Exceptionnellement car les circonstances l'exigent, l'Etoile de Normandie vous propose en lecture intégrale une enquête du Poulpe, le média normand d'investigation, sur les causes et les conséquences de la catastrophe Lubrizol, une usine "toxique et opaque" aux dire de la journaliste Jade Lingaard du site Médiapart qui s'est associé aux Normands du Poulpe pour permettre une couverture journalistique sans concession de cette catastrophe industrielle, probablement la plus grave que nous ayons eu à subir à Rouen depuis la Seconde guerre mondiale...

Compte tenu de la défiance et la colère de nos concitoyens rouennais à l'égard des pouvoirs publics de l'Etat, l'absence de compassion sinon d'intérêt au plus haut sommet de l'Etat pour cet événement, le manque de volonté du gouvernement (qui hésite encore à décréter l'état de catastrophe industrielle), les rumeurs vont bon train: il est donc urgent d'établir la vérité, toute la vérité et d'établir les responsabilités en conséquence...

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À événement exceptionnel, dispositif exceptionnel. Depuis jeudi 26 septembre, Le Poulpe vous propose, en partenariat avec Mediapart, plusieurs enquêtes approfondies sur la catastrophe industrielle Lubrizol : les ratés de la communication officielle, les risques de ces usines classées Seveso, l’opacité de l’entreprise, les plaintes déposées par des particuliers…

Dans ce contexte difficile, la rédaction du Poulpe a décidé de mettre gratuitement à disposition l’ensemble de ses investigations pendant un mois, à compter de la date d’inscription, sans engagement aucun et sans que vous ayez à fournir vos coordonnées bancaires. Il suffit de donner son adresse e-mail. Au bout d’un mois, vous pourrez évidemment vous abonner. Merci de soutenir la presse indépendante ! Nous ne vivons que grâce au soutien des abonnés !

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Incendie de Rouen : Lubrizol, une usine toxique et opaque

L’usine d’huiles et de solvants, qui a brûlé à Rouen le 26 septembre, contient des produits « très dangereux pour l’environnement », « irritants » et « nocifs », selon des rapports de l’inspection des installations classées consultés par Mediapart. En 2016, elle mettait en garde contre les risques de « formation de substances toxiques » en cas d’incendie.

Par JADE LINDGAARD (MEDIAPART) | 01 Oct 2019

 

Quels produits ont brûlé ? Quelles substances ont été rejetées dans l’air ? Où sont-elles retombées ? Cinq jours après un gigantesque incendie dans l’usine Lubrizol de Rouen, beaucoup de questions restent sans réponse.

Manifestation à l’appel de multiples organisations mardi 1er octobre pour « la vérité sur l’incendie », rassemblement tendu la veille de près de 500 personnes, infox en tous genres et angoisse d’agriculteur·ice·s , d’enseignant·e·s, de parents et de pompiers : l’absence de réponse aux questions simples et essentielles des habitant·e·s de Rouen et de ses environs nourrit une angoisse palpable, qui ressemble chez certain·e·s à une forme de panique.

La direction de la société Lubrizol a porté plainte contre X pour « destruction involontaire par explosion ou incendie ». Et affirmé que la « vidéosurveillance » et des « témoins oculaires » pourraient indiquer que l’incendie a commencé à « l’extérieur » du site. Le déroulé exact des faits, le lieu de départ de l’incendie, le chemin de sa propagation ne sont pas encore connus. Une enquête judiciaire est en cours. Des personnes sont actuellement entendues par la police.

En revanche, la liste des produits dangereux présents sur le site industriel n’est pas tenue secrète. Elle figure dans des rapports de l’inspection des installations classées de 2016 auxquels Mediapart a eu accès. On y trouve notamment les sels de zinc dithiophosphorique et leurs dérivés, particulièrement toxiques, qui servent à donner des propriétés anti-corrosion et anti-usure à de nombreuses huiles.

