Au début de ce mois d'août 2019, votre serviteur s'est autorisé une petite incursion en terre des Plantagenêts à la recherche, notamment au Mans, des plus anciennes représentations de nos "cats" léopards ou "lions passant et gardant" qui figurent la Normandie depuis, au moins, la seconde moitié du XIIe siècle: les couleurs rouge (gueules) et or seraient normandes mais elles auraient revêtu des léopards angevins puisque cet animal héraldique, cousin un peu maléfique du lion, avait été choisi par la famille des Plantagenêts qui, tant par le destin tragique d'une infortune de mer (au large de Barfleur) que par une audacieuse politique de mariages princiers, se retrouva à la tête de l'un des plus grands ensembles territoriaux de toute l'histoire occidentale, de l'Ecosse aux Pyrénées avec la Normandie et l'Anjou comme territoires centraux pour l'impossible gouvernement d'un empire féodal qui prit fin avec la commise de la Normandie et sa conquête par le roi de France en 1204.

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Puisque dans notre jardin à Caen nous pavoisons aux deux cats de la Normandie continentale (il en demeure toujours trois pour la Normandie ducale d'outre mer et la couronne d'Angleterre...)  et que le hasard y a planté aussi un genêt s'obstinant à fleurir d'un beau jaune d'or malgré l'implacable chaleur de la canicule de juillet, nous nous décidâmes d'aller au Mans, qui s'affirme fièrement "Cité Plantagenêt" (au point de floquer les conteneurs à poubelles municipales avec de belles images de genêts fleuris...).

L'antique cité gallo-romaine des Cénomans, établie en hauteur sur un site en éperon barré dominant la Sarthe est, elle-même, dominée par la magnifique cathédrale et basilique dédiée au pélerinage de Saint-Julien: adossé à une nef du XIIeme siècle, pieusement conservée d'un style typique que l'on qualifiera de "Plantagenêt" (avec  des voûtes en forme de coupoles montées sur des ogives normandes sexpartites), s'élance un extraordinaire choeur de style "français" (ne plus dire "gothique") cherchant la lumière en s'élevant vers le ciel dans une étonnante forêt d'arc-boutants dont les culées sont disposées en "Y": chose qui n'existe nulle part ailleurs! 

A l'intérieur, avec une voûte portée à 34 mètres de hauteur, le choeur offre d'immenses espaces qui ne sont pas sans évoquer, en plus grand encore, les audaces expérimentées par les architectes normands de la cathédrale de Coutances...  Au fond du sanctuaire, prolongeant son axe principal, une chapelle rayonnante plus profonde que les autres, est dédiée à la Vierge, comme le veut la tradition anglo-normande: sur les voûtes de cette chapelle volent, légers et raffinés, les anges d'un concert céleste peint par un certain Jean de Bruges à la fin du XIVème siècle, temps troublés qui furent aussi ceux d'un apogée de la musique savante occidentale...

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Ce nouveau choeur de la cathédrale du Mans, principale église du Maine, marque dans l'architecture le rattachement définitif de cette province au domaine royal français au même titre que la Normandie voisine...

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La tour horloge adossée au transept Sud et culminant à 58 mètres de hauteur, était autrefois coiffée d'une flèche aujourd'hui disparue...

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Au coeur du vieux Mans, surgit la vieille nef de style "Plantagenêt" au pied de laquelle, on trouvera encore un... menhir qui signale la très grande ancienneté de l'occupation humaine à cet endroit.

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Au bas des remparts, en face de l'ancien palais des Comtes du Maine qui fait aujourd'hui office d'hôtel de ville, on visitera avec intérêt le "Carré Plantagenêt" autrement dit, le musée des antiquités du Mans et qui n'a, finalement, de "Plantagenêt" que le nom puisque l'essentiel du parcours de la visite est consacré à l'archéologie préhistorique et antique de la Sarthe et du site du Mans. Néanmoins, la plus admirable pièce de la collection présentée reste cette petite plaque de tôle émaillée longue de 40 cm datant de la seconde moitié du XIIe siècle à l'effigie du comte Geoffroy Plantagenêt comte du Maine et d'Anjou, fondateur de l'illustre dynastie, figuré ici avec un grand écu d'azur semé de quatre léopards d'or: ce serait là, la plus ancienne représentation artistique de nos léopards. Cette effigie était, autrefois, accrochée à un pilier de la nef de la cathédrale du Mans pour signaler la sépulture princière. Cette précieuse relique fut mise à l'abri pendant la Révolution avant d'intégrer au XIXe siècle les collections publiques de la ville du Mans.

