Dans cette affaire de l'effacement (sic!) des barrages de Vézins et de la Roche-qui-boit dans le but de "renaturer" la Sélune, affaire surréaliste qui restera dans les annales comme l'acte de naissance d'un écologisme technocratique d'Etat aussi autoritaire et vain que ne le fut la technocratie d'Etat auparavant au service du tout pétrole et du tout nucléaire, on a le regret d'apprendre qu'une autre avanie va, prochainement, s'ajouter à celles déjà commises à l'encontre de l'intérêt général de la Normandie, voire contre l'intelligence, la pertinence ou le souci écologique des populations riveraines concernées et des associations qui se sont mobilisées pour éviter la destruction des barrages dans le but que la première manifestation d'un écologisme d'Etat ne se transforme en catastrophe écologique locale effective par la question des inondations en aval des barrages et de la pollution des eaux de la baie du Mont-Saint-Michel plus en aval encore...

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En effet, nous venons d'apprendre qu'un colloque international scientifique sur la question de la renaturation et de la reconquête écologique des fleuves et rivières aura lieu les 24 et 26 septembre 2019 avec la vallée de la Sélune comme objet d'étude particulier.

Fort bien!

Sauf que le cas très particulier de la Sélune n'est pas comparable à ce qui fut heureusement décidé et réalisé pour la Loire afin de préserver définitivement le dernier fleuve sauvage d'Europe d'un bétonnage de régulation complet du bassin ligérien par un "Etablissement Public de l'Aménagement de la Loire et de l'Allier" autrefois présidé par un baron local, Jean Royer, le maire de Tours qui espérait, par la construction de quatre barrages gigantesques sur le cour supérieur de la Loire et ses affluents principaux dans le Berry, en Auvergne et Bourbonnais, pouvoir sortir un certain nombre de mètres carrés de sa commune de la contraignante "zone inondable inconstructible"... Les barrages de la Sélune ne sont donc en rien comparables, ni par leur ampleur et encore moins par leur objet, aux errements pharaoniques de Monsieur Royer qui provoquèrent en son temps la remarquable mobilisation du collectif "Loire Vivante" animé par le président du WWF d'alors, un certain... Prince Philippe d'Angleterre duc d'Edimbourg, le prince qu'on sort quand il a fallu faire reculer Royer le bétonneur...

Le val de Sélune et ses deux barrages anciens voire patrimoniaux plutôt modestes n'a rien à voir avec le grand exemple de la Loire qui provoqua à partir des années 1990 le changement culturel indispensable pour gérer les fleuves et rivières en harmonie avec leurs réalités naturelles. Bien au contraire! La destruction des deux barrages sur la Sélune nous prive de deux opportunités réellement écologiques:

1) Celle d'avoir des réserves d'eau en retenues collinaires dans la perspective d'étés qui s'annoncent de plus en plus chauds avec des précipitations de plus en plus irrégulières ou violentes.

2) Celle de pouvoir disposer d'une production électrique propre (hydroélectricité) pour fabriquer localement de l'hydrogène qui s'annonce comme le carburant le plus prometteur pour des véhicules réellement non polluants.

Mais, comme une sorte de coup-de-pied de l'âne asséné aux Normands, nous apprenons, aussi, que ce colloque scientifique international qui doit se pencher sur le sort et l'avenir d'un fleuve côtier normand, isolé comme beaucoup d'autres fleuves et rivières de Normandie, du Couesnon à la Bresle, des deux grands bassins hydrographiques du Nord de la France (celui de la Loire et celui de la Seine) n'aura lieu ni à Caen, ni à Rouen ni même à Saint-Lô (la préfecture concernée) mais à... Rennes pour sa première partie et à Avranches pour sa seconde partie: l'avenir écologique de l'Avranchin sera-t-il donc discuté et tranché... outre Couesnon?

Car pour parler scientifiquement avec tout le confort nécessaire d'un réseau de fleuves et de rivières, il faut disposer d'un réseau plus utile encore... Un réseau de TGV bien connecté à la ville-monde grand-parisienne, un aéroport bien relié au réseau international aérien, un réseau numérique 4G sans "zones blanches" à traverser, un palais des "congres" digne de ce nom...

Bref!

Depuis la capitale administrative de la Bretagne, la "métropole" de Rennes, les savants vont se pencher sur le sort d'un petit fleuve du Ploukistan normand...

Voir le programme complet du colloque:

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https://www.ern.org/fr/colloque-international-selune/#toggle-id-2

Voir aussi:

https://actu.fr/normandie/isigny-le-buat_50256/barrages-sud-manche-colloque-international-sur-lavenir-selune_26394114.html