Avec la montée de la prise de conscience des urgences écologiques, l'affirmation d'une demande sociale pour une vie plus authentique et plus en harmonie avec les lieux mais aussi l'affirmation des identités locales et régionales, il semble raisonnable d'établir l'acte de décès d'un aménagement du territoire qui le déménage de façon autoritaire, technocratique et promothéenne au nom de la sacro-sainte religion du progrès rationnel qui a tenté de se substituer, à partir des révolutions politiques, industrielles et urbaines du XIXe siècle, aux cadres séculaires d'une civilisation rurale formée par l'héritage religieux judéo-chrétien:

Ne pas oublier que les premiers grands aménageurs de l'espace géographique normand furent les grandes abbayes bénédictines et cisterciennes des XI et XIIème siècles. Avec le carroyage romain et ses villes, les fondations monastiques et castrales de l'époque ducale créérent la géographie normande actuelle: campagnes, bocages, forêts, marais, routes, ponts, paroisses, châteaux, abbayes, villages et villes, le fond de la carte routière normande date, pour l'essentiel, de la période médiévale ducale ou d'avant et les révolutions industrielles, ferroviaires et urbaines du XIXe siècle n'avaient, au final, que peu modifié ce fond de tableau des paysages normands resté immuable sur la très longue durée.

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Il faudra attendre le collapsus de 1944 donnant le coup de grâce d'une Normandie urbaine martyrisée pendant la Seconde Guerre Mondiale pour que notre région découvre avec brutalité ce que d'aucuns appellent encore le... progrès moderne: les années 1950/1970 seront donc les grandes années de l'aménagement du territoire d'une Normandie en ruines à reconstruire, pour le meilleur mais aussi, hélas, pour le pire puisqu'il en résulta l'affirmation d'un espace régional normand divisé en deux avec la tentative, heureusement avortée à l'orée des années 1970 par la crise économique mais aussi par les premiers débuts de la conscience écologique contemporaine, de mettre notre région définitivement sous la tutelle de la région parisienne avec l'aménagement de la vallée de la Seine et la disparition de la ville de Rouen (pourtant une très vieille métropole régionale) dans une digitation de la banlieue parisienne étendue jusqu'à la mer au Havre...

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L'autoroute A13: un aménagement du territoire normand... vu et pensé depuis Paris!

L'idée d'aménager le territoire n'est pas ici à rejeter puisqu'il s'agit d'un fait historique. L'idée, sinon l'urgence est de la questionner de façon critique pour que l'on puisse aménager le territoire sans le déménager en évitant de confondre la carte et le territoire ou les territoires authentiquement vécus et représentés par les habitants avec des espaces de projets pensés par des bureaucrates... parisiens, en l'occurrence!

La récente crise des "Gilets Jaunes", la plus grave crise politique en France depuis 1968, démontre l'urgence de penser à nouveaux frais la question de l'aménagement du territoire qui renvoie, plus que jamais, à la question que nous ne cessons jamais d'aborder ici qui est celle de l'action publique régionale, une réalité qui n'est pas encore assez prise au sérieux par un Etat français marqué par des siècles de centralisation parisienne...

C'était pourtant l'idéal de la défunte Direction de l'Aménagement du Territoire et de l'Action Régional (DATAR) qui devrait renaître dans un cadre régional décentralisé car nous avons besoin, à nouveau, d'un nouvel esprit "planiste" (plus démocratique et régionalisé que le précédent) car il faut mettre en oeuvre, sans tarder, la transition écologique et énergétique face aux conséquences déjà sensibles du changement climatique...

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