L'article à lire ci-dessous (L'Opinion, 24/09/19) confirme les évidences: le parti d'un président de la République qui reste majoritairement impopulaire ne peut pas espérer faire de grands exploits dans des élections municipales où s'applique totalement l'adage suivant: "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras". Dans l'incertitude et la précarité qui caractérisent notre époque, la prime de la confiance va au maire sortant quelle que soit la couleur de son écurie partisane.

Seul élément nouveau qui pourrait perturber le jeu: la montée de l'inquiétude écologique et de l'exigence environnementale dans les plus grandes villes.

Les éléments énoncés ci-dessus s'appliquent parfaitement aux deux plus grandes villes normandes:

1) Prime insolente au sortant à Joël Bruneau (LR) le maire de Caen avec des macronistes locaux dans les choux sinon les tripes... Mais le maire sortant va devoir sérieusement verdir son propos et son programme: le dossier sensible de la place de la République avec l'abattage programmé de 49 tilleuls pour bâtir un centre commercial va animer la campagne locale.

2) Percée significative des écologistes à Rouen dans les sondages commandés par... Hervé Morin: les ambitions macronistes locales à commencer celle portée par l'entrepreneur Jean-Louis Louvel (soutenu par Hervé Morin) sont douchées. En conséquence, un ancien jeune premier de la ci-devant Fabiusie locale espère tirer son épingle du jeu en obtenant l'investiture LREM si convoitée. Mais il n'y a aucune certitude de réussite dans cette manoeuvre qui tient plus de la ruse du goupil que du gazouilli d'un Mayer-Rossignol que l'on croyait partir du côté du parti vert qui aime tant les petits oiseaux!

En conséquence, si Nicolas Mayer-Rossignol devait être élu sous l'étiquette LREM à Rouen il y aurait un danger de voir se constituer un AXE SEINE totalement macronisé de Paris (Macron) au Havre (Philippe) en passant par l'Eure (Lemaire et Lecornu): très mauvais pour la Normandie et l'avenir de son unité...


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Municipales 2020: les mauvais sondages douchent les ardeurs des marcheurs

A Nantes, Nancy, Reims, Caen, Saint-Etienne ou Rouen, les intentions de vote pour les élections municipales accouchent du même schéma : le maire sortant largement en tête, La République en marche en queue de peloton. Ces études d’opinion compliquent les choix stratégiques et les négociations avec le maire en place

A moins de six mois des municipales, La République en marche doit encore distribuer les investitures et les soutiens dans près d’un millier de villes de plus de 9 000 habitants.

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La douche froide s’est déversée en plein week-end ensoleillé. A la veille de son université d’été, le 5 septembre, La République en marche découvre, par une révélation d’Europe 1, trois sondages confidentiels sur les intentions de vote aux prochaines élections municipales réalisés par l’Ifop. A Reims, le maire sortant, Arnaud Robinet, est crédité de 53 % des voix ; son adversaire LREM, de 6 %. A Saint-Etienne, Gaël Perdriau est mesuré à 43 % ; c’est 7 % pour En Marche. A Caen, Joël Bruneau recueillerait 44 % des suffrages contre 8 % pour le mouvement présidentiel.

Triomphe pour ces trois élus Les Républicains. Et gueule de bois pour ce référent marcheur, croisé lors de la rentrée politique de son parti : « C’est une boucherie ! Ils sont 40 points au-dessus de nous. A ce niveau-là, ça ne sert même à rien d’y aller. » Cet été, il défendait pourtant une stratégie de listes autonomes pour son département...

Ne demandez pas aux survivants de l’ancien monde de faire preuve de compassion. « Contre toutes les prévisions, les marcheurs ont largement remporté les législatives en 2017 et ont plus que limité la casse aux européennes. Aux municipales, ils pensaient donc pouvoir l’emporter avec la même méthode. Ils ont juste oublié de télécharger la mise à jour “municipales” », sourit un maire de droite, visiblement très branché high-tech, puisqu’il ajoute : « C’est le “ice bucket challenge”. Ils vont se prendre des seaux d’eau dans la tronche ces prochaines semaines et mesurer la différence de popularité entre Emmanuel Macron et eux. »

Si un maire ne se représente pas, rien n’est gagné pour la majorité : « S’il vient de la gauche, son retrait ouvre un boulevard pour les écologistes, qui ont pris le leadership depuis les européennes. S’il vient de la droite, cela peut éventuellement ouvrir un chemin pour les marcheurs »

