Billet de Florestan:

A l'occasion de la prochaine élection présidentielle en 2022, le match retour Macron VS Le Pen pourrait virer au cauchemar! Imagine-t-on un instant le cour central de Roland Garros déserté par le public le dimanche d'une finale?

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L'abstention, déjà monumentale, pourrait culminer à des hauteurs himalayennes avec, de l'autre côté de la montagne, une victoire à ce point étriquée qu'elle ne pourra être considérée comme telle pour celui ou celle qui devra l'emporter de peu avec le risque d'entrer dans une crise politique majeure dans tous les cas!

Il nous faut donc conjurer dès à présent, le risque majeur d'un nouveau duel entre un pompier pyromane d'extrême-centre (Macron est un néo-giscardien autoritaire) et une incendiaire d'extrême droite (Le démagogisme de Le Pen fille n'a jamais gouverné).

Hervé Morin, le président de la Normandie a donc raison de tirer la sonnette d'alarme: "Emmanuel Macron est le Matteo Renzi français, tout cela va mal finir..."

Cet affrontement, c'est ce que nous révèle avec une grande lucidité et une grande finesse le livre de Jérôme Fourquet, "l'archipel français", est la conséquence politique d'une nation française plus que jamais désunie, qui se fracture et se fragmente de tous côtés et sur tous les sujets: il n'y a plus de consensus commun, si ce n'est le soutien à une équipe de football championne du Monde et encore!

Fourquet nous démontre que suite à l'effondrement de la pratique religieuse chrétienne catholique, la société française s'est désormais totalement émancipée de la matrice civilisationnelle, culturelle, voire anthropologique séculaire qui a fait la France et son histoire.

Ce plancher séculaire des vaches s'étant déroubé, tous les autres cadres institutionnels, culturels, sociaux ou sociétaux s'effondrent face à la formidable et générale affirmation d'un individualisme narcissique qui est le vrai moteur d'une Mondialisation consummériste financièrement pilotée par l'Occident mais placée sous la domination du "soft power" Nord-américain.

Le modèle de l'universalisme républicain français, fondé depuis 150 ans, sur le double héritage judéo-chrétien catholique et du rationalisme des Lumières, meurt sous nos yeux, vaincu par l'autre universalisme à l'oeuvre en Occident après avoir été trahi par nos soi-disant élites parisiennes "en marche" vers on ne sait où...

Et c'est ainsi, 50 ans après la mort du Général de Gaulle (qui fut le dernier chef d'état français à prendre vraiment au sérieux l'universalisme d'une grand puissance mondiale française), que plusieurs France se font désormais face, vivant les unes à côté des autres, en s'ignorant au risque de se méjuger ou de se mépriser.

Au niveau politique cela se traduit par une double sécession: celle des élites et des classes supérieures favorisées qui préfèrent le grand large de l'archipel métropolitain mondial. Celle des classes populaires plus que jamais assignées à résidence de l'autre côté du périphérique, dans la province profonde, sur les "territoires" comme on dit et dont celui de l'abstention politique n'est pas le moindre...

Avec des classes populaires ou moyennes de plus en plus tentées par le camping sur l'Aventin de l'abstention, d'une part, et des classes supérieures toujours entre deux avions à prendre entre Londres, New York, Tokyo ou Shanghaï, d'autre part, une formidable béance s'est ouverte qui est en train, sous nos yeux, d'engloutir la "chose publique", à savoir: la République au sens strict du mot!

Conformément à l'idéal d'une 5ème République voulue par De Gaulle pour qu'elle soit la réalisation du rêve d'un poète (Charles Péguy: "La République, notre royaume de France") en assumant une mystique du service d'un Etat central jacobino-parisien justifié par le service de l'intérêt général, les commentateurs médiatiques de la vie politique, les citoyens inquiets et égarés mais encore lucides espèrent qu'un homme providentiel, un "homme d'état" pourra surgir, tel un nouveau Cincinnatus, pour rétablir toutes les harmonies et sauver la République.

Il faut admettre que c'est paradoxal car on ne saurait durablement, "en même temps" (quelle arnaque!)  concilier le désir du retour d'un soleil radieux pour tous et l'affirmation de tous les midis devant toutes les portes...

A moins de changer radicalement le régime politique français et les idéaux qui l'ont fondé depuis plusieurs siècles autour du dilemme suivant:

1) Soit le droit reste soumis à un Etat français qui garde le monopole de la définition de l'intérêt général: héritage gaullo-bonapartiste, robespierro-louiscapétien lui même fondé sur le droit public impérial romain, depuis que l'abbé Suger en parla, un jour, avec Philippe-Auguste...