Sur le site de l’usine chimique Lubrizol, vendredi, à Rouen

Les matières premières et produits fabriqués sur le site rouennais de Lubrizol sont des huiles, des solvants, des anti-corrosifs, des anti-oxydants, des polymères d’hydrocarbures. « Certains produits, comme l’anti-oxydant, sont dangereux pour l’environnement et nocif », signale l’inspecteur dans l’un de ses rapports. En 2016, au moment de la rédaction, « le risque de dégagement de fumées toxiques » de l’anti-oxydant « à l’extérieur du site n’est pas considéré par l’exploitant ».

Certains produits utilisés dans l’usine, en lien avec les huiles ou servant au traitement de l’eau, sont « irritants, nocifs, toxiques, facilement inflammables ou dangereux pour l’environnement », écrit l’inspecteur. Également présents sur le site, le gazole, l’air comprimé, l’azote liquide, la vapeur d’eau et le gaz naturel représentent aussi un danger dans ce contexte.

La plupart de ces substances peuvent prendre feu à partir d’une chaleur de 55 °C. « En cas d’incendie, certains produits donneraient lieu à la formation de substances toxiques, le risque de dégagement de fumées toxiques à l’extérieur du site est considéré par l’exploitant en fonction de la nature du produit touché », indique encore le rapport d’inspection. D’où l’enjeu urgent aujourd’hui de connaître précisément la liste et la quantité des produits touchés par l’incendie, jeudi dernier.

L’usine de Lubrizol fabrique des additifs pour lubrifiants. Elle est classée Seveso seuil haut, l’indicateur de dangerosité le plus élevé pour une installation industrielle en France, pour deux raisons différentes : fabrication et stockage de produits toxiques ou très toxiques pour les organismes aquatiques ; présence de substances et mélanges qui dégagent des gaz toxiques au contact de l’eau. S’y trouvent des bacs de fabrication, des lignes de production, des lignes d’alimentation en huile, des lignes de vapeur, des postes de stockage.

L’exploitant a recensé douze accidents concernant les équipements étudiés par l’inspection de 2016, dont huit épandages (par exemple, lorsque un fût se renverse), un dégagement d’hydrogène sulfuré et une émission d’acide chlorhydrique depuis 2004. Une unité de fabrication d’additifs pour huile (unité SBR) a connu quatre accidents, dont un incendie depuis 2004. Le 29 septembre 2015, un bac d’huile a débordé, « conduisant à une pollution du réseau d’eau pluviale publique de la métropole ».

Les rapports de l’inspection en 2016 permettent également de découvrir la grille de « mesures de maîtrise des risques » de l’usine. Ce document est signalé comme « non publiable » en raison de son caractère sensible. Il catégorise les risques d’accidents en fonction de leur degré de probabilité (de « courant » à « possible mais extrêmement peu probable ») et de leur gravité (de « modéré » à « désastreux »). Différentes installations de l’usine y sont répertoriées comme potentiellement à risque : au sud, à l’ouest, l’atelier C2, la production de PIBSA (un dispersant d’hydrocarbures) …

L’atelier C2, une unité de mélange, fait l’objet d’une étude spécifique de caractérisation des phénomènes dangereux, elle aussi labellisée « non publiable » par l’administration. Il assure la fabrication d’additifs à l’aide de 16 mélangeurs. « Les produits présents sont très nombreux », décrit l’inspecteur. « Il s’agit de matières organiques utilisées pour la fabrication de détergent, anti-oxydant, anti-usure, anti-mousse, dispersant ou modifiant la viscosité des huiles. »

Certains produits « sont irritants, dangereux pour l’environnement, toxiques (par exemple l’anti-mousse), nocifs. La teneur en soufre de quelques produits peut être notablement élevée (par exemple 20 %) », poursuit le rapport. En cas d’incendie, « les produits donneraient lieu à la formation de substances toxiques générées par l’oxydation des molécules phosphorées, soufrées, azotées, avec risque d’entraînement de gaz toxique (SO2, NOx) dans les fumées », ajoute l’inspecteur, en mars 2016.

