mitraille900

Les tartufes peuvent soulever les bonnes questions. Ils n'en demeurent pas moins des tartufes...

Communiqué posté samedi 28 septembre 2019 à 6h59 sur la page Facebook de l'animal politique concerné soit plus de trois jours après les événements...

« Lubrizol : trois jours d’angoisse, ça suffit ! Nous exigeons du respect et du concret » : Communiqué de presse de Nicolas Mayer-Rossignol et Christophe Bouillon

Près de trois jours se sont écoulés depuis ce qu’il faut bien appeler l’une des pires catastrophes industrielles en France après AZF en 2001.

Nous avons veillé à ne pas réagir dans l’immédiateté : l’urgence était de faciliter le travail -admirable de courage- des pompiers et de tous les services publics mobilisés. Nous nous sommes gardés d’attiser les peurs, d’alimenter les polémiques. Pour ne pas parler sur du vide nous avons attendu les conclusions des analyses scientifiques, les déclarations du Gouvernement, les explications de Lubrizol.

Elles sont venues. Tardivement. Et force est de constater que les réponses ne sont pas du tout à la hauteur.

La nature exacte de ce qui a brûlé, sans parler de l’origine de l’incendie, n’est toujours pas rendue publique.

Nous ne disposons à cette heure d’aucune information précise sur la nature des polluants émis dans l’atmosphère, les sols, les nappes phréatiques, ni sur leur quantité, ni sur leur dangerosité. A cet égard nous ne pouvons nous satisfaire du tableau des mesures publié par la Préfecture au nom de la ‘transparence’. Nous défions quiconque de le comprendre et de l’interpréter simplement.

Aucun plan de suivi médical, court et long terme, des personnes sous le panache de fumée n’a été mis en place. Il est pourtant notoire que ce panache de 22km sur 6, qui s’est déplacé de Rouen jusqu’à Lille, contenait des particules (résidus hydrocarbures notamment) aux propriétés cancérogènes.

L’entreprise Lubrizol, multinationale dont l’actionnaire principal est le troisième homme le plus riche du monde, s’est bornée par la voie de ses dirigeants locaux à avouer sa « perplexité » et son « embarras » devant cet « incident » (dixit) ! Aucun engagement de réparation ni de compensation financière d’aucune sorte n’a été pris.

Comme tant de Rouennais et de Normands, nous sommes en colère. Les élus locaux, les maires, ont été livrés à eux-mêmes. Faute d’information claire, des gens ont littéralement fui. D’autres qui ne le pouvaient pas, âgés, invalides, sont restés dans l’angoisse. Des enfants ne sont pas allés à l’école. Des entreprises ont dû fermer. Des récoltes sont à jeter. Des commerçants -qui n’avaient vraiment pas besoin de ça- ont encore perdu en chiffre d’affaires. L’attractivité touristique et économique de toute la région est durablement atteinte.
Depuis près de trois jours des familles, des agriculteurs, des agents de la fonction publique s’emploient à nettoyer les terrasses, jardins, champs, cours d’école, sans bien savoir si ce qu’ils font est efficace et sûr pour leur santé et celle de leurs proches.

Tout cela a un coût. Qui va payer ?

Nous ne demandons pas de beaux discours ni des visites de ministres. Nous demandons des actes. Trois jours d’incertitudes et d’angoisse, ça suffit ! Nous exigeons en particulier :

-une transparence réelle sur ce qui s’est passé, des réponses à ces questions essentielles que tout le monde se pose : qu’est-ce qui a brulé, qu’est-ce qui s’est retrouvé dans l’atmosphère, quel suivi médical ? Quelle est la cause de la catastrophe ? Une enquête parlementaire, comme pour AZF en 2001, doit être ouverte dans les plus brefs délais.

-l'application immédiate du principe pollueur-payeur, cher à Jacques Chirac. Ce n’est pas au contribuable français mais à l’entreprise Lubrizol de payer pour les dommages et les préjudices subis -ils sont considérables. Un décret reconnaissant l’état de catastrophe industrielle doit être rapidement émis, afin de permettre aux particuliers d’ouvrir leurs droits à l’assurance.

-enfin, une réflexion plus large doit être menée sur l’urbanisme et le tissu industriel de la vallée de la Seine. Déplacer des usines sans se préoccuper de l’emploi ni de l’avenir du territoire ne résoudrait rien. Nous demandons un plan Marshall pour engager la transition écologique vers une économie post-pétrole, par un plan massif de formations et un véritable plan pluriannuel d’aménagement urbanistique de la vallée de la Seine.

La catastrophe Lubrizol n’est pas un incident local. C’est une catastrophe économique et écologique d’ampleur nationale, qui doit être traitée comme telle.

Nous appelons tous les élus locaux quel que soit leur bord, tous les habitants de la métropole rouennaise et tous les citoyens normands à partager ce combat. Montrons que nous sommes capables de nous rassembler pour nous faire respecter.

Nicolas MAYER-ROSSIGNOL
Ancien Président de Région
Conseiller Municipal de Rouen

Christophe BOUILLON
Député de Seine-Maritime

https://www.facebook.com/nicolas.mayerrossignol/posts/10157325220087900?__tn__=K-R

Commentaire de Florestan:
Durant des années, la Fabiusie c'était le pays des Sévéso-Normands avec des écologistes méprisés par Le Vern et daubés par les communistes et la CGT qui ont trop longtemps fait passer la priorité du développement industriel à tout prix pour "sauver nos emplois".
Dans le réduit industriel de la Haute-Normandie, véritable armoire normande technique classée Sévéso au service de la région parisienne, un schéma de l'aménagement du territoire quasi colonial avait été mis en oeuvre depuis les années 1960: triste époque où l'Etat central parisien a décidé de confirmer la division normande et l'effacement de Rouen comme métropole régionale d'équilibre du Nord-Ouest pour faire de la Sévéso-Normandie de la Basse vallée de la Seine un espace servant en aval de Paris:
L'explosion Lubrizol du 26 septembre 2019 met symboliquement un point final à cette époque: voilà donc encore un passif de la division normande qui nous explose en pleine goule!
Il est temps de passer à autre chose avec une autre conception de l'industrie: la mutation est en cours y compris dans les cervelles qui, il n'y a pas si longtemps, menaient des combats d'arrière-garde. Par exemple: en s'opposant farouchement des années durant à la réunification de la Normandie pour avoir enfin les outils nécessaires et efficaces pour tourner la page que tout le monde souhaite aujourd'hui tourner.
C'est plus difficile d'être une région industrielle que d'être une région touristique. Et c'est encore plus difficile d'être les deux...