Billet de Florestan:

COUV-prpli-627x376

https://www.cariforefnormandie.fr/illettrisme/la-normandie-se-dote-dun-plan-regional-de-prevention-et-de-lutte-contre-lillettrisme/

Sur l'Etoile de Normandie, pour garder le moral, nous avons cessé de dresser la longue liste des passifs de soixante années de déclin normand dans la division régionale et la régression localiste. Il était temps de réunifier le corps normand pour qu'il se remette à marcher et force est de constater que sur certains sujets essentiels tels que le développement économique industriel, l'emploi, le tourisme, la culture,  l'agriculture et l'agro-alimentaire ou la formation et la recherche supérieure, la réunification normande a eu du bon et cela a réveillé l'identité normande et la fierté des Normands. Tout cela en moins de trois ans: belle performance toute de même...

Cependant, il reste du "lourd" comme on dit, un passif structurel qui affecte une partie de la population normande et hypothèque en partie l'avenir de notre région. Ce passif concerne essentiellement le niveau de formation, le niveau des diplômes, le niveau des salaires, le niveau de... l'illettrisme qu'il faut associer à la fuite des jeunes normands les plus ambitieux, les plus talentueux, les plus mobiles, les mieux formés.

On a déjà expliqué ici les causes lointaines ou proches de cette consternante situation:

1) La Normandie qui était autrefois une "terre de sapience" aux XVI et XVIIe siècles avec une alphabétisation précoce des paysans et des jeunes filles en raison de la concurrence idéologique entre Protestants et Catholiques, a stagné aux XIXe et XXe siècles: l'industrialisation et l'agriculture ont fait de la Normandie un pays de Cocagne où les emplois étaients nombreux et faciles d'accès tandis que la proximité de Paris a littéralement siphonné les élites sociales normandes.

2) Après le choc de 1944 qui a détruit la Normandie urbaine là où la jeunesse la plus ambitieuse se construit un avenir, l'Etat nationalise de fait notre région en ruines pour la reconstruire dans la division et la subordination en y développant un fordisme et un taylorisme industriel fondé sur une main d'oeuvre rurale bon marché, docile et dotée d'une formation initiale limitée: tandis que les régions plus rurales de l'Ouest français (telle que la Bretagne) vont s'engager dans une véritable révolution scolaire de démocratisation de l'accès aux diplômes (entrée massive de la jeunesse rurale au lycée et à l'université), la Normandie divisée et manquant d'une métropole régionale dynamique (Rouen n'ayant pas été choisie par l'Etat dans les années 1960 pour être la métropole d'équilibre du Nord-Ouest) a raté, en large partie, cette démocratisation de l'accès aux diplômes en raison d'une illusion de l'emploi industriel facile entretenue jusqu'à la fin des années 1980.

3) Depuis trente ans, la Normandie a subi une série quasi ininterrompue de crises de désindustrialisation et de crises sociales enfonçant dans la précarité sociale des classes populaires industrieuses et rurales normandes peu préparées aux reconversions professionnelles faute d'un niveau de formation initiale suffisant. Aujourd'hui encore, 34% de la population active de l'Orne n'a pas de diplômes! Dans ce contexte défavorable, il n'est pas étonnant de constater un taux d'illettrisme en Normandie supérieur à la moyenne nationale.

Il y a donc urgence à mettre en oeuvre une grande politique publique régionale pour rattrapper le retard normand en terme socio-scolaire: la réunification régionale et le retour à une seule académie normande sont des préalables institutionnels indispensables. On en a enfin retrouvé le contenant et une vision commune: reste à définir le contenu d'une politique authentiquement normande dans ce domaine si essentiel avec les institutions et professionnels concernés, à commencer par l'Education Nationale...

Bon courage!

Lire ci-après, cet article intéressant et émouvant proposé par le site actu.fr, article signé Manon Loubet:


 

https://actu.fr/normandie/caen_14118/en-normandie-marie-vaincu-lillettrisme-je-peux-desormais-lire-histoires-mes-enfants_27094120.html

En Normandie, Marie a vaincu l’illettrisme : « Je peux désormais lire des histoires à mes enfants »

En Normandie, 8% des habitants sont illettrés, contre 7% au niveau national. À Caen, Marie, 38 ans, mère de quatre enfants, raconte comment elle a réussi à vaincre l'illettrisme.

Marie, 38 ans, est originaire de Maurice, une île de l’Océan Indien. « Je me suis mariée à 16 ans, alors, à l’école, je n’y ai pas appris grand chose », souligne-t-elle. Puis, avec son époux, elle est venue s’installer en France, à Caen (Calvados).

