Merci confrère!

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Une seconde fois, nous saluons la belle initiative de Paris-Normandie de proposer à ses lecteurs plutôt issus de l'ex Haute-Normandie de découvrir les trésors historiques, culturels et naturels de notre outremer normand le plus immédiat: non pas l'Angleterre (quoique...) mais les îles anglo-normandes. Un reportage "grand format" signé Alice Pattyn:

https://paris-normandie.shorthandstories.com/jersey-guernesey-decouverte-iles-anglo-normandes/index.html

De ce "grand format", nous garderons l'extrait suivant en raison, bien entendu, de l'urgence de l'actualité du Brexit qui nous inquiète tous de chaque côté de la Manche:

Indépendantes

Aujourd’hui, les îles anglo-normandes forment une entité spéciale rattachée à la couronne. Les deux bailliages, celui de Jersey et celui de Guernesey, ne font pas partie du Royaume-Uni. Ils sont chacun autonomes et possèdent leur propre parlement, justice, lois... Les îles anglo-normandes ne font donc pas partie de l’Union européenne, mais bénéficient toutefois de certains avantages. Lors de l’adhésion du Royaume-Uni à la Communauté économique européenne en 1973, un alinéa concerne les îles de la Manche leur permettant de bénéficier d’échanges commerciaux avec l’UE. Avec le Brexit, ces avantages sont menacés pour les îles. Les habitants n’ont pas été consultés concernant la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Les îles n’ont pas hésité à organiser des réunions d’information pour tenter de lever le flou sur cette situation. À suivre.

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 Commentaire de Florestan:

Les ministres et baillis de Jersey, Guernesey et Aurigny étaient présents ou représentés lors de la séance inaugurale du conseil régional de Normandie à Rouen le 4 janvier 2016. A cette occasion, non sans émotion, Jonathan Letocq, le ministre en chef de Guernesey dira que c'était la réunification de "notre maison commune, la Normandie". Depuis, Hervé Morin et son exécutif régional a beaucoup fait pour accélérer et approfondir le rapprochement entre les îles anglo-normandes et la Normandie continentale avec de nombreuses rencontres et projets de coopération: énergétique, culturelle, scolaire, économique mais aussi financière. La perspective inquiétante du Brexit a rapproché encore plus la Normandie de son outremer avec l'idée proposée par Hervé Morin de mettre en place une "team" Normandie à Bruxelles englobant la Normandie continentale française et la Normandie d'outremer britannique...


 

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Bien qu'indépendantes, les îles anglo-normandes conservent des relations étroites avec la couronne britannique. Les rois et reines d'Angleterre se sont déjà rendus plusieurs fois sur les îles.


 Commentaire de Florestan:

Ce qu'omet de dire Alice Pattyn qui a fait les textes et choisi les photos de ce "grand format" de Paris-Normandie sur nos îles de la Manche, c'est que "les relations étroites avec la couronne britannique" sont, en réalité une "union personnelle" de ses îles indépendantes avec le roi ou la reine d'Angleterre en tant que... "duc de Normandie" car le titre est toujours officiellement porté par le souverain britannique pour ses îles de la Manche.

Par ailleurs, dans cette belle balade proposée par Paris-Normandie, on notera une erreur:

la langue normande de Jersey s'appelle non pas le "jersiais" mais le "jerriais": un "Jersiais" est un habitant de Jersey qui peut parler trois langues... L'anglais, le français et le jerriais!

Une autre omission: l'université de Caen, en la personne de Sophie Poirey maître de conférence en histoire du droit, est la seule université du monde qui délivre encore une certification et un diplôme de droit normand dont l'obtention est obligatoire pour s'inscrire en tant que juriste, avocat ou homme de loi à Guernesey. Ce DU de droit normand de l'université de Caen est, de plus, très recherché par les historiens du droit dans les pays de tradition anglo-saxonne, ce qui confère un rayonnement international inattendu pour l'université de Caen, notamment dans les îles anglo-normandes.

On regrettera enfin et surtout que ce grand format ne présente pas finalement l'évidence en donnant la vague impression de tourner autour du pot...

