Si l'on devait utiliser une métaphore ornithologique, on dira que deux oiseaux aux plumages et ramages bien différents, peinent à cohabiter dans le même nid normand, a fortiori, lorsque l'un des deux avait d'abord pris l'habitude de chanter fort désagréablement depuis un autre arbre, picard ou parisien de préférence...

Le coq Morin a toujours cru au lever du soleil normand ce qui ne fut guère le cas du rossignol Mayer particulièrement philomèle lorsque la Normandie était à son crépuscule...

Bref! Nicolas Mayer-Rossignol, qui n'avait jamais réellement cru fondamentalement à l'unité de la Normandie, n'a pas su éviter une posture politicienne parfois stérile ou inutilement polémique en tant que principal opposant à Hervé Morin au conseil régional et la volonté de ce dernier de déployer une action régionale normande inédite bousculant les équilibres par trop tranquilles d'une décentralisation qui s'apparente, concrètement, à une déconcentration arbitrée par la haute-administration de l'Etat central, qu'elle soit à Paris ou "en régions" n'a fait qu'aggraver l'incompréhension entre les deux hommes.

Car ce que Nicolas Mayer-Rossignol n'a pas su ou voulu comprendre, tant pour des raisons idéologiques que culturelles, c'est que la Normandie n'est pas qu'un périmètre administratif et institutionel pour faire une politique publique "en région", c'est une vraie région, authentique avec une profondeur géo-historique millénaire, un héritage de civilisation, un patrimoine historique, culturel, spirituel exceptionnel ayant une réputation mondiale mais aussi un réseau d'entreprises, d'industries, de savoir-faire tout aussi exceptionnel: ce dernier point, le rossignol Mayer l'avait, bien entendu, perçu mais la créature d'Alain Levern qu'il fut, s'était à ce point habitué à prendre la Normandie pour un vieux... rossignol, qu'il n'a pas compris qu'il fallait renouer le lien évident entre attractivité économique et identité régionale, chose faite et clairement assumée par Hervé Morin.

Alors, après trois ans passés dans une sorte de purgatoire normand où le dernier président régional diviseur qu'il fut aura pu entreprendre une rééducation à l'unité et à l'identité de notre région, celui qui avait négocié le plus mauvais contrat de plan entre l'Etat et une demi-région normande (ce fameux milliard dont on n'a jamais vu la couleur le long de la vallée de la Seine) ou qui s'apprêtait à attendre la LNPN comme Godot, a donc décidé de se présenter aux élections municipales à Rouen en mars 2020.

C'est logique et c'est même plutôt une bonne nouvelle car ce serait une complication de moins pour un Hervé Morin qui espère, de son côté, être réélu à la présidence de la Normandie en 2021. Et si Mayer-Rossignol réussit à Rouen en 2020 au coeur de ce qui fut autrefois la Fabiusie, il pourra se prévaloir d'avoir fait mordre la poussière à un marcheur macroniste, le patron pro-normand Jean-Louis Louvel qui a, lui aussi, toutes ses chances, tout comme les écologistes d'ailleurs: ce sera même, pour Mayer-Rossignol, bien plus rude de chercher une alliance avec les verts que de trouver de futurs accords et arrangements avec le président de région Morin si, d'aventure, Mayer-Rossignol devait être un jour élu maire de Rouen ET président de la métropole.

De là espérer qu'il soit définitivement battu en mars prochain...

A lire, ci-après, les déclarations de Nicolas Mayer-Rossignol au site actu.fr:

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/interview-nicolas-mayer-rossignol-candidat-rouen-jai-jeunesse-lexperience_27044512.html

INTERVIEW. Nicolas Mayer-Rossignol candidat à Rouen : « J’ai la jeunesse et l’expérience »

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L'ancien président de Région Nicolas Mayer-Rossignol, s'est déclaré candidat aux élections municipales de Rouen, vendredi 6 septembre 2019, avec le soutien du maire sortant.

Sans surprise, Nicolas Mayer Rossignol, 42 ans, s’est déclaré candidat au poste de premier magistrat de la ville de Rouen (Seine-Maritime) et conduira une liste lors des élections municipales des 15 et 22 mars 2020. Il l’a annoncé vendredi 6 septembre 2019, en compagnie de ses proches membres du collectif « Fiers de Rouen ». Collectif qu’il avait lancé deux mois plus tôt.