Enfin « en cas de décomposition, une partie des produits peut potentiellement générer une émission de sulfure d’hydrogène ». En 2016, Lubrizol recensait 30 incidents et accidents sur l’unité mélange de l’usine, dont deux départs de feu et un échauffement d’équipement, depuis 2004.

Six scénarios d’accidents potentiels, avec des risques de départ d’incendie, y sont passés en revue : perte de confinement d’un équipement dans l’enceinte de l’atelier, au niveau du poste de déchargement des camions au poste de stockage ouest, problèmes avec les équipements anti-mousse…

En novembre 2010, un arrêté préfectoral prescrit à Lubrizol d’ériger un mur couvre-feu à un endroit précis. En 2016, il n’était toujours pas construit. Qu’en est-il aujourd’hui ? Ni la préfecture de Seine-Maritime, ni Lubrizol n’avaient répondu au moment du bouclage de cet article.

Des pouvoirs publics coulants avec l’usine

Impossible de savoir à ce stade si cet atelier C2 a joué un rôle particulier dans l’incendie de l’usine Lubrizol. Mais ce qui est certain, c’est qu’il a fait l’objet d’un passe-droit administratif concernant un produit dangereux.

Début 2019, la préfecture de Seine-Maritime a autorisé Lubrizol à augmenter de 1 598 tonnes la capacité de stockage de produits – non spécifié – « très inflammables », comme l’a rapporté le site Actu Environnement. Or, à partir de mille tonnes, une procédure spécifique de demande d’autorisation est obligatoire. Elle n’a pas eu lieu. Il n’y a pas eu d’étude de danger ni d’impact à ce sujet.

Dans ses rapports de 2016, les appréciations de l’inspecteur des installations sont globalement favorables à l’exploitant. À plusieurs reprises, l’auteur écrit que « les principaux risques mis en évidence dans l’accidentologie interne et externe au site ont été pris en compte par la société Lubrizol dans son analyse des risques ». Et que « la méthodologie utilisée par l’exploitant pour la réalisation de son évaluation préliminaire des risques est jugée acceptable ».

Grille de mesure de maîtrise du risque de l'usine Lubrizol à Rouen (2014). © Document Mediapart
Grille de mesure de maîtrise du risque de l’usine Lubrizol à Rouen (2014). © Document Mediapart

Mais il formule plusieurs demandes de renforcement de la maîtrise des risques : la pérennisation de la surveillance des rejets de plusieurs substances – nonylphénols, zinc et ses composés, di(2-ethylhexyl)phtalate – dans la Seine, notamment.

L’inspecteur signale qu’un dépassement de seuil et une concentration dix fois supérieure à la norme de qualité environnementale ont été mesurés, pour les deux premiers produits. Et qu’une concentration dix fois supérieure à la norme de qualité environnementale a été détectée pour le dernier. Il souhaite aussi ajouter de nouvelles prescriptions concernant l’étude de danger des installations fabriquant 20 000 tonnes d’anhydride polyoléfinique et 25 000 tonnes de dispersants d’hydrocarbures (le PIBSA) par an.

D’autres mesures de maîtrise du risque sont annoncées comme étant à venir : un mécanisme de sécurité pour les températures hautes en lien avec une alarme visuelle et sonore, ainsi qu’un détecteur de sulfure d’hydrogène (H2S). Mais aussi une détection incendie automatique avec mise en œuvre de moyens manuels au niveau d’un poste de déchargement de stockage (à l’ouest de l’usine), des barrières de prévention du risque de débordement de bacs, l’asservissement des pompes de transfert à des alarmes de niveau dans les bacs de stockage d’huile. Et encore, la mise en œuvre de dispositifs permettant de confiner les eaux d’extinction générées par un incendie dans un bâtiment (le G).

