Granville: 10ème assises des professionnels normands de la Mer pour parler du Brexit... sans leurs confrères des îles anglo-normandes...

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Voir, ci-après, le programme détaillé de ces 10ème assises de la mer organisées par les professionnels de la mer de Normandie à la salle de l'Archipel de Granville:

https://www.assisesfilierepeche.com/

En effet, à la lecture de ce programme, notamment celui prévu pour le vendredi 13 septembre, (pourvu que cela ne leur porte pas la poisse de discuter des effets du Brexit ce jour-là!) on ne manquera pas d'être surpris, justement, de constater qu'aucun professionnel ou responsable des îles anglo-normandes n'ait été invité à venir à... Granville pour partager avec nous des inquiétudes communes au sujet d'un Brexit "no deal" (sans accord) alors que nous partageons avec eux, du plateau des Minquiers aux roches des Casquets, le même territoire maritime:

Ce qui est agaçant c'est que nos cousins des îles ne sont pas invités pour parler du Brexit avec nous alors que le responsable breton des criées des Côtes d'Armor se tape littéralement l'incruste chez les Normands!

Comme d'habitude, les évidences ne se voient pas... comme le nez au milieu de la figure!

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Lire l'article proposé par Paris-Normandie:

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/assises-de-la-mer--le-brexit-inquiete-les-marins-pecheurs-de-normandie-ME15553492?utm_source=newsletter_mediego&mediego_euid=7b65029da2&mediego_ruuid=1b64810f-a8bf-4c88-82f8-80f83064b5a8_0&mediego_campaign=20190912_news_actu&utm_content=20190912&utm_campaign=newsactu&utm_medium=email

Assises de la mer : le Brexit inquiète les marins pêcheurs de Normandie

Chaque année depuis 2010, les Assises de la pêche et des produits de la mer réunissent l’ensemble des acteurs de la filière pêche, de la production à la distribution en passant par la transformation. Tandis que la pêche normande se porte bien, le Brexit inquiète les Normands.

Organisées depuis 2010, les Assises de la pêche et des produits de la mer sont devenues le principal rendez-vous annuel des décideurs publics et privés de la filière pêche et des produits de la mer (production, transformation et distribution). Cette année, ces assises organisées au cœur de l’Archipel de Granville les 12 et 13 septembre ont pour invité Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation. Il intervient aujourd’hui, sait qu’il devra certainement répondre à l’inquiétude première des pêcheurs normands. « Le Brexit, où en est-on ? » est justement le thème de la table ronde qui clôturera les Assises demain. Un vendredi 13.

Interdiction de pêche dans les zones anglaises ?

« Faut-il espérer quelque chose du ministre, ou pas ? Telle est la question », songe le président du comité régional des pêches normand, Dimitri Rogoff. Un brin ironique, l’ancien patron pêcheur à Port-en-Bessin entend lui glisser quelques mots sur les problèmes de la pêche, avec le Brexit comme amorce. Il n’est pas dupe non plus. « Stéphane Travert [ancien ministre de l’Agriculture et de la Pêche, NDLR], il était de la Manche, on le voyait plus souvent. Didier Guillaume, il semble éloigné des problématiques de la pêche. Mais bon, on va faire un peu de lobbying pour que la pêche figure sur le dessus de la pile, en sachant que la Normandie sera très impactée par le Brexit. Mais, clairement, ce n’est pas aux Assises qu’on va régler quoi que ce soit. C’est un exercice très entendu ».

Toujours est-il que le Brexit débarque à Granville. « À ce jour, on est dans une position d’observateurs, de commentateurs. Ce n’est pas évident de comprendre ce qui se passe à Londres. Et on ne sait absolument pas ce qui va se passer. En revanche, on connaît le scénario du pire avec une sortie des Anglais sans accord. Et là, l’Anglais fort de sa souveraineté dit : ma « ZEE » va jusqu’à la moitié de la Manche [zone économique exclusive sur laquelle l’État côtier exerce des droits souverains en matière économique : NDLR]. Et donc, tous les bateaux qui avaient des accès dans ce qui était auparavant des eaux communautaires sont obligés de dégager. Côté Manche est, c’est le drame. Côté Manche ouest, on a en plus la problématique des îles anglo-normandes... Et donc, on se retrouve avec des zones de pêche réduites à peau de chagrin, les pêcheurs les uns sur les autres. Et au-delà même des bateaux qui seraient interdits sur ces zones, c’est toute la flottille qui subira le report de l’effort de pêche. En clair, côté français, il n’y a pas de place pour tout le monde, ni la ressource ».

Par habitude, depuis des décennies, les Français pêchent dans les zones anglaises : langoustines, petits « requins », sèches, encornets, rougets barbets..., soit environ cinquante espèces. « Il n’y a guère que la coquille qui serait préservée car plutôt située en zone française », note Dimitri Rogoff. Que vont devenir les pêcheurs normands ? « À ce jour, rien n’est négocié pour faire face à cette situation. La seule chose envisagée, ce sont des arrêts temporaires. Par exemple, pendant quatre mois, les bateaux peuvent être indemnisés en restant le long du quai. Mais dans le même temps, les criées, les mareyeurs, les poissonniers..., plus personne n’est approvisionné en poisson issu de la pêche française. On peut donc se faire peur ».