Les dizaines de sondages confidentiels commandées partout en France dessinent la même tendance : un maire sortant en tête, La République en marche à la peine. « Les municipales sont le scrutin le plus compliqué pour En Marche, compte tenu du poids des maires sortants », rappelle Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. Et si un élu ne se représente pas, rien n’est gagné pour la majorité. « S’il vient de la gauche, son retrait ouvre un boulevard pour les écologistes, qui ont pris le leadership depuis les européennes. S’il vient de la droite, cela peut éventuellement ouvrir un chemin pour les marcheurs », résume le sondeur.

Au siège du mouvement présidentiel, « on ne découvre pas le sujet, dédramatise un député. Depuis un an, tous nos sondages locaux montrent que le sortant possède 10 ou 15 points d’avance sur nos candidats. Mais il faut se méfier de ces enquêtes commandées par nos adversaires. Les Républicains ou le Parti socialiste ont intérêt à les faire fuiter pour rassurer leurs militants. »

Sur le terrain, ces sondages agitent quand même les marcheurs. A Caen, ils négocient avec Joël Bruneau, le maire LR aux 44 %, pour intégrer sa liste. « Notre socle électoral peut lui offrir la victoire dès le premier tour, se persuade le référent département, Nicolas Gosselin. Nous ne sommes pas un élément du décor. Nous occupons une position centrale. »

Avec 8 %, donc... « Joël Bruneau aurait toute légitimité à les envoyer se faire voir depuis ce sondage », répond un poids lourd normand. Le maire d’une grande ville du sud de la France s’applique d’ailleurs cette stratégie depuis qu’il a découvert les résultats d’une enquête d’opinion commandée par ses soins (83 % de bonnes opinions) : « Qu’est-ce que je vais m’emmerder à négocier des places sur ma liste avec les marcheurs ? »

A Rouen, les différents sondages ont également contraint les mouvements des marcheurs. Une étude payée en juillet par Hervé Morin (centre droit), président du conseil régional, place Europe Ecologie-Les Verts en tête, devant le socialiste Nicolas Mayer-Rossignol et, une dizaine de points derrière, une liste d’union de la droite au coude-à-coude avec En Marche. La direction nationale hésite sur la stratégie à adopter.

« Je ne sais pas à quoi m’en tenir. LREM n’a toujours pas tranché. Cela crée un mauvais climat », témoigne Jean-Louis Louvel, un entrepreneur à succès soutenu par le MoDem et Agir, qui a demandé le soutien du parti présidentiel. Un duo composé de Marine Caron et Robert Picard demande, lui, l’investiture. Une troisième voie pourrait se dessiner avec un soutien au socialiste Nicolas Mayer-Rossignol, en meilleure position dans les sondages. Le référent LREM, Maxime Boissière, s’en étrangle : « Quoi qu’il dise, il est le candidat du PS. Ce serait un positionnement politique surprenant. »

Le mouvement du nouveau monde rangé derrière un proche de Laurent Fabius ? Pas impossible.

Le quotidien local Paris-Normandie a révélé l’existence d’un rendez-vous entre le socialiste et le conseiller d’Emmanuel Macron, Maxance Barré. « Maxance est un ancien du PS. On peut se voir sans que cela n’ait d’implication pour les municipales », répond Nicolas Mayer-Rossignol, qui souligne également ses bonnes relations avec Emmanuel Macron et Édouard Philippeils ont travaillé ensemble lorsque l’un était maire du Havre, l’autre président de la région Haute-Normandie.

Le climat en macronie a en tout cas changé. En deux vagues d’investitures ce mois de septembre, La République en marche a annoncé le soutien à 27 personnalités hors de la macronie, autant que sur les mois de juin et juillet réunis. Vingt maires sortants sont soutenus à ce jour, huit ont appris la nouvelle durant la première quinzaine de septembre. « On attendait la rentrée parce que les maires sortants ne voulaient pas communiquer sur leur candidature avant. L’objectif, c’est d’équilibrer l’ensemble des investitures. Fin juillet, nous étions à 80 % d’investitures, 20 % de soutiens. A terme, nous voulons parvenir à un tiers de soutien, deux tiers d’investiture. » Et qu’importe si, pour ces deux tiers, la campagne se fera au fin fond des sondages.