Ce proche (héritier ?) d’Yvon Robert, maire PS de Rouen, et de Valérie Foureyron, ancienne député-maire et ministre socialiste, veut non seulement conquérir la Ville, mais aussi la Métropole. Les deux à la fois. Comme Jean-Louis Louvel et les écologistes, l’ancien président de la Région Haute-Normandie, veut également conduire une liste de rassemblement. Il estime être « le seul à avoir l’énergie et l’expérience » pour porter une ambition pour la capitale normande.

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76actu : Après avoir fondé votre collectif, vous décidez de vous porter candidat aux élections municipales et métropolitaines. Pourquoi viser ce coup double ?


Nicolas Mayer-Rossignol : Les deux sont indissociables. Aujourd’hui, la plupart des actions sont décidées au niveau métropolitain : la réparation de la chaussée, les tarifs des transports en commun, les déchets, le stade Diochon, les musées, l’urbanisme, etc.

Il ne reste plus grand chose à la Ville…
Il lui reste des choses importantes, comme les écoles, les associations. Il y a aussi une fonction politique importante. Les habitants connaissent leur maire. Les deux doivent être absolument ensemble et les deux doivent tirer dans le même sens. Porter un projet municipal sans aborder la dimension métropolitaine serait malhonnête. Je veux m’engager de façon honnête et ambitieuse, c’est la raison pour laquelle je suis candidat aux élections municipales et métropolitaines.

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En quoi est-ce mauvais le fait que le président de la Métropole soit différent du maire de Rouen ?
Sans être désagréable à qui que se soit, on a remarqué que cela ne marche pas quand les deux personnes sont différentes.

Ce n’était pas lié aux personnalités propres d’Yvon Robert et de Frédéric Sanchez ?
Pour des raisons de personnes, peut-être, mais à la fois pour des raisons structurelles. Les gens votent pour leur maire et ensuite, ça ne serait pas lui qui déciderait et il faudrait qu’ils aillent voir une autre personne à la Métropole, pour que cette personne en réalité décide. Ça n’a pas de sens. Les citoyens sont perdus. Ils jugent que tout cela est trop compliqué et beaucoup trop coûteux. Ils veulent de l’efficacité et de la simplification.

En quoi une seule et même personne serait plus simple ? Les services sont différents, le fonctionnement démocratique est différent…
En tout cas, on n’aurait plus un fonctionnement où quand un citoyen sollicite la Ville, on lui répond que c’est la Métropole et inversement. Rendez-vous compte des conséquences. Je pourrais porter une seule politique cohérente. Bien sûr, il faut que se soit dans le cadre d’une gouvernance collective. Il y a un pôle elbeuvien très important et toute une série de communes de petite taille, donc c’est du collectif, mais les citoyens attendent de la simplification.

« Rouen doit devenir une référence »

Pourquoi pensez-vous être le mieux placé pour mener la bataille, alors qu’il existe certainement de nombreux talents dans votre collectif ?
Le collectif s’est constitué assez spontanément, parce que de nombreux citoyens veulent contribuer à l’action publique, sans forcément être élu. On est plus de 2000 citoyens avec plusieurs centaines de personnes qui sont des contributeurs actifs. Ils veulent faire franchir une nouvelle étape à Rouen. Le constat est qu’en dix ans, Rouen s’est métamorphosé. Aujourd’hui, on veut que Rouen franchisse une nouvelle étape.

Je porte la plus grande ambition possible pour Rouen. Rouen doit devenir un modèle, une référence du XXIe siècle. Je voudrais que demain, des habitants d’Amérique, d’Asie, d’Europe viennent à Rouen, pour voir comment demain s’invente à Rouen.

Qu’on soit la ville la plus agréable à vivre de France. Qu’on soit le premier territoire à réduire de 50 % ses émissions de gaz à effet de serre, qu’on soit le premier territoire sans pesticide, qu’on soit le premier territoire qui arrive au zéro plastique. Ce sont les aspects environnementaux, je continue ; qu’on soit la première métropole de cette taille à être zéro chômeur longue durée, qu’on soit le premier territoire pour l’économie circulaire.

