Puisque dans la salade promise il n'y aura ni huile de moteur, ni vinaigrette industrielle!

Comment concilier les inconciliables?

D'un côté: une population traumatisée par la catastrophe Lubrizol, une image souillée autant que l'air et une partie des sols. De l'autre: une réalité industrielle et portuaire rouennaise qui existe, bien vivante, depuis plus de deux siècles avec des milliers d'emplois à la clef...

Pour qu'une mayonnaise prenne, il faut de... l'huile. On évitera, bien évidemment, l'huile de moteur ou de vidange!

Depuis la catastrophe Lubrizol et avec des sondages d'opinion plutôt favorables, Jean-Michel Bérégovoy le chef de file des écologistes au conseil municipal de Rouen, est donc attendu au tournant. On aimerait, par exemple, savoir si ce monsieur et ses co-listiers qui ont participé au bilan d'une majorité municipale rouennaise sortante qu'ils dénigrent, veulent maintenir en l'état le projet d'éco-quartier Flaubert, s'ils veulent voir Lubrizol quitter définitivement le territoire métropolitain rouennais ou s'ils souhaitent le déménagement de l'usine sur le site portuaire havrais d'Oudalle.

https://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/pour-le-candidat-a-la-mairie-de-rouen-jean-michel-beregovoy-les-verts-ont-un-temps-d-avance-KF15768222

Pour le candidat à la mairie de Rouen Jean-Michel Bérégovoy, les Verts ont « un temps d’avance »

sp-beregovoye_26040244_20191019191440

L’adjoint au maire de Rouen, Jean-Michel Bérégovoy, 53 ans, a été choisi vendredi soir par Europe Écologie Les Verts (EELV) comme tête de liste aux élections municipales du 15 mars prochain. Il s’en est expliqué hier après-midi dans nos locaux.

Comment s’est déroulée votre désignation vendredi soir ?

Jean-Michel Bérégovoy : « Pour un parti qui a failli mourir, bien ! Il y a deux ans, on n’avait plus de candidat à la présidentielle, c’était compliqué... Deux ans plus tard, être désigné par une salle dans laquelle se trouvent des militants et des citoyens, cela donne du baume au cœur. »

Avez-vous hésité, douté de l’opportunité de vous présenter ?

« Il y a deux ans, je ne pensais pas être candidat. J’ai testé des personnes et personne ne voulait y aller. Ce qui m’a convaincu c’est la conviction que pour répondre aux enjeux environnementaux et démocratiques, le bon niveau c’est la commune et la métropole et qu’il faut des gens expérimentés capables de piloter rapidement ce changement. Notre chance, c’est qu’on a une équipe tout à fait en mesure de piloter la Ville au lendemain des municipales. L’urgence est telle que c’est essentiel. (.../...) Maintenant toutes les enquêtes d’opinion montrent que les Français sont particulièrement sensibles à deux questions : l’urgence climatique et la participation des citoyens. Sur ces deux sujets-là, on a un temps d’avance sur les autres. »

À l’inverse, vous êtes conseiller municipal depuis 2008, on ne peut pas dire que vous incarniez le renouveau...

« Pour ce qui me concerne, c’est sûr, mais être maire ce n’est pas queque chose de solitaire, cela doit être un mouvement, un travail d’équipe. Moi, je viens avec mon expérience, mais il faut bien comprendre que, devant l’urgence, c’est la société qui nous a remis en piste. »

Les derniers sondages ont-ils été déterminants dans votre choix ?

« Les bons sondages, on les a eus depuis des mois (NDLR : à hauteur de 27 % au premier tour, selon lui). Ce qui est important c’est l’envie d’y aller et j’ai encore été conforté ces derniers jours quand j’ai vu combien les institutions ont été défaillantes. Et ça, ça m’est insupportable. »

Vous faites référence à Lubrizol. N’est-ce pas indécent d’en faire un argument électoral ?

« Si on n’avait jamais rien dit sur ces questions-là, oui ! Mais cela fait des années qu’on en parle, qu’on manifeste devant la Grande-Paroissse (NDLR : aujourd’hui Borealis) pour dire : “Attention, le danger est à nos portes”. L’indécence, elle est plutôt chez ceux qui ont piloté ces politiques d’aménagement d’entreprises à risques et qui aujourd’hui s’en prennent au préfet. »

Vous visez qui ? Yvon Robert, Nicolas Mayer-Rossignol (*) ?

« Je ne vise personne en particulier. Devant l’urgence, on n’a pas le temps d’avoir des gens dont on ne sait pas s’ils ont vraiment changé de paradigme. (.../...) Mais d’autres l’ont fait, qui ne sont pas de notre parti, par exemple Manuel Labbé (communiste) ou Laura Slimani (Génération. s). Mais aussi de simples citoyens qui ne sont pas forcément des militants. À Rouen, je fais partie de ceux qui ont théorisé leur intégration. Actuellement, il y a cinq de nos élus qui n’avaient jamais fait de politique avant. »

Un maire écolo à Rouen, la bourgeoise et industrielle, c’est vraiment possible ?

« Rouen est de moins industrielle et de moins en moins bourgeoise. On y trouve aussi des îlots de pauvreté. Rouen est en fait plutôt de centre gauche, mais elle est, je pense, remplie de gens qui veulent que ça change. »

Comptez-vous bâtir un programme à l’échelle de Rouen ou de sa métropole ?

« Si la question est de savoir si je serai aussi candidat à la présidence de la Métropole, la réponse est non. Vu l’état de la Ville, de la sidération des gens, c’est un boulot à 100 %. Mais je suis favorable à ce que les Verts aient un candidat à la Métropole car l’enjeu stratégique est important. »

Les chances d’une majorité verte métropolitaine semblent minces...

« On ne sait jamais. En tous cas, il y a une certaine ambiguïté qui existe à la Métropole où on est tous dans la majorité en quelque sorte. Moi, je pense qu’il faut un vrai clivage sur les questions de l’urgence climatique. Car il ne s’agit pas seulement d’environnement, mais d’économie, de social, d’agriculture... »

Vous êtes contre le contournement Est, contre le maintien de Lubrizol, contre les 24 heures motonautiques. Et pour quoi ?

« Je suis pour que la Ville, qui est désormais désendettée, crée un véritable choc d’investissement avec un emprunt de 120 millions d’euros sur six ans. Avec les subventions d’autres partenaires, on peut atteindre le double et orienter cet argent dans le domaine des économies d’énergie, des trames verte et bleue, des services publics de proximité, de la végétalisation. Dans les six premiers mois du mandat, on peut impulser ça. »

Qu’est-ce qui vous distingue des autres candidatures ?

« Je suis un candidat indépendant de tous les lobbys, on n’a jamais plié. C’est déterminant. Est-ce qu’il est normal par exemple que le parti présidentiel, celui du nouveau monde, soutienne en 2020 un patron de presse (NDLR : Jean-Louis Louvel, actionnaire principal de Paris-Normandie) ? On a l’impression de voir un vieux film ! Nous, on a des défauts, mais notre indépendance par rapport aux lobbys, elle est totale, c’est notre ADN. »

Si vous ne gagnez pas les municipales, ce sera votre dernier mandat ?

« Ce le sera même si nous les gagnons ! Quoi qu’il arrive, ce sera mon dernier mandat, c’est certain. Ce sont des années de militantisme, de terrain... »

(*) Respectivement maire de Rouen sortant et candidat socialiste aux prochaines municipales.

Thierry Delacourt

Rédacteur en chef adjoint, délégué aux éditions du Dimanche