Ont-elles été mises en œuvre depuis ? Sollicitée, la préfecture ne nous a pas répondu. Les mêmes questions adressées à la responsable de la communication du groupe, aux États-Unis, sont restées sans réponse.

Cinq jours après le début de l’incendie, la nature, la quantité et l’emplacement des produits qui se trouvaient dans l’usine ne sont toujours pas publics. La préfecture de Seine-Maritime distille les informations au compte-gouttes. Une conférence de presse doit se tenir mardi soir.

Les questions des riverain·e·s à ce sujet restent sans réponse. Comment l’expliquer ? Les associations de protection de l’environnement qui siègent dans les instances créées au fil des ans pour obliger les industriels à plus de transparence en connaissent la réponse : depuis 2017, une réglementation bloque la diffusion hors des usines sensibles d’informations précises sur les substances qui s’y trouvent.

Après les attentats de Paris et de Saint-Denis de 2015, les consignes de sécurité ont été renforcées et requièrent désormais l’opacité pour éviter les attaques de sites chimiques, potentiellement très polluantes.

« Auparavant, toutes ces informations étaient accessibles, explique Claude Barbay, aujourd’hui membre de la Commission de suivi de site (CSS) pour France Nature Environnement (FNE). Brutalement, ils ont tout fermé en 2017, suite à la parution d’une circulaire scélérate de transparence “opaque”. On en revient à la situation de non-information qui existait avant l’accident d’AZF à Toulouse, en 2001. On ne peut pas l’imputer aux industriels locaux. »

Il réclame aujourd’hui la réunion d’une CSS extraordinaire sur l’incendie, ses causes et ses conséquences. Mais il regrette l’esprit de « boîte fermée sur elle-même, paternaliste » de Lubrizol, une entreprise où le seul syndicat actif est une organisation maison. « Nez » formé à la détection des odeurs des usines, il regrette aussi « l’esprit de boutique » de Lubrizol, qui « a toujours l’impression qu’on cherche à lui nuire » quand on lui pose des questions.

Membre du Conseil de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST), une commission consultative départementale, pour FNE, Guillaume Blavette dénonce aussi la perte des informations transmises aux riverain·e·s : « Il ne peut y avoir aucun débat en Coderst, on ne peut pas poser de questions, les exploitants ne sont pas convoqués, on ne peut rien faire. »

Conséquence : « La protection en dernier recours de la santé publique et de l’environnement ne repose plus tant sur l’État que sur la bonne volonté des exploitants. » Il y voit l’une des causes de la grande défiance des habitant·e·s de Rouen vis-à-vis de l’État : « Tout découle de la faute de sincérité des messages publics. Quand on instaure un vrai dialogue avec les riverains, s’il se produit un accident, il y a moins de défiance. »

L’usine de Lubrizol à Rouen fait l’objet d’un traitement particulier, du fait de la dangerosité des produits qui s’y trouvent. Depuis 2014 elle dispose à ce titre d’un plan de prévention des risques technologiques (PPRT) spécifique. Pourtant elle n’a pas renouvelé son étude de danger.

Ce document, central pour l’analyse des risques d’un site industriel, remonte à 2009. En vertu des obligations pesant sur les sites Seveso seuil haut, il aurait dû être revu en 2014 puis cinq ans plus tard. À notre connaissance, ce réexamen n’a toujours pas eu lieu en septembre 2019.

Pourquoi les pouvoirs publics sont-ils aussi coulants avec cette usine ? C’est l’une des nombreuses questions à leur poser.


Voir aussi:

https://www.linkedin.com/pulse/lincendie-lubrizol-rouen-lexpertise-de-cozyair-lamia-mialet

L’incendie Lubrizol - Rouen : l’expertise de CozyAir

Suite au grave incendie s’étant déclenché sur le site de l’usine Lubrizol classée SEVESO située Quai de France à Rouen, de nombreuses interrogations et craintes des habitants, des parents d’enfants, des travailleurs ont été émises légitimement. Il n’est pas question de remettre en cause les mesures effectuées par les autorités de santé publique et les ATMO qui sont une source d’informations scientifiques essentielles.

