La colère rouennaise monte tandis que notre monarque aime à nous faire savoir qu'il se balade, là-bas, dans quelques hauteurs auvergnates après avoir musardé sur une route tortueuse du Rouergue.

A croire que la Normandie est une province indépendante, ou plutôt comme les îles anglo-normandes, une région en union personnelle... avec la France: c'était le sens de la charte aux Normands octroyée par Louis X le Hutin en 1315, l'idée d'une union contractuelle entre la duché de Normandie et l'Etat français. Idée reprise beaucoup plus tard dans un éphémère et audacieux "Manifeste aux Normands" paru à Rouen en 1771 en pleine colère rouennaise contre les excès d'une réforme de centralisation administrative décidée par un ministre de Louis XV. En clair: si le contrat n'est pas respecté par l'une des deux parties, on pourrait... divorcer!

Aujourd'hui, la Normandie qui a tant donné pour la France, notamment en 1944 avec le martyre de ses villes de sa société civile et de sa résistance pour la Libération du pays et le rétablissement complet de la souveraineté de la France sur son sol, est abandonnée au mépris politico-médiatique parisien.

François Hollande a honoré la Normandie en la réunifiant et en reconnaissant le rôle des Normands en 1944.

Emmanuel Macron fait du Chirac ou du Giscard... en pire! La Normandie? Il s'en fout!

Voir aussi:

L'histoire aussi méconnue qu'extraordinaire du projet de créer une "République de Normandie" en 1674 contre un Louis XIV dispendieux et fauteur de guerres inutiles et nuisibles aux intérêts normands...

https://books.openedition.org/puc/10292

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Alors oui, c'est vrai, on nous dit que notre monarque élyséen ira nous voir la semaine prochaine. Mais, qui sait, un ancien président pourrait mourir d'ici-là (Giscard?) obligeant le président des pompes funèbres nationales à décommander, une fois de plus, le rendez-vous de décence nationale qu'il a avec les Normands!

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https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/a-ceux-qui-nous-gouvernent--le-coup-de-gueule-d-une-rouennaise-apres-l-incendie-de-lubrizol-CE15665575

« À ceux qui nous gouvernent » : le coup de gueule d’une Rouennaise après l’incendie de Lubrizol

Comme de nombreux habitants de Rouen et son agglomération, Muriel s’est retrouvée sous le nuage de fumée, jeudi 26 septembre 2019, après l’incendie de l’usine chimique Lubrizol. Elle adresse aujourd’hui une lettre ouverte « à l’attention de ceux qui nous gouvernent ».

Ils arrivent les uns après les autres. Huit jours après l’incendie de l’usine chimique Lubrizol, à Rouen, les témoignages se multiplient, dans la presse, sur les réseaux sociaux mais aussi dans les boîtes mail des journalistes. À l’image de cette lettre ouverte, transmise à la rédaction de Paris-Normandie, et que nous choisissons de publier.

Derrière ce courrier, intitulé « Petit éloge à l’attention de ceux qui, pour le bien de tous, nous gouvernent », Muriel, 50 ans se dit « révoltée ». La nuit de l’incendie, l’avocate rouennaise, qui habite tout près de la rue Beauvoisine, dans le centre-ville, avait dormi les fenêtres ouvertes. « Quand je me suis levée à 7 heures du matin, il y avait une odeur épouvantable. À cause du vent, le panache venait vraiment dans cette direction. J’ai passé la journée clafeutrée dans ma salle de bain. »

Au lendemain de ce qui s’est avéré être une véritable catastrophe industrielle, Muriel a décidé de prendre la plume et de dire son incompréhension face à la communication mise en place par les services de l’État : « Écrire m’a soulagée », confie-t-elle.

« Je demande pardon à cette pauvre terre »

La lettre de Muriel est publiée ci-dessous dans son intégralité. Les liens et les intertitres ont été rajoutés par la rédaction.

« Je ne sais dans quel ordre remercier Mon Préfet, Mon Ministre de l’Intérieur, Mon Premier Ministre, Mon Président de la République.

Au-delà de toute inclinaison politique, le pronom possessif que j’emploie tient au sentiment de soins presque maternels qu’ils nous prodiguent et dont je leur sais gré.

