Le retour à l'unité de la Normandie, depuis plus de trois ans maintenant, est l'occasion de faire renaître une évidence à laquelle nous sommes tous ici profondément attachés avec la chance pour l'instant unique en France d'une parfaite harmonie entre la province du coeur et la région de l'action.

C'est l'occasion de mettre en oeuvre des politiques publiques régionales enfin adaptées aux besoins de tous les territoires normands en faisant disparaître des confins et des frontières artificielles qui n'avaient pas lieu d'être, en supprimant des incohérences et des inégalités dans l'administration et les services qui compliquaient la vie quotidienne des Normands, en permettant aussi la réunification du tableau de bord normand et en élévant l'action publique régionale au niveau d'un potentiel normand de premier plan national ayant un prestige et un rayonnement international avec des moyens décuplés.

Nous avons donc gagné en force d'action ainsi  qu'en force de réflexion et d'imagination pour redonner de la souveraineté à la NORMANDIE pour en faire, en ces temps troublés, le véritable  BOUCLIER SOCIAL DES NORMANDS.

Mais à l'instar d'une vieille maison longtemps restée abandonnée ou d'un jardin longtemps demeuré en friche, après trois ans de réunification, les responsables politiques en charge de cette action régionale normande totalement renouvelée découvrent, hélas, l'ampleur de la tâche sinon la profondeur du passif laissé par près de soixante années de division régionale (1956- 2015):

Après une reconstruction et une modernisation d'Après-guerre menée à la hussarde par l'Etat central suivie d'une belle période de prospérité économique s'achevant, hélas, dans les illusions douloureuses de la grande crise de désindustrialisation des années 1990 puis dans un déclin régional frisant des valeurs absolues dans les années 2000, mais aussi  après de nombreux contrats de plan sous-financés par l'Etat central pour les deux régions normandes, en conséquence d'un relatif manque d'ambition et de projets de la part d'élus normands trop localistes faisant en sorte que la Normandie est passée largement à côté du mouvement de métropolisation régionale de ces trente dernières années, la Normandie cumule de nombreux retards dont le plus médiatique est le retard ferroviaire.

Mais nous n'en parlerons pas dans ce billet car il y a, hélas, un retard bien plus grave au point que nous l'avons déjà dénoncé ici comme étant LE passif le plus scandaleux laissé par la division normande et le localisme régional qui en fut la triste conséquence:

La Normandie est la région de France qui connait, avec la région dite des "Hauts-de-France", les plus grands retards socio-scolaires.

Depuis plus de quarante ans, la Normandie, ayant raté sa démocratisation de l'accès aux diplômes supérieurs, contrairement à la Bretagne ou à d'autres territoires de l'Ouest de la France (relire à ce sujet le passionnant livre "Le mystère français" co-écrit par Hervé Le Bras et Emmanuel Todd), le choix ayant trop souvent été fait en Normandie de privilégier le travail aux études, nous nous retrouvons, désormais, avec une population active normande largement sous-diplômée par rapport à la moyenne nationale (avec un record de 34% d'actifs sans diplômes dans le département de l'Orne en 2018!), un taux de difficulté dans la lecture qui frise les 10%!!! , des jeunes bacheliers normands qui ne sont pas plus de 9% d'entre eux à choisir de faire des études supérieures et dont près 6000 quittent chaque année les académies de Caen et de Rouen pour faire leurs études supérieures ailleurs ou tenter dans des métropoles régionales plus dynamiques que la nôtre une première expérience professionnelle qualifiante...

Sujet d'actualité qui vient d'être pointé par Hervé Morin à l'occasion d'une inauguration sur le campus universitaire de Rouen Mont-Saint-Aignan:

https://actu.fr/normandie/mont-saint-aignan_76451/le-nouveau-batiment-services-letudiant-fait-grincer-dents-sur-campus-rouen_30745467.html

Cette fuite des cerveaux normands, avec le départ de nos jeunes les plus talentueux et les plus ambitieux vers Paris, Nantes, Rennes ou plus loin encore, avec trop peu de retour vers la Normandie natale couplée à une dynamique démographique régionale désormais négative, aggrave le profil de retard socio-scolaire normand car les jeunes les plus en difficulté avec les apprentissages scolaires sont aussi les moins mobiles ce qui a pour effet d'aggraver la vraie division normande que la réunification institutionnelle n'a pas résorbée:

En effet, la Normandie ne fut pas réellement divisée entre la Haute et la Basse Normandie mais entre la Normandie littorale et du val de Seine, urbaine et connectée à Paris et la Normandie de tous les arrières-pays ruraux qui se sent à la traîne et parfois méprisée...

Cette carte postale de nos amis d'Heula illustre parfaitement ce constat. Un constat mortifère pour l'avenir de notre région!

Une-seule-Normandie

C'est la raison pour laquelle, la région a tenté de prendre la vache normande par les cornes en expérimentant des prises de compétences pour mettre en oeuvre des politiques régionales cohérentes spécifiques à destination de la jeunesse et, plus largement, pour améliorer la formation professionnelle de la population active normande.

Depuis 2014, les conseils régionaux ont la possibilité d'exercer une compétence de "chef- de- file" dans le vaste domaine de la formation professionnelle. C'est le conseil régional qui supervise la mise en place de la carte des formations pour tenir compte des réalités et besoins de chaque bassin d'emplois du territoire régional en fonction aussi des évolutions de la démographie scolaire: c'est l'occasion d'arbitrages parfois difficiles entre le conseil régional et les rectorats concernés qui représentent le ministère de l'Education nationale dans chaque région concernée. Nous y reviendrons.

https://www.lagazettedescommunes.com/224072/formation-professionnelle-la-region-chef-de-file/

Depuis la réunification, le conseil régional, conscient de l'ampleur du retard socio-scolaire normand, a souhaité aller plus loin en expérimentant une politique publique régionale spécifique sur l'apprentissage et sur l'orientation des lycéens normands.

De son côté, l'Etat central expérimente une fusion académique au niveau régional pour tenir compte, enfin, de l'originalité du cas normand mais, hélas, sans pouvoir lever véritablement le soupçon d'une énième réforme de fusion pour de sordides raisons comptables...

Sur le premier point, l'apprentissage: après un effort du conseil régional normand pour recenser les besoins en apprentissage dans chaque bassin d'emploi ou pour promouvoir l'apprentissage grâce à des mesures volontaristes, on sait, hélas, que le gouvernement central jacobin en a décidé autrement: la politique de l'apprentissage, notamment son financement, a été recentralisée pour être confiée au patronat avec pour conséquence, une menace de fermeture des petits CFA ruraux qui maillaient l'ensemble du territoire normand. Autre conséquence: les lycées professionnels publics et privés déjà fragilisés par une énième réforme "rabot" imposée par l'Etat central, vont devoir s'adapter pour accueillir les jeunes apprentis normands qui ne pourraient plus trouver un CFA près de chez eux, lorsque la réforme de l'apprentissage aura totalement déroulé ses effets...

Cette affaire pose un problème de fond auquel l'exécutif régional normand (mais aussi dans les autres régions) est confronté en permanence:

Avec l'aggrandissement du champ des compétences dévolues à la région, le risque s'accroît d'une incohérence entre l'agenda de l'action publique régionale et l'agenda de l'action publique du gouvernement central.

Ainsi, la région devient le premier partenaire public pour assurer l'avenir scolaire des jeunes normands en finançant la modernisation de lycées que les réformes gouvernementales de l'Education Nationale contribuent à destabiliser sinon à vider de leur contenu en supprimant des formations jugées inutiles en haut lieu. Cherchez l'erreur!

Par exemple, on peut interroger la pertinence de la suppression du bac pro Gestion-Administration considéré comme peu attractif avec, au niveau national, 47% des titulaires de ce bac pro ayant trouvé un emploi, neuf mois après l'obtention de ce titre...

Il faut avoir l'honnêteté de dire ici que cette suppression du bac pro G.A. voulue par le ministère avait été finalement approuvée par la région Normandie dans sa carte des formations sous prétexte d'éviter de former des élèves sur des profils dont ne voudraient plus les entreprises, problème récurrent en Normandie... Sauf que le bac pro GA était un vrai outil d'aménagement du territoire et de promotion sociale pour les jeunes venant de la Normandie rurale: compte tenu du retard socio-scolaire normand, le cas n'est pas rare où un jeune titulaire d'un bac pro est aussi le premier enfant dans l'histoire de la famille à être bachelier.

En conséquence, se pose la question du co-pilotage des politiques publiques régionales entre les autorités qui représentent l'Etat dans la région (le préfet et la rectrice en  l'occurrence) et le président du conseil régional concerné: les plus ou moins bonnes relations personnelles entre les uns et les autres ont une influence dans la mise en oeuvre concrète des politiques publiques mais s'il y a une divergence fondamentale idéologique ou d'arbitrage entre l'agenda national du gouvernement central et l'agenda régional, des tensions, des frustrations, voire des blocages peuvent survenir a fortiori lorsque les uns en tiennent pour leurs conceptions jacobines tandis que les autres souhaitent développer des expérimentations... girondines.

Sur le second point, l'orientation:

Avec la région Rhône-Alpes-Auvergne, la Normandie est la seule région à vouloir expérimenter la création d'une Agence Régionale de l'Orientation et des Métiers selon les dispositions de la loi de 2018 créant un partenariat territorial Etat-Région et dont le principe a été approuvé par la majorité régionale lors de l'assemblée plénière du conseil régional du 14 octobre 2019 à Rouen.

La première réunion du conseil d'administration de cette toute nouvelle agence spécialisée qui va mettre en musique la prise de compétence de la région normande en matière de formation et d'orientation a eu lieu le 20 décembre dernier au siège de cette agence installée sur le site de l'Atrium à Rouen. Au cours de cette réunion, le président de région, Hervé Morin, a été élu président du groupement d'intérêt professionnel associé à l'agence, histoire de bien montrer que cette urgente affaire de piloter enfin l'information en matière de formation et d'orientation pour la jeunesse normande mais aussi pour les actifs en reconversion professionnelle, était une affaire stratégique de la plus haute importance pour l'avenir du dynamisme économique de la Normandie.

Selon cette loi de 2018, les personnels des actuels C. I. O. qui dépendaient seulement encore de l'Education Nationale vont voir le cadre de leurs missions évoluer en étant mis à la disposition de la nouvelle agence régionale dans le cadre d'une convention signée entre la région et l'Etat. Outre les questions délicates de ressources humaines qu'une telle situation peut engendrer, on peut aussi s'interroger sur le fait de savoir si les questions d'orientation et de formation professionnelle intéressent vraiment la direction parisienne du ministère de l'Education nationale: on n'a pas entendu récemment le ministre Blanquer s'exprimer sur cette affaire et il est à craindre que ce sujet ne soit considéré que comme un sujet à sous-traiter à un conseil régional alors qu'il s'agit  d'un sujet essentiel.

Dans l'idéal, pour animer cette nouvelle politique de déconcentration territoriale, il faudrait une entente parfaite entre l'exécutif régional et le recteur ou la rectrice qui représente le ministère de l'Education Nationale "en région".

