Comme par enchantement, à force de prendre des désirs de bureaucrates pour des réalités, le Mont Saint Michel devait basculer au 1er janvier 2020 sous son nouveau statut d'Etablissement Public au même titre que le musée du Louvre ou les châteaux et domaines royaux de Versailles et de Chambord...

Mais comme nous l'avions déjà prédit ici, il n'en sera rien, dumoins à la date du jour de l'an 2020: pendant au moins trois mois, l'EPIC (établissement public à intérêt commercial) sera une coquille vide pour la bonne et simple raison que dans l'une des principales tirelires du tourisme français, dans les couloirs et les salles voûtées de cette Tour Eiffel du moyen-âge, chef d'oeuvre de notre Normandie médiévale, rodent toute une série de crapauds qui squattent le reliquaire (pour reprendre la formule frappante de Victor Hugo)...

Des crapauds radins qui plus est!

Car, aux dernières nouvelles, l'un des deux grands problèmes qui se sont dressés mettant à rude épreuve la bonne volonté de Christophe Beaux, le préfigurateur du futur Etablissement Public, n'est toujours pas résolu, à savoir que ceux qui profitent de la poule aux oeufs d'or montoise refusent de mettre au pot commun pour éviter qu'elle ne soit définitivement plumée...

L'autre grand problème que nous avions diagnostiqué et qui se posera immanquablement après avoir mis enfin sur pied, dans la douleur, le nouvel établissement public du Mont Saint Michel, sera celui de sa gouvernance politique: avec des élus Bretons dans le tour de table de ce nouveau chapitre abbatial, si nous n'avons pas la certitude que la présidence politique de cet Etablissement Public n'est pas définitivement normande et, dans la meilleure hypothèse, confiée, par principe, au président de la région Normandie (histoire de ne pas oublier que l'abbaye montoise, telle qu'on l'admire encore aujourd'hui, est le résultat de la volonté du duc Richard 1er de Normandie en 966), nous risquerons, alors, la foire d'empoigne permanente et, surtout, la paralysie quant à la définition d'un authentique projet de valorisation du site respectant enfin son histoire en lien avec son territoire évident qui n'est pas une "baie" plongée, à dessein, dans une brume géographique mais l'Avranchin, ancien diocèse d'Avranches sis dans le duché de Normandie depuis plus de mille ans et la province ecclésiastique de Rouen depuis plus... 1500 ans!

Concrètement, s'il doit y avoir une valorisation patrimoniale, historique ou spirituelle à faire pour que notre Mont Saint Michel ne soit plus seulement une coquille vide ou une tirelire pour les voyagistes bretons qui opèrent depuis la gare TGV de Rennes au profit de Saint Malo ou de Nantes, il faut travailler, dès à présent, à la promotion de la destination Mont-Saint-Michel / Avranches/ Normandie car la muséographie qui explique à tous l'histoire du Mont-Saint-Michel et les trésors historiques de la plus célèbre de nos abbayes, à savoir, les extratordinaires manuscrits médiévaux rescapés de l'ancien scriptorial montois ou la mystérieuse relique du "chef de Saint Aubert", ne sont pas conservés à Rennes, Nantes, Saint Malo ou... Paris mais, bel et bien, en Normandie, à Avranches, soit juste à côté!

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Quand va-t-on prendre en charge et assumer totalement cette évidence?

Qui va se charger d'y veiller?

Réponses:

Hervé Morin, président de la Normandie.

David Nicolas, maire d'Avranches et président de la communauté d'agglomération du Pays du Mont-Saint-Michel, autrement dit, l'Avranchin, pays historiquement normand sur le territoire duquel se trouve l'abbaye montoise.

