Billet de Florestan

Il s'appelle Yannick  Yernaux. Il est belge et son nom ne nous dira pas grand chose puisque ce documentariste a osé filmé et donné la parole à ceux qu'on ne veut pas entendre ni prendre au sérieux: les pêcheurs du Tréport, et plus largement, les pêcheurs normands impactés par l'implantation des futurs parcs d'éoliennes marines au large de nos côtes.

En effet, trois projets sont prévus au large de la Normandie:

Le Tréport, Fécamp-Veulettes, Courseulles... Et, depuis peu, on entend parler d'un quatrième.

Difficile, a priori, d'être contre les éoliennes. Plus difficile encore d'entendre ceux qui sont contre et pourquoi.

A priori, les éoliennes marines poseraient moins de problèmes que les éoliennes terrestres qui polluent visuellement nos paysages, clignotent dans la nuit, artificialisent les sols, font du bruit quand elles tournent car pour qu'une éolienne de 150 mètres de haut puisse tourner il lui faut du vent et s'il y a trop de vent, elle ne tourne plus. Ces machines qui consomment les fameuses "terres rares" dont l'extraction ravage les pays sous-développés pour la conception de leurs rotors poseront des problèmes redoutables quand il s'agira de les démanteler après trente années prévues d'une intermittence énergétique coûteuse puisque subventionnée par une compagnie nationale qui a le malheur de donner encore trop largement dans l'électro-nucléaire tout en offrant à la France le luxe d'une empreinte carbone positive face aux enjeux du changement climatique.

Or, Yannick Yernaux qui a filmé avec respect et générosité nos pêcheurs normands nous apprend ce que nous ne devons pas savoir: les éoliennes marines sont tout aussi nuisibles que les terrestres. Les problèmes ne sont pas sous le tapis mais sous l'eau ce qui est plus efficace car le tapis on le voit... Pas le fond de la mer qui n'est jamais découvert à marée basse (estran).

Aux dires des pêcheurs, ces professionnels de la mer, les éoliennes marines ont trois grands effets négatifs qui pourraient, à terme, faire disparaître la profession d'artisan pêcheur encore bien vivante sur nos côtes normandes.

1) Le forage des fondations (4 trous de 70 mètres de profondeur pour chaque machine), le dragage des granulats sous-marins pour fabriquer sur place le béton, le bruit du chantier et sa longueur dans le temps risquent de faire fuir durablement les poissons. En outre, la position des mâts d'éoliennes dans le courant marin provoque des perturbations hydrodynamiques et une turbidité locale de la mer qui peuvent gêner certaines espèces de poissons.

2) Le passage des câbles électriques serpentant au fond de la mer pour connecter les éoliennes à la terre ferme risque de provoquer une pollution électro-magnétique qui fera fuir les poissons. En outre, en raison du câblage sous-marin, les champs d'éoliennes marines sont interdites à la pêche et à toute navigation ce qui n'est pas sans poser des contraintes de sécurité maritime (la côte normande est proche du rail de trafic maritime "descendant" et la Manche est la mer la plus fréquentée du Monde, tout type de navires confondus...) ou de détours qui rallongent les temps à la mer pour les flotilles de la pêche artisanale normande (dépenses de carburant supplémentaire).

La possibilité, un temps évoquée, d'installer des récifs artificiels au pied des mâts d'éolienne ne semble pas suffisante pour compenser autant d'inconvénients et la France qui s'est accordée le privilège d'être en retard dans l'équipement de son littoral en éoliennes marines peut, si les aveugles volontaires voulaient enfin ouvrir un oeil, profiter du retour d'expérience de pays tel que le Danemark qui avait planté des éoliennes partout où il était possible d'en mettre:

Face à l'impact halieutique finalement important mais aussi face à des coûts de maintenance qui partent à la dérive (l'éolien marin danois valant bien notre EPR) en raison de la dureté des conditions marines et météorologiques, le Danemark vient d'annoncer qu'il arrête le développement de l'éolien marin. Aux Pays-Bas, des problèmes similaires sont constatés et si la pêche hollandaise s'est concentrée et industrialisée avec des gros bâteaux qui viennent pêcher au large de nos côtes normandes c'est qu'en Mer du Nord, la ressource a beaucoup baissé en raison des nombreux champs d'éoliennes marines que l'on y trouve.

Tout est lié!

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https://vimeo.com/316069278