 7,4 %).

tourisme8


 

Commentaire de Florestan:

A la fois populaire, familiale et aristocratique, culturelle ou sportive, la destination touristique normande est diversifiée tant par ses propositions que par les publics qu'elle attire à elle: c'est la grande force de la Normandie, une région humaine, sinon humaniste ayant une notoriété internationale exceptionnelle au point que les étrangers visiteurs apprécient et connaissent parfois souvent mieux la Normandie que les Normands eux-mêmes!

Le Comité régional de tourisme normand, après avoir dressé en 2006, le portrait identitaire de la Normandie avait eu la belle idée de positionner le tourisme normand sur le créneau finalement peu fréquenté d'une proposition s'adressant à... l'âme tout en permettant la recréation du corps. La destination normande assume donc d'être exigeante, non spécialisée, à taille humaine et évitant  l'industrie touristique de masse.

On notera, cependant, que les touristes ont souvent une image beaucoup plus positive de la Normandie que les Normands eux-mêmes: en terme d'image régionale, de reflet régional, il est plus que temps de solder le lourd passif hérité de 1944. A savoir: une Libération dans la souffrance avec l'inadmissible urbicide des villes normandes, la Reconstruction dans l'amnésie, la modernisation autoritaire et agressive conduite par l'Etat débouchant sur 60 ans de division régionale (1956- 2016)... Avec le changement des générations, les Normands vont changer et donc l'image qu'ils ont de la Normandie à condition qu'on leur en donne aussi les moyens.