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Autre trésor qui a eu la chance de rester en place à la cathédrale: dans le déambulatoire Sud au niveau de la seconde travée de la nef en partant de l'occident, on pourra admirer le plus vieux vitrail d'Europe... Datés des années 1120, les six panneaux centraux représentent l'Ascension du Christ.

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Dans ce patrimoine exceptionnel de la vitrerie de la cathédrale du Mans qui s'étend du début du XIIe siècle au XXème siècle, on sera émerveillé par les claires-voies du choeur qui ont gardé l'essentiel de leurs vitraux datant du début du règne de Saint Louis. Parmi ces fenêtres aux couleurs flamboyantes comme des gemmes précieuses, une lancette attire notre attention: située  dans l'axe principal de l'édifice, placée sous la voûte du déambulatoire et sa galerie haute (triforium), juste au dessus de l'arc donnant accès à la chapelle consacrée à la Vierge, un vitrail de la première moitié du XIIIe siècle est, justement, consacrée à Notre-Dame: Marie, drapée dans un grand manteau rouge (il sera bleu plus tard), siège couronnée montrant sur ses genoux l'enfant Jésus en majesté.

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La vitre qui nous intéresse apparait dans les arcs du rond-point du choeur, exactement sous l'arc central, au dessus du maître autel: ce n'est pas un hasard...

Car ce qui attire notre attention se trouve surtout dans le compartiment inférieur du vitrail décoré d'un trilobe: en effet, on distingue un haut personnage en prière à genoux au pied de la Vierge, le corps presqu'entièrement drapé d'un spectaculaire manteau à deux pans (dont l'un s'envole vers le haut), frappé à nos armoiries normandes ou anglo-normandes: champ de gueules aux léopards d'or. Cette scène, rarement représentée dans l'art du vitrail médiéval est étonnante et pose beaucoup de questions d'autant plus que la partie droite du vitrail a visiblement fait l'objet d'une restauration maladroite puisqu'un morceau du manteau rouge se trouve isolé dans le fond bleu.

Qui est ce dignitaire? Un prince? Un évêque? Un abbé?

Ce qui semble évident, c'est qu'au choeur même d'une cathédrale autrefois de style "Plantagenêt" et placée dans la mouvance d'une dynastie princière anglo-normande-angevine mais qui est reconstruite, plus magnifique encore, dans le style du Roi de France, on a comme le rappel symbolique mais néanmoins bien clair que cette nouvelle cathédrale "française" ne souhaite pas renier son identité antérieure, à l'instar du compromis qui a aussi été mis en oeuvre à la cathédrale de Coutances, vieille église normande superbement rhabillée à la dernière mode de Paris mais dont l'extraordinaire tour lanterne avait pour mission d'être le phare symbolique des îles de la Normandie d'outremer toujours indépendantes de la France...

A défaut de savoir qui est cet orant drapé dans nos couleurs normandes, cette représentation réalisée avant 1254 compte parmi les plus anciennes armoiries visibles de la Normandie, armoiries visibles donc à la cathédrale du Mans, capitale du Maine...

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Après cette visite fort enrichissante à la cathédrale du Mans, nous filâmes vers l'Ouest, dans l'actuel département de la Mayenne pour faire halte en la très charmante cité médiévale de Sainte-Suzanne "belle et rebelle", village de caractère classé parmi les plus beaux de France. Cette butte posée en contre haut de la vallée encaissée de l'Erve et dominant un vaste horizon et qui est la dernière excroissance de la chaîne des Coëvrons, l'une des principales expressions d'un massif dit "armoricain" raboté par les millénaires, devait recevoir instamment notre visite puisque son château se refusa à tous les conquérants à commencer par notre Guillaume qui échoua à le prendre en 1083 malgré un siège méthodique: l'objectif était de rattacher définitivement le Maine à la Normandie tout comme la totalité du Vexin plus à l'Est. On sait que cette volonté d'étendre la duché de Normandie jusqu'aux limites symboliques de l'antique province ecclésiastique de Rouen (Seconde Lyonnaise) dans le cas du Vexin, voire au-delà dans le cas du Maine, gâtera la fin du règne du grand conquérant normand veuf inconsolable d'une Mathilde de bon conseil qui lui aurait épargné la peine de faire de telles erreurs...

