Ce dimanche 1er septembre 2019 votre serviteur était à la traditionnelle "fête de la Pomme" organisée, chaque année, par l'actuelle majorité régionale de centre-droit, la "Normandie conquérante" et qui donne l'occasion à Hervé Morin, président de la Normandie, de faire sa rentrée politique régionale et nationale, en tant que président de l'association des régions de France.

Cette année, la fête de la Pomme, organisée au manoir de la Fortière à Epreville-en-Lieuvin,  a pris un tour plutôt national quitte à ce que le jus soit moins consacré à la Normandie et moins concentré en considérations normandes que les années précédentes: mais, c'est aussi défendre l'idée que la Normandie est pleinement terre de France, que les Normands et les Normandes furent toujours présents aux avant-postes de la réflexion, du débat, voire du combat quand il en va de l'avenir ou du destin même de la France. Etre Normand, ce n'est pas seulement qu'un régionalisme de l'entre-soi...

En l'occurrence, nous vivons, de nouveau, des temps historiques importants, un nouveau grand moment de crise et de mutations. Dans les échanges de cette fête de la Pomme, il fut notamment question, à plusieurs reprises des analyses plutôt inquiétantes de Jérôme Fourquet dans son livre sur "l'Archipel français" qui vient de recevoir le grand prix du livre politique 2019 et le Prix Lamartine: les tables rondes avec des invités de choix, les écrivains Denis Tillinac et Alexandre Jardin ont dressé le constat d'un pays qui se fracture, se parcellise, s'émiette économiquement, socialement, culturellement et territorialement.

Tillinac a, notamment, raison d'être "marxien" lorsqu'il invoque le grand retour d'une lutte des classes au niveau mondial aggravée par l'urgence écologique. Et Jardin a raison d'insister sur l'urgence d'essayer autre chose que la centralité technocratique jacobine parisienne car il est impossible de collaborer avec la technostructure de l'Etat central français: ce n'est pas un problème politique, c'est culturel.

Alors que faire?

Faire ce qui n'a pas été encore assez fait en France depuis l'arrivée tardive de la culture démocratique dans l'Etat français avec la 3ème République (années 1880-1900), à savoir, une authentique décentralisation "girondine" du "laissez-nous faire!" car, à entendre Alexandre Jardin témoignant de son engagement et de ses expériences, "99% des solutions qui marchent viennent d'en bas". Gérard Larcher, le président du Sénat, un Normand qui préfère Rambouillet à sa Normandie natale, ne dira pas autrement en citant Séyès: "La confiance vient toujours d'en bas. L'autorité vient d'en haut, par surcroît."

Et tandis que Dominique Bussereau, le président de l'association des départements de France ironisait sur les "technoconos" ou qu'Hervé Morin racontait l'une de ses mésaventures avec l'Etat central (l'affaire des hydroliennes de Cherbourg) ou nous révélait que le haut-fonctionnaire dirigeant le grand port maritime du Havre préférait demander à la région Normandie la subvention d'investissement qu'il ne réussissait pas à obtenir de son ministère de tutelle, François Baroin nous mettait en garde: s'il n'y a pas une avancée décisive dans la décentralisation de la République française, on aura tout lieu de craindre le développement de tendances séparatistes, nationalitaires dans les régions françaises qui affirment le plus leur identité: Corse, Alsace, Pays basque, Roussillon ou Catalogne française.

C'est précisément ce qu'une approche régionaliste normande pour une République française girondine plus démocratique et décentralisée sinon fédérale doit savoir éviter: la confusion entre régionalisme et nationalisme. D'où la nécessité de réfléchir sérieusement à l'idée régionale comme l'a suggéré Guy Lefrand dans son propos liminaire à l'une des tables rondes car, surtout depuis la désastreuse loi NOTRe, de 2015, il y a région et région! La Normandie réunifiée étant l'exception qui confirme la triste règle d'un jacobinisme parisien aussi ignorant que méprisant avec la province, affaire ancienne, nous a prévenu, le maire d'Evreux...

Mais avant de pouvoir, un jour, redessiner enfin sérieusement la carte des régions de France ou que des départements-provinces prennent localement en charge ce que des régions trop grandes, tentées par un "jacobinisme régional" (Jean-Léonce Dupont), ne sauraient jamais bien faire, Gérard Larcher a tenu à rappeler que  l'inquiétude politique majeure est pour les élections présidentielles de 2022 avec un match retour annoncé Macron/ Lepen... avec un résultat identique au match de 2017 mais dans l'autre sens: il y a, donc, urgence à reconstruire une gauche et une droite.

Mais du point de vue régionaliste qui est le nôtre, en reprenant le cri du coeur d'Alexandre Jardin, "il faut à tout prix éviter de mettre à nouveau un jacobin au pouvoir à Paris!" car Marine Lepen serait certainement plus jacobine qu'un Macron qui pourrait éventuellement évoluer avec la souplesse d'un banquier désireux de ne pas faire fuir le client...

C'est ainsi que parlèrent ceux que l'on nomme désormais les "quatre mousquetaires de la décentralisation", à savoir MM. Morin, Bussereau, Baroin et Larcher au sein d'une association "Territoires unis" créée à Marseille à l'automne 2018 et qui regroupe les grandes associations nationales d'élus locaux (associations des maires, intercommunalités, départements et régions de France) dans le but d'instaurer un rapport de force avec le gouvernement mais aussi et surtout avec la haute fonction publique de l'Etat central.