Les 6 et 7 février 2020 aura lieu à Rouen un premier grand forum normand, un "salon régional de l'orientation et des métiers": ce sera la première occasion d'accorder tous les violons pour jouer enfin en harmonie au service de l'intérêt général de jeunes normands qui ont bien besoin!

https://parcours-metier.normandie.fr/manifestation-regionale-de-lorientation-et-des-metiers

L'Etoile de Normandie, vous propose de prendre connaissance en intégralité le texte de la délibération officielle créant cette toute nouvelle agence régionale...

Et dans la lecture à suivre, nous nous permettrons d'attirer votre sagacité sur les deux points suivants:

1) Le sombre préambule qui brosse un tableau plutôt pathétique du retard socio-scolaire normand depuis plus de quarante ans. Le temps des autruches est enfin révolu tout comme le temps où Ouest-France faisait sans vergogne la pub de la Bretagne ou des Pays-de-la-Loire dans tous les lycées de nos académies: nous saluons ce regain de lucidité normande!

http://normandie.canalblog.com/archives/2018/06/13/36483248.html

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2) La composition du tour de table du conseil d'administration de l'agence mais aussi de son conseil consultatif peut susciter des interrogations:

On constate, en effet, une absence de représentation des syndicats de salariés et des associations sociales qui accompagnent la jeunesse régionale. Cette absence fait l'objet d'un vif débat.

S'agit-il d'être plus efficace en limitant le tour de table aux seuls institutionnels et aux employeurs ou alors s'agit-il d'une vision plus idéologique d'une réalité régionale difficile et promise à un remède de... cheval?

Nous tenterons d'aborder cette question dans un prochain billet sur ce même sujet car après avoir rendu compte de cette affaire essentielle pour l'avenir de la jeunesse normande du point de vue du Conseil régional présidé par Hervé Morin, nous tenterons d'en rendre compte du point de vue du Conseil Economique Social et Environnemental Régional (CESER) présidé par Jean-Luc Léger qui a été saisi pour avis préalable et consultatif, comme c'est l'obligation, par le président de la Normandie...

                                                                                     AP 19-APP-04-10-3

Le Président

RÉGION NORMANDIE

Conseil Régional

Réunion du 14 octobre 2019

10h00, à Rouen

Sous la présidence de Monsieur MORIN Président de la Région Normandie

PROJET DE DELIBERATION

Objectif stratégique

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Pour permettre à chacun de bâtir son avenir, réussir sa formation et son insertion professionnelle

MissionD:/Digitech/AirsDelib/images_modeles/os2.png

 

Programme

P150 - Animer et gouverner l'orientation et la formation professionnelle

Titre

LA STRATÉGIE DE L'ORIENTATION ET DE L'INFORMATION

MÉTIERS

Vu la loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » et notamment son article 18,

Vu le cadre national de référence relatif à la mise en œuvre des compétences de l’Etat et des Régions en matière d’information et d’orientation pour les publics scolaire, étudiant et apprenti, signé le 28 mai 2019,

Vu les articles L 4211-1 et L 4221-1 du code général des collectivités territoriales,

Vu les articles L6111-1, L6111-3 et L6121-1 et suivants du code du travail,

Vu l’article L6423-1 du code du travail (validation des acquis de l’expérience),

Vu les articles L313-7 et L313-8 du code de l’éducation (décrochage scolaire),

Vu la délibération n° AP D 17-12-9 du Conseil Régional en date du 18 décembre 2017 modifiant le règlement budgétaire et financier de la Région, adopté par délibération n° AP D16-03-15 du 24 mars 2016,

Vu la délibération n° AP D 18-12-11 du Conseil Régional en date du 17 décembre 2018 adoptant le Budget Primitif 2019 du Budget principal, le Conseil Economique, Social et Environnemental Régional consulté,

Vu la délibération n° AP D 19-03-01 du Conseil Régional en date du 18 mars 2019 approuvant le pacte régional des innovations pour la réussite des jeunes normands,

Considérant

Que la loi du 5 septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » a transféré aux Régions la compétence en matière d’actions d’information sur les métiers et les formations en direction des élèves et de leurs familles, des apprentis et des étudiants

Que la Région et la région académique de Normandie se sont engagées, au travers du pacte régional des innovations, signé en mars 2019, à coopérer pour favoriser la plus grande cohérence entre projet pédagogique, dynamique territoriale et innovation, pour la plus grande réussite des jeunes normands

Que la Région a organisé, de février à juin 2019, les assises de l’orientation afin de mobiliser les acteurs et les territoires autour de la thématique de l’orientation

Que cette concertation a abouti à définir une stratégie régionale de l’orientation, qui s’articule autour de cinq grands principes :

-          Développer l’ambition

-          Développer la compétence à s’orienter tout au long de la vie

-          Renforcer le lien avec les acteurs de l’économie régionale

-          Partager la connaissance des réalités des territoires avec les territoires

-          Accompagner les acteurs de l’orientation

Que cette stratégie vise à déployer, au plus près des territoires, une offre de service élargie en direction de tous les publics

Qu’il est proposé de confier à un établissement public local, dénommé l’agence régionale de l’orientation et des métiers, la mise en œuvre de la stratégie régionale et que la Commission Consultative des Services Publics locaux a été saisie à cet effet,

Que le cadre national de référence, signé le 28 mai 2019, prévoit que les modalités d’exercice des missions de la Région et de l’Etat dans le champ de l’orientation doivent être définies dans une convention régionale

Il vous est proposé

-          d’approuver la stratégie régionale de l’orientation (annexe 1),

-          d’approuver la création au 1er janvier 2020 d’une agence régionale de l’orientation et des métiers de Normandie, selon les statuts primitifs en annexe 2,

-          d'autoriser le Président à signer la convention relative à la mise en œuvre des compétences de l’Etat et de la Région Normandie en matière d’information et d’orientation pour les publics scolaire, étudiant et apprenti (annexe 3).

Hervé MORIN


STRATEGIE REGIONALE DE L’ORIENTATION

ET DE L’INFORMATION

SUR LES METIERS ET LES FORMATIONS

 

PREAMBULE

I – Ce qui nous interroge

-          L’état des lieux en Normandie

-          L’orientation vue par ses publics

II – Les grands principes de la stratégie régionale

-          Développer l’ambition

-          Contribuer au développement de la compétence à s’orienter tout au long de la vie pour tous les publics

-          Renforcer le lien avec les acteurs de l’économie régionale

-          Partager la connaissance des territoires avec les territoires

-          Accompagner les acteurs de l’orientation pour leur permettre d’accéder à la connaissance et aux outils nécessaires à leur mission

III – Les axes opérationnels de la stratégie régionale

  1. Mettre en place une offre de service pour tous les publics
  2. Informer, communiquer, promouvoir et valoriser les métiers et les formations
  3. Accompagner les acteurs de l’orientation, les équipes éducatives et les familles
  4. Renforcer le lien entre les acteurs de l’économie et les territoires
  5. Lutter contre le décrochage scolaire
  6. Créer une agence de l’orientation

 

PRÉAMBULE

Depuis le 1er janvier 2015, les Régions organisent sur leur territoire le service public régional de l’orientation (SPRO), dont la vocation est de conforter le droit de chacun à l’orientation professionnelle tout au long de la vie, par la mise en réseau de l’ensemble des acteurs de l’orientation du territoire et par la coordination de leurs actions (article L214-16-1 du code de l’éducation).

La loi du 5 septembre 2018 « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel » réaffirme la responsabilité de la Région dans la coordination du SPRO et élargit son périmètre d’intervention à l’information des élèves et des étudiants sur les métiers et les formations.

Avec un taux de chômage des moins de 25 ans supérieur à la moyenne nationale, de même que le taux de jeunes sortis du système scolaire sans qualification, la Normandie fait face à un enjeu majeur et se doit d’être exemplaire dans son action. 

D’emblée, un constat s’impose : il existe une multitude d’actions dans le champ de l’orientation et de l’information sur les métiers et les formations, menées sur les territoires par de nombreux acteurs publics et privés. En dresser un état des lieux exhaustif s’avère impossible, mais accroître leur visibilité, les promouvoir, les coordonner, les mutualiser sera l’un des objectifs prioritaires de la stratégie régionale.

En avril 2018, à l’initiative de la Région, les réseaux professionnels acteurs du SPRO s’étaient retrouvés lors de neuf rencontres territoriales, réunissant 310 participants. La formidable réussite des Olympiades des Métiers 2018 à Caen (650 candidats dont 67 normands, 70 000 visiteurs sur trois jours, la Normandie 2ème au classement des médailles avec 33 médailles dont 7 en or) illustre l’attractivité des métiers et constitue un encouragement à poursuivre l’action.

Forte de la responsabilité élargie conférée par la loi, la Région Normandie a engagé, de février à juin 2019, une large concertation auprès du public et des professionnels. Organisées en six rencontres thématiques réparties sur tout le territoire normand, les assises de l’orientation ont rassemblé plus de 700 participants.

Un questionnaire en ligne a permis de recueillir plus de 5 500 contributions.

Les objectifs de cette concertation ont été largement atteints : mobiliser les acteurs et les territoires, susciter un foisonnement d’idées, créer une dynamique, valoriser les bonnes pratiques pour faire émerger un maximum de propositions concrètes et innovantes en faveur de l’orientation tout au long de la vie, qui nourrissent aujourd’hui la stratégie régionale de l’orientation.

Cette stratégie est également le fruit d’une étroite collaboration avec le rectorat de la région académique Normandie. Au travers du pacte des innovations, adopté en mars 2019, la Région et le rectorat se sont engagés à coopérer pour favoriser la plus grande cohérence entre projet pédagogique, dynamique territoriale et innovation, pour la plus grande réussite des jeunes normands. 

      

Ce socle de valeurs partagées fonde la démarche régionale qui s’articule autour de cinq grands principes :

Développer l’ambition afin de permettre à chaque jeune de mener à bien un projet qui lui correspond en le rendant acteur de sa propre orientation. Ce principe fondamental de la stratégie s’appuie notamment sur une nécessaire élévation du niveau de qualification, la promotion de la culture scientifique et technique, ainsi que la valorisation de la voie professionnelle. 

Développer la compétence à s’orienter tout au long de la vie afin de passer d’une orientation subie à une orientation choisie.

- Renforcer le lien avec les acteurs de l’économie régionale et valoriser l’engagement des entreprises régionales dans l’accueil et l’accompagnement des jeunes.

-   Partager la connaissance des réalités des territoires avec les territoires pour adapter en continu la stratégie régionale aux réalités du terrain et l’inscrire dans la durée.

-   Accompagner les acteurs de l’orientation (équipes éducatives, professionnels de l’accueil – information – orientation, familles) pour leur permettre d’accéder à la connaissance et aux outils nécessaires à leur mission.

Par la mise en œuvre, au plus près des territoires et des publics, de cette offre de service, la Région et ses partenaires ont aussi pour objectif de dédramatiser le parcours d’orientation, souvent vécu comme un véritable « parcours du combattant ». 