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Messieurs, c'est à vous que revient, de fait, l'honneur de défendre l'authenticité du site du Mont-Saint-Michel, chef d'oeuvre spirituel de notre Normandie médiévale. L'Etoile de Normandie et toutes les Normandes et tous les Normands qui aiment leur région et leur Mont Saint Michel vous souhaitent, d'ores et déjà, bonne chance et bon courage!


 https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/le-mont-saint-michel-monument-provincial-le-plus-visite-en-proie-a-des-histoires-de-gros-sous-MA16168949

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Le Mont-Saint-Michel, monument provincial le plus visité, en proie à des histoires de gros sous

Patrimoine. Joyau de la France et de la Normandie, le Mont-Saint-Michel ne roule pas sur l’or malgré ses deux millions de visiteurs annuels. Explications.

Le Mont-Saint-Michel a beau attirer plus de deux millions de touristes par an, la restauration de son caractère maritime peine à trouver des financements : un bras de fer est engagé entre État et collectivités, en désaccord sur leurs contributions respectives.

Le gouvernement s’est « réjoui » de la création au 1er janvier 2020 d’un établissement public national à caractère industriel et commercial (Epic) pour le monument le plus visité de France hors Paris, annoncé il y a plus de deux ans.

L’Epic, où l’État disposera de la majorité des sièges, doit marier l’abbaye, gérée par l’État, et les infrastructures gérées par les collectivités : un barrage et les navettes transportant les touristes de la côte jusqu’au rocher depuis la suppression du parking au pied du Mont. Mais selon le sénateur LR Philippe Bas, « pour l’instant, c’est une coquille vide ».

L’Etat a certes annoncé qu’il allait « quasi tripler » à 2,8 millions d’euros sa contribution versée au syndicat mixte (Normandie, Bretagne et département de la Manche) dont l’Epic doit prendre le relais. Mais « à partir de 2020 il est demandé aux trois collectivités » de porter leurs efforts annuels de 0,4 à 0,6 million pour participer au financement du « futur déficit structurel » lié à l’entretien du caractère maritime du Mont (5 millions sur les 5 ans à venir), selon Christophe Beaux le préfigurateur de l’Epic chargé de dessiner son budget.

« Nos collectivités n’accepteront pas que la constitution de l’Epic (..) conduise à un accroissement de leur effort financier », ont averti dans un courrier envoyé le 26 décembre à Matignon les présidents des trois collectivités.

Pour que l’Epic devienne une réalité, il faut d’abord que les collectivités dissolvent le syndicat mixte.

« Pour l’instant, je ne dissous rien du tout », assure l’ancien ministre Hervé Morin (Les Centristes), président de la Normandie et du syndicat mixte.

« Vache à lait » des monuments nationaux

Christophe Beaux a prévu un plan B : une contribution constante des collectivités mais pour un budget global qui passerait de 6,5 millions dans la première hypothèse à 5,3 dans la seconde. Dans les deux cas, l’État continue à financer le barrage qui, par ses lâchers d’eau, chasse les sédiments autour du Mont, pour que l’eau puisse l’entourer aux grandes marées.

Et l’abbaye met 1,7 million (sur ses 6 millions de bénéfice net), une première car elle ne verse rien jusqu’à présent. Une somme que les collectivités jugent « marginale » eu égard aux recettes annuelles de l’abbaye, d’autant qu’elle va être en grande partie absorbée, estiment-elles, par le budget sécurité.

« C’est un début », assure Christophe Beaux, qui le 1er janvier a quitté le Mont classé par l’Unesco pour prendre la direction générale du Medef.

Gestionnaire de l’abbaye, le centre des monuments nationaux (CMN) « n’a que trois ou quatre monuments qui remplissent les caisses sur la centaine qu’il gère », ajoute-t-il.

« Seule vache à lait du centre des monuments nationaux (...), le Mont voit ses perspectives obscurcies parce que les recettes servent à autre chose qu’à son développement », déplore Philippe Bas.

Le Sénat avait adopté à l’unanimité en septembre un amendement afin qu’au moins la moitié du résultat d’exploitation de l’abbaye reste au Mont. Mais l’Assemblée nationale l’a supprimé.