Les bailliages et états de Jersey, Guernesey, Aurigny, Herm et la seigneurie de Sercq et dépendances sont les derniers témoins institutionnels encore vivants de l'ancien duché de Normandie avec un droit coutumier normand toujours en vigueur: un projet de classement de ce patrimoine historique institutionnel au titre de l'UNESCO est d'ailleurs à l'étude.

Il est dommage que la journaliste mandatée par Paris-Normandie pour réaliser ce grand format tout à fait passionnant n'est pas encore eu la curiosité d'interroger Sophie Poirey.

L'été n'est pas terminé et la balade de Paris-Normandie dans nos îles anglo-normandes doit encore se poursuivre: on espère donc prochainement une rencontre entre un journaliste de Paris-Normandie et ce fameux droit normand qui faisait autrefois tout l'orgueil de ces Messieurs du parlement de Rouen!

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 Commentaire de Florestan:

En conséquence on renvoie à la lecture indispensable du dernier numéro paru de la revue trimestrielle "Etudes Normandes" (n° 10 Juin-Septembre 2019) qui est, justement, consacré aux "Îles Anglo-Normandes, entre passé et présent."

Dans cette excellente revue, les choses sont enfin claires dites et assumées!

http://www.etudesnormandes.fr/

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Sophie Poirey a écrit le texte de présentation de ce numéro entièrement consacré aux îles anglo-normandes:

Les îles Anglo-Normandes, un passé qui se conjugue au présent

Les îles Anglo-Normandes revendiquent un passé historique normand toujours présent dans leurs institutions, leur droit, leur langue ou encore leurs noms de lieux.

Les Anglo-Normands savent en effet se souvenir de leur passé normand lorsqu’ils affirment fièrement que leurs ancêtres ont historiquement conquis l’Angleterre sous le règne de Guillaume, lorsqu’ils portent un toast « à la reine notre duc » ou lorsqu’ils respectent le Grand Coutumier de Normandie du xiiie siècle. Mais les îliens savent aussi rendre hommage à ces souverains anglais auxquels ils ont fait allégeance au début du xiiie siècle en célébrant chaque année, à coups de canon, le « Birthday Queen » ou en respectant baillis et lieutenants-gouverneurs nommés par la Couronne anglaise. Enfin, si les îles n’ont jamais appartenu à la France malgré de nombreuses tentatives de conquête, elles sont cependant très françaises par la culture et par l’esprit. Le Français est resté ainsi la première langue officielle de l’île jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Parlée par de nombreux insulaires, la langue française a longtemps été employée dans de multiples documents judiciaires toujours en vigueur et elle est encore utilisée devant les Cours royales de Jersey et de Guernesey.

Mais la richesse des îles de la Manche vient aussi de la singularité de chacune des composantes de cet archipel. Qu’il se rende à Jersey, Guernesey, Aurigny, Sercq, Herm ou encore aux Minquiers ou aux Écréhou, c’est pour le voyageur la certitude d’un séjour dans des lieux uniques chargés d’histoire et de poésie mais également bien ancrés dans le réel. Composé d’États modernes, dont l’économie repose principalement sur la finance et le tourisme après avoir été longtemps agricole, l’archipel anglo-normand entend bien faire entendre sa voix et sa singularité sur la scène internationale.

Bien que n’appartenant pas à l’Union européenne, les bailliages de Jersey et de Guernesey ont obtenu d’avoir leur propre représentation à Bruxelles et, à l’heure du Brexit, les îles de la Manche ont su nouer des relations avec les États membres de l’Union européenne dont notamment la France. Signataires de la Convention européenne des droits de l’homme, elles se doivent également de tenir compte de ses prescriptions pour adapter, sans les renier, les anciennes lois normandes encore en vigueur.

Ce dossier sur ces anciennes possessions ducales entend ainsi rendre hommage à nos « cousins » anglo-normands et à ces îles conservatrices de notre patrimoine normand.

Sophie POIREY, maître de conférences en histoire du droit, université de Caen Normandie