Dans un environnement incertain, les choix d’orientation n’engagent pas toute la vie professionnelle. Audelà de la découverte des métiers et des formations, l’offre de service régionale devra aider les jeunes et les adultes à apprendre à se connaitre, à faire des choix cohérents par rapport à leurs goûts, aspirations et réalités scolaires et économiques, et ainsi se construire une représentation objective du monde économique et professionnel.

Il est proposé la création d’une agence régionale de l’orientation. Ellesera un facteur clé de la réussite de la stratégie régionale. A compter du 1er janvier 2020, elle mettra en œuvre dans une structure unique les compétences aujourd’hui assurées par  différentes structures du territoire.

Conçue comme un instrument facilitateur, elle agira au plus près des territoires, au moyen d’une coordination territoriale. Son rôle sera non seulement de fédérer les acteurs et de coordonner leurs actions, mais aussi d’être force de proposition, d’initier de nouvelles expérimentations et de s’adapter rapidement aux besoins des acteurs et des publics.

La stratégie régionale se veut avant tout opérationnelle, au travers de fiches-actions, élaborées en partenariat avec les acteurs de l’orientation, dans le souci constant de fédérer les réseaux de l’orientation et de l’information sur les métiers et les formations, autour des enjeux liés à notre territoire et à sa population.

Cette stratégie s’inscrit en conformité avec le cadre national de référence relatif à la mise en œuvre des compétences de l’Etat et des Régions en matière d’information et d’orientation pour les publics scolaire, étudiant et apprenti, signé le 28 mai 2019. Une convention régionale précisera la déclinaison opérationnelle de la stratégie.

     

I – Ce qui nous interroge

1. L’état des lieux en Normandie

La Normandie compte près de 400 000 jeunes âgés de 15 à 24 ans, soit 12% de la population régionale[1]. Au 5ème rang parmi les 13 régions métropolitaines, la Normandie est riche de cette jeunesse « apprenante » (deux tiers des jeunes normands sont en formation). Toutefois, quelques chiffres-clés révèlent une situation peu favorable en termes de réussite scolaire et de niveau de qualification.

I – La situation des jeunes normands est globalement plus défavorable que dans le reste de la France.

  • Le taux de scolarisation (56%), est globalement plus faible de 4 points que le taux national (France métropolitaine) et diminue selon les tranches d’âge : de 89% pour les 15-17 ans, il diminue à 61% pour les 18-20 ans et chute à 25% pour les 21-24 ans[2].
  • L’espoir d'obtenir un bac pour un élève de 6ème progresse régulièrement, mais reste assez faible à 72,9% (73,7% à Rouen et 71,7% à Caen, contre 81,6% à Rennes).
  • Le taux de passage dans l’enseignement supérieur est de 2 points en deçà du taux national (conséquence du taux de passage plus faible en enseignement général et technologique).
  • Le taux des jeunes en décrochage scolaire (c'est-à-dire sortis du système scolaire sans qualification) est plus élevé : 10,5%, contre10,1% dans le reste de la France.
  • Les chiffres de l’illettrisme sont également alarmants : lors des JDC – Journée défense citoyenneté (obligatoire pour les jeunes de 17 ans) en 2015, 9,9% des jeunes normands présentent des difficultés de lecture dont 4,1% sont en situation d’illettrisme. La Normandie se situe ainsi au-dessus de la moyenne nationale métropolitaine (3,6%).
  • Enfin, le taux de chômage régional des 15-24 ans est plus de 2 points supérieur à la moyenne nationale : 34,9% contre 32,7%, avec toutefois des disparités selon les départements : plus faible dans la Manche (30%) et plus élevé en Seine-Maritime (37%).

 

II – Le niveau de qualification globale de la population normande est plus faible que dans le reste de la France.

  • 34% de la population normande non scolarisée (15 ans et plus) a peu ou pas de diplôme, contre 30,1% au niveau national. En parallèle, 22% de la population normande est diplômée de l’enseignement supérieur, contre 28,5% de l’ensemble des français. 
  • Le caractère très industriel de l’emploi en Normandie explique en partie le faible niveau de formation de la population. Au total, 62% de la population normande a un niveau de formation CAP-BEP ou infra.

 

III – La voie professionnelle prend une part importante pour les familles.

  • 33,5% des demandes d’orientation pour les élèves de 3ème se font vers la voie professionnelle, soit 4 points supérieurs à la moyenne nationale (29,5%). Quant aux décisions d’orientation prononcées par les conseils de classe, elles sont aussi supérieures de 3 points à la moyenne nationale (35,8%). Ces éléments confirment l’intérêt que portent les familles et les acteurs de l’Education nationale à la voie professionnelle dans notre région. 
  • Plus de 7% des jeunes âgés de 15 à 24 ans sont salariés en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation, soit un point de plus que la moyenne nationale.

Ces chiffres ne constituent pas en soi un point négatif. Ce qu’il l’est en revanche, c’est que les élèves et leurs familles choisissent un nombre limité de formations, en décalage avec la réalité de l’insertion professionnelle qui se profile après l’obtention des diplômes. Ainsi, un nombre important de formations ont un volume de places vacantes conséquentes et, en parallèle, les entreprises normandes peinent parfois à trouver les compétences dont elles ont besoin.

2. L’orientation vue par ses publics

I – L’enquête du CNESCO

En 2018, le CNESCO (conseil national d’évaluation du système scolaire) a organisé une conférence de comparaisons internationales sur l’éducation à l’orientation[3]. A cette occasion, une enquête nationale a été réalisée auprès des jeunes de 18-25 ans4 : Comment les jeunes ont-ils vécu leur parcours d’orientation ?

Ce qu’il faut en retenir :

 Les jeunes se déclarent insuffisamment accompagnés et stressés par leur orientation

Un jeune sur deux n’est pas satisfait de l’accompagnement de son établissement scolaire au sujet de l’orientation. Cette tendance est plus marquée chez les filles : 41 % seulement sont satisfaites de l’accompagnement contre 53 % chez les garçons. Le bilan est toutefois plus favorable chez les élèves issus de la voie professionnelle et ceux dont le collège relevait de l’éducation prioritaire.

 Les jeunes choisissent davantage leur orientation en fonction de leur goût pour un métier que pour la sécurité de l’emploi

57 % des jeunes avaient un projet professionnel au moment du choix de leur orientation. 

Pour un jeune sur deux, le goût personnel pour un métier ou un secteur  (48 %) et l’appétence pour une discipline ou une filière (41 %) sont en tête des motivations pour choisir une orientation. Ces deux critères sont identiques chez les filles et les garçons.

 Des jeunes qui renoncent à leurs aspirations

71 % des jeunes déclarent avoir écarté d’eux-mêmes une possibilité d’orientation qui les avait intéressés, le coût des études s’avérant l’élément le plus dissuasif (29 %), suivi par les résultats scolaires et la durée des études. Cette tendance est nettement plus marquée chez les filles (78 %) que chez les garçons (64 %).

 

 Une diversité d’interlocuteurs pour échanger sur l’orientation

Les parents : 80 % des 18-25 ans ont évoqué la question de leur orientation avec leurs parents qui sont, pour un jeune sur deux, leur principal interlocuteur. La famille est la principale source d’influence (30 %) quant au choix d’orientation.

 Une satisfaction finale envers son orientation qui cache des disparités

Deux jeunes sur trois s’estiment satisfaits de leur parcours d’études, un chiffre nettement plus faible (43 %) chez les jeunes sans emploi. Cette moyenne cache toutefois des disparités sociales et liées à la scolarité (48% des jeunes se définissant comme « mauvais élèves » se déclarent insatisfaits de leur parcours, contre 20 % pour les « très bons élèves »).

 Une satisfaction qui croît lorsque les jeunes sont accompagnés et informés

Cette tendance est particulièrement marquée (plus de 75 %) chez les élèves ayant bénéficié d’un accompagnement solide qui leur a permis d’explorer et de comprendre trois domaines : la connaissance de soi, la connaissance des filières et parcours possibles, la connaissance des métiers et des débouchés.

 

II – L’opinion des normand.e.s

A l’occasion des assises de l’orientation, la Région Normandie a lancé un grand questionnaire en ligne qui a recueilli plus de 5 500 contributions, dont 61 % de 16-25 ans. Elles reflètent les enjeux de l’orientation pour la population et fournissent des pistes de réflexion et d’action.

 L’orientation est une source de préoccupation

88,8 % des jeunes et de leurs familles se sentent tout à fait ou plutôt préoccupés par l’orientation.

Si 60 % des personnes concernées ont un projet professionnel précis, moins de 50 % sait quelle voie (études, formations) suivre. 

 Les passions et les centres d’intérêt influencent le choix d’un métier

98 % du grand public se prononce en ce sens. Mais il sait aussi se montrer pragmatique : les débouchés et le salaire sont des critères de choix pour 87%.

 La famille reste l’interlocuteur privilégié pour 84 % du public

 Face aux difficultés, un sentiment d’être insuffisamment aidé

57 % des personnes concernées se sentent insuffisamment voire pas du tout aidées dans les choix d’orientation.

 L’immersion est la meilleure méthode pour découvrir un univers professionnel

Le stage en entreprise est plébiscité par 94,7 %, suivi par l’essai réel du geste métier (87 %), mais seul un jeune sur deux a eu une expérience de découverte des métiers en milieu professionnel avant de faire son choix d’orientation.

 Finances et manque de confiance sont les principaux obstacles au développement de l’ambition professionnelle

Pour 61,2 % du public, les moyens financiers sont un frein à l’ambition. Le manque de confiance en soi est un obstacle pour 40,7 %. Un jeune sur trois en moyenne considère que la méconnaissance des métiers et des formations freine son ambition. La mobilité géographique est perçue comme étant un obstacle pour un jeune sur quatre.

II – Les grands principes de la stratégie régionale

 

Principe n° 1 :  Développer l’ambition

Plusieurs objectifs sont ici poursuivis :

1) Elever le niveau de qualification

Le niveau de qualification des emplois en Normandie reste très marqué par les spécialisations économiques régionales, notamment l’industrie (3ème pôle aéronautique et spatial français, 70 % des activités de R&D du secteur automobile, 1er secteur d’emploi industriel sur le territoire). La situation est toutefois peu favorable :

- Un faible taux de qualification : seulement 22 % de la population normande non scolarisée de plus de 15 ans a un diplôme de l’enseignement supérieur, soit 8,5 % de moins que dans l’ensemble des régions métropolitaines, faisant de la Normandie la région la moins diplômée de l’enseignement supérieur (source : INSEE 2015).

- Un taux de poursuite d’études supérieures plus faible que la moyenne nationale, avec une orientation privilégiant les filières courtes, professionnelles et technologiques (STS, IUT et formations paramédicales et sociales), supérieure à la moyenne nationale.

- Une proportion d’étudiants inscrits dans un cursus Licence supérieure à la moyenne nationale, contrairement au niveau Master.

Pourtant, la demande d’emplois requérant un haut niveau de qualification ne se dément pas depuis plus de 30 ans, notamment dans le secteur de l’industrie, des services ou encore du numérique.

Il est donc plus que nécessaire d’attirer les jeunes vers des filières d’excellence, nécessitant des compétences spécifiques et un niveau d’études avancé.