Ce territoire, pendant 40 ans, a été violé au plan environnemental, avec des friches, des terres et un fleuve pollués. Les choses s’améliorent, faisons de cela une opportunité : dépolluer une friche pour en faire une zone d’accueil pour des habitations, des zones économiques. Regardez ce qu’à fait Valgo sur le site de Pétroplus, par exemple.

Sur le plan sociétal, soyons le premier territoire à éradiquer la précarité menstruelle. De nombreuses femmes doivent choisir entre manger et être propre et pas seulement des SDF, des familles modestes, des étudiantes.

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Un autre exemple : on peut devenir le premier territoire où il n’y aura plus de publicité avec des photos retouchées. En termes de démocratie, le rapport avec les citoyens doit être permanent. Plutôt que la Ville ait un nombre de places important pour les événements et manifestations sportives, on en réserve pour les enfants qui auront nettoyé un quartier, aux étudiants qui ont fait une animation dans une maison de santé, aux citoyens qui se sont engagés dans le co-voiturage…


Ces exemples peuvent paraître anecdotiques, mais pour moi, ils sont le symbole d’un changement de société.

« Mon bilan est reconnu »

Voilà pour l’esquisse de votre programme, mais vous ne répondez pas à la question initiale : pourquoi vous ?
J’ai la jeunesse. Il se trouve que j’ai été le plus jeune président de Région de France, à l’âge de 36 ans. J’ai l’énergie. Je connais les élus de la Métropole, je sais ce que c’est que gérer une grande collectivité et un nombre important d’employés. Nous étions la Région la mieux gérée de France et mon bilan est reconnu. (sic!)

Pas par les électeurs qui ont choisi Hervé Morin, en 2015… (ndlr: journaliste perspicace, voire... insolent!)
Sur l’agglomération rouennaise, le score était largement positif. On ne vote pas toujours sur un bilan, mais quand on regarde les actions que nous avons faites, je pense qu’on peut dire que j’ai cette expérience. Je suis le seul à avoir cette combinaison entre l’énergie, la jeunesse, l’expérience et la capacité à rassembler au-delà des étiquettes.

« Je me présente en homme libre »

Cela veut dire que vous n’êtes pas le candidat du Parti Socialiste ?
Chacun peut avoir ses opinions, ses convictions.

C’est mieux lorsqu’il s’agit d’une personnalité politique…
Pour les candidats, ça peut paraître plus habile de cacher ses opinions, moi je n’ai jamais fait cela. Chacun connaît mes opinions, je n’ai pas changé. Je suis un homme de gauche. Mais lorsque vous voulez construire un projet…

Vous êtes toujours socialiste ?
Bien sûr. Mais je dois porter un projet qui rassemble. Je me présente en homme libre. Il n’y a pas eu de vote du Parti Socialiste.

« Je veux une « dream team » pour Rouen »

Ils ne vont pas présenter un candidat face à vous, tout de même ?
Je ne pense pas. J’espère que j’aurai le soutien du PS et d’autres familles politiques qui pensent que je suis le plus à même de porter cette nouvelle génération. Mais je ne suis pas l’homme d’un parti. Je veux la meilleure équipe possible pour Rouen, je veux une « dream team ». Nous avons construit un collectif sur des valeurs : la fierté, qui n’est pas l’arrogance, l’ambition, l’écologie, l’humanisme et l’envie de dépasser des étiquettes.

Assumez-vous, le bilan du maire sortant Yvon Robert et de Valérie Fourneyron ?
Des choses ont peut-être été mal faites, mais la grande majorité des Rouennais avec qui je parle constate comme moi le changement de la ville. Prenez les quais, le centre-ville, des quartiers entiers, Lucilline… Mais être fier n’exclut pas d’être lucide sur ce qu’il reste à faire. En dix ans, nous avons changé de division. Mais il y a encore des difficultés… À ce que tout le monde vit ensemble, la rive droite, la rive gauche, des difficultés interreligieuses, etc. Je sais très précisément où je veux aller.

