Nous avons relevé dans les récentes éditions caennaises de Ouest-France (qui a fait un effort qu'il faut saluer de curiosité intellectuelle sur ce qui se passe dans l'autre Normandie plus éloignée de l'Ouest), les articles suivants:

Les riverains traumatisés par la catastrophe et incommodés par les odeurs nauséabondes s'organisent en association pour ne plus subir la situation. Il va falloir suivre les dossiers complexes des procédures judiciaires, d'assurances, d'indemnisation. Habiter là ne sera plus comme avant. Mais, chose intéressante notée dans ces articles: les gens sont fiers de ce qu'ils sont, des lieux qu'ils habitent et du travail qu'ils font. Ils vivent avec l'industrie qui est leur gagne-pain. On est donc loin de l'opinion de certains, qui habitant plus loin ou plus au centre, veulent la fermeture des usines.

A la lecture de ces deux articles bien écrits et documentés, on aura les trois réflexions suivantes:

1) La catastrophe industrielle de Lubrizol n'a été portée symboliquement et politiquement par l'Etat central incarné en la personne d'un certain Emmanuel Macron qui n'est pas le président de tous les Français: les Rouennais et les Normands ont été laissés à eux-mêmes face à un préfet piètre communiquant et face à un ballet ministériel descendu "sur zone" depuis l'amont parisien. Mise à part l'archevêque de Rouen dans les premières heures du sinistre faisant preuve de compassion humaine pour les pompiers et les riverains et quelques élus locaux, à commencer par le président de région, Hervé Morin accaparé par les urgences de la situation, les autorités publiques ont été défaillantes (ne parlons même pas de M. Robert le maire et président de la métropole de Rouen fallot d'un beau à l'autre de cet événement...) pour être humainement et symboliquement à la hauteur de la catastrophe: le manque de compassion pour les gens ordinaires est cruel.

2) La Normandie concentre sur son territoire l'intérêt national de l'industrie française:

3ème région française productrice d'énergie, la Normandie concentre 30% de la fabrication nationale d'essence raffinée pour les véhicules particuliers. Notre région fabrique 80% des huiles moteur.

Rouen est aussi l'une des principales technopoles mondiales pour la recherche et la conception des motorisations.

La Normandie est aussi la première région de France pour l'électro-nucléaire et, en conséquence, elle abrite dans le splendide isolement du Nord-Cotentin la poubelle française des déchets radio-actifs qui fait face, à l'autre bout de la baie de la Seine à la poubelle française des déchets industriels de Sandouville.

Sans l'industrie normande, les Français des autres régions, notamment à Paris, ne pourraient ni rouler ni s'éclairer: cela mériterait un peu plus de considération pour notre région de la part de l'Etat. Mais comme nous ne savons que nous plaindre chacun dans notre coin, l'Etat estime qu'il peut nous faire attendre faute de savoir, peut-être, que la Normandie existe bel et bien même si les Normands ne sont pas réputés pour mettre le feu à des sous-préfectures ou à bloquer les rond-points: on a vu récemment avec les Gilets-Jaunes que cela pouvait être possible et il serait sage d'anticiper dès à présent les colères à venir car les colères de ceux qui n'ont pas l'habitude de se mettre en colère sont les plus redoutables...

3) Anticiper. Oui mais comment et pourquoi?

En reconstruisant une culture de la sécurité civile autour des installations industrielles classées SEVESO: avec la vallée de la Seine spécialisée dans la chimie des hydrocarbures et son littoral impacté par l'électro-nucléaire, la Normandie devrait être exemplaire en la matière. Il n'en est, hélas, rien. Ou presque: on pourrait, par exemple, s'inspirer de ce qui est fait depuis des années autour du site des raffineries de Port Jérôme et de Notre-Dame-de-Gravenchon avec des populations et des associations de riverains directement intéressées et intégrées dans les procédures de sécurité des sites industriels.

En mettant en place des investissements, des projets pour compenser les fardeaux de l'industrie en Normandie. En anticipant les évolutions de l'industrie car la Normandie spécialisée dans le traitement des hydrocarbures disparaîtra dans moins de 20 ans. (Exemple: Pétroplus).