CozyAir souhaite donner son regard d’expert sur cet évènement et apporter une visualisation de l’évolution de la qualité de l’air sur Rouen durant et après l’incendie de manière compréhensible par tous. En effet, depuis plusieurs mois, notre service est déployé sur différents établissements de l’agglomération Rouennaise. 

Ainsi en tout début de matinée le jeudi 26 Septembre 2019, l’ensemble de nos systèmes ont renvoyé une alerte de vigilance sur l’évolution des particules fines avec le premier passage du nuage (Mont Saint Aignan). Dès lors, nous avons alerté nos clients de ne surtout pas ouvrir leurs établissements et de respecter un principe de précaution de confinement. Etant donné la classification du site Lubrizol, il est évident que les produits et sous-produits issus de la combustion non contrôlée sont nocifs d’un point de vue respiratoire. 

La courbe suivante présente l’évolution des particules fines dans un établissement de Mont Saint Aignan. A savoir que les niveaux rencontrés ici concernent un environnement intérieur complètement fermé, sans occupants.

Aucun texte alternatif pour cette image

Cette courbe permet de constater l’augmentation du niveau en particules fines (PM1, PM2.5 et PM10) dès l’arrivée du nuage de fumée au-dessus de Mont Saint Aignan avec un pic atteint à 9h du matin avec le second passage selon la direction du vent.

Il faut être conscient que l’évolution rencontrée ici est similaire sur l’ensemble des environnements intérieurs se trouvant sous le nuage de fumée, avec une exposition plus forte selon la proximité ou non du lieu de l’incendie.

Il est à noter que dès le début des précipitations et que le nuage se soit estompé et déplacé progressivement. Le niveau en particules fines à l’intérieur redescend avec retour à la normale 24h après le début de l’augmentation. Dès lors la pollution n’est plus atmosphérique mais surfacique avec le dépôt des particules fines, soit diluées dans l’eau, soit déposées à la surface d’objets.

En conclusion, Rouen a bien était touché par une pollution de l’air nocive pour la santé selon la durée d’exposition pendant l’incendie et pendant le passage du nuage de fumée. Par la suite et les jours qui ont suivis, la qualité de l’air est bien revenue à la normale avec cependant toujours une réelle gêne liée aux odeurs persistantes (mercaptan, odeurs de résidus d’huile et d’hydrocarbures). Cette gêne a pu entrainer des maux de tête, des vomissements et des gênes respiratoires pour les personnes respirant ces odeurs sur de longues durées. Aux concentrations relevées, il n’est supposé de risque sanitaire aggravé au-delà du réel inconfort crée.

La liste des produits présents dans les entrepôts de Lubrizol au moment de l’incendie divulguée récemment ne permet pas de déduire de manière directe sur la dangerosité de ces produits. En effet lors d’un incendie, une combustion a lieu, et toute combustion donne lieu à des transformations des polluants référencés en d’autres polluants. Le principe de précaution et étant donné la classification SEVESO de l’usine, nous fait dire que l’ensemble des produits de combustion issus de l’incendie sont dangereux et possiblement nocifs pour la santé, cela bien entendu en fonction de l’exposition et de la concentration pouvant être respirée. 

Aucun texte alternatif pour cette image

A l’heure d’aujourd’hui le risque provient bien de la pollution surfacique des sols et de l’eau puisque les composés nocifs issus de la combustion transportés par les particules du nuage de fumée se sont dilués et sont retombés au sol avec les précipitations. Nous insistons sur le principe de précaution dans l’attente d’analyses plus poussées pour ces pollutions du sol et de l’eau. 