(Commentaire de Florestan: on aimerait bien savoir comment les députés normands estampillés LREM ont voté sur cette affaire, notamment un certain Bertrand Sorre, élu LREM de la Manche, ancien maire de Saint-Pair-sur-Mer...)

Les différents scénarios ne valent que pour 2020. Ils incluent ainsi un million de reliquats de subvention qui ne sera plus là les années suivantes.

De son côté, Hervé Morin attend 2022, la fin de la délégation de service public (DSP) des navettes (lire ci-dessous), déficitaires, attribué en 2012 à Transdev, pour augmenter leurs tarifs de façon à « couvrir les dépenses », ce que ne permet pas la DSP actuelle.

Le prix du parking, qui inclut l’accès aux navettes mais pas à l’abbaye, est de 14 euros en haute saison (9 en basse). En 2012, il était de 8,50 euros en toute saison.

Les navettes n’ont pas encore trouvé leur rythme de croisière

Déficitaires, pas assez fréquentes et polluantes, les navettes qui conduisent depuis 2012 les touristes de la côte au pied de l’abbaye demeurent le principal défi à relever au Mont-Saint-Michel.
(Commentaire de Florestan: en 2022 se présentera donc l'occasion d'investir dans des navettes propulsées à l'hydrogène, à condition que le crapaud qui dort dans le reliquaire soit moins... radin!)
« Une décision importante à prendre » sera de fixer leur sort en 2022, lorsque prendra fin la délégation de service publique (DSP) accordée à Transdev, souligne le sénateur LR et ancien président du conseil départemental de la Manche Philippe Bas.
L’établissement public national à caractère industriel et commercial (Epic) du Mont-Saint-Michel pourra alors prendre les navettes en régie publique directe, comme le préconisait la chambre régionale de la Cour des comptes en 2017. Mais il faudra alors rembourser 13 millions d’euros à Transdev (ex-Veolia Transport) qui n’aura pas eu le temps en 10 ans d’amortir son matériel.
Autre option, l’Epic pourra lancer un appel d’offres pour une nouvelle délégation de service public au privé. Ce sera alors au nouveau prestataire de rembourser Transdev.
La question est délicate : le parking ouvert à 2,5 km du Mont en 2012 pour remplacer celui qui gâtait le paysage à son pied, et les navettes qui en partent, constituent « le nœud du problème » dans la difficile équation économique posée par le maintien du caractère maritime du rocher, estimait un rapport remis à Matignon en 2017.
« Transdev nous sort des bilans chaque année déficitaires. Ils estiment qu’en ayant répondu à cette DSP, ils perdent de l’argent tous les ans, même s’ils en perdent moins qu’au début. Mais dans le bilan, ils incluent les frais de siège, les frais financiers », précise Marc Lefèvre, président DVD du conseil départemental de la Manche.
Le rapport de 2017 estimait que parking et navettes allaient entraîner de façon « quasi inéluctable des dépenses supplémentaires très lourdes ». Et posait déjà la question du renouvellement des navettes estimé à 8 millions d’euros.
« Il y a beaucoup à faire pour améliorer l’offre »
« Ce n’est pas pour tout de suite », tempère Christophe Beaux, le préfigurateur de l’Epic, même si « l’on doit faire de ces navettes une vitrine de la technologie française » plutôt que d’avoir comme aujourd’hui « des véhicules diesel qui sont bruyants, polluants ».
L’Epic doit normalement prendre à la fin du premier trimestre 2020 le relais du syndicat mixte (Régions Normandie et Bretagne et département de la Manche) qui a délégué les navettes à Transdev.
En attendant, la fréquence des navettes est « tout à fait insuffisante par rapport au nombre de visiteurs qui attendent », note Christophe Beaux.
C’est d’autant plus problématique qu’aucun abribus n’a été construit pour ne pas dénaturer le paysage. « Il y a beaucoup à faire pour améliorer l’offre », conclut le haut fonctionnaire.
PN