L'Etoile de Normandie souscrit totalement à l'article courageux à lire ci-après proposé par Amandine Briand de la rédaction de Paris-Normandie: le mépris médiatique pour cette banlieue industrielle de la région parisienne qu'ils prennent pour la Normandie, ça suffit!

Comme nous l'avions écrit dans notre billet d'humeur dédié aux Sévéso-Normands, l'explosion Chirac a soufflé l'autre...

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/a-rouen-le-desinteret-soudain-des-medias-nationaux-pour-l-incendie-de-lubrizol-passe-mal-BB15634353?fbclid=IwAR2v6tlOfKWQv-Rdmm6Ut4kPh8qAx3HbaH5ahqVMaIrRpQ0xmsLejHORQMo


 

À Rouen, le désintérêt soudain des médias nationaux pour l'incendie de Lubrizol passe mal

Des explosions, un violent incendie, un panache de fumée de 22 kilomètres de long sur six de large... Victime d'un accident industriel majeur sur le site de l'usine Lubrizol, jeudi 26 septembre 2019, Rouen a disparu des chaînes d'information dès l'annonce du décès de Jacques Chirac. Un choix éditorial vivement contesté.

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Une effervescence digne des plus grands moments d'actualité et puis plus rien. 10 heures du matin, jeudi 26 septembre 2019 : alors qu'un violent incendie ravage l'usine Lubrizol sur la rive gauche de Rouen, le salon Raoul Dufy de la préfecture est plein à craquer. Les micros recouvrent la grande table ovale au bout de laquelle s'expriment le préfet, Pierre-André Durand et le colonel Jean-Yves Lagalle, directeur du Service départemental d'incendie et de secours. Toutes les caméras des médias nationaux sont braquées sur eux pour cette première conférence de presse depuis le début de l'incendie.

À ce moment-là, les sapeurs-pompiers luttent activement contre les flammes et s'attachent à la fois à contenir le feu pour éviter sa propagation et à protéger les installations sensibles qui se trouvent à l'intérieur même du foyer. Au total, 11 000 m2 partiront en fumée, soit 10 % de l'usine Lubrizol, classée Seveso « seuil haut » et qui fabrique et commercialise des additifs servant à enrichir les huiles moteur, les carburants ou les peintures industriels.

Deux heures plus tard, alors que les services de l'État font un nouveau point de situation, il n'y a guère que les journalistes de la presse locale qui répondent à l'appel. Les rédactions parisiennes ont rappelé leurs forces vives car une autre actualité a pris le dessus. Jacques Chirac est mort.

« C’est bon, on peut décrocher »

La nouvelle tombe vers midi. De nombreux journalistes sont devant l'usine Lubrizol avec le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, arrivé un peu plus tôt par hélicoptère pour faire le point avec les équipes de secours, mesurer l'étendue des dégâts et répondre aux questions des journalistes.

Lorsqu'elles apprennent le décès de l'ancien président de la République, les équipes d'envoyés spéciaux comprennent très vite que le vent va tourner. « Putain Chirac est mort. On va plus nous prendre (en direct, N.D.L.R) », entrevoit une journaliste de LCI. « C’est bon on peut décrocher », annonce une correspondante de BFMTV.

« À moins que Chirac ne soit mort à Rouen, mon direct est fichu », établit une journaliste de France Bleu, pour France Info. « Bon, on parle un peu de l’incendie mais il faut vraiment qu’on le fasse réagir sur Chirac. Mon rédac' chef va me disputer si je n'ai pas ce son. Il ne prendra que ça en plus », indique, clairvoyante, cette autre journaliste à la chargée de communication du ministre.

Une hiérarchie de l'information contestée par les citoyens

Le monde de la presse étant ainsi fait - une actualité en chasse une autre - les citoyens à la recherche d'informations nationales sur l'énorme panache de fumée noire qui se répand dans le ciel de Rouen et de 12 communes environnantes se sentent rapidement démunis.

Dès le début de l'incendie et encore au lendemain du sinistre, nombreux sont ceux qui reprochent aux médias nationaux leur silence soudain quant à cette catastrophe industrielle majeure.

Chaînes d'information et grands titres nationaux consacrent tous leur Une à la mort de Jacques Chirac. Paris-Normandie est le seul quotidien à dédier sa Une du vendredi 27 septembre à l'incendie de Lubrizol.

Tandis que France Bleu, France 3, 76actu, Tendance Ouest et Paris-Normandie alimentent en direct leur site internet, antennes et réseaux sociaux dès les premières heures de la matinée, les médias nationaux choisissent d'occulter complètement ce qui se passe à Rouen.

« Ce qui s'est passé à Rouen aurait dû occuper tout l'espace »

« Ce qui s’est passé à Rouen est énorme et aurait dû occuper tout l’espace national hier. (jeudi 26 septembre).. mais il y avait le décès de Jacques Chirac et c’est un événement historique. Il n’y a aucune solution parfaite dans un cas de figure d’actualité aussi extrême », estime un responsable du Figaro.

Même explication du côté de la chaîne BFMTV : « Alors que l'on avait une antenne qui accordait une large place à l'actualité rouennaise et que tout était en place pour que l'incendie de Lubrizol occupe 90 % de l'antenne, il y a eu l'annonce du décès de Jacques Chirac, détaille Frank Moulin, directeur adjoint de la rédaction de BFMTV. Le choix de passer sur une édition 100 % dédiée à la mort de Jacques Chirac s'est imposé. »

Originaire de Mont-Saint-Aignan, Frank Moulin souligne par ailleurs que le choix a été fait de maintenir les équipes dépêchées sur place. « Et dès jeudi soir, nous avons montré la Une de Paris-Normandie à l'antenne. Le lendemain matin, l'incendie de Lubrizol était un titre, puis une ouverture dès 15 h 30 et il le restera toute la soirée. »

Pour la grande majorité des médias nationaux, c'est désormais au tour de Jacques Chirac de passer au second plan, en tout cas jusqu'à l'hommage national. À Rouen, petit à petit, les équipes réinvestissent le terrain et passe de la gestion de crise à l'analyse.

C'est ce que réclament les habitants de Rouen et des communes alentours, inquiets des conséquences de l'incendie pour leur santé et pour l'environnement. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », disait Jacques Chirac au Sommet de la Terre de Johannesburg en 2002. Face à l'accident industriel de Lubrizol, pas question de détourner le regard.