L'Etoile de Normandie a relevé cet entretien accordé par Michel ONFRAY à Natacha Polony que l'on peut lire dans le dernier numéro paru de l'hebdomadaire "Marianne" (n°1187 en date du 13 décembre 2019):

Le philosophe normand fondateur de l'université populaire de Caen revient, non sans amertume, sur la fin de cette aventure en 2017/2018 qui illustre, une fois de plus, que nul n'est prophète en son pays mais qu'au delà de ce proverbe biblique, la colère encore vive de ce Normand authentiquement et profondément attaché à la région de ses ancêtres est révélatrice du fonctionnement devenu insupportable pour une majorité de moins en moins silencieuse des Français de cette véritable république des caciques qui impose à toute la population ses choix, ses projets, sa vision du monde...

Concrètement, si vous la folie de porter un beau projet, d'avoir en tête une belle idée généreuse, intelligente et utile à tous et si, hélas, vous n'êtes qu'un pékin moyen, un citoyen lambda, qui n'est pas du sérail, qui n'a pas de réseau ou de carnet d'adresses, qui n'a pas son rond de serviette dans quelque club de la notabilité locale ou qui n'a pas un chéquier plus gros que le projet que vous avez, alors votre intelligence et votre générosité ne valent rien. La seule solution étant de serrer servilement les mains officielles, de lécher les huiles et, à force de sourires, espérer qu'il serait possible de leur faire croire que votre bonne idée est surtout la leur...

Moralement et physiquement c'est usant car dans la plupart des cas, la bonne idée est vidée de son contenu authentique pour n'être qu'un aimable paravent placé devant les projets parfois inavouables qu'ils n'ont jamais cessé d'avoir en tête à force de fréquenter les mêmes têtes: c'est ainsi que la France est devenue moche, que nos villes se banalisent ou que notre société s'appauvrit symboliquement, socialement et humainement...

Et la dernière hypocrisie est de se prévaloir d'une pseudo démocratie dite "participative" qui organise des "concertations" ou des "négociations" en trompe-l'oeil, des "enquêtes d'utilité publique" aussi confidentielles que bidons, sur le mode de: "concertez vous tant que vous voudrez mais à condition d'être d'accord avec le projet du maire, du gouvernement ou du président de la République!"

La situation est désormais explosive: le mouvement des Gilets Jaunes a été aussi une jacquerie contre ce mépris symbolique d'un pouvoir institutionnel public ou privé par essence autoritaire et discrétionnaire: la France est jacobine centrée sur Paris et Napoléon Bonaparte et avant lui Louis XIV l'ont rêvé en république romaine... Un vrai cauchemar pour nous autres Normands girondins démocrates!

michelonfray


 

Commentaire de Florestan:

Michel Onfray, à juste titre, s'en prend à Joël Bruneau l'actuel maire de Caen (mais aussi au précédent Philippe Duron) mais aussi à l'université de Caen car l'université populaire de Caen depuis sa fondation en 2002 est restée nomade dans sa ville natale, bien souvent, dans l'indifférence voire le mépris des autorités et institutions locales.

En 2016 la situation était déjà critique et Hervé Morin et la région Normandie avaient fait l'effort financier nécessaire pour péréniser l'aventure car le président de région avait, lui, contrairement aux élus et notables locaux caennais, compris ce que le rayonnement intellectuel du travail de Michel Onfray pouvait apporter à Caen et à la Normandie...

L'année suivante fut, hélas, celle des gouttes d'eau qui ont fait déborder le vase comme le rappelle plus haut Michel Onfray qui, à l'époque, sortait d'une rude épreuve médicale personnelle.

Même si je ne partage pas la volonté de Michel Onfray de saborder l'université populaire de Caen, car elle fait désormais partie de l'identité culturelle caennaise, je comprends totalement les raisons qui l'ont poussé à prendre cette décision.