Alors que ce samedi 21 juin 2019 s'organisent des grandes marches pour le climat dans les plus grandes villes normandes (notamment à Rouen et à Caen) d'autant plus suivies à l'approche des prochaines élections municipales de mars 2020 où la question écologique ne manquera pas de faire l'élection, la présentation du futur plan local d'urbanisme intercommunal de la Métropole de Rouen suscite une vive opposition des associations écologistes et de riverains.

La question de fond est la suivante:

Au lieu de continuer l'artificialisation du sol sur le territoire d'une métropole normande qui a la chance de posséder de vastes forêts ne faudrait-il pas, au contraire, cesser cette artificialisation (par la construction, bétonnage et goudronnage) et de poursuivre la présence d'espaces arborés en ville (par ex: les quais de Seine rive gauche, les coeur d'îlots minéralisés de la rive droite de la reconstruction des années 1950) dans l'idée de compenser l'impact dans le paysage rouennais de la future liaison A28/A13 (Contournement autoroutier Est de Rouen)?

Plus que jamais il nous faut une intelligence collective pour appréhender la complexité des questions écolgiques car ce sont des questions d'environnement: cette intelligence collective doit être locale, régionale, démocratique dans le but d'une connaissance précise d'un territoire et de ces enjeux. La planification (schémas et plan) est un outil indispensable de prospective pour ce faire. Mais encore faudrait-il qu'il soit bien utilisé et mis en oeuvre par les élus locaux en évitant deux grands dangers:

1) empiler les projets impactant l'écologie les uns sur les autres ou les uns à côté des autres sans aucune approche globale.

2) ignorer la société civile des usagers, des riverains et des associations militantes d'intérêt général.

A lire ce qui suit, il est à craindre que la planification de l'urbanisation dans l'Amazonie normande ne soit pas à la hauteur des enjeux...

https://www.tendanceouest.com/actualite-334753-metropole-de-rouen-1020-ha-de-terres-menacees-par-l-urbanisation.html

Métropole de Rouen : 1020 ha de terres menacées par l'urbanisation

En pleine enquête publique sur le futur plan local d'urbanisme intercommunal de la Métropole Rouen Normandie (Seine-Maritime), des associations et élus écologistes sont vent debout contre la consommation de terres agricoles et naturelles de 1020 ha, annoncée pour les 15 prochaines années. La Métropole tempère et estime qu'un effort important a déjà été fait.

Forêts, friches, champs… Au total, 1020 ha de terres naturelles ou agricoles pourront servir à l'urbanisation dans la Métropole Rouen Normandie (MRN) dans les 15 ans à venir. C'est en tout cas ce que prévoit le prochain Plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) pour la période 2020 - 2033, soumis en ce moment à une enquête publique, jusqu'au 1er octobre 2019.

Associations mobilisées

Un chiffre qui désole les associations et élus écologistes, qui pointent du doigt un décalage entre le discours et les actes. "À 1020 ha, ils se foutent de nous", lance Alain Thomas, porte-parole de l'association Bouillons terres d'avenir, qui a fait de la défense des terres agricoles et naturelles, sa spécialité. Avec une dizaine d'autres associations, dont Effet de serre toi-même, Alternatiba ou France nature environnement, ils dénoncent ce qu'ils estiment être une menace pour la biodiversité et une marche à contre-courant dans la lutte contre le réchauffement climatique. "Le référentiel aujourd'hui, c'est zéro terre consommée, insiste-t-il. On ne veut pas bloquer le PLUI mais on ne sera jamais d'accord, on ira jusqu'au tribunal administratif."

Et de citer quelques exemples sur la Métropole de zones menacées : 9 ha à la Prévotière à Bois-Guillaume, un stade de foot au milieu d'un verger dans la même ville ou encore 75 ha de forêts, friches et prairies à Saint-Étienne-du-Rouvray.

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"Un arbre coupé ici ou en Amazonie, c'est pareil", s'offusque le militant. Ces zones servent à la fois à la captation de CO2 et à la production d'oxygène, mais elles permettent aussi de lutter contre les îlots de chaleur ou de préserver la biodiversité. 1020 ha, dont 250 pour le seul projet de contournement est de Rouen, c'est aussi ce qui a poussé les élus EELV à s'abstenir sur le vote du PLUI, même s'ils estimaient avoir, par ailleurs, obtenu des avancées. "Si on veut faire de la lutte contre le réchauffement climatique le principal enjeu, ces terres sont d'une utilité absolue", abonde Jean-Michel Bérégovoy, élu EELV à Rouen, qui estime que l'on manque déjà cruellement de trames vertes et bleues dans la métropole.

"On n'a pas à rougir de notre PLUI"

Reste que le PLUI, document de plusieurs milliers de pages, est complexe à négocier. D'autant qu'il se discute pour la première fois en commun entre les 71 communes de la Métropole, qui chacune ont leur carte à jouer. "Les maires sont allés négocier les uns après les autres", affirme Jean-Michel Bérégovoy, tantôt pour une zone d'activité, tantôt pour un nouveau lotissement… "On n'a pas à rougir de notre PLUI", estime de son côté Françoise Guillotin, vice-président de la MRN en charge de la planification urbaine, qui précise que le projet prévoit 35% d'espace consommé de moins que lors de la précédente période. 1552 ha de terres ont été urbanisées entre 1999 et 2015 sur le territoire de la Métropole.

"C'est un bel effort", estime-t-elle, soulignant au passage que d'autres mesures ont été prises dans le PLUI en termes d'écologie, notamment pour plus de nature en ville. Dans le détail, elle précise notamment que les 360 ha de terres consommées prévus pour l'habitat ne représentent que 20% de la production de logement prévue sur la période du PLUI. Les 80% restants viendront de "densification urbaine" ou requalifications de friches, sans consommation supplémentaire de terres. Idem pour les 300 ha prévus pour les activités économiques.

Associations et élus écologistes ont formellement déposé une demande pour repousser la date de fin d'enquête publique sur le PLUI, le temps de rallier davantage de citoyens à leur cause. "Ça n'est pas envisagé", répond pour l'heure Françoise Guillotin.

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