La Normandie, région industrielle et énergétique doit prendre, maintenant, le virage de la transition écologique face aux enjeux du changement climatique et n'en déplaisent à certains, l'alliance entre l'électro-nucléaire et l'hydrogène pour révolutionner les transports avec des moteurs à propulsion décarbonnée et totalement propres en terme d'émissions est prometteuse notamment pour la Normandie qui dispose, grâce à son parc de centrales nucléaires, une électricité abondante pour créer une chaîne locale et non délocalisable d'hydrogène par électrolyse. La région Normandie a déjà investi dans de nombreux projets pour mettre en valeur la propulsion à l'hydrogène:

Demain, à Rouen et dans toute la Normandie, les bus, les camions, les trains mais aussi les péniches sur la Seine ou les navires hauturiers pourraient être propulsés à l'hydrogène, dans le cadre d'un projet national pilote co-financé par la région, l'Etat et les fonds européens: un beau projet à financer dans le cadre d'un contrat de plan Etat-région digne ce nom peut-être plus efficace que de balancer 12 milliards dans un EPR inutile, défaillant et techniquement dépassé sur le site de la centrale de Flamanville.

Le projet de candidature de Rouen au titre de "capitale européenne de la culture" pour 2028 semble bien mal parti. L'image de Rouen est, aujourd'hui, souillée.

Mais cette ambition pourrait réussir demain si nous avons l'audace d'assumer totalement une métropole régionale normande fière de sa culture industrielle et portuaire toujours vivante depuis deux siècles, innovante pour l'avenir, en contrepoint total du modèle médiatique parisien actuellement dominant de la métropole bobo qui s'amuse et se divertit plus qu'elle ne travaille...

On a dit demain et non pas... après demain!

Lire les articles suivants:

aprèslubrizol

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 Lubrizol, revue de presse au 25 octobre 2019:

Nouvelle manifestion pour exiger la vérité, le 26 octobre devant le palais de Justice de Rouen

https://www.tendanceouest.com/actualite-337157-rouen-lubrizol-un-millier-de-personnes-exigent-la-verite.html

Avis à la population! Edouard Philippe revient à Rouen ce vendredi 25 octobre 2019:

PHILIPPEROUEN

Les déclarations du Premier ministre:

https://www.lefigaro.fr/flash-eco/edouard-philippe-a-rouen-un-mois-apres-l-incendie-de-l-usine-lubrizol-20191025

Le nettoyage des berges de la Seine fait débat:

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/lubrizol-une-video-montrant-nettoyage-quais-seine-rouen-fait-debat_28847502.html

Les Sénateurs (contrairement aux députés macronistes) mettent totalement les pieds dans le plat: tant mieux!

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/lubrizol-les-senateurs-s-invitent-sur-le-site-industriel-et-normandie-logistique-au-coeur-d-une-polemique-BM15804720?utm_source=newsletter_mediego&mediego_euid=7b65029da2&mediego_ruuid=a5fec56f-caba-4935-8cd5-7d362b72d4c1_0&mediego_campaign=20191025_news_actu&utm_content=20191025&utm_campaign=newsactu&utm_medium=email

Lubrizol : les sénateurs s’invitent sur le site industriel et Normandie Logistique au coeur d’une polémique

La Commission d’enquête du Sénat s’est déplacée sur le site de Lubrizol jeudi 24 octobre 2019 pour tenter de comprendre ce qui a pu se produire le 26 septembre. Un exercice indispensable pour Hervé Maurey. Mise en cause par le directeur de l’environnement, Normandie Logistique se défend.

Visages fermés et déterminés, les sénateurs de la Commission d’enquête sur « l’accident majeur » Lubrizol ont débarqué hier, jeudi 24 octobre, sur le site incriminé. Une nuée de caméras et de photographes les attendent de pied ferme, l’espoir – mince – chevillé au corps de pouvoir se glisser au débotté dans une visite du site. Pour constater les dégâts. Essayer de comprendre, d’imaginer d’où et comment a pu démarrer ce brasier qui a généré ce panache noir, ces suies visqueuses et ces odeurs d’hydrocarbures. Sans oublier les inquiétudes de nombreux habitants concernant les effets sur la santé ; à court, moyen et long termes...