 

2) Promouvoir la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI) et le numérique

Depuis la loi Enseignement Supérieur et Recherche du 22 juillet 2013, les Régions sont chargées de coordonner la diffusion de la CSTI sur leur territoire. En déclinaison du Schéma Régional Enseignement Supérieur, Recherche et Innovation (SRESRI), la Région Normandie a adopté, en mars 2019, sa nouvelle sa stratégie régionale de la diffusion de la CSTI. Elle affiche quatre ambitions :

-          Participer à une meilleure orientation des jeunes normands

-          Faire de la CSTI un levier en faveur de l’égalité femmes-hommes

-          Rapprocher les Normands de la culture des sciences

-          Faire de la CSTI un outil d’attractivité et de visibilité des compétences du territoire

Face à la désaffection des études et carrières scientifiques, la Région souhaite faire de la promotion de la culture scientifique et technique un levier d’une meilleure orientation des jeunes.

La promotion et la valorisation des métiers et des filières de formation au numérique sont une des composantes de la stratégie régionale de CSTI qui doit être développée comme un axe spécifique d’actions en matière d’orientation et de formation. 

                 

3) Favoriser la mixité dans les parcours, filières et métiers et lutter contre les stéréotypes

L’égalité des filles et des garçons est un principe fondamental inscrit dans le code de l'éducation. Néanmoins, on observe des différences dans les choix d’orientation des filles et des garçons. Si, dès l'école primaire, les filles obtiennent de meilleurs résultats scolaires que les garçons, on constate qu’elles restent sous-représentées dans certaines voies.

Au lycée, elles s’orientent davantage vers l’enseignement général et technologique que vers l’enseignement professionnel où on les retrouve majoritairement dans le domaine des services (coiffure, esthétique, sanitaire et social). Après le baccalauréat, elles ne représentent que 15 % des élèves dans la filière numérique et seulement 27 % des diplômes d’ingénieur leur sont délivrés. Les garçons quant à eux s’orientent moins vers les formations paramédicales et sociales où ils ne représentent que 15 % des élèves, sachant qu’en 2001 ils étaient 18 %.

Ces données nationales issues de la publication de la Direction de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance (DEPP) 2019 et du Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes (HCE) sont des tendances également observées en Région Normandie. 

Il convient de souligner que les différences d’orientation entre filles et garçons ont des conséquences sur leur insertion dans l’emploi, c’est la raison pour laquelle il est nécessaire d’agir sur les représentations et stéréotypes liés aux métiers afin de favoriser la mixité.

Lors de l'accompagnement des élèves dans la conception de leurs projets de poursuite d'études ou d'insertion professionnelle, des actions spécifiques doivent être menées, auprès des enseignants, des élèves et de leurs familles, des professionnels de l’orientation, pour lutter contre les stéréotypes et promouvoir, auprès des filles comme des garçons, les filières qui sont les moins mixtes.

 

4) Valoriser une voie professionnelle choisie

L’objectif est de faire de la voie professionnelle une voie d’excellence. L’orientation vers cette voie doit résulter d’un choix réfléchi et accompagné. Il convient également de promouvoir la poursuite d’études au sein de cette voie. La réflexion conduite en matière d’évolution de la carte des formations poursuit le même objectif ainsi que le développement des Campus des Métiers qui sont des outils au service de l’ambition des élèves, des enseignants et des familles. Une attention particulière devra être portée aux familles qui sont les principaux « accompagnateurs » de la démarche d’orientation des jeunes.

 

5) Développer la mobilité

La mobilité est une des clés de l’émancipation des jeunes, mais c’est aussi et surtout un droit[4].

Les populations les plus jeunes et socialement les plus fragiles (faible niveau de diplôme et faibles revenus) sont les plus touchées par les problèmes de mobilité et d’accès à l’emploi : respectivement 43% et 46% des 18-24 ans déclarent avoir renoncé à un entretien (embauche ou recherche d’emploi) et avoir refusé un travail ou une formation, faute de pouvoir s’y rendre[5].

Face à cet enjeu, il est nécessaire de développer un véritable apprentissage de la mobilité y compris à l’international, ainsi que des actions innovantes sur les territoires, en lien avec les collectivités.

              

Principe n° 2 : 

Développer la compétence à s'orienter tout au long de la vie

 Dans notre société en pleine évolution, la question du développement des compétences à s’orienter tout au long de la vie, même si elle n’est pas nouvelle, se pose avec plus d’acuité. Quel que soit son statut, ou son âge, faire des choix éclairés n’est pas si simple. Avoir de l’information sur les métiers ou avoir élaboré un projet professionnel ne suffit pas toujours.

Les parcours professionnels sont de moins en moins linéaires et les transitions professionnelles se multiplient, qu’elles soient choisies ou contraintes. Cette incertitude croissante génère de l’inquiétude.

Face à ce constat, la nécessité de développer des compétences à s’orienter tout au long de la vie devient un leitmotiv fédérateur. La loi du 5 septembre 2018 s’inscrit dans cette démarche citoyenne d’émancipation et de choix de projet de vie pour chacun. L’objectif est ici de dédramatiser le parcours d’orientation et de permettre aux jeunes de formuler des choix d’orientation réfléchis et éclairés, constituant l’une des conditions de leur réussite et de leur meilleure insertion professionnelle.

Lorsqu’on évoque les compétences à s’orienter, de quoi parle-t-on exactement et comment peut-on aider à développer ces compétences ?

1) Compétences à s’orienter : de quoi parle-t-on ?

Les vocables orientation et compétences recouvrent plusieurs notions difficiles à caractériser et traduisent plusieurs préoccupations. Ainsi, l’orientation est utilisée aujourd’hui dans des actions ou des dispositifs relevant de l’information métiers, de l’affectation, de l’évaluation, de l’aide au choix d’une formation ou d’un métier, ou encore du développement de compétences à s’orienter. Elle renvoie ainsi à 3 notions : 

-    Le but (ce vers quoi on tend)

-    Le parcours (tracer sa route)

-    Le sens (ce qui mobilise)

Les compétences sont quant à elles au cœur de tous les débats, de la loi du 5/09/2018 (France compétences, OPCO, PIC…) à l’AFEST (Action de Formation En Situation Professionnelle), et sont aujourd’hui centrées sur les « soft skills » : compétences comportementales transversales (savoir prioriser, créativité, adaptabilité, initiative…), « career management skills » : apprentissage de l’évolution de carrière.

Les préoccupations des publics en phase d’orientation sont multiples :

-  Vers quelles études ou formations m’engager ?

-   Quels métiers ou activités me conviendraient ?

-   Comment faire face aux diverses transitions dans mon existence (personnelles, professionnelles) ?

Le Conseil de l’Union européenne a donné sa définition de l’orientation dans une résolution du 21/12/2008: « Un processus continu qui permet aux citoyens, à tout âge et tout au long de leur vie, de déterminer leurs capacités, leurs compétences et leurs intérêts, de prendre des décisions en matière d'éducation, de formation et d'emploi et de gérer leurs parcours de vie personnelle dans l'éducation et la formation, au travail et dans d'autres cadres où il est possible d'acquérir et d'utiliser ces capacités et compétences. »

Les référentiels de compétences à s’orienter, qu’il s’agisse de Pôle emploi ou du parcours Avenir de la 6ème à la terminale tendent tous vers cette affirmation de la nécessité de passer d’une orientation subie à une orientation choisie.

2) Comment aider à développer les compétences à s’orienter ?

En permettant à chacun de naviguer et de faire des choix éclairés, en identifiant la part de risques acceptables et les incertitudes. L’orientation doit se concevoir dans une logique d’ensemblier avec une combinaison sur 3 registres : 

informatif : développer la connaissance de l’environnement : chercher, découvrir à travers l’expérience, les opportunités du numérique…

éducatif : apprendre à décoder les informations, être attentif aux évolutions, reconnaitre les opportunités…

- expérientiel et coopératif : avoir des points de repère personnels, vécus et collectifs ; participer à des actions collectives et coopératives (citoyenneté, réhabilitation, art, culture…)

L’action et l’expérience sont au cœur de la stratégie régionale, au service d’un usager qui devient  contributeur, en développant des lieux d’expérience pour éveiller la curiosité et élargir les opportunités et en proposant des réponses collectives où tous les acteurs d’un territoire sont partie prenante. 

          

Principe n° 3 : 

Renforcer le lien avec les acteurs de l'économie régionale

La question des compétences pour demain est un facteur critique de risque pour le maintien et le développement des entreprises[6], quel que soit leur statut ou leur taille, au regard des mutations qui s’imposent à elles. Pour le public en devenir, l’adéquationnisme entre les besoins de main-d’œuvre et les ressources disponibles sur le marché du travail ne peut être un objectif. Il faut aussi penser l’orientation des jeunes en fonction des métiers de demain. Il convient pour les entreprises de se mobiliser en lien avec les acteurs relais de l’emploi et de l’orientation dans une démarche anticipatrice et durable, selon leurs territoires d’influence afin d’assurer leur recrutement ou leur renouvellement de main d’œuvre.

La Région, dans le cadre de sa stratégie en matière d’orientation professionnelle liée à sa nouvelle compétence sur l’information métiers, entend proposer aux entreprises, ainsi qu’aux branches professionnelles et aux filières, un cadre fédérateur pour coordonner leurs nombreuses initiatives et engagements du quotidien afin de démultiplier les énergies et amplifier les actions auprès de toutes les parties prenantes.

Les principaux objectifs sont les suivants :

-          mettre les entreprises et les branches professionnelles au cœur de la gamme de service déployée par l’agence régionale de l’orientation et des métiers, considérant que les enjeux de l’expérience dans la découverte des métiers et de la relation avec les professionnels sont deux ambitions fortes du projet régional.

-          Inscrire les entreprises dans un processus de responsabilité sociétale sur la dimension orientation/formation/emploi au travers d’engagements négociés dans la gamme de service.

La dynamique engagée entre la Région et les branches professionnelles dans le cadre des accords de partenariat est le cadre de référence pour négocier avec les professionnels leur niveau d’engagement au titre de l’offre de service (ex : interventions dans les établissements de formation, accueil de stagiaires, appui-conseil aux publics bénéficiaires….).

Une nouvelle offre de service basée sur l’immersion et l’expérience en entreprise doit être proposée. Les actions à mettre en œuvre seront :

- construire et piloter la gamme de service de l’agence régionale de l’orientation et des métiers avec les professionnels en les intégrant dans l’instance consultative de l’agence.

-    Créer un réseau d’ambassadeurs métiers, afin d’assurer des mises en relation, des conseils, voire des accompagnements spécifiques de la part des professionnels. Il convient de coordonner toutes les initiatives existantes en la matière de la part des branches, des filières ou des organismes consulaires et de les amplifier par l’usage d’applications numériques, afin de fluidifier les relations et de les accélérer. Ce réseau doit être l’occasion d’informer et de promouvoir les métiers techniques (ou dits manuels) auprès du plus grand nombre.

-  Proposer aux entreprises des évènementiels de niveau régional et local sur les territoires afin de promouvoir leurs métiers et leurs perspectives (ex: sélection régionale des Olympiades des Métiers, action territoriale avec les collèges/lycées) auprès de tous les publics intéressés.

-  Mettre en place un espace d’innovation et de développement en matière d’orientation et d’information métiers avec les branches professionnelles et les entreprises, afin d’expérimenter des actions innovantes ou des usages nouveaux (ex : chaîne You Tube des métiers en Normandie, jeux de société pour mieux connaître les métiers …).

-  Inscrire les bonnes pratiques des entreprises et des branches professionnelles dans une charte régionale d’engagement sur le champ des compétences et des ressources humaines, voire labelliser les entreprises régionales, contribuant ainsi à renforcer leur marque employeur et leur responsabilité sociétale d’entreprise.

Les entreprises « citoyennes » seront ainsi au cœur du dispositif. La Région encouragera une démarche volontariste pour la promotion de leurs savoir-faire et de leurs métiers afin de témoigner et faire partager leur expérience. L’accueil dans les entreprises sera valorisé par une charte d’engagement régionale, ainsi que par la mise en place d’un réseau d’ambassadeurs métiers normand.

Par leurs conseils, leurs témoignages et leurs soutiens, ces professionnels reconnus permettront aux différents publics de préciser leurs choix, d’être aidés dans leurs démarches et dans la construction de leurs projets.

       

Principe n° 4 : 

Partager la connaissance des réalités des territoires avec les territoires

Agir au plus près des territoires est un facteur clé de la réussite de la stratégie régionale de l’orientation. 

La Région est en connexion permanente sur les territoires avec le monde économique et social au travers de ses compétences dans les champs de la formation professionnelle, du développement économique, de l’aménagement des territoires, des transports, etc…

Ce lien au territoire est essentiel dans l’exercice de la nouvelle compétence qui lui est confiée par la loi et qui l’engage dans une démarche de transmission et de partage de sa connaissance avec l’ensemble des acteurs. La Région peut s’appuyer sur le  CARIF-OREF qui, par son expertise, contribuera à la réflexion stratégique au travers de données statistiques et d’analyse de l’évolution des emplois et des compétences.

La déclinaison au plus près des territoires de la stratégie régionale s’opérera également grâce au déploiement de coordonnateurs et coordonnatrices territoriaux qui auront pour principales missions :

-  d’être l’interlocuteur  des établissements scolaires et universitaires, pour mettre en œuvre la politique d'information et de découverte des métiers et des formations définie par la Région et le Rectorat, et accompagner  les établissements dans leurs actions,

-  de coordonner la lutte contre le décrochage scolaire,

d’animer le service public régional de l’orientation (SPRO) local,

-   d’être le référent territorial des actions de promotion de la VAE – validation des acquis de l’expérience.

Les chefs d’établissements auront ainsi un interlocuteur, un « facilitateur » dédié sur le territoire, sur lequel ils pourront s’appuyer pour mener leurs actions. Le coordonnateur mettra à leur disposition une gamme de services et d’outils homogènes de nature à garantir une réelle équité territoriale et une égalité d’accès à l’information pour tous les publics.

Dans le champ de l’information et de la promotion des métiers, des évènements territoriaux seront organisés avec l’appui et en lien avec les acteurs locaux.

La mise en œuvre opérationnelle de cette coordination territoriale s’appuiera en partie sur la mise à disposition, prévue par la loi du 5 septembre 2018, de personnels volontaires de l’Education nationale. 

Cette coordination territoriale constitue l’un des leviers du développement de l’offre de service de l’agence de l’orientation, en réponse aux besoins des territoires. Ce lien au territoire est essentiel pour adapter en continu la stratégie régionale aux réalités du terrain et l’inscrire dans la durée. Un partenariat sera recherché en particulier avec les EPCI, afin de faciliter la mise en place d’actions de découverte des métiers et du monde du travail. Une attention particulière sera portée aux problématiques liées à la mobilité. Les échanges d’expériences, l’essaimage, la mutualisation de moyens concourront également à la dynamique territoriale.

             

Principe n° 5 : 

Accompagner les acteurs de l’orientation pour leur permettre d’accéder à la connaissance et aux outils nécessaires à leur mission

 Les acteurs de l’orientation (équipes éducatives, relais du SPRO…) s’investissent quotidiennement dans l’accompagnement des jeunes. Ainsi, 85 % des jeunes ont participé à au moins une activité en lien avec l’orientation pendant leur scolarité[7]

Il a toutefois été mis en lumière la nécessité de développer des compétences à s’orienter afin de passer d’une orientation subie à une orientation choisie. Face à ce nouvel enjeu d’éducation à l’orientation, il ne s’agit plus seulement d’aider les jeunes, mais aussi de les doter de nouvelles compétences (identifier ses goûts, ses appétences, ses compétences, savoir prendre des décisions face aux mutations de marché, trouver des formations adaptées à des reconversions…) qui leur permettront de gérer leur carrière professionnelle sur le long terme.

Le rôle des équipes éducatives est majeur pour accompagner la démarche tendant à accroître l’ambition. Le rapport de Pascal Charvet « Refonder l’orientation – Un enjeu Etat-Régions », publié le 26 juin 2019, milite en faveur d’une nouvelle pédagogie de l’orientation. La stratégie régionale s’inscrit dans cette dynamique. La Région et l’agence régionale apporteront leurs contributions à la formation des équipes éducatives dans le cadre du plan académique de formation sur le champ de l’information métiers. Des immersions en entreprise leur seront notamment proposées.

La stratégie régionale s’attachera également à renforcer la coopération entre les acteurs du service public régional de l’orientation par le développement d’une culture professionnelle commune en matière de services d’orientation tout au long de la vie. L’agence régionale veillera particulièrement à favoriser le travail en inter-réseaux pour avoir une vision globale des dispositifs et des réponses possibles au regard des situations rencontrées par les différents acteurs. Une action spécifique sera menée en vue de fédérer les multiples acteurs, associatifs et bénévoles, présents sur les territoires, avec pour objectif de susciter une émulation par la mise en réseau et de favoriser l’interconnaissance des nombreuses initiatives locales.

Enfin, une attention particulière sera portée aux familles qui sont les principaux « accompagnateurs » de la démarche d’orientation des jeunes et la première source d’influence, devant les acteurs de l’école. Les jeunes déclarent largement que leurs parents ont été leur interlocuteur pour échanger sur l’orientation (80%). Une autre réalité apparait toutefois derrière ce chiffre : les élèves ayant des parents cadres et de professions intermédiaires ont été nettement plus accompagnés par leur famille dans la recherche d’informations que les enfants d’ouvriers ou d’agriculteurs. Cette situation génère une inégalité sociale inacceptable.

Aussi, il convient de mettre en place une stratégie ambitieuse d’information à destination des parents. Cette information pourra se faire au travers par exemple de temps d’échange sur des thèmes variés comme l’information disponible sur internet, aider son enfant à faire des choix, les forces et faiblesses d’un territoire, les métiers qui recrutent, etc… Des parents « témoins » seront également encouragés et formés à venir présenter leur métier à l’occasion de forums dans les établissements scolaires.

 

III – Les axes opérationnels de la stratégie régionale

Axe opérationnel n°1 : 

Mettre en place une offre de service pour tous les publics

 

L’offre de service est le cœur de la stratégie régionale et le cœur de métier de l’agence régionale. Elle vise à déployer une offre complète d’accueil de proximité et de conseil personnalisé, ainsi qu’une large gamme d’expériences immersives. Déclinée au plus près des territoires, elle cible tous les publics.

L’axe opérationnel se décline en six fiches-actions :

-          Fiche-action n° 1-1 : Un réseau de proximité d’information sur l’orientation et la formation

L’action vise à permettre à tous les publics de bénéficier au plus près de chez eux d’une information dans les différents champs de la compétence régionale, l’orientation étant l’un de ces champs concernés par la mise en place de cette offre de service. Des partenariats avec des EPCI pourront être déclinés pour favoriser ces accueils physiques.

-          Fiche-action n° 1-2 : Une offre de conseil de premier niveau pour tous les publics 

Orientation, réorientation, évolution professionnelle, formation professionnelle : des professionnels normands sont à l’écoute des Normand.e.s. Deux offres de conseil sont proposées : un conseil individuel, à distance ou en présentiel, et un conseil collectif. Le numéro gratuit Parcours-Métiers sera ouvert à tous les publics.

-          Fiche-action n° 1-3 : L’information conseil en VAE – validation des acquis de l’expérience 

La fonction conseil sera renforcée dans le domaine de la VAE, afin de mieux accompagner les personnes dans leur parcours d’accès à la certification. Des actions de professionnalisation sur le champ des compétences et des certifications seront mises en œuvre auprès des points relais conseil.

-          Fiche-action n° 1-4 : Des offres de stages et d’expériences immersives

L’offre de service vise à démultiplier, pour tous les Normand.e.s, les chances de vivre un stage de découverte métier, une expérience immersive. Une plateforme numérique permettra la rencontre de l’offre de stages (entreprises, administrations, artisans, associations) et de la demande (élèves, étudiants, familles, jeunes en insertion, adultes en reconversion ou en recherche d’emploi).

-          Fiche-action n° 1-5 : Des plateaux techniques accessibles à tous

L’action vise à permettre l’accès aux plateaux techniques des lycées professionnels, des CFA, des organismes de formation et des entreprises, et à ouvrir une plateforme numérique recensant les plateaux techniques et proposant une planification de leur accès.

-          Fiche-action n° 1-6 : L’accompagnement des publics pour une mobilité réelle et active

La question de la mobilité, ou plus précisément de la faible mobilité des publics est particulièrement marquée en Normandie. L’objectif de cette action est de proposer des expérimentations, en lien avec les acteurs des territoires, en particulier les EPCI, afin d’enrichir l’offre de service et de garantir une réelle équité territoriale et une égalité d’accès, pour tous les publics, à l’information, à la formation et à l’emploi. Un état des lieux sera engagé en vue d’émettre des propositions adaptées. 

                 

Axe opérationnel n°2 :

Informer, communiquer, promouvoir et valoriser les métiers et les formations

 L’information sur les métiers et les formations est la nouvelle compétence transférée aux Régions par la loi du 5 septembre 2018. Elle sera mise en œuvre par l’agence régionale, au travers notamment d’un plan évènementiel et de communication qui s’appuiera largement sur les outils numériques.

La lutte contre les stéréotypes de genre s’inscrit en transversalité de cet axe opérationnel qui se décline en sept fiches-actions :

-          Fiche-action n° 2-1 : L’évènement régional annuel des métiers et des formations en Normandie

Une manifestation régionale des métiers avec l’ensemble des branches professionnelles et les autres partenaires de l’orientation et de la formation (au même moment que les sélections régionales des Olympiades des métiers) sera organisée tous les ans.