Je les remercie, en premier lieu, de l’attention portée à notre sommeil par décision de n’activer les sirènes d’alarme qu’à 8 heures, tandis qu’une usine classée Seveso « seuil haut » est en flammes depuis 2 heures 40 du matin.

Je les remercie de leur force de conviction : c’est avec un talent inouï qu’ils ont convaincu le vent de prendre le nord, pour éviter que les stocks de produits toxiques et autres usines à très haut risque provoquent une explosion majeure, celle-ci - pour sensationnelle qu’elle apparaisse - étant somme toute négligeable.

Je les remercie de ne pas nous avoir donné d’inutiles inquiétudes pour les 5 200 tonnes de produits toxiques dans l’air.

Je leur suis reconnaissante de n’avoir pas créé d’inutiles embouteillages en ne conseillant pas aux habitants de fuir des lieux que nous savons à minima cancérigènes.

Nous nous serions fatigués bien inutilement à partir puisqu’il faudra bien revenir ! Chabadabada Chabadabada...

C’est pas tout d’être froussards, citoyens, il faut piocher ! Il y a une région à faire tourner !

« Allez, vous en reprendrez bien un peu ? »

Je suis heureuse qu’ils permettent d’inspirer les laboratoires pharmaceutiques qui pourraient proposer des fumigations de 479 produits chimiques dont on sait peu, certes, si ce n’est qu’ils ne sont pas toxiques ? L’odeur est désagréable, mais les effets peuvent être bénéfiques puisque nous avons la certitude qu’ils ne nuisent en rien. Ou en granules homéopathiques ? En enveloppements corporels ? Les médecines douces, pour peu qu’on y croie un peu...

Je les remercie d’avoir téflonisé et amianté plusieurs milliers de leurs administrés tout en leur apprenant un peu de chimie : lorsque Monsieur Mon Premier Ministre dit que les gaz odorants ne sont pas nécessairement dangereux, il dit vrai ! A contrario, des gaz inodores peuvent évidemment tuer. Ne serait-il pas aussi Docteur es rhétorique et es chimie ?

Je rends grâce aux mêmes de s’être montrés si concernés par la scolarité des enfants confiés à l’école de la République en leur permettant de reprendre dès le lundi après que les établissements ont été nettoyés en dépit du bon sens, par des personnes qui ont ainsi pu profiter deux fois des particules volatiles ? Allez, vous en reprendrez bien un peu ? Santé, comme on dit !

Je remercie les maires les plus éclairés d’avoir bâché les cours d’école pour épargner les genoux d’enfants courant gaiement à la récréation. C’est une prudence de plus, ces écoliers, ivres d’avoir tant ri pourront appendre l’alphabet au chaud dans leurs classes sulfatées. Je vous remercie encore de les avoir téflonisés et amiantés d’importance, il n’en seront que plus résistants.

Je vous remercie de la sérénité gardée en dépit de l’incroyable lenteur des résultats d’analyses.

D’autres se seraient benoîtement inquiétés !

« Je me réjouis que vous n’ayez pas perdu votre temps »

Je loue le courage de Monsieur Castaner, Mon Ministre de l’Intérieur d’avoir bien voulu enlever son masque à gaz le temps de son allocution avant de repartir dignement le remettre loin de son peuple.

Je loue le courage de Mon Premier Ministre qui a laissé à Mon Préfet le soin de faire part des résultats des premières, mais encourageantes analyses rendues publiques.

Je me réjouis que vous n’ayez pas perdu votre temps, que je sais précieux, à secourir les plus démunis d’entre nous, qui ont pu paisiblement s’adonner à leur occupation préférée : ne rien faire que respirer l’air pur le cul posé sur leurs cartons.

Je suis heureuse d’habiter cette planète de près de cinq millions d’années que nous avons su - par nos efforts conjugués et nos idoles ridicules - détruire en une cinquantaine d’années sans que vous preniez, Mon Président de la République votre part à la vaine lutte d’en retarder l’échéance.

Je remercie Monsieur Jacques Chirac qui a, bien malgré lui éteint cet incendie.

Je demande pardon à cette pauvre terre, animaux, aux plantes qui nous préexistaient de les avoir pour la plus part décimés.

Si nous souhaitions votre mort il nous suffirait de vous laisser vivre de vent et d’eau fraîche en zone sinistrée. Je ne vous la souhaite pas, et toutes le sont, n’est-ce pas ? »