La jeune femme a enchaîné les petits boulots, notamment dans le ménage. « Je ne savais ni lire, ni écrire, ni compter, confie-t-elle. Dès qu’il fallait compter ou écrire, je demandais à mes collègues. Je ne l’avais pas dit à mon employeur. »

Lire aussi : Journées nationales d’actions contre l’illettrisme : le programme dans la Manche

Elle avoue son illettrisme et se fait virer

Mais quand on lui propose un contrat à durée indéterminée (CDI), Marie ne veut pas mentir. Elle avoue à ses responsables qu’elle est illettrée. « On m’a dit que ce n’était pas grave, qu’il y avait des formations pour ça, que cela ne posait aucun problème. Et puis, bizarrement, après, on m’a refusé le CDI. Et le soir-même, toute l’entreprise était au courant que j’étais illettrée… J’avais tellement honte »

Après cet épisode, Marie est rentrée dans une dépression. La jeune femme a aussi raté son permis à cause de son illettrisme. « L’inspecteur me demandait de prendre l’A13, mais moi, je ne savais pas lire les panneaux… Ils s’en sont rendus compte et je n’ai pas eu mon permis. »

Puis, suite à un rendez-vous à Pôle emploi, cette mère de quatre garçons décide de se prendre en main : « on m’a proposé de retourner à l’école. Au début, j’avais honte. Mes enfants n’étaient même pas au courant que je ne savais pas lire ni écrire… »

Et puis, la pétillante Marie a fait sa rentrée à l’École des parents et des éducateurs du Calvados. « En quatre mois, j’ai appris à lire, écrire et compter. » Ces apprentissages ont littéralement changé sa vie.

Lire aussi : Lutte contre l’illettrisme : une dictée intergénérationnelle samedi à Tourlaville

« Je suis devenue une maman cool »

Désormais, elle lit des histoires le soir à ses enfants, elle va faire des courses, elle va chercher ses garçons à l’école, elle cuisine des gâteaux avec des recettes qu’elle lit sur internet… « Je suis devenue une maman cool. Avant, c’était mon mari qui faisait tout. J’avais trop honte. Même d’aller chercher les enfants à l’école. Car si jamais on me demandait d’écrire quelque chose sur un papier, cela me faisait paniquer… Je simulais des maux de tête… »

Marie a déjà lu trois livres depuis qu’elle a appris à lire. « Et je vais avoir une nouvelle date de permis cette semaine, assure-t-elle avec un grand sourire. Ma vie a changé, je suis devenue une autre personne. Mon mari et mes enfants sont très fiers de moi. Désormais, je me balade la tête haute, avec le sourire. Je me suis battue, et je continuerai à me battre. »

Avec beaucoup de volonté, Marie a enfin réussi à se libérer de ses maux. Pôle emploi et les organismes de formation militent pour que les 8% de Normands, aujourd’hui illettrés, passent le pas et viennent apprendre à lire, écrire et compter. Comme Marie.

Lire aussi : 24H pour l’emploi à Caen : 24 jobs dans le transport parmi les 500 postes proposés

L’illettrisme n’est pas une fatalité

« En France, il y a environ 7 % d’illettrés. En Normandie, il y en a plus, soit 8 %. Des zones de disparités existent, notamment dans les zones plus enclavées, dans l’Orne et dans l’Eure », précise Sigrid Bigorgne, directrice territoriale déléguée pour Pôle emploi Normandie – Calvados.

Sylvie Roux, chargée de mission à Pôle emploi Normandie, assure que « l’illettrisme n’est pas une fatalité ». « Ce ne sont pas des personnes déficientes, mais bien souvent des personnes qui ont eu des situations de vies compliquées dans l’enfance, et qui ne pouvaient pas se concentrer à l’école », explique Nathalie Bertot, cheffe de projet à Enefa, un organisme de formation implanté à Hérouville Saint-Clair. 

Mais cela représente un énorme handicap pour ces personnes, notamment à l’ère du numérique. « Quand avant on travaillait sur des machines, il n’était pas forcément nécessaire de savoir lire. Mais aujourd’hui, les machines sont équipées d’écrans plats sur lesquels il faut lire des informations… » 

Si une personne illettrée sur deux est déjà dans un emploi, « ce qui est difficile pour eux, c’est de pérenniser cet emploi, souligne Sylvie Roux. Nous sommes là pour les aider à le sécuriser. »

Lire aussi : Vous cherchez un job de rentrée en Normandie ? Ce salon de recrutement en ligne est pour vous !

Détecter l’illettrisme, c’est difficile

Pôle Emploi Normandie a déployé un conseiller et un psychologue dédiés à l’illettrisme dans chaque agence. « Il y a beaucoup de difficultés à repérer ces personnes illettrées, qui bien souvent le cachent, explique Agnès Greffi, psychologue du travail à Pôle emploi. Les conseillers n’ont pas beaucoup de temps pour les entretiens et ont des difficultés à les identifier. »

Des outils sont en train d’être élaborés pour aider les conseillers à détecter l’illettrisme. « Mettre à disposition un bloc-note avec un stylo peut être un outil pour voir comment se comporte la personne. Ou encore, quelqu’un qui dit avoir oublié ses lunettes pour ne pas avoir à lire le document, énumère la psychologue. Il y a plusieurs manières de repérer l’illettrisme mais il faut savoir le reconnaître. »

Pour les journées nationales d’action contre l’illettrisme, qui se déroulent du 8 au 15 septembre 2019, Pôle emploi Normandie et les organismes de formation sont vent debout afin de lutter contre ce fléau, encore trop présent en Normandie.