En octobre prochain, à quelques mois des prochaines élections municipales (qui ne doivent pas être comparées avec les dernières élections européennes), le gouvernement macroniste a annoncé un important "acte de décentralisation". Larcher de dire: "je verrai sur place et sur pièces". En attendant, les élus locaux, notamment les maires, doivent subir les atermoiements des fonctionnaires de Bercy qui en sont à leur 12ème scénario pour la réforme de la taxe d'habitation, véritable politique de gribouille d'un Etat central impécunieux qui joue avec l'argent des autres. En effet, la confiance a totalement disparue depuis que Jupiter Macron, ayant décidé autoritairement de faire les poches des collectivités territoriales pour plus de 10 milliards d'euros, a fait mentir le candidat Macron qui nous annonçait un "pacte girondin".

Et nos mousquetaires de proposer les décentralisations suivantes selon le vieux principe de "subsidiarité":

Confier aux régions, les politiques publiques de la formation, de l'orientation professionnelle et de la recherche d'emploi (régionalisation de Pôle Emploi).

Confier aux départements, la politique publique locale de la santé.

Confier aux communes et intercommunalités, les politiques publiques culturelles.

hervémorin

Retrouvez les captations video intégrales réalisées par nos confrères normands de TVNC des différents discours des "quatre mousquetaires" de la décentralisation, à savoir:

  • Hervé Morin, président de la Normandie et président de l'association des régions de France:

https://www.tvnc.tv/Discours-de-cloture-Herve-Morin-president-de-la-Region-Normandie_a1264.html

  • Gérard Larcher, président du Sénat (à ce titre, vice-président de la République et porte parole des élus locaux):

https://www.tvnc.tv/Gerard-Larcher-president-du-Senat_a1267.html

  • François Baroin, maire de Troyes et président de l'association des maires de France

https://www.tvnc.tv/Francois-Baroin-President-de-l-AMF_a1265.html

  • Dominique Bussereau, président du département de la Charente-Maritime et de l'association des départements de France

https://www.tvnc.tv/Dominique-Bussereau-President-de-l-Assemblee-des-Departements-de-France_a1266.html

Ainsi que les deux très intéressantes "tables-rondes" proposées sous la tente posée dans le verger du manoir de la Fortière: merci encore aux équipes de TVNC pour les captations!

1) "La décentralisation est-elle la bonne réponse à la crise?"

  • Alexandre Jardin, écrivain, cinéaste, fondateur du mouvement citoyen Bleu, Blanc, Zèbre
  • Jean Rottner, Président de la Région Grand Est
  • Guy Lefrand, Vice-Président de la Région Normandie et Maire d’Evreux
  • Valérie Tellier, Pdg de Val Laquage et Présidente de la Glass Vallée

https://www.tvnc.tv/La-decentralisation-est-elle-la-bonne-reponse-a-la-crise_a1272.html

2) "Dix mois après la crise des gilets jaunes, la colère est-elle retombée?"

  • Denis Tillinac, écrivain et essayiste
  • Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’IFOP
  • Sophie Gaugain, 1ère vice-présidente de la Région Normandie et Maire de Dozulé
  • Brigitte Choquet, Présidente de l’UDAF de l’Orne

https://www.tvnc.tv/10-mois-apres-le-declenchement-de-la-crise-des-gilets-jaunes-la-colere-est-elle-retombee_a1270.html


 Commentaire de Florestan:

Le discours d'Hervé Morin, contrairement aux éditions précédentes de la fête de la Pomme, était donc moins centré sur la Normandie puisque le propos consistait en une réflexion sur la nécessité urgente de reconstruire au niveau national, la droite et le centre-droit coincée entre le marteau macroniste et l'enclume lepéniste. Réflexion intéressante dont on ne partagera pas, néanmoins, toutes les analyses surtout lorsqu'il faudrait suivre, pour d'évidentes nécessités politiques et électorales, une modernité sociétale problématique (la PMA pour ne pas la nommer) alors que les urgences sociales et écologiques prennent, plus que jamais, nos concitoyens à la gorge dès le quinze du mois comme l'a démontré le mouvement des Gilets Jaunes, le plus long et le plus puissant mouvement social de toute la 5ème République aux dires de Frédéric Dabi, de l'IFOP.

C'est pourquoi, on eut aimé qu'Hervé Morin fût plus éloquent sur la réussite exceptionnelle qu'il préside depuis trois ans et qui consiste à faire de la Normandie le "bouclier social" des Normands par une action régionale puissante et originale auprès du tissu entrepreneurial et industriel de notre région: Hervé Morin a cité quelques chiffres, "ceux de l'Etat" validant les performances d'une "Normandie première en tout!"

De ces chiffres, on n'en retiendra qu'un seul:  alors qu'en 2018 le chômage n'a baissé que de 0,2% en France, il baissait de près de 2% (1,9) en Normandie... Démonstration est donc faite que les solutions girondines normandes sont plus efficaces que celles tombant d'un bureau central parisien.

Et, pour conclure cette belle fête de la Pomme 2019, Gérard Larcher professa l'espoir que la pomme qui tombe toujours du haut vers le bas (Newton aimait les pommes) puisse, un jour, remonter dans le pommier!

Voir aussi:

Fête de la pomme, quelques échos dans le Monde...

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