« Rassurer maladroitement... »

Mais, photographes et cameramen n’ont pas eu grand-chose à mettre en boîte. Un petit tour d’images et puis s’en vont. « Nous n’avons pas, nous non plus, pu accéder à la zone incendiée », détaille tout de même Hervé Maurey. Sénateur de l’Eure et président de la Commission d’enquête, il affine le sens de la venue des parlementaires. « Bien sûr, comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas juste en venant sur place quelques heures que nous allons boucler nos investigations. Mais il est important de venir voir, sur place, de quoi il en retourne. »

Certains, au sein de la Commission, connaissent déjà bien les faits : Catherine Morin-Desailly (sénatrice de Seine-Maritime) et Pascal Martin (président du conseil départemental de Seine-Maritime au moment de l’incendie et, depuis le 1er octobre, sénateur de Seine-Maritime) étaient présents dans les heures qui ont suivi les événements. « Le Sénat est réputé pour défendre les territoires. Cette commission est pleinement dans son rôle », avance Nicole Bonnefoy, sénatrice charentaise, rapporteure de la Commission.

Et c’est donc pour avoir une idée plus précise du déroulement des opérations que la délégation sénatoriale a fait le déplacement. Plusieurs rencontres étaient prévues : des officiels (entretien avec le préfet Pierre-André Durand...), des riverains. Et, surtout, des employés des sites Normandie Logistique et Lubrizol. « Nous avons pu constater la souffrance de ces salariés. Et leur incompréhension totale face à cet incendie », relate Hervé Maurey. Le parlementaire salue à plusieurs reprises leur sang-froid « qui a permis d’éviter à que des produits beaucoup plus dangereux  tel du pentasulfure de phosphore – ne soient la proie des flammes » (nos éditions d’hier). Ce sont eux qui, dès 2 h 50, ont pu éloigner ces fûts. « Nous avons vu ces personnes pleurer, qui en ont assez d’être agressées, eux et leurs proches, depuis le 26 septembre », continue Hervé Maurey.

Mais, le point le plus saillant sur lequel s’attarde la Commission est le manque d’eau pour combattre les flammes pointé par les pompiers : « Il y a eu quatre heures durant lesquelles l’eau manquait. Quatre heures décisives qui auraient pu permettre de circonscrire l’incendie plus vite. S’il n’y avait pas eu la Seine à côté, cela aurait pu être plus dramatique. Il y a de vraies questions à se poser. »

Hervé Maurey est également revenu sur l’audition d’Éric Schnur, patron de Lubrizol : « Il a eu des propos malheureux, et je pense que c’est de la maladresse, en disant que ce n’était pas plus grave que l’incendie d’une maison », reconnaît le sénateur. Mais il attend maintenant les résultats croisés de différentes analyses pour en dire plus : « Nous avons le pouvoir de faire intervenir des experts et les personnes auditionnées le sont sous serment, avec ce que cela implique en termes de sanction. » Quant à l’audition de Christian Boulocher, responsable de Normandie Logistique, elle est incomplète : « Nous avons manqué de temps. Nous devrons le réentendre. »

Discours contradictoires

D’autres auditions sont prévues au cours des prochaines semaines. Celles des ministres, du préfet, d’experts... Des moments propices pour revenir sur les lacunes dans la communication d’urgence pour le sénateur eurois : « Nous ne sommes pas dans un pays qui a la culture du risque. Mais quand on voit les ministres qui se relaient et qui disent des choses contradictoires par rapport à ce qu’ils ont dit la veille ou par rapport à ce que d’autres ont dit, on voit bien qu’il y a un problème d’information tant à destination de la population que des maires. »