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Le château de Sainte-Suzanne avec les restes de son grand donjon carré à la normande et avec l'actuel logis Renaissance construit pour le maître des postes d'Henri IV...

Sainte-Suzanne, plus beau village de France, à découvrir par ici:

https://www.les-plus-beaux-villages-de-france.org/fr/nos-villages/sainte-suzanne/

Après une bonne nuit de sommeil dans l'une des agréables chambres d'hôtes qui font le charme de ce bel endroit, nous prenons la direction de la Loire pour aller jusqu'aux racines spirituelles de notre genêt: le complexe monastique de Fontevraud fondé en 1101 par Robert d'Arbrissel sera le but de notre voyage...

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Au temps de son plus grand développement, au tout début du XIIIe siècle, Fontevraud comportait quatre monastères associés autant d'hommes que de femmes, disposition qui témoigne d'une grande originalité en Europe occidentale (alors que telles cités monastiques existaient alors dans l'empire byzantin): au total, plus de 4000 personnes vivaient là. Moines, moniales, domestiques, artisans et paysans attachés à un monastère richement possessionné, de l'Ecosse aux Pyrénées. La direction spirituelle et temporelle de la cité monastique de Fontevraud qui suscitera une certaine fascination littéraire (on pensera à Rabelais et son abbaye de Thélème) était confiée à une femme, la mère abbesse des couvents de femmes gouvernait aussi les couvents d'hommes sous prétexte que la Vierge Marie est bien capable de gouverner toute l'Humanité.

Aujourd'hui, après le passage du vandalisme révolutionnaire et le passage d'une clôture monastique à une clôture carcérale, il ne reste des quatres abbayes associées plus que les bâtiments de l'abbaye féminine principale: le "grand Moûtier".

L'abbaye de Fontevraud fut dès les origines associée aux plus grandes familles princières, à commencer par les Plantagenêts qui voulurent en faire leur nécropole dans le but de rivaliser avec la nécropole royale capétienne de l'abbaye de Saint-Denis... Avec le rattachement au domaine royal français, Fontevraud devint, petit à petit, une abbaye réservée aux moines et moniales issus de la plus haute aristocratie. Au XVIè siècle, avec le système dit de la "commende" qui donne au roi de France le droit de nommer les abbés et abbesses des abbayes "royales", Fontevraud devient l'annexe monastique de la Cour de France: c'est ainsi que l'abbaye échappa aux pillages et profanations des soldats protestants pendant les Guerres de Religion... L'abbesse de Fontevraud ayant des amis dans chaque camp. En revanche, le statut princier de l'établissement autrefois fondé par un ermite fasciné par Bernard de Clairvaux (une autre abbaye-prison), attira les foudres des Révolutionnaires des années suivant 1789: après le départ forcé des derniers religieux, tout fut mis en vente ou presque et c'est la transformation des lieux en centrale carcérale avec ses ateliers de travail jusque sous les coupoles de l'église abbatiale qui sauva les lieux. Une autre histoire de crapaud gardant un reliquaire...

Mais Fontevraud ne fut libérée de sa prison que dans les années 1960 soit près d'un siècle après le Mont-Saint-Michel: depuis les lieux sont "consacrés" au tourisme culturel et à la création artistique. Concrètement: les lieux appartiennent à l'Etat et au département. L'église abbatiale n'est plus consacrée même si on y tolère, une fois l'an, une messe le dimanche de Pâques, histoire de ne pas oublier la première fonction des lieux: la prière. Car en dehors de la fête de Pâques, le temps ordinaire est consacré à la célébration de l'art contemporain, partout présent dans ces lieux chargés d'Histoire qui doivent, dorénavant, donner du sens à ce qui ne prétend plus en avoir.

