Coup de tonnerre habituel lorsque la Cour des Comptes sort ses rapports toujours sévères (et c'est bien légitime) lorsqu'il s'agit de juger de l'usage qui est fait de notre argent public.

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La foudre des grands comptables de l'Etat vient de s'abattre sur la situation des finances publiques des 13 nouveaux conseils régionaux issus de la réforme territoriale de 2015 opérant par fusion régionale.

Sur l'Etoile de Normandie nous n'avons jamais cessé de dire tout le mal que nous pouvions penser de cette réforme totalement opportune puisqu'il s'agissait de donner un os à ronger aux bureaucrates de Bruxelles gardiens de l'ordo-libéralisme comptable imposé par l'Allemagne dans le cadre très contraignant des traités européens: en effet, pour éviter la mise à l'amende de la France par Bruxelles pour non respect structurel du cadre permis pour le déficit public (les fameux 3%...), le gouvernement Hollande/Valls, aux abois, a cherché, fin 2013 la grande réforme structurelle qu'on pourrait vendre à Bruxelles pour faire des économies.

Au printemps 2014, on apprend, par surprise, que la carte régionale de la France métropolitaine va être remise à plat dans le cadre de la loi dite "NOTRe". La boîte à Pandore qui faisait si peur à la haute fonction publique jacobino-parisienne est ouverte. Les Bretons s'y engouffrent, Le Drian en tête... Résultat? Hollande décide, en avril 2014, que la refonte de la carte ne se fera pas au niveau départemental mais au niveau régional par fusion de régions adjacentes. Et comme Hollande est rouennais et qu'il avait aussi un vieux compte à régler avec Fabius, le cas d'école normand est vendu comme la fusion régionale idéale pour justifier, partout ailleurs, un véritable massacre territorial.

D'où une réforme territoriale totalement paradoxale qui punit les régions trop rumuantes (les Bretons n'auront pas leur réunification avec la Loire atlantique et les Alsaciens perdront leur collectivité régionale) mais qui rend grâce aux Normands, quelques jours avant de célébrer le 70ème anniversaire international du débarquement de 1944 et de la Libération du nazisme au cours de laquelle la Normandie et les Normands furent les martyrs de la Liberté tout en oeuvrant concrètement et courageusement au retour de la souveraineté de la République française sur le sol de la métropole au nez et à la barbe des Américains...

Alain Tourret, le député radical de Vire ancien maire de Moult, grand témoin de cette réforme nous avait confié: "c'est le débarquement qui a sauvé la Normandie". Car Fabius s'opposant une dernière fois à "Guimauve le Conquérant" voulait diluer la réunification normande dans un grand machin néo-régional nommé "arc Manche" étendu du Mont-Saint-Michel à la frontière belge!

Il ne faut pas être un aigle pour comprendre que créer des grands machins régionaux qui n'ont jamais existé dans l'espoir de faire des économies avec des politiques régionales plus efficaces coûterait beaucoup plus cher que de recréer une région qui existait autrefois ou d'asseoir les régions sur des territoires géo-historiques évidents et cohérents.

Il était évident qu'une telle réforme serait coûteuse à son démarrage mais qu'elle ferait, par la suite, gagner de l'argent aux territoires concernés... Sauf que le fameux "standard géographique européen" permettant de déterminer la taille idéale d'une région n'existe pas: les politiciens qui méprisent la science géographique régionale tout en la méconnaissant sont de parfaits crétins et dangereux qui plus est! Car une telle réforme ne pouvait correctement fonctionner dans son équilibre coûts/bénéfices qu'avec des régions-provinces, c'est-à-dire, territorialement cohérentes.

C'est la raison pour laquelle en mai 2015 nous avions soumis notre projet de découpage de la France en 17 régions respectueuses de la géo-histoire provinciale au président de l'association des régions de France d'alors, le socialiste Alain Rousset président de l'Aquitaine et qui, très rapidement, nous avait fait part de son grand intérêt pour notre travail. Cétait le moment où Alain Rousset pensait pouvoir co-construire la réforme avec Matignon: c'était sans compter avec un Manuel Valls méfiant sur la question... catalane.

Pour mémoire, archives de l'Etoile de Normandie:

http://normandie.canalblog.com/archives/2014/04/22/29719176.html

Notre affaire, hélas, tomba à l'eau et on eut droit dans les grands médias parisiens plus que jamais goguenards avec cette idée régionale qu'ils n'ont jamais pris au sérieux, ce désolant, ridicule, pour ne pas dire déplorable, concours Lépine de la grande région la plus biscornue possible.

De cette consternante empoignade entre grands barons socialistes (on se souviendra, par exemple, du match entre le breton Ledrian qui pleurait pour sa Bretagne ne pouvant pas bénéficier d'une réunification "comme la Normandie" et le ligérien Auxiette qui ne voulait surtout pas que l'on démembrât ses Pays-de-la Loire) il en sortit quelques vastes coccigrues géographiques qui sont ciblées aujourd'hui par la foudre des experts de la Cour des Comptes. Notamment la "région" Grand-Est dont l'avenir paraît incertain avec un probable "Elsass-xit" après 2022. Ailleurs, les choses restent encore très compliquées en "Occitanie", "Auvergne-Rhône-Alpes" (Arvernorhodalpie) et en "Nouvelle" Aquitaine: dans ces néo-régions trop grandes et qui rassemblent des territoires qui ne l'ont jamais été dans leur histoire provinciale ancienne ou dans leur histoire régionale contemporaine, l'aggrandissement de la région et le besoin d'y maintenir de la proximité, a paradoxalement remis en selle les départements qui devaient disparaître au point de faire apparaître au grand jour une évidence jusque-là masquée par le localisme jacobin: derrière un département voire deux, c'est toujours une ancienne province qui se cache.  Il est donc probable qu'à l'échelle infra-régionale dans ces grands machins néo-régionaux qui ne ressemblent à rien, on verra prochainement réapparaître les anciennes provinces (Dauphiné, Savoie, Lorraine, Champagne, Berry, Maine, Limousin, Périgord, Quercy, Rouergue...).

Alors, pour finir, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la seule nouvelle région fusionnée où les bénéfices dépassent les coûts, où les choses se passent plutôt bien, où les gens sont plutôt contents avec un réveil de la société civile régionale et de l'économie locale, ce soit la Normandie, heureuse exception qui confirme un désastre général par ailleurs.

La preuve dans la vidéo suivante: Hervé Morin, le président de l'association des régions de France, admet, à demi mots, que la Normandie est la seule région où la fusion régionale a été une réussite majeure...

https://video-streaming.orange.fr/actu-politique/la-fusion-des-regions-a-ete-une-reussite-majeure-soutient-herve-morin-CNT000001jsdUo.html


 Pour consulter les différentes publications de la Cour des comptes:

  •  Le communiqué de presse:

https://www.ccomptes.fr/system/files/2019-09/20190924-communique-finances-publiques-locales-2019-fascicule-2.pdf

  • La synthèse du rapport:

https://www.ccomptes.fr/system/files/2019-09/20190924-synthese-Finances-publiques-locales-2019-fascicule2_0.pdf

  • Le rapport complet, notamment le chapitre deux consacré aux nouvelles régions:

https://www.ccomptes.fr/system/files/2019-09/20190924-rapport-Finances-publiques-locales-2019-fascicule2_0.pdf