De quoi décrédibiliser la parole publique ? « Cette décrédibilisation n’est pas le fruit de l’incendie de Lubrizol... Mais avec une pression médiatique très forte, les ministres ont sans doute voulu rassurer maladroitement. Il manque un processus global de communication. Tout le monde est un peu livré à lui-même. Même pour le préfet, ça n’est pas facile : il se retrouve seul à prendre les décisions. » L’enquête sénatoriale n’en est qu’à ses prémices. Elle doit s’étirer jusqu’à la fin avril 2020. « L’objectif est de mettre en lumière certains dysfonctionnements. C’est encore trop tôt pour le dire mais peut-être cela fera-t-il évoluer la réglementation pour les 1 300 sites Seveso en France, conclut Hervé Maurey. Et il y a sûrement lieu de l’améliorer... »

Polémique entre la Dreal et Normandie Logistique

À la suite des déclarations du patron de la Dreal, Normandie Logistique réplique. De son côté, le parquet indique que rien ne permet encore de déterminer le lieu où l’incendie a démarré.
L’affaire est entre les mains du parquet de Paris en charge du dossier Lubrizol. Ou plutôt du dossier « Lubrizol-Normandie Logistique ». Car l’entreprise voisine du site industriel fait l’objet d’un « procès-verbal comportant plusieurs infractions pénales » transmis à la justice cette semaine par la directeur régional de l’environnement, de l’aménagement, du logement (Dreal), Patrick Berg.
Passe d’armes
Hier soir, Rémy Heitz, le procureur de Paris, a précisé les déclarations de Patrick Berg devant les députés de la Mission d’information, mercredi. Ainsi, le rapport d’inspection transmis par la Dreal à la justice « vise huit contraventions de cinquième catégorie, dont six susceptibles d’avoir été commises antérieurement à l’incendie et deux pouvant avoir été commises postérieurement. »
Le procureur de Paris indique aussi que le procès-verbal « vise également le délit d’exploitation non conforme par une personne morale d’installation classée ayant porté une atteinte grave à la santé, la sécurité ou dégradé substantiellement la faune, la flore, la qualité de l’air, du sol ou de l’eau. »
Devant les députés, Patrick Berg avait expliqué que Normandie Logistique avait été « défaillante » aux yeux de la réglementation et de ses évolutions, en 2010 notamment. « Ils ne se sont pas manifestés. C’est une défaillance administrative, estime Patrick Berg. En réalité, aujourd’hui, Normandie Logistique est bien une installation classée relevant juridiquement du régime de l’enregistrement. Sauf qu’à défaut pour eux de s’être manifestés après cette modification des textes en 2010, ils sont restés chez nous comme ICPE [Installation classée pour la protection de l’environnement, NDLR] soumis à déclaration. » En clair, le régime le plus simple, qui n’oblige pas à des visites d’inspection régulières. Sauf « lorsqu’il y a un signalement d’un élu ou d’un riverain avec des bruits, des odeurs ou des activités suspectes. Il n’y a jamais eu de signalement chez Normandie Logistique », constate Patrick Berg.
De son côté, Normandie Logistique a estimé hier soir « qu’il n’appartient pas à la Dreal de qualifier une infraction de « pénale », mais aux autorités judiciaires. » L’entreprise « regrette que l’administration confonde les sujets et sorte de ses prérogatives pour désigner Normandie Logistique comme bouc émissaire en semant la confusion dans un dossier déjà complexe. Normandie Logistique ne peut que regretter ces insinuations. »
D’après l’entreprise, les déclarations de Patrick Berg reposent sur un rapport envoyé mardi par la Dreal à la suite de deux inspections des 30 septembre et 7 octobre. L’entreprise, se basant sur la réglementation, dit disposer « d’un délai pour répondre et s’expliquer. » Normandie Logistique précise en outre que les infractions relevées dans le rapport, si avérées, sont « passibles de simples contraventions » et « n’ont absolument rien à voir avec le départ de l’incendie ».
Enquête en cours
À ce stade, impossible de déterminer « la localisation précise du départ de l’incendie », selon le parquet. « Les investigations se poursuivent dans le cadre de l’enquête préliminaire menée par le parquet de Paris », souligne Rémy Heitz.Les enquêteurs du SRPJ de Rouen et l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et la santé publique (OCLAEPS) ont mené de nombreuses investigations sur place où plus de 4 200 tonnes de produits ont brûlé.

Anthony Quindroit

Journaliste, service reportage Rouen