C'est ainsi que nous trouvâmes le magnifique chevet "roman" de l'abbatiale encombré de fagots comme s'il s'agissait d'y mettre le feu... En lisant péniblement la prose ampoulée d'un cartel, nous apprenons, dubitatif, qu'il s'agit d'un hommage aux Plantagenêts: le plasticien con-temporain découvrant, lors de la mise-en-place de son oeuvre, que des branches de genêts fleuris ne le restaient pas longtemps, dut se résoudre de les remplacer par des fagots de sarments de vigne...

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Au bout du réfectoire du grand Moûtier on trouve l'extraordinaire pyramide à écailles des cuisines médiévales, un bâtiment élevé au XIIe siècle couvert par un savant montage d'arcs et de coupoles dans le but de libérer un grand espace pour... fumer le saumon de Loire pếché en grande quantité car il figurait à tous les repas ou presque des moines et des moniales!

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Le grand Moûtier vu depuis le mur de clôture: l'abbatiale montre par son architecture une double référence. Référence par son chevet très développé d'absides et d'absidioles à la plus grande église du Monde à l'époque: l'immense abbatiale bénédictine de Cluny. Mais la nef est d'une toute autre architecture...

On entre par le portail occidental, aux archivoltes nues et plates mais décorées sur ses bords avec l'extrême finesse qu'autorise le tuffeau du Val-de-Loire dont la blancheur immaculée éclate au soleil. les corniches, la corbeille des chapitaux s'ornent d'un bestiaire fantastique en haut-relief directement inspiré de l'art des enlumineurs...

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Ce grouillement zoomorphe et végétal n'est pas sans évoquer le style normand voire scandinave: rien à voir avec le style bénédictin clunisien ou bourguignon qui s'inspire directement de l'antiquité gréco-romaine pour le décor des chapitaux...

On descend ensuite à l'intérieur de la nef au moyen d'un grand degrés (escalier): l'effet est saisissant par la taille du volume intérieur placé sous des coupoles posées sur pendentifs eux-mêmes accrochés aux quatre coins de grands arcs doubleaux d'une portée considérable (58 mètres de long sur 13 de large) car la nef devait être capable de rassembler tous les religieuses et religieux de la cité monastique.

Cette nef à coupoles restaurées à l'identique en 1910, débarassée de l'atelier de confection de chapeaux de paille qui l'encombrait au temps de la prison, est donc la plus septentrionnale de cette architecture si particulière propre à l'Aquitaine qui fut la seule en France au Moyen-âge à prendre le parti original, oriental et byzantin de la coupole: Fontevraud manifeste donc une identité aquitaine en prenant le même parti pris architectural que les cathédrales de Cahors, Périgueux ou Angoulême.

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On notera que l'église abbatiale connut deux chantiers de construction bien différents: le choeur, très haut, très étroit, le transept, très profond, couvert d'une simple voûte en arc brisé à la mode de Cluny ou de Clairvaux, ne coïncident pas correctement avec l'ampleur de la nef à coupoles dont il fallut modifier les plans en cours de construction pour tenir compte du succès de la fondation de Robert d'Arbrissel mais aussi et surtout, de l'affirmation d'un ordre monastique original propre au domaine angevino-aquitain.

Dans les vitreries néo-médiévales mises en place lors de la restauration à l'identique des années 1900, on retrouvera nos léopards: ici ils sont trois disposés sur un coeur rouge sang. Hommage clairement rendu à Richard Coeur-de-Lion...

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La coupole est assise sur des "pendentifs" établis entre les arcs brisés formerets (indépendants du mur extérieur) et les arcs doubleaux (perpendiculaires à l'axe de la nef).

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Le choeur est une évocation explicite du modèle bénédictin clunisien qui dominait de son prestige le monde monastique d'alors...

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La nef à quatre coupoles de par son originalité, sinon son audace architecturale, par sa monumentalité, est bien plus qu'une nef d'église: c'est une nécropole princière royale. Celle des rois Plantagenêts notamment voulue par le plus grand couple princier du XIIème siècle: Henri II Plantagenêt roi d'Angleterre, duc de Normandie, comte d'Anjou et du Maine et Aliénor d'Aquitaine, duchesse d'Aquitaine, comtesse du Poitou mais surtout reine des troubadours.