Diverses interrogations sont remontées les jours suivants notamment concernant l’amiante dont le toit de l’usine était composé. Les explosions ont pu projeter des débris sur plusieurs kilomètres et nous invitons à la plus grande prudence en cas de suspicion de débris. Des mesures d’empoussièrement ont été réalisés aux alentours du site avec des valeurs inférieures au seuil règlementaire ce qui permet de déduire un risque moindre pour la population plusieurs jours après l’incendie. Cela renforce tout de même nos conseils de nettoyage et lavage de l’ensemble des mobiliers afin d’éliminer tout possible dépôt local.

Nous invitons chaque personne à prendre conscience de son environnement proche, d’agir a son échelle sur celui-ci pour limiter les risques. Les masques de protection que l’on voit sur de nombreuses personnes ces derniers jours ne sont pas réellement efficaces et vont ni filtrer les particules ni les odeurs. Seules des masques à cartouches sont efficaces dans ce cas présent. Même si nous soulignons bien ici que l’air de Rouen est revenu à la normal.

Par rapport aux dioxines, nous tenons à faire un focus sur ces molécules présentant un risque sanitaire avéré. A titre d’informations, les dioxines se forment dans toute combustion de produits industriels (Lubrizol) ou encore lors de feux de forêt ou éruption volcanique. Lors de l’incendie, des dioxines ont été libérées dans l’air et propagées par le nuage de fumée. De même, de nombreux produits nocifs non connus et non mesurables se sont formés par la combustion. Il faut savoir que la dangerosité pour la santé dépend de la durée d’exposition et des concentrations rencontrées.

Concernant la qualité de l’air intérieur, la plupart des habitations, établissements publics ou privés se trouvant à proximité du site Lubrizol et sur les communes situées au Nord / Est de cette usine ont été impactés. Ainsi nos recommandations pour limiter les risques après l’exposition inévitable du jeudi 26 Septembre sont de :

  • A l’intérieur des locaux, nettoyage et lavage complet et minutieux des sols, murs, mobiliers, jouets et bouches de ventilation. L’eau de nettoyage doit être renouvelée à plusieurs reprises
  •  Au sein de locaux et de manière générale, évitez de fermer dans la mesure du possible les portes entre les différents espaces. Cela permet d’assurer un minimum de circulation d’air et un inconfort moindre.
  • En cas de présence de sas d’entrée, évitez l’ouverture simultanée de la porte d’entrée extérieure et la porte d’accès aux locaux.
  • Nettoyage complet de la ventilation mécanique avec remplacement des filtres. 
  • Le principe de précaution implique de ne pas consommer l’eau du robinet durant les prochaines semaines tant que les avis officiels de l’agence de santé n’indiquent le contraire.
  • Dans l'attente d'analyses plus complètes, éviter dans la mesure du possible la consommation de produits locaux issus de l’agriculture. Pour les produits hors terre, un nettoyage approfondie avec le port de gants et épluchage est nécessaire avant toute consommation.

CozyAir poursuit ses déploiements dans les établissements de petite enfance et les entreprises de l’agglomération Rouennaise pour effectuer un état des lieux suite à l’incendie, d’apporter une vraie compréhension adaptée à chaque bâtiment et chaque environnement, de communiquer les actions nécessaires pour limiter les risques et s’assurer de leur efficacité par le suivi en temps réel de la qualité de l’air intérieur.


LUBRIZOL: dernière revue de presse (au 6 octobre 2019):

  • Contre l'avis de l'Etat, Corinne Lepage impose par voie judiciaire la nomination d'un expert indépendant pour évaluer la toxicité des suies Lubrizol:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/seine-maritime/rouen/lubrizol-corinne-lepage-association-respire-obtiennent-justice-nomination-expert-1732421.html

  • Il n'y a pas que le dépôt de Lubrizol, il y a aussi celui de l'usine voisine, Logistique Normandie...

https://www.paris-normandie.fr/actualites/economie/ses-entrepots-ont-brule-avec-lubrizol--le-directeur-de-normandie-logistique-s-explique-enfin-CE15668587

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/quels-produits-ont-brule-chez-normandie-logistique-lentreprise-voisine-lubrizol-rouen_28188898.html

  • La préfecture de la Seine-maritime communique sur sa campagne de prélèvements et d'analyses sur les terres agricoles souillées par le nuage de Lubrizol: en rose sur la carte ci-dessous, les communes concernées par l'arrêté suspendant à titre conservatoire et préventif la vente et la consommation des productions agricoles. Un bon tiers du territoire seino-marin (Roumois, Vexin et Bray) est concerné: une vraie calamité pour l'agriculture normande!