En  2020, trois jours de manifestation se tiendront au parc des expositions de  Rouen les jeudi 6, vendredi 7 et samedi 8 février : immersions, découvertes, gestes métiers, rencontres avec des professionnels, des conseillers, des centres de formation, conférences à destination des familles, etc…

-          Fiche-action n° 2-2 : Des évènements thématiques régionaux

Tout au long de l’année, l’agence régionale mettra à la disposition des partenaires, lors d’évènements thématiques ou territoriaux, une ingénierie et des outils d’information Métiers : les métiers qui recrutent, les forces des territoires, la promotion de l’apprentissage comme méthode pédagogique, etc… 

-          Fiche action n° 2-3 : Des évènements sur les territoires 

L’agence régionale organisera ou contribuera à des évènements sur les territoires sous différents formats : une journée / une thématique, des visites d’entreprises, des forums métiers dans les établissements scolaires, des portes ouvertes de structures telles que les organismes de formation, école d’ingénieurs, etc…

-          Fiche action n° 2-4 : Le premier salon virtuel « Ma seconde orientation »

Ce salon virtuel sera un évènement régional en ligne permettant d’informer, accompagner, redonner confiance à des étudiants en décrochage quelques mois après la rentrée universitaire. Grâce aux technologies 3D, il sera possible de se déplacer au sein d'un espace immersif, au plus proche de la réalité pour entrer en contact avec des professionnels, contacter des conseillers, découvrir des métiers, contacter des écoles, réaliser des « tests » d’orientation, participer à des conférences en ligne, etc…   Une expérimentation sera menée dès novembre / décembre 2019.

-          Fiche-action n° 2-5 : Des kits métiers immersifs et ludiques

Des outils de valorisation de tous les secteurs professionnels et des métiers seront mis à disposition des partenaires lors des différentes manifestations sur les territoires. Ces kits seront co-construits avec les branches professionnelles et seront une marque de fabrique de l’agence lors de la manifestation régionale annuelle et des évènements territorialisés.

-          Fiche-action n° 2-6 : La culture digitale au service de l’orientation et de l’information métiers

L’action vise à permettre à tous les publics d’avoir accès à des ressources et services digitaux régionaux pouvant les éclairer et les aider dans un parcours d’orientation tout au long de la vie. Une approche ludique de l’information sera développée, ancrée dans les pratiques numériques actuelles telles que la réalité virtuelle, la réalité augmentée, la vidéo immersive (360°), le motion design, etc… La culture digitale sera diffusée à travers la création d’une chaine TV de l’orientation, de vidéos agiles, d’applications mobiles, d’animation de communautés via les réseaux sociaux.

-          Fiche-action n° 2-7 : Objectif mixité

Lors de l'accompagnement des élèves dans la conception de leurs projets de poursuite d'études ou d'insertion professionnelle, des actions spécifiques doivent être menées, auprès des enseignants, des élèves et de leurs familles, des professionnels de l’orientation, pour lutter contre les stéréotypes et promouvoir, auprès des filles comme des garçons, les filières qui sont les moins mixtes.

                 

Axe opérationnel n°3 :

Accompagner les acteurs de l’orientation, les équipes éducatives et les familles

 L’objectif de la stratégie est de mobiliser toutes les ressources humaines disponibles sur les territoires. Si les équipes éducatives sont au cœur du dispositif, la place des familles reste essentielle et justifie qu’un accompagnement spécifique leur soit dédié.

L’axe opérationnel se décline en sept fiches-actions :

-          Fiche-action n° 3-1 : Des ateliers d’accompagnement des pratiques d’orientation

Cette offre, destinée aux professionnels, vise à partager une définition commune de l’orientation et des modalités d’intervention. Elle pourra se traduire, d’une part, par une intervention dans le cadre du Plan Académique de Formation et, d’autre part, par une offre de service supplémentaire au travers d’ateliers de pratique d’orientation.

-          Fiche-action n° 3-2 : Des journées de découverte du monde professionnel

L’action s’adresse aux professionnels de l’accueil – information – orientation et du conseil en évolution professionnelle, ainsi qu’aux personnels de l’Education nationale. Elle consiste à définir une programmation annuelle d’actions d’immersion par filières, secteurs ou métiers. Chaque action pourra être de durée et de format différent selon les ressources du territoire.

-          Fiche-action n° 3-3 : La fédération des associations et bénévoles de l’orientation

L’action vise à permettre aux acteurs associatifs et bénévoles de se rencontrer et à susciter une émulation par la mise en réseau des différentes associations présentes sur le territoire dont les actions sont souvent complémentaires. L’agence régionale aura un rôle de facilitateur et de mise en réseau. Elle pourra apporter une aide matérielle (mais non financière) et un appui en ingénierie aux actions locales portées par ces structures.

-          Fiche-action n° 3-4 : Les cafés des parents 

L’action vise à accompagner des groupes de parents dans leur rôle de « guide » à l’égard de leurs enfants en matière d’orientation. Des groupes de 15 à 20 parents seront réunis pour des temps d’échanges courts, animés par des professionnels. Ces « cafés des parents » se tiendraient à 3 périodes clés de l’orientation dans l’année : octobre, décembre et février, soit dans les locaux de l’agence régionale, soit sur les territoires, dans  des locaux associatifs, maisons de service public, cafés, etc…

-          Fiche-action n° 3-5 : Des parents témoins de leur métier

L’agence régionale proposera aux parents qui interviennent au sein des établissements scolaires, lors de forums ou de salons, un kit ou guide pour les accompagner dans leurs présentations, les sensibiliser aux stéréotypes ancrés dans les représentations métiers, et leur proposer des outils pour étayer leurs témoignages.

-          Fiche-action n° 3-6 : Des actions pour une approche participative des familles

Des cycles de conférences / séquences / ateliers seront organisés à destination des familles et des jeunes, afin de développer des échanges et de les informer sur des thématiques « Orientation », « Réorientation »,  « Formation », etc… ou sur des zooms spécifiques tels que l’alternance.

-          Fiche-action n° 3-7 : Le panorama des dispositifs d’orientation

L’action vise à rendre lisible l’ensemble des dispositifs d’orientation et d’insertion professionnelle, par une grille de lecture qui permettra le recensement des dispositifs existants et aboutira à l’élaboration d’un panorama dynamique mis à disposition des professionnels intervenant dans les champs de l’orientation, de la formation et de l’emploi. Ce panorama, adossé à une plateforme collaborative, pourra évoluer vers une cartographie interactive.              

Axe opérationnel n°4 :

Renforcer le lien entre les acteurs économiques et les territoires

 La Région entend proposer aux entreprises, ainsi qu’aux filières et branches professionnelles, un cadre fédérateur pour coordonner leurs nombreuses initiatives et engagements du quotidien afin de démultiplier les énergies et amplifier les actions. Ainsi, les entreprises normandes seront au cœur de la gamme de services déployée par l’agence régionale ; elles seront par ailleurs associées à sa gouvernance.

L’axe opérationnel se décline en trois fiches-actions :

        -     Fiche-action n° 4-1 : Une charte d’engagement avec les entreprises

La charte d’engagement régionale traduira la responsabilité sociétale des entreprises au travers de :

  • l’accueil de stagiaires, 
  • l’organisation de visites d’entreprises, 
  • l’appel au volontariat d’ambassadeurs métiers,
  • la mise à disposition de leurs plateaux techniques et de leurs équipes.

L’implication des acteurs socio-économiques dans leur ouverture à la découverte des métiers sera valorisée par l’attribution d’un label.

-          Fiche-action n° 4-2 : Un réseau d’ambassadeurs métiers normand

L’action consiste à mettre en place un réseau d’ambassadeurs métiers engagés aux côtés de la Région dans le cadre d’une charte d’engagement et au titre d’une démarche volontariste pour la promotion de leurs savoir-faire et de leurs métiers, afin de témoigner et faire partager leur expérience. Par leurs conseils, leurs témoignages et leur soutien, ces professionnels permettront aux différents publics en démarche d’orientation de préciser leurs choix et d’être aidés dans la construction de leur projet.

-          Fiche-action n° 4-3 : La contractualisation avec les branches professionnelles

L’agence régionale sera associée à l’animation, menée par la Région, des accords de partenariat avec les branches professionnelles et les filières. Par ces accords, la Région Normandie et les branches professionnelles s’engagent à collaborer dans un objectif d’évolution de l’offre de formation et mettront en œuvre des actions mutualisées et renforcées sur le champ de l’orientation-emploi-formation, avec une visée d’insertion professionnelle des différents publics.

                 

Axe opérationnel n°5 :

Lutter contre le décrochage scolaire

La Normandie reste un territoire touché plus que la moyenne française par le phénomène de décrochage scolaire. L’objectif de la stratégie régionale est de mettre en place un partenariat innovant Education nationale / Région, en vue de mieux observer et diagnostiquer le territoire régional sur cette problématique, et de mieux articuler les solutions proposées, afin de prévenir au mieux le phénomène de décrochage.

L’axe opérationnel se décline en quatre fiches-actions :

-          Fiche-action n° 5-1 : Un observatoire du décrochage scolaire en Normandie

L’observatoire de lutte contre le décrochage scolaire établira des études et analyses en amont, sur les facteurs de décrochage et les spécificités constatés sur les territoires, comme en aval, sur les solutions proposées. Les résultats fournis par l’observatoire permettront d’alimenter le rapport annuel sur la situation du décrochage en Normandie.

-          Fiche-action n° 5-2 : Un réseau des acteurs de la lutte contre le décrochage scolaire à animer

Cette action vise à favoriser l’émergence d’une gouvernance souple, réunissant l’ensemble des acteurs agissant sur la lutte contre le décrochage scolaire, dans une dynamique partenariale avec l’objectif d’une perception fine des besoins du territoire, des publics et des professionnels. Il est proposé la mise en place d’une animation régionale des plateformes de suivi et d’appui aux décrocheurs (PSAD) autour de trois modalités : un groupe projet, un comité des PSAD, réuni deux à trois fois par an, et une réunion plénière annuelle.

        -     Fiche-action n° 5-3 : Une offre de service de lutte contre le décrochage scolaire à faire connaitre

Cette offre a pour but de démultiplier les actions de communication régionales et territoriales, en vue de mieux faire connaître l’offre de service normande, tant sur la persévérance que sur la remédiation. Sont notamment prévus un temps fort annuel auprès des professionnels normands et des familles, un programme d’actions territoriales d’interconnaissance des acteurs de persévérance/remédiation, ainsi qu’un document dématérialisé de communication.

        -     Fiche-action n° 5-4 : Un suivi en temps réel des places de remédiation disponibles

L’offre de service de remédiation s’étoffe au fur et à mesure en Normandie (écoles de production, microlycées, établissements publics d’insertion de la défense (EPIDE), etc…). Toutefois, certains de ces outils n’accueillent pas toujours autant de jeunes qu’ils le pourraient. La mise en place d’une plateforme de suivi en temps réel des places disponibles au sein de chacune des solutions de remédiation permettra, pour toute personne effectuant des préconisations auprès des jeunes (professeurs principaux, psychologues de l’Education nationale, conseillers de la mission de lutte contre le décrochage scolaire et des missions locales, etc…), de donner des conseils en correspondance avec les possibilités effectives.

 

Axe opérationnel n°6 :

Créer une agence régionale de l’orientation et des métiers

 L’agence régionale de l’orientation et des métiers est l’instrument de la stratégie régionale dont elle sera chargée de la mise en œuvre. Elle sera un lieu privilégié d’échanges, de partage des connaissances et d’expérimentation, au service de tous les publics, des professionnels et des territoires. La Région y associera l’ensemble de ses partenaires au sein d’une gouvernance partagée. 

