Remade, la "licorne" de Monsieur Millet aurait-elle grandi trop vite?

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On se souvient, notamment ici, d'une belle aventure industrielle emmenée par un Matthieu Millet enthousiaste et entreprenant faisant état de l'écoute et du soutien qu'il avait légitimement reçu de la part des élus normands, à commencer par Hervé Morin, le président de la Normandie mais aussi David Nicolas, le maire d'Avranches et président de la communauté d'agglomération "Pays du Mont-Saint-Michel".

On se souvient d'une idée industrielle plutôt géniale consistant à reconditionner les téléphones portables usagés en développant, à partir d'une main d'oeuvre locale aussi efficace que compétente, une économie circulaire vertueuse dans un secteur des nouvelles technologies qui en manque cruellement pour être actuellement dominée par des pays où ni l'écologie, ni le bien-être social ne sont des priorités...

Mais on se souvient aussi de l'arrogance du même Millet, au fait de sa gloire, mégotant le soutien technique et financier de l'Agence de Développement de Normandie puisque toutes les banques et tous les fonds de pension du Monde venaient lui manger dans la main...

On connait, hélas, le célèbre proverbe romain qui ici s'applique cruellement (normal, c'est un proverbe romain...):

"La roche tarpéienne est proche du Capitole"

Depuis le début de cet été, certaines rumeurs se sont vite confirmées laissant tous celles et ceux qui avaient admiré cette belle réussite (nous en fûmes) dans la stupeur et l'incrédulité... Il y a, bel et bien, une faillite financière qui ne manquera pas de provoquer un fiasco industriel majeur, avec pour le coup, la région Normandie et son agence ADN doublement en première ligne car elles pourraient être, de nouveau, sollicitées tout en devant faire face aux interrogations et aux critiques pour avoir eu confiance en la licorne promue et promise par Monsieur Millet qui, à défaut de nous la montrer, préférait plutôt classiquement, tel l'Aga Khan, voir courir ses yearlings de Deauville...

Mais la confiance est brisée. Elle a été remplacée par l'amertume des cocus à commencer par les 470 salariés normands de Remade.

On aura aussi une pensée, sinon une colère partagée, avec des élus amis de la Normandie, que nous connaissons bien et qui ont été, eux aussi, abusés...

Privatisation des profits. Socialisation des pertes...

Car c'est à eux ainsi qu'à l'Etat que va incomber la responsabilité de sauver ce qui était en si peu de temps devenu un fleuron de l'industrie normande pour le XXIe siècle: ce sauvetage, s'il est possible et nous le souhaitons, ne saurait se faire sans l'avis des salariés.

Une idée, cependant, pourrait être sérieusement étudiée puisqu'elle est déjà mise en oeuvre avec succès dans l'Avranchin du côté de Mortain avec la non moins stratégique société ACOME qui fabrique des câbles en fibre de verre pour les communications numériques, production normande exportée dans le Monde entier: contrairement à la licorne de Monsieur Millet, Acome est une solide et sérieuse SCOP (Société coopérative ouvrière de production) possédée par ses salariés qui sont... 1200, ce qui en fait la plus importante SCOP de France.

https://actu.fr/normandie/mortain-bocage_50359/pour-2019-acome-annonce-120-recrutements-sur-site-industriel-normandie_20728435.html

Il faut donc aider les salariés de Remade à la reprise de leur entreprise sous la forme d'une SCOP.

Quant à Monsieur Millet, après les boxes des haras, il faudra bien aussi passer par ceux de la justice pour avoir mis les Normands sur la paille...


 Voir le dossier, plutôt accablant, publié par La Manche Libre, édition du 21 septembre 2019:

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