Bien souvent, trop souvent dans le domaine politique, Hervé Morin se retrouve seul, ou presque, à devoir défendre les intérêts de la Normandie au niveau national face au gouvernement ou à défendre l'évidence d'un intérêt général normand... en Normandie même.

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Un lobby politique normand peine à exister sur la scène nationale, à commencer par la représentation parlementaire. Néanmoins, quelques personnalités émergent, tels que les députés Tourret (l'artisan de la réunification normande), Bouillon (l'infatigable défenseur d'alternatives ferroviaires et routières pour le désenclavement de la vallée de la Seine normande) et surtout le député communiste Jean-Paul Lecoq, par ailleurs, candidat à la mairie du Havre qui s'inquiète depuis longtemps de l'avenir du potentiel industriel et maritime normand, notamment au Havre.

Bref! Nommer un ancien député-maire du Havre à Matignon ne semble pas être très efficace pour défendre les intérêts normands à Paris alors que ces intérêts normands ont une importance nationale, si l'on devait enfin prendre au sérieux le premier potentiel d'économie maritime et logistique du pays...

1) Sur la question de la fusion portuaire, sujet ô combien essentiel pour l'avenir de notre région, il serait temps que les élus Normands se mobilisent pour faire autre chose qu'assister aux séances de Mécano organisée par une préfiguratrice nommée par un ancien député-maire du Havre devenu Premier ministre. Il faut un contenu au contenant et il faut que ce contenu soit en Normandie: l'actuel projet de fusion portuaire porté par Mme Rivoallon manque précisément de tout cela. Il est donc temps de mettre un peu la pression. C'est ce que vient de faire celui qui pourrait être l'adversaire d'Edouard Philippe si ce dernier décidait, au dernier moment, de se présenter aux élections municipales du Havre au cas où le gouvernement devait renoncer à sa réforme des retraites...

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/localisation-du-siege-des-ports-de-l-axe-seine-le-depute-pcf-jean-paul-lecoq-defend-le-havre-EH16009805

Localisation du siège des ports de l'axe Seine : le député PCF Jean-Paul Lecoq défend Le Havre

La fusion des trois ports de l'axe Seine (Le Havre, Rouen et Paris) décidée par Edouard Philippe s'accélère et il est question d'implanter le siège du futur établissement publique unique tout près de Paris à Gennevilliers. Ce que regrette Jean-Paul Lecoq, qui a écrit au Premier ministre pour défendre sa localisation au Havre.

« En profond désaccord avec une telle éventualité (Ndlr : le choix du gouvernement d'implanter ce siège à Gennevilliers, port de Paris), je me permets de formaliser ici ce que j'ai eu l'occasion d'argumenter auprès de vous lors de nos échanges à ce sujet et auprès de Mme Rivoallon, préfiguratrice de ce projet », écrit Jean-Paul Lecoq. Le député du Havre rappelle « toute la pertinence de doter l'axe Seine d'une organisation renforcée. Non seulement pour mieux répondre à la pression exercée par les ports du nord de l'Europe, qui disposeront dans les années à venir d'un canal concurrent (Ndlr : Seine Nord Europe) pour desservir la région parisienne. Mais surtout pour répondre à l'urgence écologique qui impose de grandes modifications à apporter à l'économie maritime et portuaire », poursuit Jean-Paul Lecoq.

Paris moins bien placé

« Dès lors que le futur établissement public des ports de l'axe Seine reste sous pilotage de l'Etat, qu'il préserve une organisation sur trois pôles, Le Havre, Rouen et Paris, et à partir du moment où son organisation, comme sa gestion et ses orientations, sont pleinement partagées par les acteurs concernés, et en particulier par les différents personnels qui mettent leur savoir-faire au service de la réussite de nos ports, ce projet va dans le bon sens», poursuit le député communiste.