La mise en œuvre de l’offre de service ne sera efficace sur l’ensemble du territoire normand que si elle est menée au plus près du terrain et en lien avec tous les acteurs concernés. La déclinaison territorialisée de la stratégie régionale, par le biais notamment de postes de coordonnateurs et coordonnatrices territoriaux, constitue un des facteurs clé de sa réussite.

L’axe opérationnel se décline en deux fiches-actions :

        -     Fiche-action n° 6-1 : La construction de l’agence

L’agence sera un établissement public local dont le siège sera situé à Rouen. Des antennes seront implantées notamment à Caen et Le Havre. Son ouverture sera effective au 1er janvier 2020.

La gouvernance de l’agence sera organisée en deux instances :

  • un conseil d’administration composé de représentants de la Région, de l’Etat, des conseils départementaux, des organisations patronales et consulaires et des universités ;
  • un conseil consultatif composé de membres reconnus pour leur implication et leur expertise dans le champ de l’orientation et de l’information sur les métiers et les formations. Il sera organisé en quatre  collèges : EPCI, branches professionnelles et filières, réseaux d’acteurs du service public régional de l’orientation, associations actives dans le champ de l’orientation.

 

L’effectif de l’agence sera compris entre 45 et 50 personnes.

        -     Fiche-action n° 6-2 : La création d’une coordination territoriale

Répartis par secteurs géographiques sur l’ensemble du territoire, les coordonnateurs/coordonnatrices territoriaux seront les interlocuteurs des établissements d’enseignement, pour mettre en œuvre les actions d'information et de découverte des métiers et des formations à destination des publics scolaire, étudiant et apprenti. Ils formeront des référents des équipes éducatives aux actions et outils d'information et de découverte des métiers et des formations développés par l’agence. Ils développeront des relations partenariales dynamiques avec les acteurs du service public régional de l’orientation (SPRO). Ils seront les référents territoriaux des actions de lutte contre le décrochage scolaire et des actions de promotion de la validation des acquis de l'expérience.

 

TITRE 2 : ORGANISATION ADMINISTRATIVE

 

SOUS-TITRE 1 : CONSEIL D’ADMINISTRATION

Article 4 – Composition 

Article 4.1 – Nombre des administrateurs

 

L’AGENCE est administrée par un conseil d’administration composé de :

-   6 représentants de la Région Normandie ;

-   5 représentants des Conseils départementaux, à raison d’un représentant pour chacun des 5 Conseils départementaux de Normandie ; 

-   5 représentants des services de l’Etat : 1 représentant du Préfet de région, 3 représentants du rectorat, 1 représentant de la DRAAF ;

-   3 représentants des organisations patronales : MEDEF, CPME, U2P ;

-   3 représentants des organisations consulaires : CCI Normandie, chambre de métiers et de l'artisanat de Normandie, chambre régionale d'agriculture de Normandie.

-   1 représentant de l’université de Caen Normandie.

-   1 représentant de l’université Le Havre Normandie.

-   1 représentant de l’université de Rouen Normandie.

 Les représentants de la Région Normandie disposent chacun de 4 voix.

Les représentants du rectorat disposent chacun de 2 voix. Les autres administrateurs disposent chacun d’une voix.

 

Article 4.2 – Désignation des administrateurs

Procédure :

 

 

 

les administrateurs sont désignés par l’organe délibérant du Conseil régional de Normandie, sur proposition du Président de celui-ci. Il est mis fin à leurs fonctions dans les mêmes formes.

 

Qualité :

Les agents de l’AGENCE ne peuvent être membres du conseil d’administration.

 Les membres du conseil d'administration doivent jouir de leurs droits civils et politiques. De plus, ils ne peuvent :

-  prendre ou conserver un intérêt dans une des structures ou entreprises en rapport avec l’AGENCE ;

-  occuper une fonction dans ces structures ou entreprises ;

-  assurer une prestation pour ces structures ou entreprises ;

-  prêter leur concours à titre onéreux à l’AGENCE.

 

En cas d'infraction à ces interdictions, l'intéressé est déchu de son mandat dans les conditions prévues à l’article R2221-8 du CGCT. 

 

Article 4.3 – Durée du mandat

 Les administrateurs sont désignés pour une durée de 5 ans, renouvelable 1 fois.

Les administrateurs ayant la qualité de représentant élu régional ou départemental sont désignés pour la durée de leur mandat restant à courir.

 

CONVENTION

relative à la mise en œuvre des compétences de l’Etat et de la Région Normandie en matière d’information et d’orientation pour les publics scolaire, étudiant et apprenti                                                                            

Vu l'accord-cadre du 28 novembre 2014 portant sur la généralisation du service public régional de l'orientation (SPRO),

Vu le cadre national de référence conclu le 28 mai 2019 entre l’Etat et Régions de France, 

Vu la charte commune du service public de l’orientation en Normandie, approuvée en octobre 2015,

Vu le contrat de plan régional de développement des formations et de l’orientation professionnelles 2017-2022, adopté le 20 novembre 2017,

Vu le pacte régional des innovations conclu entre la Région Normandie et la région académique Normandie, adopté le 18 mars 2019,

Vu la convention cadre sur la réussite éducative et le modèle de contrat d’objectifs tripartite conclu entre la Région Normandie et la Région académique, adopté le 16 septembre 2019,

Entre

L’ETAT, 

représenté par Monsieur Pierre-André DURAND, Préfet de la région Normandie,

 

LA RÉGION ACADÉMIQUE NORMANDIE,

représentée par Madame Christine GAVINI-CHEVET, Rectrice et Chancelière des universités,

et

LA REGION NORMANDIE, 

représentée par Monsieur Hervé MORIN, Président,

      Il est convenu ce qui suit :                                               

Préambule

La présente convention prend appui sur le cadre national de référence conclu entre l’Etat et Régions de France, visé ci-dessus, ainsi que sur les constats ayant servi de base à la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel

Cette convention repose sur plusieurs grands objectifs politiques et valeurs partagées par ses signataires. Elle est le fruit d’un travail conjoint mené entre les signataires depuis juin 2018, avec la volonté de mettre en cohérence leurs actions dans l’intérêt de tous les publics.

La Normandie compte près de 400 000 jeunes âgés de 15 à 24 ans, soit 12% de la population régionale. Au 5ème rang parmi les 13 régions métropolitaines, la Normandie est riche de cette jeunesse « apprenante » (deux tiers des jeunes normands sont en formation). Toutefois, quelques chiffres-clés révèlent une situation contrastée en termes de réussite scolaire et de niveau de qualification.

Ainsi, la situation des jeunes Normands est globalement plus défavorable que dans le reste de la France :

-       le taux de scolarisation est globalement plus faible de 4 points ;

-       le taux de passage dans l’enseignement supérieur est de 2 points en deçà du taux national ;

-       le taux de chômage régional des 15-24 ans est supérieur de plus de 2 points à la moyenne nationale.

Le niveau de qualification globale de la population normande est également plus faible que dans le reste de la France. 34% de la population normande non scolarisée (15 ans et plus) a peu ou pas de diplôme, contre 30,1% au niveau national. En parallèle, 22% de la population normande est diplômée de l’enseignement supérieur, contre 28,5% de l’ensemble des français.

Cet état des lieux interroge et conduit les signataires à renforcer leur partenariat et à œuvrer de manière coordonnée et complémentaire pour la plus grande réussite des jeunes Normands.

 

Valeurs partagées

 Démarche d’anticipation et de construction personnelle et professionnelle, l’orientation tout au long de la vie est un outil essentiel pour l’accès à la qualification et l’insertion professionnelle.

Au travers du pacte régional des innovations, adopté en mars 2019, la Région et le rectorat se sont engagés à coopérer pour favoriser la plus grande cohérence entre projet pédagogique, dynamique territoriale et innovation. Ce socle fondateur se traduit par des initiatives partagées, une exigence permanente d’innovations pour la valorisation des talents et des compétences de demain et une montée en compétences de l’ensemble des acteurs participant à l’éducation et à l’orientation de tous tout au long de la vie.

Cette coopération s’incarne dans des actions concrètes qui respectent les valeurs suivantes :

-  permettre l’égalité d'accès à une orientation de qualité pour tous les publics, en tenant compte des différences (de genre, de territoire, d’origine sociale…) pour une réelle  équité ;

-   garantir la neutralité et l’objectivité de l'information, en dehors de toute publicité sélective en faveur d’un opérateur ou d’une entreprise en particulier, dans le respect des principes déontologiques, de la vérification de la qualification des intervenants et de l’absence de conflit d’intérêts ;

-   sensibiliser les intervenants extérieurs à l’Education nationale à la démarche d’éducation à l’orientation, afin de développer une culture professionnelle commune ;

-  développer et valoriser l'autonomie de la personne, en lui permettant de s’engager à son rythme dans une démarche constructive et d’acquérir et développer des compétences à s’orienter tout au long de la vie.

 

Objectifs communs stratégiques

L’État et la région coordonnent leurs actions en matière d’information sur les métiers et les formations dans le cadre du renforcement de l’accompagnement à l’orientation à tous les niveaux de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur.

L’Etat, au travers du schéma normand du continuum Collège Lycée Enseignement Supérieur (CLES), et la Région, au travers de la stratégie régionale de l’orientation, poursuivent les objectifs stratégiques suivants :

-   développer l’ambition afin de permettre à chaque jeune de mener à bien un projet qui lui correspond en le rendant acteur de sa propre orientation ;

-   développer la compétence à s’orienter tout au long de la vie afin de passer d’une orientation subie à une orientation choisie ;

-   renforcer le lien avec les acteurs de l’économie régionale et valoriser l’engagement des entreprises régionales dans l’accueil et l’accompagnement des jeunes ;

-  partager la connaissance des réalités des territoires avec les représentants des territoires et notamment les EPCI pour adapter en continu la stratégie régionale aux réalités du terrain et l’inscrire dans la durée ;

-   accompagner les acteurs de l’orientation (équipes éducatives, professionnels de l’accueil – information – orientation, familles) pour leur permettre d’accéder à la connaissance et aux outils nécessaires à leur mission.

L’Etat, par l’action de ses services déconcentrés (dont les CIO), et la Région interviennent de manière coordonnée dans les établissements. Ils veillent à la cohérence, la complémentarité et la continuité de leurs interventions respectives ou conjointes en matière d’information et d’orientation. Ils veillent tout particulièrement à : 

-  améliorer l’accompagnement et la démarche d’information des élèves, apprentis et étudiants pour leur permettre d’élaborer leur projet de manière progressive et réfléchie et ainsi mieux réussir dans la voie qu’ils auront choisie ;

-    renforcer l’accompagnement dans les établissements d’enseignement supérieur, en particulier des étudiants décrocheurs ;

-    valoriser la formation par alternance ;

-   promouvoir les parcours exemplaires, qu’il s’agisse de cursus scolaire ou d’insertion professionnelle réussie ;

-   lutter contre l’autocensure des jeunes et contre les discriminations auprès des publics à profil particulier (handicap) et ouvrir le champ des possibles ;

-  prévenir le décrochage scolaire ;

-  concourir à la mixité dans les métiers et à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes en luttant contre les stéréotypes sexistes ;  

-  présenter dans leur diversité les mondes économique et professionnel ainsi que les différentes voies et modalités de formation dans l’enseignement secondaire et supérieur relevant de différents ministères ;

- garantir la qualité des prestations proposées notamment en s’assurant de la qualification des intervenants et du respect des règles déontologiques ainsi que leur évaluation régulière pour juger de leur pertinence.