2) Soit l'Etat français se met enfin au service du droit en acceptant d'être le garant et l'arbitre des intérêts qui s'expriment dans une nation plus que jamais divisée et qui a plus que jamais le besoin d'une discussion démocratique approfondie pour définir l'intérêt général. L'Etat arbitre, au service du droit et des libertés, c'est un autre héritage dans l'histoire occidentale et nous ne cacherons pas qu'il a notre préférence puisqu'il nous vient, via le parlementarisme anglais, de notre droit normand et de nos ducs-roi de Normandie et d'Angleterre...

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Quel choix ferait Bernard Cazeneuve s'il devait être, à son tour, président de la République?

En effet, a petite musique se fait de plus en plus insistante depuis la catastrophe électorale des européennes, notamment à gauche:

Bernard Cazeneuve, l'ancien député-maire Cherbourg et qui fut le "Churchill de François Hollande" dans les pires moments d'un quinquennat durement éprouvé par le terrorisme islamiste radical qui a parfaitement perçu et analysé les faiblesses structurelles actuelles de la nation française (relire Gilles Képel), serait tenté par la grande aventure politique de 2022.

Le sachant avocat, fin juriste et amateur de jardins autant que de Normandie et d'Angleterre, Bernard Cazeneuve pourrait être, de notre point de vue, le meilleur candidat possible...


 

https://www.ouest-france.fr/europe/ue/europeennes-bernard-cazeneuve-sort-du-silence-et-en-appelle-l-union-de-la-gauche-6369194

Européennes. Bernard Cazeneuve sort du silence et en appelle à l’union de la gauche

Très discret depuis son départ de Matignon voilà deux ans, l’ancien Premier ministre sort du bois ce dimanche soir après les résultats des élections européennes. Les mauvais résultats de la gauche le poussent à réclamer l’union. Dans la perspective de 2022 ?

L’homme est économe de ses mots depuis son départ de Matignon en mai 2017. L’ancien maire de Cherbourg (Manche), ex-ministre de l’Intérieur et ex-Premier ministre de François Hollande, sort du bois très rarement, préférant largement ses plaidoiries d’avocat aux petites phrases politiques.

Le tweet, publié ce dimanche soir d'élections européennes sur les réseaux sociaux, fait donc figure d’événement. Il n’est pas anodin non plus. Forcément déçu et préoccupé par le faible score (quoique prévisible) du PS, associé pour ce scrutin européen au mouvement Place publique de Raphaël Glucksmann, le socialiste dessine en quatre phrases ce que doit être l’avenir de son parti.

« Nous ne pouvons plus faire courir à la République et à la démocratie le danger d’un face-à-face entre LREM et le RN. Nous devons reconstituer une force de gauche sociale et écologique qui offre à la France une espérance. C’est le seul chemin possible. J’invite celle et ceux qui croient en la gauche humaniste à y œuvrer dès maintenant. »

 

Appel du pied

Venant d’un membre éminent de la gauche historique, ce texte mérite forcément qu’on s’y attarde. Davantage que l’appel à l’union formulé quasiment au même moment par Olivier Faure, l’actuel secrétaire national du Parti socialiste, peu audible depuis son élection à la tête du parti voilà un peu plus d’un an.

Sans le dire ouvertement, Bernard Cazeneuve se prépare… pour 2022 et la prochaine élection présidentielle. « C’est une façon pour lui de semer des petits cailloux » faisait remarquer récemment un dirigeant socialiste, cité par le Journal du dimanche.

Lors d’un meeting de campagne à Lyon (Rhône), le 16 mai dernier, Olivier Faure avait d’ailleurs rappelé la stature de l’ancien locataire de Matignon, présent dans la salle : « L’homme d’État a quelque chose de plus que les autres : il est fiable. Retenez ce mot : fiable. Il sait ce qu’est la dureté de l’engagement, mais jamais il ne transige. »

Des mots forts, un vibrant hommage, un appel du pied appuyé, histoire de faire sentir à Bernard Cazeneuve qu’il serait le meilleur candidat pour la gauche dans trois ans.

Son tweet de ce soir peut être un premier pas vers une possible annonce de candidature. Elle passera d’abord par le rassemblement des forces de gauche. Une union plus que jamais incontournable pour essayer de peser de nouveau dans ce paysage politique français complètement chamboulé depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée.