BILLET de Florestan

Ce samedi 12 octobre 2018 débutait la 20ème édition de la "Fête du ventre" dans le centre-ville de Rouen qui est la célébration de la bonne chaire et de la gastronomie ainsi que des produits Normands: cette fête rouennaise qui existait avant la guerre avec grand succès avait disparu sous les bombes de la Seconde Guerre mondiale. Mais grâce à la volonté de quelques passionnés et de certaines confréries veillant sur le patrimoine gastronomique local, cette sympathique manifestation a donc été recrée à la toute fin du siècle dernier...

https://www.rouenconquerant.com/la-f-te-du-ventre

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Compte tenu des circonstances exceptionnelles dans lesquelles les Rouennais sont plongés depuis quinze jours, la question était de savoir si le succès de la fête du Ventre, édition 2019, allait être impacté par le désastre industriel de l'incendie chimique de l'usine Lubrizol.

Il n'en fut rien, bien au contraire, la fête du Ventre attira à elle une foule compacte, la rue Jeanne d'Arc étant noire de monde comme pour signifier à tous, notamment aux grands médias parisiens que malgré la présence d'industries risquées qui provoquent des pollutions graves (la pollution de l'image n'étant pas la moindre) il fait toujours bon vivre et bien manger à Rouen.

Bref, cette Fête du Ventre fut la première éclaircie positive à Rouen après quinze jours maussades plombés aux hydrocarbures.

Un bémol cependant...

Après les sirènes stridentes qui n'ont pas été déclenchées à l'heure et à temps il y a quinze jours pour ne pas faire peur aux gens qui dormaient, les Rouennais ont eu droit aux sonorités non moins stridentes d'un bagad breton pour les sortir de leur torpeur et de leur prostration: cette première fête du Ventre post-Lubrizol aurait pu être, aussi, l'occasion d'affirmer vivement une identité culturelle et culinaire normandes protestant de sa présence et de sa volonté à être, malgré tout, entre l'hydre parisien en amont et l'hydre Sévéso en aval. Il n'en fut rien hélas et cette région encore française qui travaille à se faire inviter dans toutes les fêtes régionales et locales de France sans vraiment donner la réciprocité chez elle aux autres aura pu passer aux yeux de certains comme une provocation ultime: la Bretagne était, en effet, l'invitée d'honneur d'une ville de Rouen polluée qui devrait s'employer à restaurer et à défendre son honneur... normand.

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/la-bretagne-invitee-dhonneur-20e-fete-ventre-gastronomie-normande-rouen_28147881.html

Rouen, notre plus grande ville normande, celle qui devrait être notre métropole régionale est devenue un paillasson ou plutôt une paillasse de laboratoire de chimie quand elle n'est pas l'armoire technique Sévéso-normande de tous ceux qui ont oeuvré à expulser hors de leurs territoires métropolitains et régionaux "boboïsés" cette industrie "lourde" concentrant ouvriers, risques et pollutions que l'opinion médiatique dominante ne tolère plus qu'en de lointains pays sous-développés.

Alors que Rouen candidate pour le titre de "capitale européenne de la culture" en 2028, l'honneur normand de Rouen qui serait à défendre serait celui d'être une vraie métropole régionale rayonnant comme les autres à partir d'un patrimoine historique, artistique et culturel encore inestimable et exceptionnel par sa qualité et sa densité malgré les terribles épreuves de la dernière guerre et le non moins terrible enlaidissement qui s'en est suivi. Mais, contrairement à toutes les autres métropoles régionales françaises dont les aménités mielleuses sont régulièrement vantées dans la presse magazine nationale lue le week-end par les cadres et dirigeants parisiens, Rouen, ville portuaire maritime et industrielle vivante depuis... deux siècles, doit être aussi fière de son identité industrielle, une identité qui doit être assumée comme telle: l'industrie et ses savoir-faire font partie du patrimoine culturel de Rouen au même titre que sa cathédrale ou la recette du canard au sang...

Rouen ne doit pas remplacer l'industrie par la "culture"...

Ce qui implique d'inventer une sécurité civile et collective aussi originale qu'inédite pour vivre avec le risque industriel tout en profitant de l'une des plus belles gastronomies régionales de notre pays en provenance d'un environnement naturel local encore exceptionnel qui est au coeur même de l'image et de l'identité de notre Normandie.

Cela implique une réforme profonde de la démocratie locale qui remette en cause un modèle totalement défaillant: un préfet discrétionnaire, autoritaire aux ordres d'un pouvoir central parisien vertical, froid, lointain, technocratique, distant et méprisant.

Construire et proposer, ensuite, un modèle local de gestion démocratique d'une métropole régionale à la fois culturelle et industrielle, tel devrait être le projet qui devrait être présenté par les Rouennais pour faire de Rouen la capitale européenne de la culture en 2028.


 Périco Légasse le célèbre critique gastronomique et sa femme, Natacha Polony, la directrice de la rédaction de Marianne étaient présents ce samedi 12 octobre 2019 rue Jeanne d'Arc à la fête du Ventre à Rouen: nous apprécions beaucoup leur geste de venir soutenir la ville de Rouen et la Normandie dont l'image vient d'être polluée tant par une usine SEVESO que par un pouvoir politico-médiatique parisien manquant de la compassion humaine la plus élémentaire!

Périco Légasse nous offre sur le site de Paris-Normandie un éditorial aussi vigoureux que chaleureux pour défendre notre gastronomie normande: à savourer ci-après:

https://www.paris-normandie.fr/loisirs/gastronomie/gastronomie-apres-l-incendie-de-lubrizol-l-appel-au-sursaut-normand-du-critique-perico-legasse-LD15708939

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Gastronomie. Après l’incendie de Lubrizol, l’appel au sursaut Normand du critique Perico Légasse

Nous n’allons pas laisser ternir l’image d’un terroir aussi glorieux par une mauvaise gestion des angoisses.

Malgré les omissions d’État et les entorses à la morale publique lorsque les dividendes globalisés prévalent sur l’environnement et la sécurité civile, l’indignation citoyenne rappelle le pouvoir politique à l’ordre.

Ce n’est pas pour autant que la Seine-Maritime doit se mettre en berne, ni succomber aux amalgames. Outre l’établissement de la vérité, il est urgent de venir en aide aux agriculteurs éprouvés comme à ceux, artisans et commerçants, aujourd’hui en difficulté, qui écoulent leur production.

La nuée du 26 septembre a bien traversé la Normandie, laissant des traces sur son passage avant de continuer sa route.

Depuis, le temps, le vent, la pluie ont agi. Pour le reste, faisant preuve d’une exigence ravivée, les instances compétentes remplissent enfin leur mission. Un énorme travail a été accompli. À ce jour, les analyses se poursuivent dans 44 exploitations sentinelles, 24 dans le secteur laitier, 5 en aviculture, 2 en apiculture et 2 en pisciculture, avec prélèvement tous les deux jours. Dans le maraîchage, 20 sentinelles sont prélevées deux fois par semaine. Présent à Rouen vendredi 11 octobre, Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, a annoncé que les consignations mises en place sur les produits laitiers devaient être levées. Là où il faut être catégorique, c’est à propos de ce qui est actuellement en vente. Pour ce qui concerne les filières bouchères et laitières, toutes les productions antérieures au 26 septembre sont parfaitement saines et comestibles.

Désarroi du locavore

C’est plus tard que le problème se posera. Jusqu’à nouvel ordre aucune consignation sur la boucherie, sachant que les élevages en observation ne sont pas sur le marché. La plupart n’étant pas concernés, notamment dans le Pays de Caux, les viandes sont bonnes. Seuls sont consignés certains maraîchages et produits laitiers.

Le doute et la peur ont pourtant gagné les esprits. Étrange paradoxe qui voit le principe de précaution profiter aux aliments venant de très loin puisque le terroir est frappé de suspicion. Désarroi du locavore, victime d’un déni de proximité, contraint à un bilan carbone explosif.

Du liquide UHT en tetrabrik néo-zélandais supplantant le lait cru d’une vache normande pâturant l’herbe du pays de Bray... Comment a-t-on pu en arriver là ?

Le moment est venu de retrouver la raison et de consommer dans le bon sens. Un appel solennel au sursaut normand s’impose.

Habitants de Seine-Maritime, faites acte de solidarité avec nos paysannes et nos paysans en consommant local. Pour ceux dont s’est déjà une priorité, comme pour les autres, le moment est venu d’adopter un comportement responsable et citoyen en favorisant les achats en circuit court, que ce soit au marché ou dans le commerce de proximité, voire en grandes surfaces lorsque celles-ci en proposent. Démarche vitale à la pérennité d’une agriculture qui trouve son salut dans cette relation avec le consommateur. Non seulement il ne faut pas la laisser tomber mais convaincre les indécis d’agir en ce sens. Si nous n’avons pas encore le pouvoir de contrer le cynisme de certains systèmes financiers, nous pouvons, à coup sûr, limiter leurs dégâts en adaptant, pour ceux qui en ont les moyens, notre consommation aux urgences du moment.

Depuis quelques jours, les résultats tombent, secteur par secteur, précisant les cas où il faut rester prudent et ceux où la confiance doit prévaloir. Aucun producteur normand ne prendra le moindre risque, les produits disponibles sur le marché sont fiables. Cela ne retire rien au devoir de vigilance dont il faut faire preuve au moment d’acheter.

Poser la question est un devoir civique salutaire. Les gens de métier savent ce qu’ils vendent, leur honneur en dépend.

Régalez-vous avec le neufchâtel AOP !

Première touchée, la production laitière de Seine-Maritime se remet peu à peu de la tragédie. Les exploitants en détresse comptent sur les indemnités promises par le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume est à son tour sous surveillance.

Exposée elle aussi, l’AOP Neufchâtel en Bray et son illustre fromage en forme de cœur. Soyons bien clairs : les fromages actuellement sur le marché ne présentent aucun danger puisque leur élaboration est antérieure au 26 septembre. Quant à la production liée à la période sinistrée, elle est isolée dans des chambres froides, en attendant le résultat des analyses sur les denrées agricoles que communiquera la préfecture. Le seul risque serait une pénurie si trop de lots devaient être détruits. Donc ni méfiance, ni amalgame, tous les fromages de Seine-Maritime aujourd’hui en vente sont d’une qualité exceptionnelle puisque issus des traites de septembre, donc d’un lait provenant d’herbages gras et riches. Ne tombons pas dans le piège.

Confiance DANS LA VIANDE NORMANDE

Aucune consignation pour l’heure sur les viandes de Seine-Maritime. Soumis à des contrôles suivis, par pure précaution, certains élevages sont en observation. Ils seront mis sur le marché dès que le moindre doute sera levé. Le département dispose d’assez de ressources pour satisfaire la demande locale, sans compter l’apport du reste de la région, ni l’Eure ni le Calvados n’étant concernés. On peut donc affirmer aujourd’hui de façon catégorique que toutes les viandes à la vente sont saines et comestibles. Dans un tel climat, aucun abattoir ni aucun boucher ne prendrait le risque d’écouler une marchandise suspecte étant passée à travers les mailles du filet. La côte de bœuf normande, et tous les autres morceaux, peuvent donc se déguster sans état d’âme. En manger relève désormais de l’acte patriotique.

ON SURVEILLE LE POTAGER DE PRÈS

C’est encore là où la situation est la plus sensible mais nous savons que les cultivateurs sont les premiers alertés. Et les plus conscients. Personne ne jouera avec le feu, tout dépend de la zone de production, le nuage n’étant pas passé partout. Les consignations sont strictes, donc ce qui est disponible est sûr. Raison de plus pour préparer de bonnes soupes normandes afin de soutenir nos héros du terroir.

Perico Legasse

Journaliste, critique gastronomique


 Commentaire de Florestan:

Grand merci au basque Périco qui nous fait du bien!

Voir, bien évidemment, l'édition hebdomadaire de Marianne (n°1178 du 11 au 17 octobre 2019) avec un vibrant...

VIVE ROUEN!

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