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  • Contrairement à un certain président de la République qui se cache derrière une potiche sous ministre au ministère de la santé pour s'exprimer enfin sur notre affaire tout en nous promettant de venir nous faire l'honneur d'une visite mais sans nous dire quand, certainement pour mieux nous en faire la... bonne surprise, (ce qui peut se comprendre du point de vue de celui qui a eu si peur sur le plancher des vaches jaunes fluo de l'automne dernier...), le conseil départemental de la Seine-maritime fait savoir qu'il met ses équipements et des moyens financiers pour l'évaluation de la toxicité de la catastrophe, pour assurer la sécurité sanitaire des collèges. L'image du département est, elle aussi, polluée: il va falloir tout reconstruire!

 

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  • Dans la presse hebdomadaire nationale, vu ce dessin (Marianne, n°1177):

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  • Macron à Rouen ? En catimini... de nuit, vers 2h 45 du matin par exemple ? Pour ne pas réveiller des gens qui pourraient se mettre en colère!

https://www.lepoint.fr/politique/usine-lubrizol-macron-affirme-qu-il-se-rendra-a-rouen-04-10-2019-2339382_20.php

  • Le Poulpe et Médiapart reviennent sur la communication, catastrophique, de la préfecture et du gouvernement:

https://www.lepoulpe.info/lubrizol-les-desordres-du-gouvernement/

Citation de l'article édifiant proposé par Jade Lindgaard et Ellen Salvi (3 octobre 2019):

Les ratés de la puissance publique ne furent pas que de nature communicationnelle. Charlotte Goujon, la maire de Petit-Quevilly, commune attenante à Rouen et proche de l’usine Lubrizol, a témoigné dans Ouest-France avoir été tardivement informée par la préfecture de ce qu’il se passait, la nuit de l’incendie : « C’est nous qui avons dû solliciter la préfecture pour avoir des consignes sur l’ouverture des établissements scolaires. L’information est arrivée tard. Nous avons prévenu la population à 8 heures seulement », dit-elle.

Pire, les pompiers qui se sont précipités sur place pour éteindre l’incendie ont dû travailler dans des conditions particulièrement dangereuses et toxiques sans disposer du matériel de protection nécessaire : pas de masque contre les risques chimiques, rupture d’approvisionnement des bouteilles d’air pour les appareils respiratoires isolants… Spécialiste de santé au travail pour la CGT de Seine-Maritime, Gérard Le Corre, a dénoncé mardi « des conditions d’intervention à la limite de l’incompréhension ». Le périmètre de confinement autour de l’usine est lui aussi critiqué : le marché d’intérêt national (MIN) de Rouen est resté ouvert alors qu’il est proche du site industriel.

Face à la catastrophe, et jusqu’à lundi, soit cinq jours après l’incendie, chaque ministre est resté dans son couloir. Les premiers éléments de langage n’ont été distribués qu’après le week-end. Accaparé par les différents hommages rendus à Jacques Chirac, l’exécutif a tardé à prendre la mesure de la crise. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles Christophe Castaner est le premier à s’être rendu sur place, comme si l’incendie relevait d’un problème de sécurité civile classique. Malgré un embrouillamini évident, la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a assuré mercredi, à l’issue du conseil des ministres, que « depuis le début de cette catastrophe industrielle, l’attitude du gouvernement a toujours été cohérente ».

