La liberté de la presse en France ne se porte pas très bien depuis quelques temps... On évoque beaucoup et à juste titre le fait que 90% de la grande presse parisienne et des grands médias audio-visuels nationaux sont possédés par quelques milliardaires (Arnault, Niel, Pinault, Drahi, Dassault, Lagardère, Bolloré, Bouygues...): il n'y a pas qu'en Russie qu'on trouvera des oligarques!

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Mais elle ne se porte pas mieux dans nos provinces, sur nos territoires où il reste difficile de faire un vrai travail d'enquête et d'indépendance journalistique face au pouvoir d'influence et de réseau des notables locaux (élus, haut-fonctionnaires, chefs d'entreprise, personnalités de la société civile): le journalisme de connivence qui ne veut pas être débranché de ses sources d'information trouve rapidement ses limites...

Avec la crainte de se voir couper le robinet à infos, le manque chronique de moyens est l'autre contrainte qui pèse lourdement sur le métier de journaliste surtout lorsque l'oligarque national ou le grand patron local n'a volontairement investi que le strict nécessaire pour mieux asseoir un pouvoir insidieux sur des rédactions inquiètes.

Dans ce tableau général quelque peu sinistre du journalisme en France, on aurait pu croire que le recours au numérique sur Internet et le statut du service public d'Etat auraient pu sauvegarder des périmètres où la liberté de la presse pourrait encore s'exercer totalement... Que nenni! Car dans le cas des "purs players" sur Internet qui peinent à s'autofinancer c'est effectivement la Liberté du loup toujours aux abois face au chien repus souvent tenu en laisse de la fable. Quant au service public de l'audiovisuel, des affaires recurrentes nous démontrent, hélas, qu'il n'en est rien notamment face au pouvoir d'influence des élus locaux:

C'est ainsi que le Poulpe, le média normand indépendant d'investigations journalistiques, nous apprend, ces temps-ci, que le maire de Maromme serait intervenu pour faire interrompre un reportage de France 3 Normandie.

Explications:

https://www.lepoulpe.info/david-lamiray-maire-de-maromme-et-france-3-pointes-du-doigt-apres-lannulation-dun-reportage/

David Lamiray, maire de Maromme, et France 3 pointés du doigt après l’annulation d’un reportage

Une équipe de France 3 Normandie, venue faire un reportage sur une initiative de jardin partagé à Maromme en juin dernier, a brutalement interrompu son travail. Plusieurs témoignages évoquent une intervention de la mairie de Maromme auprès de la rédaction en chef. L’édile et la chaîne démentent. Sans toutefois livrer les mêmes explications.

La rédaction en chef de France 3 Normandie aurait-elle cédé aux injonctions de David Lamiray, maire de Maromme et vice-président à la Métropole, en annulant, au débotté, un reportage sur une initiative de jardin partagé ? Au vu des informations glanées par Le Poulpe, la question se pose.

Certes, David Lamiray dément avec force tout contact direct avec quelqu’un de France 3 à ce sujet. « C’est un mensonge, ceux qui racontent cela mentent », dénonce l’ancien élu PS auprès du Poulpe. Certes encore, Dominique Hoornert, la rédactrice en chef adjointe mise en cause, assure également n’avoir « jamais » été contactée par le maire de Maromme. Et pourtant.

Plusieurs sources documentent une toute autre histoire. A commencer par l’un des animateurs du groupe local labellisé « Incroyables Comestibles ». Il était présent, ce 25 juin dernier, sur le terrain reconverti en jardin partagé en plein coeur du quartier de la Clérette à Maromme. « Une équipe de deux journalistes avait pris contact pour venir faire un sujet sur notre initiative », expose Stéphane Vernet. « Ils ont commencé à préparer leur matériel, à poser des questions. Et tout s’est arrêté à la suite d’un coup de fil reçu par l’un des deux journalistes », rapporte le cultivateur urbain.

Reportage annulé en pleine réalisation. A la plus grande surprise de Stéphane Vernet. Jusqu’à ce que l’un des deux salariés de la chaîne lui explique la donne : « Il nous a dit que leur chef a été contacté par la mairie de Maromme qui a demandé à ce que le reportage ne se fasse pas puisque le terrain sur lequel nous sommes installés n’existera bientôt plus. » Et l’animateur d’Incroyables Comestibles de rire jaune en comparant la ville de Maromme « à l’Union soviétique ».

« Une autre actualité »

S’il n’a pas connaissance de l’histoire dans ses moindres détails, Danilo Commodi, délégué syndical CGT chez France 3 Normandie, confirme l’essentiel : « Le reportage a été stoppé parce qu’il y a eu un coup de fil du maire. Cela a d’ailleurs donné lieu à une explication entre les journalistes et la rédactrice en chef adjointe. » Interrogée par ailleurs, une source proche de la chaîne confirme également ce même scénario.

S’il nie avoir pris attache avec Dominique Hoornaert de France 3, David Lamiray concède un échange entre ses collaborateurs et l’équipe de journalistes de France 3. « Ils voulaient m’interviewer dans le cadre de leur reportage, on leur a dit que ce n’était pas le bon moment pour faire sur ce sujet, la grainothéque étant presque vide à cette époque », explique le maire de Maromme. Rien de plus, selon lui.

Sa version, en tous les cas, ne colle pas avec celle de la rédactrice en chef de France 3. De son côté, Dominique Hoornaert indique qu’elle a dû faire annuler ce reportage « pour redéployer son équipe sur une autre actualité ». « C’est quelque chose qui arrive tout le temps », assure-t-elle sans pouvoir se souvenir de cette fameuse actualité brûlante du 25 juin. Difficile, en l’état, d’y voir clair sur les raisons de l’abandon en rase campagne de ce reportage.

En revanche, une chose est sûre : les relations entre la municipalité et le collectif « Incroyables Comestibles » sont, depuis le démarrage, assez compliquées. « On n’a rien demandé à la ville pour lancer notre jardin, on a fait ça dans notre coin en squattant un terrain au milieu des immeubles. Ça ne leur a pas trop plu », raconte Stéphane Vernet.

Dans un échange de mails entre la municipalité et le collectif livré par David Lamiray, on comprend, en effet, que la relation n’est pas au beau fixe. « La parcelle que vous occupez présente un aspect encombré et négligé. La parcelle que vous avez retenue est mal adaptée à une première expérience de jardin partagé », peut-on notamment y lire. Le maire de Maromme qui invite le collectif à se constituer en association loi 1901 s’est aussi insurgé du fait qu’une cabane en palettes de bois et un four ont été installés sur la fameux terrain. Ces éléments ont, entre temps, été démontés.

La parcelle, une propriété municipale qui comprend également un parking, doit être transformée dans le cadre d’une vaste opération de réhabilitation des immeubles avoisinants. « Nous allons proposer à Incroyables Comestibles un autre lieu mieux adapté pour la prochaine saison », annonce David Lamiray. L’occasion, enfin, de réaliser un beau reportage ? 

Manuel SANSON (17 juillet 2019)


 

Commentaire de Florestan:

Cette affaire affectant la rédaction de France 3 Normandie, en rappelera une autre...

http://normandie.canalblog.com/archives/2018/02/24/36171104.html