Nous venons de recevoir le dernier numéro paru de Culture Normande (n°65 septembre 2019) revue trimestrielle éditée par le Mouvement Normand consacrée à l'actualité de la culture régionale en Normandie.

Mais à grand sujet, numéro exceptionnel puisqu'il est totalement consacré à une étude aussi exhaustive qu'inédite sur l'histoire finalement méconnue de la Résistance en Normandie pendant la Seconde Guerre Mondiale (1941-1944):

Yves Loir a épluché de nombreuses archives et nous emmène dans les détails indispensables à connaître pour comprendre totalement des enjeux militaires mais aussi des dilemmes moraux qui obligent à des révisions déchirantes d'un récit officiel des tragiques événements connus et subis par les populations civiles normandes notamment, à partir du printemps 1944.

C'est ainsi que les bombardements ordonnés par les Alliés sur les villes normandes dans le cadre du plan "road-block" du printemps et de juin 1944 relèvent plus du crime de guerre que d'opérations tactiques militairement efficaces...

75 ans après les faits, il était donc plus que temps de voir enfin toutes les vérités historiques en face en constatant que les vrais héros ne sont pas toujours ceux que l'on a cru et célébré jusque-là: il était temps que l'armée des héros de la Résistance normande sortît de l'ombre pour qu'on lui rende enfin le digne hommage qui lui revient...

Car à la lecture de l'enquête précise d'Yves Loir sur les faits historiques on apprend que:

1) La préparation stratégique et tactique du débarquement des Alliés en Normandie a été grandement facilitée par la quantité et la qualité des renseignements données par les réseaux résistants normands, notamment durant toute l'année 1943.

2) La survie de la tête de pont établie par les forces alliées sur le littoral normand dans les quatre jours qui ont suivi le débarquement du 6 juin 1944 n'a été possible que grâce au vaste plan de sabotage des communications et moyens matériels de l'armée allemande mis en oeuvre par les Forces françaises libres de l'intérieur établie dans des départements normands où la résistance locale avait anticipé, dès 1943, la situation militaire d'un débarquement. Grâce au sabotage systématique des liaisons téléphoniques militaires allemandes par la résistance normande, la Panzerlehr envoyée à l'offensive contre les plages du Débarquement n'arrivant sur place que le 10 juin, avait perdu un temps précieux...

3) La réussite tactique des deux grandes opérations militaires de la bataille de Normandie (l'opération "Cobra" de la percée d'Avranches et l'encerclement des restes de l'armée allemande dans la "poche de Falaise") n'a été possible qu'avec l'appui des résistants normands qui ont mis leur connaissance décisive du terrain à la disposition des alliés notamment lors des moments les plus critiques.

4) Le retour de la souveraineté administrative et politique de la République française sur le sol de la métropole a été possible grâce à l'engagement particulier des comités départementaux de la Libération du Calvados et de la Manche, la Normandie servant évidemment de test pour tout le monde, tant du côté de la France Libre dirigée par De Gaulle que du côté de l'armée américaine qui, avec son service des "Affaires civiles", projettait de conserver l'administration de Vichy en la plaçant sous le contrôle de "gouverneurs" américains. On doit donc aux résistants normands la restauration de la souveraineté française sur son sol et la mise en échec du plan américain visant à faire de la France libérée, un territoire... occupé!

5) Les bombardements aériens des villes normandes commandés par l'Etat-major allié n'ont eu aucune utilité militaire...

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