Le président du comité régional des pêches dit côtoyer des pêcheurs qui sont dans le « déni », ne veulent pas songer à une politique du pire. « Pour notre part, nous essayons de garder la tête froide, avec une approche socio-économique. On risque de se retrouver dans une situation quasiment de guerre où il va falloir qu’on fasse des choix. Qui on va sauver ? Ce n’est pas gagné avec un Boris Johnson en face de nous. Une députée anglaise a déjà appelé à canonner les bateaux français pour les faire dégager de leurs eaux. On en est là ».

Les Bretons tout aussi inquiets

Très concernés également par les conséquences d’un Brexit, les Bretons présents à Granville sont en alerte. (sic!) « Il est indispensable que l’Europe et le gouvernement français se battent pour qu’il y ait une continuité d’accès à la ressource halieutique dans les eaux du Royaume-Uni. Parce que derrière, c’est un cataclysme sur le littoral », avertit Olivier Le Nézet, président du comité régional des pêches de Bretagne. Comme Dimitri Rogoff, il craint plus que tout un Brexit sans accord, interdisant l’accès des eaux britanniques du jour au lendemain. Le poisson pêché dans les eaux britanniques représente pas moins de 30 % des ventes dans les criées bretonnes.

La filière soigne son image

À Granville, une table ronde est organisée ce jeudi pour « prendre en compte l’impact environnemental des filières ». Les pêcheurs sont souvent pointés du doigt, accusés notamment de surpêche qui concerne encore un tiers des espèces présentes au large des côtes européennes, voire plus selon certaines ONG. Olivier Le Nézet, président du comité régional des pêches de Bretagne, défend la pêche française, met en avant « l’exemple même de ce qu’il faut faire ». Il évoque ainsi la mise en place, à Saint-Brieuc ou Quiberon, d’une « police » financée par les pêcheurs pour traquer les auteurs d’infractions dans la pêche à la coquille, qu’ils soient touristes ou professionnels. « Les gens n’ont aucune idée à quel point la pêche a évolué, le fait que ce sont des métiers modernes, avec de l’informatique ». L’image du marin pêcheur avec son ciré jaune – ciré qui sert toujours certes –, est devenue réductrice.

La pêche est « un grand circuit court »

Avec près de 600 bateaux pour environ 2 200 marins (sans oublier 300 pêcheurs à pied), avec tous les emplois induits par la transformation, la pêche normande se porte bien et les écoles pour devenir marin pêcheur font le plein.
La pêche française est à la recherche de 1 200 à 2 000 marins dans les cinq prochaines années. « Il y a toujours un attrait pour la pêche, normande notamment. On doit être à 17 bateaux neufs qui vont arriver, se félicite Dimitri Rogoff, président du comité régional des pêches en Normandie. Quand des patrons se mettent 3 ou 4 M€ sur le dos, c’est qu’ils y croient ! Ce n’est certes pas le petit jeune qui commence mais plutôt des gens aguerris. Mais des plus jeunes investissent aussi dans des 12 mètres à 1 M€ ».
(Commentaire de Florestan: cet optimisme de Dimitri Rogoff s'explique aussi par la politique volontariste de la région Normandie pour aider au renouvellement de la flottille normande)
La ressource  se porte bien

D’où vient cet attrait ? « Ça tient à la demande du bulot, à la pêche côtière, à la santé extraordinaire du stock de coquilles saint-jacques, à la pêche hauturière, au large donc..., analyse le président. Le métier continue d’attirer. Sauf que tout le monde ne peut pas s’installer. En tant que président, je mets le holà. Si on augmente l’effort de pêche, il faut que la ressource suive. Sur la coquille, en baie de Seine, on a plus de 80 demandes de licence qu’on ne peut satisfaire, parce que le contingent de coquilles est atteint ».

Répartie dans de nombreux ports et points de débarques, depuis Granville à l’ouest jusqu’au Tréport à l’est, la flotte de pêche normande est essentiellement côtière, avec des bateaux de taille inférieure à 16 mètres qui pratiquent des marées quotidiennes, et quelques bateaux de pêche au large inférieurs à 24 mètres effectuant des marées de quelques jours.
« Globalement la ressource se porte bien, renchérit Dimitri Rogoff. Avec certaines espèces comme le bar, on a peut-être été trop loin il y a vingt ans. Même chose pour la sole. Ça reste tendu. On a pêché trop petit, pas assez contrôlé les pêcheries. Mais les quotas européens sont bien orientés. On est loin de l’image du pêcheur qui détruit tout ».
Une activité en hausse

Eco label, IGP (Indication géographique protégée)..., la filière normande s’est dotée d’outils valorisant les ressources et le métier. Dimitri Rogoff assure que le chiffre d’affaires global de la pêche normande est sans cesse en augmentation depuis dix ans. « Ceux qui travaillent sérieusement gagnent leur vie. La pêche française, c’est un grand circuit court. On débarque et le lendemain, c’est sur les étals ».


Commentaire de Florestan:

En cas de Brexit "dur" sans accord global avec l'Union européenne, il faudra négocier des accords bilatéraux entre le Royaume-uni et les pays membres de l'UE qui partagent avec les Britanniques des frontières terrestres et maritimes.

Sur ce dernier point, Hervé Morin, président de la Normandie a montré qu'il était disponible pour que soit négocié un accord permettant la continuité de l'économie maritime dans la Manche, accord englobant tant les régions littorales françaises que les... îles anglo-normandes:

A quoi bon organiser ces assises franco-françaises pour évoquer un problème... européen en ignorant les pêcheurs d'une île que l'on peut voir depuis la haute-ville de Granville?

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