Quand on est une grosse compagnie, pour investir par croissance externe (en croquant une compagnie complémentaire ou concurrente), il faut avoir une trésorerie importante ou emprunter les liquidités nécessaires. On peut aussi utiliser les revenus d'exploitation venant de territoires ou de filiales plus éloignés de la maison mère...

La Britanny ferries, une compagnie bretonne fondée au début des années 1970 à Roscoff pour favoriser l'exportation des choux-fleurs vers l'Angleterre, a bien failli faire un naufrage financier définitif jusqu'à ce qu'un certain René Garrec, président finistérien d'une demi-région bas-normande en voie de satellisation vis-à-vis de la métropole rennaise, offre aux Bretons de Roscoff la possibilité de créer, en 1986, une ligne de ferries entre Ouistreham et Portsmouth.

Banco! La rentabilité qui jamais ne se démentira de la nouvelle ligne normande puis des autres lignes normandes de la compagnie bretonne sauvera cette dernière du risque de toute avarie financière...

Grâce aux Normands, les Bretons peuvent investir. Notamment dans les liaisons avec les îles anglo-normandes au départ de Saint-Malo...

Les ports normands de Granville et de Cherbourg qui offrent pourtant des opportunités évidentes pour la desserte des îles anglo-normandes (Granville pour la proximité et Cherbourg pour la capacité) ne sont pas concernés: des liaisons organisées par le conseil départementale de la Manche existent mais elles restent limitées en capacité et en rotation... faute d'investissements.

Le développement des liaisons maritimes entre les îles anglo-normandes et la Normandie continentale française devrait être une politique pleine et entière du conseil régional de Normandie qui devrait aussi connaître du cas particulier du port anglais de Newhaven actuellement possédé par le conseil départemental de la Seine-maritime afin de servir de terminus au ferry de Dieppe: une ligne normande, voire... danoise (DFDS Seaways) rentable, elle aussi, mais qui n'appartient pas encore aux Bretons de Roscoff...

Pour encore combien de temps?

Car la perspective du Brexit va certainement rebattre les cartes du transport transmanche avec une baisse probable des subventions de l'Union européenne pour le financement des passerelles ferries et une concentration des acteurs du secteur pour avoir les reins plus solides: les Bretons de Roscoff sont tentés d'établir, à terme, une sorte de monopole sur l'activité transmanche vers la France, de l'Irlande à la... Normandie (mais pas encore jusqu'à Dieppe).

C'est donc là encore une conséquence plutôt désastreuse du passif de la division normande de ces soixante dernières années: la Normandie pourtant idéalement située pour les liaisons transmanche et qui avait même créé dès le XVIIIe siècle le premier service commercial du genre (au Havre et à Dieppe) ne dispose d'aucune compagnie de navigation normande.

Lire ci-après: édifiant!

condorbrittany