L’échelon régional ne vous intéresse plus pour opérer la transformation ?
J’ai adoré être président de Région, mais je ne cours pas après les mandats. Je viens de la société civile, je suis ingénieur, scientifique, j’ai eu la chance d’être boursier pour faire des études que je n’aurais pas pu faire sans cela. J’ai travaillé en Californie, en Allemagne, j’ai été un peu entrepreneur. J’ai cette connaissance des deux mondes et je ne ferai jamais de carrière politique. Ça ne m’intéresse pas. (sic!)

Lorsque j’ai été battu à la Région, je suis allé chercher un boulot. J’ai passé des entretiens d’embauche, ça n’a rien d’original. Je suis allé voir 32 boîtes. J’ai la chance de travailler dans une entreprise extraordinaire qui est Nutriset, à but humanitaire. Je suis bénévole au Resto du cœur, je fais des maraudes. Je n’ai pas eu d’activité particulièrement visible depuis trois ans.

« Je suis un des rares à pouvoir porter cette ambition »

Ne pensez-vous pas que cette discrétion peut vous être préjudiciable ?
J’ai été présent comme citoyen, mais je n’ai pas cherché à briguer des mandats. La politique m’intéresse quand on peut agir.

Si jamais les Verts étaient en meilleure position, vous seriez prêt à vous désister ?
Je n’ai pas d’adversaire à gauche. D’ailleurs, les Verts et les communistes sont dans la majorité. On peut se retrouver sur de très nombreux points.

Mais eux derrière vous…
J’y vais pour gagner. Je pense être un des rares à pouvoir porter cette ambition pour Rouen.

Le rassemblement, « en parler, c’est bien, le faire, c’est mieux »

Ce rassemblement que vous prônez, va jusqu’où ?
Ce n’est pas un rassemblement à but électoraliste. Je propose un rassemblement sur des valeurs. Si on estime que ce qui nous oppose est plus important que ce qui nous rassemble, il est légitime qu’il y ait plusieurs candidats, séparés. C’est la démocratie.

Est-ce que vous regrettez que les écologistes portent, eux-aussi, une liste de rassemblement ?
Nous sommes à sept mois de l’élection et personne ne sait ce qui va se passer. Il peut se passer beaucoup de choses. Ce que je sais, c’est que nous travaillons ensemble, dans la même majorité, notre bilan est commun, à la Ville et comme à la Métropole. Mais je ne ferai pas de petits calculs électoraux. Je discute avec toutes celles et ceux qui sont dans des partis politiques et la grande majorité des Rouennais qui ne sont pas dans un parti. Vous avez raison, tout le monde parle de rassemblement. En parler, c’est bien. Le faire, c’est mieux.

Valérie Fourneyron et Yvon Robert, « des modèles »

Allez-vous demander l’appui du maire Yvon Robert, pour cette campagne ?
Yvon Robert va avoir beaucoup à faire, parce qu’il va être président de la Métropole [après le départ de Frédéric Sanchez, Yvon Robert devrait être élu lundi 9 septembre, ndlr]. Yvon est un ami personnel, j’ai beaucoup d’estime pour lui. Il n’a pas toujours eu la vie politique facile, comme Valérie Fourneyron, et il a toujours su rester digne. Valérie et Yvon ont énormément travaillé pour Rouen, ont donné une bonne partie de leur vie pour Rouen et sont restés humains, simples, accessibles.

Ce sont des modèles pour vous ?
Oui, d’une certaine façon, parce que c’est une qualité importante en politique. Il faut avoir conscience qu’on est au service des gens. Sur la méthode, je trouve que leur façon d’exercer leur mandat est absolument exemplaire.


 Commentaire de Florestan:

On partagera l'analyse faite par Mayer-Rossignol sur la nécessité quasi géo-politique pour le maire de Rouen d'être aussi le président de la métropole de Rouen... Mais aucune allusion à la Normandie et au fait que la région Normandie est devenue le principal partenaire de finances et de projets de la métropoles de Rouen.

On se demande bien pourquoi...

Voir aussi:

https://www.ouest-france.fr/normandie/rouen-76000/rouen-nicolas-mayer-rossignol-vise-la-mairie-en-homme-libre-6508361

 

https://www.paris-normandie.fr/rouen/municipales-2020--nicolas-mayer-rossignol-candidat-pour-rouen-et-sa-metropole-IC15536835