« Reste évidemment à déterminer la localisation de son siège conçu, non pas pour concentrer les centres de décisions, mais bien pour coordonner l'édifice et assembler les énergies. Sur cette question, et au regard de l'organisation des ports maritimes à l'échelle mondiale, ne pas utiliser la renommée du Havre pour fixer cette localisation serait une erreur stratégique. Tout comme le serait le fait de ne pas investir sur une place maritime adossée à toutes les infrastructures nécessaires. J'ajoute que si Le Havre, comme Rouen d'ailleurs, se trouvent particulièrement exposés par la création du canal Seine Nord, la région parisienne jouira, quant à elle, de deux axes d'irrigation : l'un depuis le nord grâce au canal, l'autre depuis l'ouest à partir de nos ports normands »

« Le Havre, parent pauvre de la décentralisation »

« Cette situation en fait probablement la moins bien placée pour pouvoir coordonner les ports de l'axe Seine qui devront démontrer leur capacité, notamment en améliorant leurs atouts écologiques, face aux ports concurrents du nord. Je me permets de faire observer que l'essentiel des trafics des ports de l'axe Seine, comme des personnels, sont concentrés sur Le Havre. Et qu'il ne vous a pas échappé que notre ville demeure pour l'heure le parent pauvre des politiques de décentralisation et de régionalisation » argumente Jean-Paul Lecoq.

« Or notre ville, par sa culture, son identité, et par la réalité de son activité économique, est toute entière tournée vers la mer et son port. C'est également ce qui en fait l'un des poumons économiques de notre pays. Quel le siège du futur établissement puisse s'implanter ailleurs ferait naître l'incompréhension », ajoute le député PCF du Havre qui demande au Premier ministre - et ancien maire du Havre - de lui faire connaître l'état de ses réflexions sur le sujet.

Dans un courrier adressée à Catherine Rivoallon, Jean-Paul Lecoq informe la préfiguratrice d'intégration des trois ports de l'axe Seine de sa démarche auprès du chef du gouvernement.


 2) Autre sujet d'importance, la nécessité de redémarrer tout ou partie du site industriel Lubrizol car des milliers d'emplois en dépendent dans le bassin économique rouennais:

https://www.paris-normandie.fr/actualites/economie/redemarrage-de-lubrizol-a-rouen-le-monde-economique-normand-ecrit-a-edouard-philippe-EC16053070

Redémarrage de Lubrizol à Rouen : le monde économique normand écrit à Edouard Philippe

C’est le mardi 10 décembre 2019 que le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques se réunira à Rouen pour donner son avis sur la demande déposée par Lubrizol. L’entreprise chimique demande l’autorisation à l’Etat de redémarrer de façon partielle la production de ses produits pour l’automobile. Une demande soutenue par le monde économique normand.

C’est une courte lettre qu’Edouard Philippe a reçue mi-novembre à Matignon. Sur une page, 32 représentants socio-professionnels et 137 entreprises du territoire normands expriment leur point de vue au sujet de l’usine chimique Lubrizol de Rouen dont les entrepôts de stokage ont été ravagés par un incendie « hors norme » le 26 septembre 2019.

Le 12 novembre, tous ces grands acteurs de l’économie en Normandie ont donc pris la plume pour écrire au Premier ministre. Sans surprise, ils demandent à Edouard Philippe de continuer à suivre avec beaucoup d’attention l’évolution du dossier Lubrizol. L’avenir de l’entreprise chimique classée Seveso seuil haut se joue en grande partie cette semaine.

Le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) se réunit le mardi 10 décembre à Rouen afin de donner son avis sur la demande de redémarrage partiel déposée en préfecture de Seine-Maritime par l’exploitant.

« Plusieurs milliers d’emplois en péril »

Le monde économique normand rappelle les enjeux qui pèsent sur le territoire dans cette missive adressée directement à Edouard Philippe : (...)

« L’arrêt total de l’activité de l’usine Lubrizol qui a été totalement épargnée par l’incendie est désormais un problème économique pour notre territoire. En tant que responsables politiques, sociaux et économiques du territoire, il nous paraît désormais indispensable que cette entreprise puisse, dès que les conditions de sécurité seront réunies et avec tous les contrôles nécessaires, recommencer à produire partiellement certains produits clés afin d’éviter que ses clients se dirigent vers des fournisseurs étrangers. Ce scénario entraînerait Lubrizol Rouen dans de très graves difficultés financières et mettrait en péril plusieurs milliers d’emplois directs et indirects. Nous savons, Monsieur le Premier ministre, que vous êtes sensible à cette situation et vous demandons de faire votre possible..."


Voir aussi l'interpellation du Premier ministre par Jean-Luc Léger le président du CESER Normandie:

https://ceser.normandie.fr/images/stories/newsletter/31/Lubrizol_newsletter.pdf

 


 Commentaire de Florestan:

En filigrane, se pose l'avenir politique d'Edouard Philippe après la crise des retraites...

Une retraite en Normandie?

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