Ce couple exceptionnel dans sa fusion entre vie privée et affaires publiques du gouvernement de territoires aussi étendus  que disparates (dont on trouvera le prototype avec Guillaume le Conquérant et Mathilde de Flandre), exceptionnel aussi dans sa tentative de fonder toute une civilisation par la spiritualité, la science, les arts et les lettres, se savait fragile et chercha, en vain, par tous les moyens possibles à renforcer une légitimité qu'ils savaient évanescente: face à l'affirmation de plus en plus forte d'un roi de France capétien qui ne sera plus seulement qu'un prince féodal parmi d'autres mais un "empereur en son royaume" demeurant fermement en sa ville capitale de Paris,  Henri et Aliénor tentèrent, par les moyens des arts littéraires, de l'architecture et par les moyens spirituels d'un ordre monastique spécifique, de contrer le coup de génie de l'abbé Suger de créer pour l'abbatiale de Saint-Denis abritant déjà la nécropole des rois de France, un art nouveau qui deviendra, dès la seconde moitié du XIIème siècle, l'art "français" qui fera la synthèse des apports de l'art normand (la voûte sur croisée d'ogives) et de l'art bourguignon clunisien (le plan centré, l'arc-boutant placé à l'extérieur). L'idée de créer une nécropole à Fontevraud pour la dynastie des Plantagenêts apparut  comme une évidence pour Aliénor puisque Fontevraud est située aux confins de l'Anjou, du Poitou et de la Touraine, tandis qu'Henri II faisait restaurer, notamment en Normandie et en Angleterre, toutes les abbatiales et cathédrales où reposaient ses ancêtres (on pensera, notamment à l'abbatiale Saint-Etienne de Caen dont le nouveau choeur "gothique" normand est achevé peu de temps après le mariage d'Henri II avec Aliénor).

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La fin du règne d'Aliénor et d'Henri fut bien compliqué: le domaine immense, ingouvernable, à moins de faire d'incessantes chevauchées, alimente aussi les rivalités entre Henri et ses fils. Puis, après la mort d'Henri II en 1189, les rivalités entre les fils et leur mère. Pour une Aliénor lassée de tout mourant à 80 ans en 1200, Fontevraud fut son dernier asile puisque les religieux priaient déjà pour l'âme de son défunt mari mais aussi pour celle de son fils préféré Richard Coeur-de-Lion décédé dix ans après son père. Tous quatre (ajoutons aussi Isabelle d'Angoulême, l'épouse du Coeur-de-Lion) reposent en ces lieux mais les quatre magnifiques gisants disposés aujourd'hui dans la nef, datant de la toute fin du XIIe siècle, heureusement cachés pendant le pillage de la Révolution, ne sont que des cénotaphes. On a fouillé la nef et on y a retrouvé des corps: mais ce n'étaient pas ceux de ces quatre là... Il semblerait que les dépouilles d'Henri II, d'Aliénor, de Richard Coeur-de-Lion et d'Isabelle d'Angoulême soient encore quelque part sous le pavé de l'abbatiale: des fouilles sous les bras du transept restent à entreprendre. A moins de les laisser reposer tranquillement en paix à l'instar de Saint Olaf de Norvège définitivement perdu sous le sol de sa cathédrale de Nidaros...

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Le gisant d'Aliénor en femme de lettres méditant son livre d'heures est exceptionnel par son originalité. Il ne faut pas se fier aux restes de polychromie qui résultent de la restauration réalisée au XIXe siècle suite à la réapparition des gisants après la Révolution.

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Après cette longue visite à Fontevraud et avant de reprendre l'autoroute de l'axe Plantagenêt en direction de Caen et de la Normandie, petit saut final dans la Loire à Montsoreau, château qui garde la porte de l'Anjou sur la rive Sud du dernier grand fleuve sauvage d'Europe.  Petit saut à Montsoreau en pensant un peu à Alexandre Dumas mais surtout à quelques bonnes bouteilles de vin de Saumur en buvant non pas à la santé des Plantagenêts mais à tous ceux qui n'ont pas oublié que derrière le Maine-et-Loir se cache l'Anjou, que derrière l'indre-et-Loire se dresse encore la Touraine, que le Poitou s'étend de la Vienne à la Vendée et que l'Aquitaine n'a nul besoin d'être nouvelle pour se connaître...

En attendant d'y voir plus clair on trinquera à la renaissance de notre Normandie enfin réunifiée!

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