BILLET DE FLORESTAN

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Les chiffres faisaient la une de la matinale sur l'antenne de France Info: ATMO NORMANDIE l'association en charge normalement des mesures de la qualité de l'air dans notre région, notamment au-dessus de la métropole de Rouen et dont les publications avaient été suspendues le lendemain de la catastrophe industrielle par une préfecture de région qui craint, visiblement, les réactions de l'opinion publique, a révélé les valeurs qui ont été mesurées lors du passage du panache de fumée au dessus de la métropole normande:

Des taux de dioxines diverses quatre fois supérieurs aux taux normalement constatés ont été relevés à partir du 26 septembre 2019. Interrogé par France Info, un médecin spécialisé du CHU de Rouen Charles Nicolle s'inquiète sur les conséquences à long terme pour l'état sanitaire de la population rouennaise si elle devait régulièrement consommer les produits des jardins et du maraîchage issus de terres contaminées par les dépôts de dioxines de l'incendie Lubrizol. Déclaration du professeur Jean-François Guéhanno: "Il y a un certain nombre de composés cancérogènes qui ont brûlé. Si ça se stocke et que les populations continuent à être exposées, il y a un potentiel risque à long terme".

La ministre de la santé, Agnès Buzyn, interrogée sur l'antenne de France Info, peu après a osé déclarer que ces valeurs de dioxines quatre fois supérieures le jour de l'incendie dans l'air rouennais restaient dans les limites admises pour la toxicité: les Rouennais apprécieront! Tout comme ils apprécieront l'installation à la préfecture de région d'ici vendredi 11 octobre, d'un comité de suivi de toutes les mesures et de toutes les informations relatives à cette catastrophe industrielle majeure dans le but de mettre en oeuvre la promesse de transparence totale d'un Premier ministre qui a oublié qu'il était né à Rouen: un débarquement de trois ministres venus de l'amont parisien est donc à prévoir... Quant à savoir si Monsieur M. (M pour... mépris) sera aussi présent (Incognito? En catimini? De nuit pour ne pas troubler le sommeil de braves gens en colère?), c'est un risque que nous refusons de prendre: on constatera, avec amertume, que ce président qui craint la dioxine de la colère civique et normande, n'est pas le président de tous les Français.

Transparence, disions-nous?

Toujours sur l'antenne de France Info, ce matin du 9 octobre 2019, 14 jours après la catastrophe, Agnès Buzyn confiait après une question impertinente du journaliste, avoir découvert en lisant Le Monde de la veille que Lubrizol avait fait stocker chez son voisin Logistique Normandie... 5000 tonnes de produits dangereux supplémentaires et qui ont brûlé, eux aussi, dans l'incendie.

Une enquête administrative a été ouverte pour savoir pourquoi les autorités de la préfecture régionale de Normandie ont été si laxistes avec le client Lubrizol: ici même, nous avons rappelé la responsabilité d'une ancienne préfète de région, Fabienne Buccio, dans cette affaire. Nous avons aussi rappelé que l'usine Lubrizol avec mille emplois directs et indirects est un poids-lourd dans le paysage économique et industriel rouennais et que cette entreprise possédée par le fond de pension lui-même possédé par Warren Buffett, le troisième homme le plus riche du monde, était aussi l'un des principaux mécènes de l'Armada... Ceci pouvant expliquer cela.

Le risque est grand que les deux entreprises ne se fassent une guérilla judiciaire pour définir qui, de l'une ou de l'autre, est responsable de la catastrophe. En conséquence, le risque est encore plus grand que les victimes de cette catastrophe ne puissent voir le premier centime d'indemnisation avant longtemps:

Il y aura plusieurs procès qui s'annoncent longs et complexes et ce gouvernement qui continue de refuser de reconnaître l'état de catastrophe industrielle permettant de simplifier juridiquement le processus d'indemnisation auprès des compagnies d'assurances, ne fait qu'aggraver l'inquiétude, l'anxiété et la colère des populations concernées.

Comme personne du côté du gouvernement, si ce n'est les élus locaux ou le président de région, ne semble vouloir porter politiquement cette affaire, le désarroi des Rouennais est grand et, la nature ayant peur du vide, à défaut d'avoir la visite d'un président de la République, certains de nos concitoyens ont eu celle d'escrocs demandant à être rétribués pour effectuer de soi-disant mesures de toxicité...

Des aigrefins fondent sur notre métropole normande comme la vermine sur une plaie qui n'a pas été correctement soignée.

Cette colère rouennaise normande doit avoir des conséquences politiques: des urnes se présentent au printemps prochain pour peupler un conseil municipal et métropolitain. Seront-elles suffisantes pour recueillir cette colère civique pour éviter qu'une pollution politique ne s'ajoute à la pollution industrielle et chimique?

Enfin, cette détresse rouennaise soit interpeller et susciter une solidarité politique normande: les grands élus normands devraient faire front commun face au gouvernement, face à Lubrizol qui ne manquera pas d'exploiter toutes les arguties juridiques possibles pour se défausser de ses responsabilités.

Quinze jours ou presque après la plus grave catastrophe industrielle ayant affectée notre région depuis la Seconde guerre mondiale, que font-ils?

RIEN!  Ou presque...

Hervé Morin, le président de la Normandie s'est mobilisé dès le lendemain de la catastrophe et la région va financer dans l'urgence les avances sur recettes aux agriculteurs et artisans qui ont été impactés par la catastrophe et par l'arrêté préfectoral gelant les productions.

Mais il faudra aller plus loin!

La plainte de la ville et de la métropole de Rouen devrait être accompagnée d'une plainte, en bonne et due forme, du conseil départemental de la Seine-maritime et de la région Normandie: la terre normande  et son image ont été souillées. Une partie notable de la population normande (la métropole de Rouen comporte un peu moins de 500000 habitants) craint pour sa santé à court et moyen terme. Cela demande réparation devant la justice.

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Hervé Morin pourrait même demander à Warren Buffett de faire un geste car de l'autre côté de l'Atlantique, la Normandie est, paraît-il, un nom qui suscite la sympathie, voire le respect ou l'admiration. Il faudrait que cela se sache là-bas:

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"Amis d'Amérique! une entreprise chimique possédée par l'un des vôtres, un multimilliardaire, l'un des plus connus, a salopé la Normandie que vous aimez tant..."

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Les sources:

  • Atmo Normandie a mesuré de taux de dioxines quatre fois supérieurs à la normale dans l'air sur la commune de Préaux (au Nord-Est de Rouen):

https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/incendie/incendie-d-un-site-seveso-a-rouen/incendie-a-lubrizol-les-taux-releves-sous-le-panache-de-fumee-sont-quatre-fois-plus-eleves-que-la-normale-a-preaux_3650439.html

  • Des taux de dioxines quatre fois supérieurs mais qui restent en dessous des seuils admis de toxicité, d'après la ministre de la Santé:

https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/incendie/incendie-d-un-site-seveso-a-rouen/lubrizol-agnes-buzyn-admet-des-taux-de-dioxines-plus-importants-que-la-normale-mais-qui-restent-en-dessous-des-seuils-admis-de-toxicite_3651075.html

  • Des escrocs se font passer pour des représentants de l'Agence normande de la biodiversité et du développement durable:

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/apres-lubrizol-arnaques-faux-prelevements-signalees-dans-lagglomeration-rouen_28183084.html

  • LUBRIZOL/  NORMANDIE LOGISTIQUE: la grosse embrouille autour 4157 tonnes de produits toxiques brûlés... L'Etat est pointé du doigt pour son laxisme dans le contrôle des usines à risques:

https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/10/08/lubrizol-normandie-logistique-n-a-jamais-indique-clairement-a-l-administration-les-quantites-stockees_6014698_3244.html

Incendie à Rouen : Normandie Logistique n’a « jamais indiqué clairement » les quantités de produits qu’elle stockait

Une note de la direction des risques révélée par « Le Monde » montre que Normandie Logistique, entreprise mitoyenne de l’usine Lubrizol qui a également brûlé, aurait dû être soumise à une surveillance renforcée.

Par Stéphane Mandard Publié le 8 octobre 2019 à 16h32, mis à jour à 08h57

Derrière le mur de parpaings partiellement effondré se situaient les entrepôts de Normandie Logistique qui ont brûlé. La photo est prise depuis les locaux de l’entreprise Triadis, jouxtant le site, le 7 octobre.

Derrière le mur de parpaings partiellement effondré se situaient les entrepôts de Normandie Logistique qui ont brûlé. La photo est prise depuis les locaux de l’entreprise Triadis, jouxtant le site, le 7 octobre. JULIEN PAQUIN POUR « LE MONDE »

C’est un aveu qui ne devrait pas apaiser la colère des Rouennais, dont plusieurs centaines ont une nouvelle fois manifesté, mardi 8 octobre, devant le palais de justice, aux mots d’ordre de « transparence » et de « vérité ». Les services de l’Etat n’ont « jamais » su quelles quantités de « matières combustibles » stockait Normandie Logistique, entreprise mitoyenne de l’usine Seveso Lubrizol et dont les entrepôts ont également brûlé jeudi 26 septembre.

« L’exploitant de ces entrepôts n’a jamais indiqué clairement à l’administration les quantités stockées », indique une note interne que s’est procurée Le Monde. Ce document émane de la direction générale de la prévention des risques (DGPR), rattachée au ministère de la transition écologique et solidaire. Il a été envoyé lundi 7 octobre à la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) de Normandie afin de lui fournir des « EDL », comprendre des « éléments de langage ».

 Lire aussi Lubrizol : des normes et des contrôles en régression pour les sites industriels à risque

Car, depuis que le préfet de Seine-Maritime, Pierre-André Durand, a indiqué, le 4 octobre, lors de sa désormais quotidienne conférence de presse, que ce ne sont pas seulement les 5 253 tonnes de substances chimiques du site Seveso de Lubrizol (communication du 1er octobre) qui ont brûlé, mais potentiellement le double avec celles de Normandie Logistique, les interrogations se multiplient et les zones d’ombre grandissent. D’autant que, parmi les 9 050 tonnes de marchandises stockées par Normandie Logistique, selon l’inventaire de l’entreprise, 4 157 tonnes sont des « produits Lubrizol » conservés dans « 12 700 fûts » et répartis dans les trois entrepôts, dont un a brûlé entièrement et les deux autres partiellement. Contactée par Le Monde, Normandie Logistique n’a pas répondu à nos sollicitations.


 

  • Nouvelle manifestation de la population à Rouen, le soir du 8 octobre 2019:

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/on-deambule-rouen-le-cortege-manifestants-reclamant-verite-sur-lubrizol_28269096.html

« Tout autour de mon jardin, des plaques d’amiante, des morceaux de suie : mes enfants n’ont plus le droit d’y aller, on ne mange plus nos légumes et on n’en fait pas repousser. Merci Lubrizol ! »

"On sait qu’on est partis pour vingt ans de procès", explique Gérald Le Corre, de la CGT.

  • Amertume, désarroi et suspicion chez les agriculteurs: la crainte d'être stigmatisé comme étant d'une région polluée est grande!

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/lubrizol-une-cellule-crise-enfin-creee-les-agriculteurs-va-etre-merdier_28232018.html?utm_source=actu.fr&utm_medium=alireaussi

Lubrizol. Une cellule de crise (enfin) créée pour les agriculteurs : « Ça va être un merdier »

Une cellule de crise a été actée par les agriculteurs et le préfet de Seine-Maritime, lundi 7 octobre 2019. Elle sera notamment chargée du suivi des indemnisations. Détails.

À la sortie de leur réunion avec le préfet de Seine-Maritime, lundi 7 octobre 2019, les agriculteurs étaient pour beaucoup dubitatifs sur la capacité de l’État à pouvoir prendre en compte la difficulté du monde paysan après la catastrophe de Lubrizol. Mais au moins, « la création d’une cellule de crise a été décidée », se réjouit Olivier Lainé de la Confédération paysanne, parce que « le monde agricole est la principale victime », constate Pierre-André Durand, préfet. Par exemple, pour le maraîchage, « c’est une catastrophe », se désole Laurence Sellos, présidente de la chambre d’agriculture. 

Lire aussi : Après Lubrizol, « c’est la peur et la colère » : la Ville de Rouen dépose plainte contre X

« On prie pour reprendre une vie normale »

Le préfet se réjouit de l’installation de cette cellule départementale de crise agricole, même s’il « a fallu menacer d’occuper la cité administrative Saint-Sever, pour avoir cette garantie », peste le même Olivier Lainé, céréalier et producteur de cidre. Cette cellule aura notamment pour mission de « communiquer sur les dispositions mise en place pour indemniser les agriculteurs », indique Laurence Sellos. « Lors de notre prochaine rencontre, nous aurons des précisions sur les processus à mettre en route pour activer le Fonds national agricole de mutualisation du risque sanitaire et environnemental », espère Laurence Sellos. La création de ce fonds spécifique a été annoncée le 4 octobre par Bruno Ferreira, directeur général de l’alimentation.

Les exploitations de 112 communes ont toujours l’interdiction de vendre leurs productions. Cet arrêté préfectoral court jusqu’au 11 octobre. « Je n’ose même pas imaginer que les restrictions ne seront pas levée le 11 octobre. On prie pour reprendre une vie normale », confie la présidente de la chambre d’agriculture.

« Ça va être un merdier »

L’inquiétude principale porte sur les agriculteurs en vente directe. « Il y a une perte de confiance évidente de la part des clients, beaucoup risquent de mettre la clé sous la porte », craint Olivier Lainé. Un producteur de fromage du département s’inquiète pour ceux comme lui qui vendent de « l’ultra frais » :

On ne produit plus. Et c’est trois à quatre fois le prix du lait qu’on perd. Pour ces pertes, il n’y a pas d’indemnisation.

Sophie Lacaisse agricultrice à la Rue-Saint-Pierre a déjà déversé « 25 000 litres de lait dans la fosse à lisier », depuis le début de l’incendie, soit une perte d’au moins « 8 000 euros ». Cette représentante de la coordination rurale dénonce « un manque de communication » et « un flou total » : « Le ministre Didier Guillaume, lors de sa venue [le 30 septembre, ndlr] a dit que des camions-citernes viendraient retirer notre lait, mais on ne voit rien venir. »

Comment l’État va apprécier la diversité des profils, d’une ferme à l’autre ? C’est la grande interrogation, d’autant que les pertes subies ne concernent pas seulement les maraîchers, éleveurs et cultivateurs des 112 communes. Il y a aussi ceux implantés en périphérie.

Un préjudice moral : « Être stigmatisé comme région polluée »

À Mesnières-en-Bray, Sébastien Perrier, produit du fromage de brebis. Malgré le fait qu’il ne soit pas dans la zone sinistrée, sur les marchés son chiffre d’affaires a baissé de moitié. « Le premier réflexe des clients est de demander si on est hors zone », assure Sébastien Perrier qui ne croit pas beaucoup pouvoir récupérer ses pertes : « Ça va être un merdier. »

Laurence Sellos est bien consciente qu’il y a « des pertes indirectes et aussi un préjudice moral : être stigmatisé comme région polluée ». La présidente de la chambre d’agriculture a bon espoir que « pour les pertes directes, ça se passera vite », mais elle concède qu’une « partie des pertes est très difficilement mesurable ».

En Seine-Maritime, 44 « exploitations sentinelles » ont été sélectionnées. Vingt-sept pour les produits animaux et 17 pour les produits végétaux. Onze jours après la catastrophe, 236 prélèvement ont été effectués dans le département. « À ce stade tous les résultats dont nous avons connaissance sont rassurants, indique Olivier Degenmann, directeur de la direction de la protection des populations. La question est de savoir si cela s’inscrit dans la durée. C’est la raison pour laquelle on attend avec impatience les résultats des séries suivantes. Il faut être certains qu’il n’y a pas de phénomènes qui montreraient qu’il y a des taux anormaux, dans la durée. »


Commentaire de Florestan:

Et pendant ce temps-là...

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