Les actions concertées de l’Etat et de la Région sont mises en œuvre dans le cadre du temps dédié à l’accompagnement et à l’orientation des élèves :

-  au collège (y compris en Segpa) : 12 heures annuelles en classe de quatrième et 36 heures annuelles en classe de troisième sont dédiées à l’accompagnement à l’orientation des élèves ; ainsi que les heures d’accompagnement à l’orientation des élèves de quatrième et de troisième de l’enseignement agricole ;

-  au lycée général et technologique : 54 heures annuelles, à titre indicatif, sont dédiées à l’accompagnement au choix de l’orientation à chaque niveau de scolarité ;

-  dans la voie professionnelle (sous statut scolaire ou apprentissage lorsque c’est prévu) : les heures de « consolidation, accompagnement personnalisé et préparation à l’orientation » peuvent être mobilisées :

  • en CAP: 101 heures en première année et 91 heures en deuxième année
  • en baccalauréat professionnel: 105 heures en seconde, 98 heures en première et 91 heures en terminale, ainsi que les heures prévues en baccalauréat professionnel pour les spécialités délivrées par le ministère de l’Agriculture et par le ministère de la transition écologique et solidaire (pour les lycées maritimes)

- dans l’enseignement supérieur : des actions collectives ou individuelles, inscrites dans les maquettes d’enseignement ou optionnelles sur la base d’un repérage des étudiants en difficulté ou du volontariat, sont proposées tout au long du cursus d’études et jusqu’à l’insertion professionnelle. 

Dans ce cadre, un temps spécifique est mis en œuvre par l’équipe éducative afin de favoriser l’appropriation de l’information et l’élaboration d’un projet d’orientation.

Article 1er : objet de la convention 

 La présente convention a pour objet de préciser les modalités de coordination et l’exercice des compétences respectives de l’Etat et de la Région dans la mise en œuvre des actions dans les domaines de l’information sur les métiers et les formations et de l’orientation auprès des élèves et de leurs familles, des apprentis et des étudiants. 

 

Article 2 : modalités d’exercice des compétences de la Région

 La Région Normandie inscrit sa compétence d’information sur les métiers et les formations dans sa stratégie régionale de l’orientation, déclinée en six axes opérationnels :

  1. Mettre en place une offre de service pour tous les publics
  2. Informer, communiquer, promouvoir et valoriser les métiers et les formations
  3. Accompagner les acteurs de l’orientation, les équipes éducatives et les familles
  4. Renforcer le lien avec les acteurs économiques
  5. Lutter contre le décrochage scolaire
  6. Créer l’agence régionale de l’orientation et des métiers 

 

Dans la mise en œuvre des actions d’information sur les métiers et les formations, la Région s’engage à :

-          définir, de manière concertée avec les autorités académiques, un plan d’actions visant à favoriser l’ouverture sur le monde économique et professionnel tout en luttant contre les stéréotypes et les préjugés sexistes ou discriminatoires, en cohérence avec le CPRDFOP ;

-          s’accorder avec les équipes de direction des établissements sur les modalités de l’intervention de l’agence régionale de l’orientation et des métiers dans leurs établissements ;

-          construire un plan d’actions régional en lien avec les services de l’Etat et de l’ONISEP, en matière de production et de diffusion d’information à destination des scolaires et des étudiants. Ce plan d’action est élaboré conjointement entre les acteurs (rectorat, ONISEP, Région) ;

-          mobiliser l’ensemble des réseaux d’acteurs, dont les branches professionnelles et les représentants du monde économique, en vue de :

  • intervenir auprès des établissements d’enseignement scolaire et supérieur et les CFA publics et privés dans le cadre d’actions d’information ;
  • faciliter l’accueil des élèves, des apprentis et des étudiants dans le cadre, le cas échéant, des périodes ou séquences d’observation en milieu professionnel, des périodes de formation en milieu professionnel (PFMP), des formations en apprentissage ou des stages de formation. 

 

Article 3 : modalités d’exercice des compétences de l’Etat

 Dans la région académique, l’Etat, à travers ses services déconcentrés, en particulier les services académiques de l’Education nationale, de l’enseignement agricole et de l’enseignement maritime, et en lien avec les EPLE, les établissements d’enseignement supérieur et l’ONISEP, décline les priorités nationales en termes d’orientation, priorités qui s’inscrivent dans le cadre du parcours individuel d'information, d'orientation et de découverte du monde économique et professionnel, dit parcours Avenir, défini à l'article L331-7 du code de l’éducation pour l’enseignement scolaire et, dans le cadre des missions d’orientation confiées aux universités, aux articles L123-3 et L714-1 et suivants du code de l’éducation. 

L’Etat devra s’assurer : 

-          de la bonne articulation des actions d’information avec les priorités définies au niveau de la région académique et avec le projet d’établissement au niveau local en lien avec les psychologues de l’Education nationale, les équipes éducatives, le CIO et le SCUIO-IP (selon ses spécificités locales) ; 

-          de la mobilisation de ses services avec l’ONISEP et d’autres opérateurs dans une logique de complémentarité avec la Région ;

-          d’une participation active des établissements aux actions d’information sur les métiers et les formations organisées par les régions.

 

La région académique Normandie a élaboré un schéma normand du continuum CLES (Collège Lycée Enseignement Supérieur) qui définit les orientations stratégiques prioritaires, en lien avec le projet éducatif normand garant d’une démarche éducative dans sa cohérence et sa continuité.

Les cinq axes prioritaires s’inscrivent dans le cadre des pôles « Pédagogie de l’information et de l’orientation » et « Persévérance scolaire » :

-          Axe 1 : entrer dans une démarche de projet

-          Axe 2 : articuler orientation et ancrage dans les enseignements

-          Axe 3 : développer les partenariats

-          Axe 4 : former les équipes et diffuser une culture de l’accompagnement et du parcours

-          Axe 5 : favoriser les liaisons pour garantir la continuité des apprentissages

Le projet d’établissement élaboré avec l’équipe éducative (les enseignants, les psychologues de l’Education nationale…) permet d’articuler les propositions pédagogiques à destination des élèves en complémentarité avec l’offre de service de la Région. Sa mise en œuvre se décline dans le cadre des « heures dédiées » à l’accompagnement à l’orientation.

 

Article 4 : modalités de coordination des actions

 À l’échelle de la région académique, les services académiques de l’Education nationale, de l’enseignement agricole et de l’enseignement maritime, une représentation des établissements de l’enseignement supérieur, la Région et l’agence régionale de l’orientation et des métiers, sont les acteurs en charge du suivi et de la coordination des actions d’information sur les métiers et les formations.

Article 4-1 : modalités de coordination à l’échelle régionale

 L’agence régionale de l’orientation et des métiers est un établissement public local, créé à l’initiative de la Région Normandie, pour mettre en œuvre sa stratégie régionale de l’orientation.

Le décret n° 2019-375 du 26 avril 2019, relatif à l’expérimentation de la mise à disposition des Régions de fonctionnaires et d’agents de l’Etat exerçant dans les services et établissements relevant du ministère chargé de l’éducation nationale, offre la possibilité à des fonctionnaires du rectorat de contribuer aux axes définis par l'agence régionale à hauteur d'un pourcentage de leur activité à définir.

C’est au sein des pôles « pédagogie de l’information et de l’orientation » et « persévérance scolaire » que des professionnels de l’orientation participeront à la mise en œuvre de la stratégie partagée de l’orientation en Normandie (cf. schéma joint en annexe).

Le conseil d’administration de l’agence réunit les représentants de la Région et du rectorat et est l’instance de concertation et de coordination dans la mise en œuvre des actions d’information sur les métiers et les formations. 

Un bilan annuel des actions mises en œuvre par l’agence est présenté au comité technique de l’académie normande, ainsi qu’au comité régional de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles, défini à l’article R6123-3 du code du travail. Ce bilan servira de base à l’évaluation de la présente convention.

Article 4-2 : modalités de coordination à l’échelle des territoires

 L’agence régionale de l’orientation et des métiers est représentée sur les territoires par des coordonnateurs et coordonnatrices territoriaux dont l’une des missions est d’être l’interlocuteur des chefs d’établissement d’enseignement (collèges, lycées, universités, CFA) pour mettre en œuvre, en coordination avec les équipes éducatives et en cohérence avec le projet d’établissement, les actions d'information et de découverte des métiers et des formations.

C’est sur le fondement du décret n° 2019-375 du 26 avril 2019 que des agents de la région académique Normandie seront mis à disposition de la Région, sur la base du volontariat, pour exercer ces missions de coordonnateurs territoriaux. La mise à disposition de personnels de l'Education nationale au sein de la Cité des métiers depuis sa création est une préfiguration de ces mises à disposition.

Chaque EPLE décline dans son volet accompagnement à l’orientation du projet établissement « le plan d’actions d’information sur les métiers et les formations » alimenté avec l’offre de service proposée par la Région. Ce plan d’actions peut faire l’objet d’une contractualisation spécifique ou le cas échéant être intégré dans le contrat d’objectifs tripartite pour les lycées publics normands.

 

Article 5 : durée de la convention

 La présente convention prend effet à compter de la date de sa signature. 

Elle est conclue pour une durée de trois ans renouvelable après une évaluation des actions menées dans le cadre de cette convention et dans les conditions fixées par le cadre national de référence. 

Au cours de sa période de validité, elle peut être modifiée par avenant à la demande de l’une des parties.  

 

Article 6 : conditions de résiliation 

 En cas de non-respect des dispositions inscrites dans la présente convention, celle-ci pourra être dénoncée, par l’une des parties, à l’expiration d’un délai de deux mois suivant l’envoi d’une lettre recommandée avec accusé de réception, valant mise en demeure de se conformer aux obligations contractuelles. 

 

Fait à…, le… 

 

Le Préfet de la région Normandie

La Rectrice de la région académique de Normandie, Chancelière des universités

Le Président de la Région Normandie

 


[1] Source : Insee, recensement de la population 2012

[2] Source : Insee Flash Normandie n° 18 – août 2016

[3] Cnesco (2018). Comment l’école aide-t-elle les élèves à construire leur orientation ? Dossier de synthèse 4

 Crédoc pour le Cnesco, 2018

[4] Rapport « mobilité des jeunes » - Conseil d’orientation des politiques de jeunesse – janvier 2019

[5] « Enquête mobilité et accès à l’emploi » - LMI (laboratoire de mobilité inclusive) – décembre 2016

[6] Le terme entreprise doit être entendu au sens large, comme tout organisme employeur, quel que soit son statut juridique.

[7] Cnesco (2018). Comment l’école aide-t-elle les élèves à construire leur orientation ? Dossier de synthèse