La Normandie demeure une grande région industrielle dans un pays dont les élites, notamment à Paris, à commencer par le chef de l'Etat lui-même, laissent filer notre industrie à vau-l'eau alors qu'il faut sans cesse remettre à niveau un appareil industriel et ne jamais baisser la garde.

Car derrière l'industrie, il y a de l'innovation technique et scientifique, il y a des milliers d'emplois, la vie concrète et quotidienne de territoires entiers et, tout simplement, il y a l'avenir d'un Etat nation souverain et indépendant.

L'industrie d'un pays c'est donc comme la guerre ou, plutôt, comme la vie en bonne santé d'un être humain: ça doit se maintenir, s'entretenir, se développer, se renouveler, s'adapter, anticiper...

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Par exemple, l'industrie pétrochimique de l'estuaire de la Seine qui se sait condamnée à long terme car le système des transports va devoir révolutionner ses modes de propulsion et abandonner le tout hydrocarbure avant la fin de ce siècle en raison de l'urgence du changement climatique lié à l'effet de serre.

Il faut donc anticiper, investir, pour diversifier les activités d'une raffinerie, diminuer drastiquement les pollutions et inventer de nouveaux usages, de nouvelles filières pour la chimie de transformation sur d'autres bases que les hydrocarbures...

Pour permettre ces évolutions, il faut un pays équipé en infrastructures, ayant des moyens financiers mais surtout de la matière grise: des savants chercheurs dans la recherche fondamentale, des ingénieurs de la recherche-développement et, sur le terrain, des ouvriers techniciens ayant le savoir-faire. Nous disposons, encore, en France de toute cette chaîne de connaissance, notamment en Normandie.

Mais pour combien de temps encore?


 

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EN IMAGES. Exxon assure son avenir à Gravenchon grâce à une nouvelle tour de l’unité de vapocraquage

Industrie. Ce nouvel élément du vapocraqueur va permettre au site pétrochimique de diversifier ses sources d’alimentation. À la clé : des économies stratégiques pour le maintien du site de Gravenchon.

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Son arrivée a ému aux larmes certains ouvriers d’Exxon. La nouvelle tour de l’unité de vapocraquage a fait une entrée remarquée, mercredi 31 juillet 2019 sur le site de Port-Jérôme-sur-Seine. C’est que cet élément, répondant au doux nom de T1205C, va permettre de maintenir la compétitivité de l’usine durant vingt, trente, voire cinquante ans.

Flexibilité

C’est le cœur de l’activité chimique d’Exxon. Le vapocraqueurcrée et distribue les matières premières aux unités de fabrication des produits finis. Il transforme par exemple le propylène en polypropylène ; molécule nécessaire à l’élaboration du Vistalon, le caoutchouc synthétique. Aujourd’hui, il est alimenté par des charges lourdes issues de la distillation du pétrole. Demain, il pourra aussi en intégrer des légères. Cette nouveauté est rendue possible par l’ajout de la tour T1205C.

Pour vulgariser, celle-ci fonctionne un peu comme le dispositif qui permet aux véhicules à essence de carburer à l’éthanol sans pour autant devoir changer le moteur. Cela démultiplie les sources d’approvisionnement. « C’est comme si on passait d’une petite épicerie de quartier à la grande distribution pour faire nos courses. On s’ouvre à un nouveau marché dans lequel on pourra acheter au meilleur prix », résume Hervé Faudeux, directeur des grands arrêts. L’instrument a coûté plusieurs dizaines de millions d’euros. Les économies attendues s’annoncent conséquentes.

En marche après les arrêts

« C’est un secret industriel. Mais clairement, on est sur un projet stratégique. Il fallait qu’on s’adapte à un marché du pétrole qui est très cyclique pour mieux maîtriser nos coûts », révèle le directeur.

La tour sera installée dans son « berceau » d’ici quinze jours, mais entrera en fonctionnement au mois de septembre 2020, lors des traditionnels grands arrêts de maintenance qui ont lieu tous les six ans, sept à l’avenir. Sa mise en place a été l’occasion pour Exxon de tester une nouvelle planification. En effet, toutes les spécialités du groupe ont été intégrées au processus dès 2016, date à laquelle le projet a été validé. Des équipes pluridisciplinaires comprenant des ingénieurs de Houston aux États-Unis, de Belgique, mais aussi de Gravenchon ont collaboré afin de maximiser l’installation. « L’idée était de répondre aux contraintes d’espace et de maintenance. On appelle cela le design industriel. Pour cela, la réunion de tous les métiers susceptibles d’intervenir sur cette nouvelle tour, et même les sous-traitants, était essentiel », indique Hervé Faudeux. D’autres éléments, tels qu’un réacteur, des ballons et des lignes, seront installés autour de l’unité de vapocraquage.

Fabriquée au Havre par Fouré Lagadec

La tour mesure 42,1 mètres de hauteur et pèse près de 80 tonnes. Elle a entièrement été conçue au Havre, par les équipes de Fouré Lagadec.
L’entreprise, d’envergure internationale, est spécialisée dans la fabrication d’ouvrages industriels, notamment dans le secteur de la pétrochimie et du nucléaire. Elle emploie 1 500 personnes dans le monde, dont 400 au siège, situé au Havre.
Pendant douze mois
Elle réalise un chiffre d’affaires annuel de 70 millions d’euros. Ce projet de tour pour le compte d’ExxonMobil a occupé la branche normande durant douze mois. « On nous a demandé de livrer un produit fini. C’est assez rare, se souvient Lise Fournier, du service des achats. La tour est totalement prête à l’emploi : elle est câblée, isolée, et même les nacelles qui permettent la maintenance ont été installées. »
Pour y arriver, Fouré Lagadec a dû intégrer d’autres entreprises spécialisées dans le processus de production. L’objectif étant d’obtenir le meilleur rapport qualité/prix possible.
Choisie parmi une dizaine de concurrents internationaux, Fouré Lagadec a joué la carte de la proximité. « Cela a forcément fait baisser les coûts liés au transport, explique Hervé Faudeux. Mais c’est aussi plus intéressant pour nous, car on a pu intégrer le constructeur à l’élaboration du design industriel. »