Dans les premiers jours, comme les chaînes d’information en continu, le pouvoir a, en réalité, consacré l’essentiel de son temps à tresser des lauriers au président défunt. Jeudi 26 septembre au soir, alors que le ciel de Rouen est encore chargé d’une épaisse fumée noire, Emmanuel Macron s’adresse aux Français. Dans une allocution pleine de silences appuyés, le chef de l’État salue la mémoire de Chirac. Comme il l’avait fait au moment de l’incendie de Notre-Dame, il solennise le moment et choisit de mettre tous les autres sujets entre parenthèses.

Mais pendant ce temps-là, une pluie de suie continue de s’abattre sur la ville normande. Et ses habitants peinent à trouver des informations de nature à les rassurer. Le ministère de l’intérieur publie des recommandations (« aérez votre habitation », « si vous avez à manipuler des objets entreposés à l’extérieur, mettez de gants »…) dans l’indifférence quasi générale.

Le vendredi matin, en conseil des ministres, Édouard Philippe, qui connaît bien la région pour avoir longtemps dirigé la ville voisine du Havre, prévient les membres de son gouvernement : Chirac est une chose, mais il faut s’occuper de Rouen.

Malgré le déplacement de trois ministres, la défiance s’installe. « Ça révèle quelque chose de très symptomatique : la parole publique est presque disqualifiée », regrette un conseiller ministériel, qui assure qu’à aucun moment, le gouvernement n’a voulu « camoufler » quoi que ce soit. « On dit des choses qui sont vraies, ajoute l’entourage du premier ministre. Les incohérences apparentes sont les incohérences du réel : oui, on peut respirer l’air de Rouen, mais pour les aliments, on ne sait pas. Dans ce cas, c’est le principe de précaution qui s’applique. »

Mercredi matin, sur France Inter, Agnès Buzyn s’est dite favorable à l’ouverture d’une enquête parlementaire sur le sujet, comme le réclament depuis plusieurs jours des députés de l’opposition. « Je trouve ça très bien parce que l’État n’a rien à cacher, les autorités n’ont rien à cacher, d’ailleurs je ne sais même pas quel serait l’intérêt des autorités, notamment des autorités sanitaires, de cacher des choses », a précisé la ministre de la santé. C’est finalement une mission d’information que la conférence des présidents a décidé d’ouvrir.

Le Sénat envisage quant à lui l’ouverture « prochaine » d’une commission d’enquête parlementaire transpartisane, selon le président du groupe Les Républicains (LR), Bruno Retailleau. Lors de la séance des questions au gouvernement qui s’est tenue au Palais du Luxembourg mercredi après-midi, Édouard Philippe a écarté l’idée de reconnaître l’état de catastrophe technologique, « l’instrument juridique, tel qu’il a été conçu par le Parlement en 2003, [ne répondant] manifestement en rien ni aux caractéristiques ni aux questions que pose l’accident qui a eu lieu sur le site de Lubrizol ».

Le premier ministre a également profité de l’occasion pour rappeler que « la responsabilité, les dommages, relèvent de l’industriel ». « C’est sa responsabilité et il n’échappera pas à la mise en jeu de cette responsabilité », a-t-il insisté. Le matin même, sur Europe 1, la porte-parole du gouvernement avait elle aussi parlé de l’industriel : « Je regrette que Lubrizol ait une communication qui ne soit pas très compatissante à l’égard des habitants. » C’est pourtant aux côtés du PDG de Lubrizol France, Frédéric Henry, qu’Agnès Buzyn et Élisabeth Borne se sont d’abord affichées, vendredi 27 septembre. « Il aurait mieux valu qu’elles aillent voir les habitants à ce moment-là… », concède un conseiller ministériel.


Commentaire de Florestan:

Pourquoi la communication du gouvernement est-elle... si bête?

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/10/04/la-fausse-citation-de-sibeth-ndiaye-sur-lubrizol-et-la-securite-du-president_6014205_4355770.html

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